Entre l’Inde et l’occident

Posté par othoharmonie le 25 février 2013

 

Le Sangha

     Qu’il dût y avoir un ordre spirituel solide accompagné d’une liberté spirituelle sans entraves a toujours été ressenti comme une nécessité, mais on y pourvoyait de mille manières et non suivant un procédé unique, officiel, extérieur ou artificiel. Il y avait tout d’abord, à la base, la reconnaissance d’un nombre sans cesse croissant d’écritures autorisées. Certaines de ces écritures, la Guîtâ notamment, jouissaient d’une autorité universelle ; d’autres relevaient plus particulièrement de certaines sectes ou écoles : l’autorité des Védas, par exemple, était jugée absolue, celle des autres écritures, relative.

 Entre l'Inde et l'occident dans VOYAGE EN INDE p1010621-225x300Cependant, la plus grande liberté d’interprétation était admise, ce qui évita qu’aucune de ces Écritures ne fût transformée en un instrument de tyrannie ecclésiastique ou en la négation même de la liberté du mental et de l’esprit humains. L’ordre s’appuyait en outre sur le pouvoir de la famille et de la tradition communautaire, kouladharma, persistant mais non immuable. Troisième instrument, l’autorité religieuse des brâhmanes ; en tant qu’érudits, dans un rôle beaucoup plus important et plus respecté que celui auquel le prêtre officiant pouvait prétendre – car l’Inde n’accordait pas grande considération à la prêtrise –, ils étaient les interprètes de la tradition religieuse et constituaient un solide pouvoir conservateur.

 Et enfin, élément le plus caractéristique, le plus puissant, l’ordre était maintenu par la succession des gourous et des maîtres spirituels, paramparâ, qui préservaient la continuité de chaque système spirituel et le transmettaient de génération en génération, mais qui, contrairement au prêtre ou au pandit, avaient également le pouvoir d’enrichir librement sa signification et de développer sa pratique. Une continuité non pas rigide, mais mouvante et vivante, telle était la caractéristique du mental intérieur religieux de l’Inde. L’évolution de la religion vishnouïte dès ses tout débuts, les saints et les maîtres qui s’y sont succédés, les développements marquants apportés successivement par Râmânouja, Madhwa, Chaïtanya, Vallabhâchârya, et les récents mouvements de renaissance qui surgissent après une période de dépérissement et de fossilisation, sont un remarquable exemple de ce puissant mélange entre une continuité séculaire et une tradition établie d’une part, et la possibilité d’une puissante, d’une vivifiante transformation d’autre part. La fondation de la religion sikh, sa longue lignée de gourous, et la nouvelle direction, la nouvelle forme que lui a imprimée le gourou Govind Singh au sein de l’institution démocratique de la Khâlsâ, en sont un exemple plus frappant encore.

 Le Sangha bouddhique et ses conseils, la création par Shankarâchârya d’une sorte d’autorité pontificale divisée, autorité qui s’est transmise de génération en génération durant plus de mille ans et qui, même de nos jours, n’est pas complètement caduque, la Khâlsâ sikh, l’adoption par les sectes modernes réformatrices d’une structure nommée Samâj, indiquent une tentative pour établir un ordre homogène et rigoureux. Il convient cependant de noter que, même lors de ces tentatives, la liberté, la souplesse et la vivante sincérité de l’esprit religieux de l’Inde lui ont toujours évité d’instituer quoi que ce soit qui pût ressembler aux ordres ecclésiastiques démesurés et aux hiérarchies despotiques qui, en Occident, se sont efforcés d’imposer la tyrannie de leur joug obscurantiste à la liberté spirituelle de l’humanité.

 

Chapitre tiré du livre Les fondements de la culture indienne de Sri Aurobindo publié aux Éditions Buchet Chastel

 

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