Et si l’Inde était le médecin de l’Europe

Posté par othoharmonie le 6 décembre 2012

Avant que le « Titanic » occidental ne coule…

 par Michel Danino

Paru dans la revue « Éléments » n°106, septembre 2002

     Combien d’Occidentaux ont tenté de cerner la mythologie de l’Inde – sa jungle de dieux et de déesses, ses épopées démesurées, ses collections océanesques de récits qui défient le temps, de légendes en mille langues, de contes extravagants imbriqués les uns dans les autres à perte de vue, ses temples vertigineux aux mille styles mais de conception toujours cosmique, ses traités volumineux sur le moindre aspect de la vie, sa dévotion offerte aux pics himalayens comme au serpent ou à l’araignée, ses multitudes de rites à la minutie étourdissante, de croyances et de règles pour chaque moment du quotidien.

     À première vue, tout dans ce pays est autre, insolite, déroutant.

Et si l'Inde était le médecin de l'Europe dans VOYAGE EN INDE tissage     Pourtant, le « mythe » n’est pas là où l’on croit. Il est davantage dans l’esprit de l’observateur extérieur, « objectif », de préférence universitaire et occidental – en tout cas occidentalisé. Pas seulement l’obsédé du problème des castes ou de la sati (comme un botaniste qui ne trouverait dignes d’étude que les ronces à la bordure de la forêt), ou le « spécialiste » qui ne voit que superstition arriérée dans ce fatras de coutumes irrationnelles et met tous les maux de l’Inde moderne sur le dos de son traditionalisme. Mais tout autant celui qui, justement, se sent noyé dans ce foisonnement, cette multiplicité infatigable, cette complexité et cette variété à l’infini : c’est là qu’est le mythe.

     Même si elles sont souvent complexes dans leur détail, l’Inde et son attitude face à la vie ne sont pas compliquées : c’est notre façon d’être occidentale qui l’est – ou mondiale, si l’on en juge par le rouleau compresseur de l’actuelle « monoculture ». Que nous nous voulions scientifiques, athées, humanistes ou bêtement pragmatistes, nous vivons dans un monde de constructions intellectuelles plus ou moins élevées, grises ou brillantes, branlantes ou de béton, mais toujours incomplètes et éphémères – parce qu’elles n’ont pas de contact avec la réalité de l’homme. Pour un Indien qui vit sa culture, ces constructions sont une complication inutile, sans substance durable – c’est l’Inde qui est simple, parce qu’elle a su toucher à cette réalité et la mettre au centre de ses activités et de ses créations.

     Simple ? Mais alors, peut-on simplement dire ce qui fait sa fondation ? Cette civilisation-culture qui, seule au monde, a survécu aux assauts répétés des vagues islamique et chrétienne, à la tyrannie britannique et (pour le moment du moins) au « modernisme », et qui ose plonger ses racines à travers cinq millénaires au moins – peut-on capter un reflet de son secret en quelques lignes, sans termes sanscrits ni concepts métaphysiques ?

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