L’art de la joie

Posté par othoharmonie le 3 juillet 2010

Titre

L’art et la joie 

Auteur : 

SAPIENZA Goliarda  

 

L’art de la joie

 L'art de la joie   

Page 323-324 

Quiconque a connu l’aventure de doubler le cap des trente ans, sait combien il a été fatigant, âpre et excitant d’escalader la montagne qui des pentes de l’enfance monte jusqu’à la cime de la jeunesse, et combien a été rapide, comme une chute d’eau, un vol géométrique d’ailes dans la lumière, quelques instants et… hier j’avais les joues fraîches des vingt ans, aujourd’hui – en une nuit ? – les trois doigts du temps m’ont effleurée, préavis du petit espace qui reste et de la perspective finale qui attend inexorablement… Première, mensongère terreur des trente ans. 

Qu’avais-je fait ? Avais-je gaspillé mes jours ? Insuffisamment joui du soleil et de la mer ? Ce n’est que par la suite, à l’âge d’or des cinquante ans, temps plein de force calomnié par les poètes et par l’état civil, ce n’est que par la suite que l’on sait combien de richesse il y a dans les oasis sereines où l’on se retrouve avec soi-même, seul. Mais cela vient plus tard. 

Alors, l’anxiété de perdre l’hier et le demain me prit avec force : que faisais-je dans ce bureau  Quelle signification avaient cette recherche de mots et tous ces écrits, poèmes, notes, brefs récits ? Etais-je, sans le savoir, en train de suivre le chemin de Béatrice, qui pour avoir une consistance à ses propres yeux et aux yeux des autres, s’était composé une statue sacrée de veuve inconsolable, belle et respectée ? Etais-je en train, avec la même implacabilité et volonté qu’elle, d’élever inconsciemment un temple à l’intérieur de moi-même, et mourrais-je comme elle, plutôt que d’écarter le subtil poison de la tradition ? (…) 

Que faisais-je au milieu de ces stylos et de ces crayons alignés sur mon bureau. Ou était-ce un autel ? J’avais commencé par jeu… Mais en regardant en moi-même, je vis mon avenir : prise dans ce traquenard, les jambes coupées par le piège « d’être quelqu’un ». J’avais fui le couvent ; mais la religiosité jetée par la fenêtre ressurgissait par quelque trou de ma chambre, chevauchant le rat de l’esthétique. Je le vis, le rat mystique. Les yeux couleurs de rouille de l’insatiabilité scrutaient, voraces, les recoins ombreux. Ils épiaient ma jeune chair, ma poitrine, pour trouver une fissure et entrer en moi et ronger l’ossature de mon squelette soudée par la joie. L’arrêtant net, j’ai su que je m’étais justement méfiée, et que quelques instants d’inconscience encore m’auraient fait tomber hors de la réalité en proie à cette drogue nommée « artiste », drogue plus puissante que la morphine et que la religion. Il comprit et il détacha son regard du mien pour s’enfuir.   

  

Avis

Tout est extraordinaire dans ce livre, le titre d’abord, L’Art de la joie, qui semblerait convenir à un essai philosophique. Mais il s’agit bien d’un roman, un vrai, qui vous emporte et vous tourneboule, un roman plein de fièvre et d’intelligence, très concret, très visuel, érotique et familial, psychologique et politique, enraciné dans une île peuplée d’amandiers sauvages et de vendettas. Un roman qui nous apporte le regard d’une femme exceptionnelle sur notre vie, nos préjugés, notre actualité. (…) ce livre–univers plus qu’un événement littéraire, (est) un événement existentiel. Catherine David, Le Nouvel Observateur   

 « Raconte, Modesta, raconte » 

Extrême fin de l’ouvrage, ces quelques mots pourraient peut-être seuls le résumer. Car comment parler d’un tel livre sans l’amputer de l’essentiel ? Cette histoire, ce « destin » pourrait-on dire, mais ce terme ne va pas avec la vie de Modesta. Il la prive de son essentielle liberté d’être et de devenir.   

     …..

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L'art de la joie dans S à  Z dspgcn3j

 

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