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privilégiée de Dieu

Posté par othoharmonie le 29 juillet 2013

 

INTERVIEW de Jacqueline Kelen

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N. C. : Quels désirs vous animent, vous tiennent debout ?

J. K. : Je suis un être de désir, portée par le désir lui-même ! Nicolas Flamel parlait du “désir désiré”, qui est entièrement gratuit, sans objet, pure flamme. Notre époque est contradictoire : elle est partagée entre la satisfaction immédiate des désirs que nous propose la société de consommation et la méfiance à leur égard, dans le sillage d’un bouddhisme à l’occidentale. Aucune de ces deux attitudes ne me convient. Je me sens une femme qui brûle et qui est brûlée – par l’amour, par l’étude, par la beauté et la douleur, par les rencontres aussi… Il est important de ne pas passer à côté des grandes rencontres, de ne pas s’y dérober, qu’elles s’avèrent heureuses ou pas. Elles sont peu nombreuses sur le chemin. C’est la raison pour laquelle, en amitié, je fais souvent le premier pas. La rencontre exige attention et disponibilité, elle est une élection. La petite fille que j’étais adorait les surprises et aujourd’hui encore, j’aime l’inattendu, tout ce qui peut surgir et surprendre.

N. C. : Henri Gougaud, qui fréquente les contes depuis des dizaines d’années, avoue avoir des “contes amis” auxquels il reste toujours fidèle. Avez-vous des “mythes amis” ?

J. K. : Certains personnages, comme la reine de Saba ou Shéhérazade, me sont chers, mais il est un mythe celtique du Moyen Âge qui contient tout pour moi, c’est celui de Mélusine.

Il y est question de l’amour et de son lien au mystère, au secret, à la dignité, à la solitude. C’est l’un des rares mythes qui évoquent l’histoire conjugale. En effet, le mythe s’intéresse à la quête de soi, non aux formes sociales et temporelles.

Ainsi, une fois le héros réalisé, libre à lui d’être ermite, marié ou en communauté. De même, les notions de maternité et de paternité sont rarement évoquées. La femme-fée Mélusine illumine l’existence de son époux, Raymond de Lusignan. Elle lui a promis de le rendre heureux et prospère, riche et respecté de tous, mais le mariage repose sur un pacte : elle demande une journée pour elle seule, le samedi. Cette condition est judicieuse : l’amour n’est ni la confusion ni la promiscuité, et la vie conjugale doit respecter, et même révérer, le secret et la solitude de chacun des époux. Notre époque se déroule sous le signe de la collectivité, mais l’aventure de conscience, de la quête spirituelle, ne peut se vivre que sous le signe de la singularité.

Un jour, assailli par le doute, le seigneur Raymond de Lusignan rompt l’interdit du samedi et cherche à surprendre le secret de Mélusine. Un peu plus tard, il tiendra des propos insultants à son égard. Mélusine, qui veillait sur cette distance d’étrangeté, d’émerveillement entre eux, va déployer ses ailes et quitter Raymond pour toujours. Leurs adieux, inépuisables, me font toujours monter les larmes aux yeux. Ils ne se combattent pas l’un l’autre ni ne se déprécient, comme on a tendance à le faire lors d’une séparation, mais, au contraire, ils se chantent et se remercient pour tout ce qu’ils se sont apportés l’un à l’autre. Les êtres nobles se séparent sans renier l’amour, ils se quittent mais l’amour ne les quitte pas…

Je me demande : si certains personnages des mythes se haussent à ce niveau de relation, pourquoi nous, au XXIe siècle, n’en sommes-nous pas capables ? La réponse est terrible : nous n’en avons pas envie ! La perfection, le perfectionnement nous effraient. Au début du XVIIe siècle, John Done, le grand poète métaphysicien anglais, s’interrogeait : “Pourquoi ne meurt-on plus d’amour ?”

C’est la question que je me pose.

Nous sommes mendiants de l’amour et en même temps, nous sommes si avares de signes de tendresse, de gestes affectueux. L’amour ne paraît plus essentiel aux mortels. C’est peut-être pour cela qu’ils restent mortels !

Lire l’interview en son entier  

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Voyages intérieurs

Posté par othoharmonie le 29 juillet 2013

avec Jan Kounen

Cinéaste, voyageur et explorateur de la psyché, Jan Kounen se met à nu dans ces carnets intimes. Un témoignage hors norme, doublé du premier guide d’approche de la médecine traditionnelle de l’ayahuasca en Amazonie.

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Cela fait plus de dix ans que je vais dans la partie amazonienne du Pérou rencontrer des curanderos (guérisseurs). Dix ans, c’est le passage de la découverte à l’apprentissage. Dans ce parcours, j’ai trouvé assez vite ma place, celle de passeur. Puis, peu à peu, je suis devenu ayahuasquero par la force des choses. La question ne se pose plus quand vous dépassez quelques centaines de cérémonies : l’ayahuasca fait partie de votre vie, vous devenez un pratiquant. C’est simple. Je pratique avec les Shipibo. Je suis leur travail, j’apprends, je reçois l’enseignement. Puis, j’écris ou je filme. Au cours des années, je suis devenu, dans la medicina, un pratiquant silencieux, sans doute trop, par timidité ou simplement pour ne pas me positionner comme curandero. Même si je suis entré dans la danse récemment, j’y reviendrai, je suis avant tout cinéaste. Cineasta ayahuasquero.
Dix ans d’aventure, c’est l’âge de raison, voire de déraison. En tout cas, l’occasion de faire un bilan sur l’apprentissage de cette médecine et de revenir sur un grand nombre de rencontres humaines.

Au début de cette aventure, en 1999, j’étais le plus souvent le seul Blanc entouré d’Indiens et de métis. Quelques Occidentaux passaient par là, ou bien l’on parlait d’eux, ces ayahuasqueros. Ils étaient très peu, sans doute moins de quelques centaines à travers le monde. Aujourd’hui, les apprentis sont nombreux, et certains sont devenus de bons guérisseurs. Des milliers de gens partent à la rencontre de l’ayahuasca. Le temps de la mise en relation entre les cultures est maintenant derrière nous.

Au cours des dernières années, je me suis souvent retrouvé, en Amazonie, entouré de personnes qui venaient faire leur première « cérémonie ». M’étant senti moi-même au début bien démuni face à l’expérience, j’en suis venu à leur prodiguer des conseils. Il est vrai que là-bas les gens venaient vers moi car mes films les avaient souvent invités à faire le voyage. Le lendemain des cérémonies, je découvrais que certains conseils pouvaient avoir été fortement utiles, d’autres moins. D’année en année, cela m’a permis d’affiner ce travail. J’ai souvent été aussi le traducteur entre le guérisseur et les patients dans leurs entretiens privés lors de traitements, ce qui m’a apporté une connaissance plus profonde des questions que se posent les patients, ou de leurs demandes. L’idée de faire un manuel pratique pour se préparer à une cérémonie d’ayahuasca a germé en moi lorsque je me suis rendu compte que, au sein de toute la littérature émergente sur le sujet, cet ouvrage manquait. Malgré l’abondance d’informations, il y a peu ou pas de conseils concrets sur la manière de se préparer à une cérémonie, pour savoir à quoi s’attendre, et pas de renseignements précis sur comment traverser l’expérience. Pourtant, la demande existe. J’ai reçu beaucoup de questions par mail ou sur Facebook. Lors d’un vernissage, récemment, une jeune fille m’aborde et me demande si je suis bien qui je suis. Puis, tout de suite : « Hé ! Tu as été chamanisé, c’est quoi, être chamanisé ? » Oh là là !…

Par ailleurs, j’avais une série de textes sur mon disque dur, écrits entre 1999 et aujourd’hui. En les relisant, je me suis dit que mon témoignage offrait une multitude d’informations qu’il était temps de partager. J’ai trié mes notes. Je les avais d’abord écrites dans l’optique de ne pas oublier, ensuite dans celle de faire « un jour » un bouquin où la mémoire chronologique des événements serait respectée. Après lecture, j’ai recomposé un texte à partir de morceaux et créé un objet narratif hybride, entre roman autobiographique et scénario. Un texte qui conviendra à l’aspect kaléidoscopique de l’aventure.

Certaines notes ont été écrites au lendemain d’une cérémonie, d’autres quelques semaines, voire quelques années plus tard. Le corps principal du voyage est constitué de notes chronologiques prises chaque jour durant mon séjour de juillet 2009, c’est-à-dire dix-sept cérémonies en vingt-cinq jours. C’est l’une des rares fois où j’ai vraiment écrit au quotidien. Ces notes permettront de suivre une diète dans la durée et de survoler ces dix dernières années.

Certaines notes sont drôles, et j’ai souvent ri en les relisant ; d’autres, bien évidemment, le sont moins, mais de leur juxtaposition se dégage un témoignage intime sur l’aventure.

Témoignage, questions, le livre avait pris sa forme : les Carnets, relatant mon expérience, formeront la première partie de l’ouvrage, le Manuel pratique, la seconde. 

Les Carnets racontent ce que cette médecine a fait pour moi, et comment ça s’est passé.
Voilà donc un petit guide, celui que j’aurais aimé avoir lors de mon premier voyage, il y a une dizaine d’années. Il permettra, je l’espère, de se préparer de manière concrète à participer à une cérémonie d’ayahuasca. Il contient des conseils simples et des propositions d’attitudes internes et externes pour traverser l’expérience et les moments qui la suivent.

Ce qui est intéressant, c’est d’observer le mouvement intérieur : il a une grande amplitude, c’est la grande oscillation de la medicina. L’ayahuasca nous propose l’expérience de notre propre réalité, vécue depuis notre part irrationnelle. Bref, pas gagné d’avance !

J’espère que la description de ces voyages, sentiments, pensées, joies et peurs, accompagnés de leur lot d’incohérences, de contradictions, de perditions et d’illuminations, établiront en sous-texte la mosaïque opératoire de cette mystérieuse medicina. Ce sera une mélodie personnelle. Son orchestration est celle de Guillermo Arévalo Valera, dit Kestenbetsa (Écho de l’Univers, en langue shipibo). C’est lui qui m’a ouvert la porte de ce monde, qui me l’a enseigné et qui m’a soigné. Il a été d’abord un maestro, pour devenir ensuite un frère. Il m’a fait rencontrer d’autres guérisseurs shipibo, dont Panshin Beka. Il est, bien sûr, l’homme au centre de ce récit.

Certains textes évoqueront sans doute des états par lesquels vous passerez si vous allez sur place (et des souvenirs pour ceux qui ont déjà fait le voyage). Sinon, de toute façon, mouvements, climax et résolutions sont par nature les mères de tous les récits. Le lecteur uniquement curieux de cette aventure y trouvera aussi son compte, du moins je le souhaite. En revanche, vous ne trouverez dans ce livre que peu de choses sur l’histoire de l’ayahuasca ou sa pharmacologie, un sujet déjà largement traité ailleurs. 

La forme est celle d’une comédie métapsychique, construite en mode flash-back, dont je suis le héros.
Vous allez rire… à mes dépens. C’est fait pour.
Bonne lecture, et surtout bon voyage si vous partez loin, très loin, à la rencontre d’une culture et… de vous-même.

Issu des Carnets de voyages intérieurs, Jan Kounen
Mama Editions (Avril 2011)

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Le recouvrement d’âme

Posté par othoharmonie le 29 juillet 2013

Dans le chamanisme, l’âme assure l’intégrité énergétique et spirituelle de l’individu. Le travail des chamanes consiste à maintenir cette intégrité, et parfois à la rétablir.

Le recouvrement d’âme dans PENSEE MAGIQUE - LEITMOTIV et RITUELS b1111

Dans le chamanisme, tout n’est finalement qu’une histoire d’âme : lorsque celle-ci est bien ancrée dans le corps, qu’elle est unifiée et présente dans la réalité matérielle, l’individu est en pleine possession de ses moyens.

Il est alors protégé de la maladie, de la souffrance et de la peur, et ressent la connexion intime qui le relie au sens de l’existence et lui permet d’exprimer librement sa créativité et son enthousiasme. Il est dans « l’état de grâce », pour reprendre l’expression de la psychologue américaine Sandra Ingerman, spécialiste du recouvrement d’âme et auteur de Soul Retrieval (Recouvrer son âme), l’ouvrage de référence sur cette pratique.

Il arrive cependant que l’âme ne soit pas complètement présente dans le corps, et que l’être souffre de son absence ; il lui manque ou il a perdu « quelque chose », et ce sera au chamane, « l’appeleur d’âmes », de partir à la recherche de ce supplément d’âme qui lui fait défaut, et de lui restituer.

Alors que dans les cultures traditionnelles, la perte de l’âme a dans la plupart des cas des causes surnaturelles (esprits possessifs, sorcellerie, etc.), Sandra Ingerman explique que « de nos jours, [elle] est souvent due à des traumatismes comme l’inceste, les abus sexuels, la perte d’un être aimé, la chirurgie, un accident, une maladie, une fausse couche, un avortement, le stress du combat ou encore les toxicodépendances. » Confrontée à la douleur ou à un choc, l’âme se morcèle et certains de ses « fragments » retournent dans la réalité non ordinaire, au-delà du temps, de l’espace, de la souffrance et de la douleur. Autrement dit, des parties de l’âme s’échappent du corps et vont se ressourcer dans leur berceau spirituel, loin des aléas de l’existence matérielle.

Cependant, la perte de l’âme n’est pas uniquement provoquée par des événements traumatisants, et le seul fait de venir prendre forme dans un corps humain peut suffire à provoquer un morcèlement de l’âme. Elle peut avoir des difficultés à assumer d’avoir pris forme dans la matière, acte courageux s’il en est.

Initiation et incarnation

Dans la plupart des cultures traditionnelles, les rites de passage et les initiations sont autant de manières de renforcer le lien à l’âme, ou d’en récupérer des morceaux qui seraient partis en vagabondage. Pour prendre un exemple classique, lorsque l’individu ritualise son passage à l’âge adulte, il intègre son âme d’adulte, qui vient en quelque sorte compléter son âme d’enfant. Inutile de préciser que dans ces cultures, les rites de passage sont les moments les plus importants de la vie de l’individu, parce que c’est par leur intermédiaire que ce dernier se définit en tant qu’être incarné dans un corps, et qu’il prend sa place dans le groupe social. Comme l’a si bien dit l’anthropologue Pierre-Yves Albrecht lors d’une conférence à laquelle j’ai eu le plaisir d’assister au forum du GRETT, « nous vivons pour être initiés ». Cela signifie qu’au-delà de nos préoccupations triviales et « terrestres », nous vivons avant tout pour intégrer notre âme, pour l’incarner pleinement. Dans la société moderne, il semblerait que nous ayons cruellement besoin de retrouver nos âmes, ne serait-ce que parce que nous les avons délaissées en cessant de croire en elles.

Il est d’autant plus intéressant d’observer que dans les symptômes classiques de la perte de l’âme, il y a le fait d’être sans cesse en quête de quelque chose, d’être insatisfait, de consommer aveuglément pour chercher à remplir un vide. Selon cette grille de lecture chamanique, la société de consommation serait la résultante d’un manque d’âme généralisé.

Un travail d’orfèvre

Pour accomplir un recouvrement d’âme, le chamane va entreprendre un voyage chamanique durant lequel ses esprits alliés le conduiront là où se trouve le bout d’âme qui s’est réfugié dans l’autre monde (voir encadré). Dans certains cas, il se rendra dans le passé de son client et percevra les circonstances qui ont provoqué la fuite de son âme, alors que dans d’autres cas, il voyagera dans des mondes très éloignés de la réalité tangible qui ne lui seront perceptibles que par pure abstraction. Dans tous les cas, le chamane fera en sorte de retrouver l’âme de son client, qu’il pourra ensuite ramener dans la réalité ordinaire et ancrer dans le corps de celui-ci, par exemple en l’insufflant dans son coeur.

Cette approche du recouvrement d’âme est largement pratiquée aujourd’hui dans le cadre du chamanisme moderne. Décrite ainsi sommairement, cette technique peut sembler relativement simple à mettre en oeuvre, mais elle demande cependant une certaine expérience de la part du chamane praticien, car le travail sur l’âme est un travail d’orfèvre. On ne « joue » pas avec le recouvrement d’âme, parce qu’il met le praticien en contact avec l’intimité la plus profonde de la personne pour laquelle il travaille.

Une fois que l’âme a été récupérée par le chamane, c’est ensuite au tour du client d’entreprendre un travail d’intégration – ou d’incarnation –, qui peut prendre des semaines, des mois, voire des années à mûrir. Car l’âme qui est de retour a soif de nature, de beauté et de joie de vivre, et elle demande que l’on s’occupe d’elle. Cela peut parfois signifier entreprendre de grands changements dans sa manière de vivre – autrement dit, mettre plus d’âme dans sa vie. Mais avant tout, il s’agit d’apprendre à être soi-même, car être soi-même est l’expression la plus simple et directe de l’âme.

 

L’auteur de l’article : Laurent HuguelitChamane suisse

 

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La beauté est une manifestation de Dieu

Posté par othoharmonie le 29 juillet 2013

La beauté est une manifestation de Dieu dans DIEU escargot

Interview de Jacqueline Kelen

J. K. : Grâce aux livres, j’ai très vite rencontré des personnages immenses comme Ulysse et Don Quichotte, des auteurs d’envergure tels Platon, Chrétien de Troyes, Dante ou Giordano Bruno. Je me suis dit : “Ma famille, ce sont les artistes et les philosophes, les grandes amoureuses, les personnages héroïques.” Ce sont eux mes contemporains. Mais cela a créé une coupure irréversible : je me sens souvent éloignée des gens de notre époque. Adolescente, en regardant les humains marcher dans la rue, je me faisais cette réflexion étrange : “Il y a peu d’êtres vivants”… Pour ma part, je vivais avec le Christ, mais aussi avec les chats, les fleurs, les rêves, les poètes. Je me suis très tôt sentie oiseau de passage, exilée en ce monde.

N. C. : Comment et quand est née votre attirance pour les mythes ?

J. K. : J’ai suivi une formation de lettres classiques qui m’a permis de rencontrer très tôt les mythes fondateurs de l’Occident. Mais le chemin s’est fait progressivement et l’étude des mythes s’est accompagnée de la lecture incessante et passionnée des mystiques – égyptiens, tibétains, chrétiens, soufis ou juifs,… Tous me nourrissaient et m’éblouissaient. Tous parlaient d’une même saveur de Dieu et convergeaient au sommet. J’étais attirée par cette pointe de la pyramide. Le langage des sages et des mystiques est universel dans sa diversité, contrairement au langage unique de la mondialisation qui réduit et appauvrit. À leur façon, les mythes sont inépuisables, éternellement jeunes, parce qu’ils sont reliés à la Source. Il en va ainsi de toute parole prophétique.

N. C. : Quels sont les premiers mythes que vous ayez rencontrés personnellement ?

J. K. : Je ne me destinais pas à l’écriture mais à l’enseignement. La vie en a décidé autrement. Deux sujets se sont imposés à moi, en songe : Salomé et Marie Madeleine. Je fus d’abord fascinée par les récits de David face à Goliath, de Judith et Holopherne ou encore de Salomé avec Jean Baptiste. Ce thème de la décapitation m’intriguait et me troublait, j’ai mis quelque temps avant de comprendre qu’il s’agissait d’un rituel d’initiation, avec passage du seuil, soumission du mental, coupure irréversible… En travaillant sur ce sujet, je me suis retrouvée en plein mythe du Graal ainsi que dans la littérature alchimique : la tête coupée, caput mortuum (ou tête de corbeau), désigne en effet l’Œuvre au noir, première phase de l’œuvre alchimique… Pour me libérer de ces images, pour les éclairer aussi, je me suis mise à écrire, bien que ce projet soit resté inachevé.

N. C. : Vous avez écrit une trentaine d’ouvrages, dont certains sont traduits jusqu’au Japon ou en Corée. La femme, son mystère et sa vocation reviennent toujours…

J. K. : Mon second rendez-vous personnel avec les mythes s’est fait à travers le personnage de Marie Madeleine. Élevée dans la religion catholique, on me l’avait présentée comme une prostituée et une pécheresse repentie. Or, les poètes et les peintres la montraient comme une reine… Je ne comprenais pas où avait eu lieu la scission et j’ai cherché du côté des Évangiles apocryphes, très difficiles à trouver à l’époque, car interdits par l’Église de Rome. Dans ces lectures, j’ai rencontré une femme de lumière, éveilleuse, une femme qui avait part à la Connaissance spirituelle.

Dans les Évangiles officiels, Marie de Magdala garde le silence, mais dans les Évangiles secrets, elle transmet une parole prophétique, c’est-à-dire impérissable, toujours verdoyante, une parole qui fait danser les montagnes… Alors jeune éditeur, Marc de Smedt a eu un véritable coup de cœur pour mon manuscrit et l’a publié en 1982. Je lui en garde une immense gratitude. Marie Madeleine a le rôle difficile, sans cesse contesté, d’éveiller le cœur de l’homme et c’est, pour moi, la nature profonde de la femme. Inlassablement, celle-ci doit parler et témoigner dans sa chair de l’amour. De cet amour qui se rit du temps et de la dégradation, qui est connaissance et ouverture à l’infini.

N. C. : L’amour, celui qui “élargit l’espace de notre tente”, pour paraphraser Isaïe, est votre grand thème…

J. K. : C’est la question essentielle et la source de toutes choses !… Aujourd’hui, trop de femmes ne cherchent plus l’amour mais un homme dans leur vie. Aimer fait peur, c’est une expérience qui envahit tout l’être, le bouleverse, le déborde et le dépouille. Comme le disait Thérèse d’Avila : “L’amour est dur et inflexible comme l’enfer”… Ainsi, Marie Madeleine croit absolument et aime absolument. Il n’y a pas ici de demi-mesure. Elle aime Jésus jusqu’au bout, même lorsqu’il est bafoué, trahi, agonisant et défiguré sur la croix. Elle est fidèle à cet amour,

N. C. : Quels sont les premiers mythes que vous ayez rencontrés personnellement ?

J. K. : Je ne me destinais pas à l’écriture mais à l’enseignement. La vie en a décidé autrement. Deux sujets se sont imposés à moi, en songe : Salomé et Marie Madeleine. Je fus d’abord fascinée par les récits de David face à Goliath, de Judith et Holopherne ou encore de Salomé avec Jean Baptiste. Ce thème de la décapitation m’intriguait et me troublait, j’ai mis quelque temps avant de comprendre qu’il s’agissait d’un rituel d’initiation, avec passage du seuil, soumission du mental, coupure irréversible… En travaillant sur ce sujet, je me suis retrouvée en plein mythe du Graal ainsi que dans la littérature alchimique : la tête coupée, caput mortuum (ou tête de corbeau), désigne en effet l’Œuvre au noir, première phase de l’œuvre alchimique… Pour me libérer de ces images, pour les éclairer aussi, je me suis mise à écrire, bien que ce projet soit resté inachevé.

N. C. : Vous avez écrit une trentaine d’ouvrages, dont certains sont traduits jusqu’au Japon ou en Corée. La femme, son mystère et sa vocation reviennent toujours…

J. K. : Mon second rendez-vous personnel avec les mythes s’est fait à travers le personnage de Marie Madeleine. Élevée dans la religion catholique, on me l’avait présentée comme une prostituée et une pécheresse repentie. Or, les poètes et les peintres la montraient comme une reine… Je ne comprenais pas où avait eu lieu la scission et j’ai cherché du côté des Évangiles apocryphes, très difficiles à trouver à l’époque, car interdits par l’Église de Rome. Dans ces lectures, j’ai rencontré une femme de lumière, éveilleuse, une femme qui avait part à la Connaissance spirituelle.

Dans les Évangiles officiels, Marie de Magdala garde le silence, mais dans les Évangiles secrets, elle transmet une parole prophétique, c’est-à-dire impérissable, toujours verdoyante, une parole qui fait danser les montagnes… Alors jeune éditeur, Marc de Smedt a eu un véritable coup de cœur pour mon manuscrit et l’a publié en 1982. Je lui en garde une immense gratitude. Marie Madeleine a le rôle difficile, sans cesse contesté, d’éveiller le cœur de l’homme et c’est, pour moi, la nature profonde de la femme. Inlassablement, celle-ci doit parler et témoigner dans sa chair de l’amour. De cet amour qui se rit du temps et de la dégradation, qui est connaissance et ouverture à l’infini.

N. C. : L’amour, celui qui “élargit l’espace de notre tente”, pour paraphraser Isaïe, est votre grand thème…

J. K. : C’est la question essentielle et la source de toutes choses !… Aujourd’hui, trop de femmes ne cherchent plus l’amour mais un homme dans leur vie. Aimer fait peur, c’est une expérience qui envahit tout l’être, le bouleverse, le déborde et le dépouille. Comme le disait Thérèse d’Avila : “L’amour est dur et inflexible comme l’enfer”… Ainsi, Marie Madeleine croit absolument et aime absolument. Il n’y a pas ici de demi-mesure. Elle aime Jésus jusqu’au bout, même lorsqu’il est bafoué, trahi, agonisant et défiguré sur la croix. Elle est fidèle à cet amour, follement fidèle. Comme elle, j’ai le sens de l’amour total, donné une fois pour toutes. Si l’amour vient du cœur, s’il est mieux qu’un sentiment, un engouement et un désir physique, il dure par-delà le conflit, la séparation, le trépas. Aimer est une grâce et une gravité.

Mais prendre le risque de l’amour, ce “beau risque”, comme le disait Socrate à propos du mythe, agrée aux cœurs libres.

Une femme, tout particulièrement, devrait inviter à cette aventure chevaleresque et à cette passion qu’est l’amour. Quand on considère le code de le Fin’Amor (“parfait amour”) des xiie siècle, quand on lit les poèmes et les romans courtois du XIIe et XIIIe siècles ainsi que les récits mystique des Fidèles d’Amour persans, c’est toujours la Dame – une femme “sage et belle”, autant dire éveillée – qui inspire et oriente chevaliers et troubadours dans leur quête.

La Dame est la manifestation d’un amour infini, céleste, elle en est aussi la médiatrice.

Toute femme devrait être consciente de ce rôle souverain. De nos jours, on a tendance à oublier que l’amour humain est d’abord une union mystique des âmes et des esprits.
Ensuite seulement, et comme de surcroît, l’union des corps peut s’accomplir, tels un cantique et une prière. En s’affairant uniquement dans le sexuel, notre époque a tout inversé et tout saccagé ! Selon le Fin’ Amor, né en pays d’Oc, les amants courtois vivent le « long désir », une approche infinie où jouent les affinités du cœur et des rêves : ils ont tout le temps puisque l’amour est éternel ! Dans cet art d’aimer – qui n’est pas révolu – il y a toujours trois présences : l’homme, la femme et le mystère de l’amour. Il y va de notre honneur de nous rendre digne de ce mystère, de nous affiner, de nous élever jusqu’à lui. Pour ma part, je vais au combat sans relâche pour sauver la beauté et le mystère de l’amour. C’est ma tâche de “guerrière spirituelle” qui consiste à répondre de l’Amour en un monde qui le profane et le crucifie…

 

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