Les Rishis

Posté par othoharmonie le 27 janvier 2013

Paru dans La Revue d’Auroville n°13 et 14
éditée par 
Auroville Press

 

Les Rishis dans VOYAGE EN INDE 210px-wat_phra_prang_sam_yod-010-200x300     « À cette époque-là, le Rishi conduisait les hommes. Il était tout ensemble sage, poète, prêtre, savant, prophète, éducateur, érudit et législateur. Composait-il un chant, celui-ci devenait l’un des hymnes sacrés du peuple ; prononçait-il, émergeant d’une communion intense avec Dieu, quelque phrase profonde, et de ces mots naîtraient dans les âges suivants de puissantes philosophies ; présidait-il à un sacrifice, et sur ses sept langues de feu les rois et les peuples s’élevaient jusqu’à la richesse et la grandeur. Il formulait un aphorisme pénétrant et l’on en faisait la fondation d’une science future, qu’elle soit éthique, pratique ou physique ; il rendait un jugement dans une dispute et son verdict donnait naissance à un code ou une grande théorie législative.

     C’est dans les forêts des Himalayas ou à la confluence de grands fleuves qu’il vivait, centre d’une famille patriarcale basée non sur des relations de sang mais sur des échanges de pensée : les enfants de ces sages, adolescents héroïques aux yeux brillants et à la soif ardente de connaissance, deviendraient eux-mêmes de grands Rishis ou des maîtres à penser illustres. Lui-même était le maître de toute connaissance, de tout art et de toute science. Il avait obtenu son savoir par la méditation ; guidé par l’inspiration, il procédait en avançant d’intuition en intuition. Par une concentration austère des facultés, il disciplinait la raison rebelle et laissait agir la vision intérieure infaillible, qui est au-dessus de la raison comme la raison est au-dessus de la simple vision. Et là encore, les Rishis fonctionnaient par éclairs d’intuition, chaque illumination surgissant quand les dernières lueurs de la précédente n’étaient pas encore éteintes, jusqu’à ce que le tout forme une chaîne logique — une logique qui n’était ni pensée froide ni logique de raisonnement, mais la logique d’une inspiration continue et cohérente. Ceux qui cherchaient l’Éternel au moyen d’austérités physiques, par exemple en se laissant brûler par cinq feux (un de chaque côté et le soleil de midi au-dessus) ou en restant couché pendant des jours sur un lit de piques, ou bien en utilisant des méthodes de yoga basées sur une science physique avancée, appartiendraient à une époque ultérieure. Les Rishis étaient des penseurs inspirés, leur démarche ne devait rien à la raison déductive ni à aucun processus physique dépendant des sens.

     L’énergie de leurs personnalités était colossale. S’empoignant avec Dieu en de farouches méditations, ils avaient acquis des énergies spirituelles incalculables, leur colère pouvait anéantir les peuples et le monde était en danger quand ils ouvraient la bouche pour lancer une malédiction. Cette énergie était, par le principe d’hérédité, transmise à leurs descendants, du moins sous la forme d’une force latente et éducable. Par la suite, la vigueur de cette race s’éteignant, le feu intérieur s’affaiblit et décrût. Mais au commencement, même l’enfant à naître était divin. Quand Chyavan était encore dans le sein de sa mère Puloma, un Titan à qui cette dernière avait été promise avant de devenir l’épouse de Bhrigu, tenta, profitant de l’absence du Rishi, d’enlever l’aimée qui lui avait été arrachée. L’enfant en gestation, dit-on, ressentit l’affront et sortit du ventre de sa mère, brûlant d’un tel feu de puissance divine héritée de son père que le Titan ravisseur périt, foudroyé par la fureur d’un nouveau-né. Les Rishis, en effet, n’étaient pas dénués de passions. Ils étaient enclins à la colère et prompts à l’amour. Dans l’orgueil de leur puissance de vie et de leur génie, ils s’abandonnaient à leurs désirs de beauté, s’unissant aux filles de Titans ou fréquentant les nymphes du Paradis dans les solitudes majestueuses des collines et des forêts. C’est d’eux que sont nés ces anciens clans sacrés de l’antiquité préhistorique, les Bargha, les Barhaspatha, les Gautama, les Kashyapa, en lesquels encore maintenant se répartissent les descendants des Aryens. C’est ainsi que l’Inde déifia les grands hommes qui lui donnèrent sa civilisation. »

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