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Multiples trinité

Posté par othoharmonie le 28 février 2013

 

 Multiples trinité dans VOYAGE EN INDE image-23-300x226    Cette plasticité protéiforme du culte et de l’expérience spirituelle est le signe inné de sa vérité, de sa vivante réalité, de la sincérité illimitée de sa quête et de ses découvertes ; mais pour la mentalité européenne, cette plasticité est justement la pierre d’achoppement, l’obstacle sur lequel elle bute constamment. Dans le domaine religieux, elle est accoutumée aux définitions rigides et appauvrissantes, aux exclusions sans appel ; elle ne se soucie que de l’idée extérieure, de l’organisation, de la forme. Pour l’Occident, la religion signifie une croyance précise formulée par l’intellect logique ou théologique, un code de conduite moral impératif, un lot d’observances et de cérémonies, une solide organisation ecclésiastique.

 Une fois l’esprit bien à l’abri dans cette prison, protégé par ces chaînes, on y tolère certaines ferveurs émotionnelles, voire une quête mystique pas trop ardente, à condition de ne pas dépasser les limites de la raison ; mais tout compte fait, mieux vaut peut-être se passer de ces dangereuses épices – c’est plus sûr. Nourri de ces idées, le critique européen arrive en Inde, et le voilà frappé par la masse et la complexité immenses d’un culte polythéiste couronné par une foi en le seul Infini. Alors, il s’imagine que cette foi est identique au panthéisme intellectuel stérile et abstrait de l’Occident et, s’accrochant à ses préjugés, il lui applique les idées et les définitions de son propre mode de pensée. Cette imposition illégitime a faussé en grande partie la valeur des conceptions spirituelles indiennes – et même, malheureusement, le jugement que l’Inde « cultivée » porte sur elles.

 Et dès que notre religion échappe aux normes qu’il s’est fixées, l’incompréhension, le dénigrement et la condamnation dédaigneuse viennent aussitôt au secours de notre critique. Le mental indien, au contraire, est rebelle aux exclusions intolérantes ; car dès l’origine, sa puissante intuition et ses expériences intérieures lui ont fait don de ce vers quoi le mental occidental se dirige enfin de nouveau, non sans tâtonnements ni difficultés : la conscience et la vision cosmiques.

 Car s’il voit l’Un sans second, il admet aussi la dualité de l’Esprit et de la Nature, accorde une place à ses multiples trinités, à ses millions d’aspects. Alors même qu’il se concentre sur un seul aspect limité de la Divinité et semble ne contempler que cela, il conserve encore instinctivement, à l’arrière-plan de sa conscience, le sens du Tout et l’idée de l’Un. Innombrables sont les objets de son culte, mais par-delà la multitude des divinités, il perçoit l’unité du Suprême. Cette faculté synthétique n’est pas l’apanage des mystiques ou d’une élite cultivée, ou de philosophes nourris aux sublimités du Véda ou du Védânta. Il imprègne le mental populaire qui s’est nourri des pensées, des images, des traditions, des symboles culturels des Pourânas et du Tantra ; car ce ne sont là que des représentations tangibles ou de vivants symboles du monisme syncrétique, de la vision de l’Un aux multiples visages, du vaste universalisme cosmique des écritures védiques.

Chapitre tiré du livre Les fondements de la culture indienne de Sri Aurobindo publié aux Éditions Buchet Chastel

 

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Liberté de pensée

Posté par othoharmonie le 28 février 2013

 

Liberté de pensée dans VOYAGE EN INDE image-32-a-300x192     La présence conjuguée, dans tout domaine de l’activité humaine, de l’instinct d’ordre et de l’instinct de liberté, est toujours le signe d’une grande aptitude naturelle dans ce domaine ; or comment ne pas reconnaître qu’un peuple qui a su préserver ainsi une infinie liberté de culte tout en maîtrisant le processus évolutif de la religion, possède une vaste ouverture sur ce plan, et comment lui en refuser l’inévitable fruit : une grande culture spirituelle, ancienne et toujours vivante.

 Ce sont cette absolue liberté de pensée et d’expérience, et l’apport d’une structure suffisamment flexible et diversifiée pour garantir cette liberté mais à la fois suffisamment solide pour permettre une évolution harmonieuse et puissante, qui ont donné à la civilisation indienne cette religion admirable et apparemment éternelle – avec la merveilleuse richesse de ses philosophies aux multiples points de vue, de ses sublimes écritures, de ses profonds ouvrages religieux, de ses religions qui approchent l’éternel par toutes les voies de son infinie Vérité, de ses systèmes de yoga basés sur une discipline psycho-spirituelle et sur la découverte du moi, de ses formes, symboles et cérémonies suggestifs, toutes choses qui contribuent si puissamment à former le mental au cours des étapes du développement qui mène à la quête de Dieu.

 Sa structure, suffisamment solide pour que l’esprit de tolérance et d’intégration ne la mettent pas en péril, sa vigueur, son ardeur, sa profondeur et la diversité de ses expériences, le fait qu’elle ne souffre pas, comme en Europe, du divorce anti-naturel entre science et connaissance de ce monde d’une part, et religion de l’autre, le fait qu’elle ait su concilier les revendications de l’intellect et celles de l’esprit, qu’elle ait témoigné d’une telle endurance et d’une irrépressible faculté de renouveau, en font aujourd’hui le plus remarquable, le plus riche et le plus dynamique des systèmes religieux. Au dix-neuvième siècle, les vagues formidables du nihilisme et du scepticisme l’ont frappée de plein fouet, mais elles n’ont pu détruire les puissantes assises de sa connaissance spirituelle. Brièvement perturbée, surprise et secouée par cet assaut, à une époque où la force vitale de la nation traversait sa plus profonde dépression, l’Inde s’est ressaisie presque aussitôt et a réagi par une nouvelle flambée d’activité spirituelle, de recherche, d’assimilation, par un nouvel effort formateur. Une grande, une nouvelle vie est visiblement en gestation, une évolution plus dynamique encore, une puissante marche en avant vers les infinités inépuisables de l’expérience spirituelle.

 

Chapitre tiré du livre Les fondements de la culture indienne de Sri Aurobindo publié aux Éditions Buchet Chastel

 

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