Le détachement, un parfum de Paix

Posté par othoharmonie le 8 décembre 2013

 

images (15)L’idéal prôné par les Sages de la Grèce antique était de parvenir à une vie apaisée, libérée des tourments intérieurs. Parvenir à cette félicité nécessite selon eux de pratiquer des exercices cathartiques ou de purification, au nombre desquels compte en particulier l’apprentissage du détachement. Découvrons ce qu’il faut entendre pas « détachement ».

Marie-Claire Daupale – Enseignante de philosophie

Le terme « détachement » est explicite, il s’agit de rompre les liens qui nous attachent et donc, restreignent notre liberté. De quels types de liens faut-il se déprendre ? De tous ceux qui reposent sur des sentiments possessifs ou égoïstes, sur des désirs immodérés ou vains, des pensées perturbantes ou néfastes, bref se libérer de tous les éléments psychiques qui, en nous décentrant de notre Esprit ou Moi profond, génèrent illusions et disharmonie. Un cheminement spirituel commence par l’expérience vécue d’une « conversion » ou d’un retournement intérieur qui s’accompagne d’un changement de regard. Ce changements se manifeste par un éveil s’apparentant à un envol : il convient de se délester de poids inutiles et encombrants qui alourdissent les ailes de la conscience afin de pouvoir se hisser vers des réalités métaphysiques radieuses. Voilà pourquoi il importe d’apprendre à se détacher. Une double question peut être soulevée concernant le sens même du détachement, ainsi que les moyens mobilisés pour l’actualiser.

Devenir transparent

Nous allons tout d’abord évoquer ce que le détachement serin n’est pas, afin d’éviter des malentendus. La prise de recul inhérente au détachement ne s’apparente pas à une froide indifférence, émanant d’un cœur sec ou aigri. Le retrait ou l’intériorisation du sage n’est ni mouvement de fuite craintive, ni passivité de la paresse ou de l’inaction. Un détachement lumineux est sensible, profondément empathique, présent au monde et à autrui, il évite la dispersion d’un activisme décentré, ainsi que les méandres des labyrinthes intérieurs où la pensée s’égare et les sentiments se fourvoient. Se détacher demande de s’exercer à devenir transparent ou pur en cultivant un attachement profond à Dieu, père de toutes les bontés, pour accueillir Sa lumière douce et puissante qui propulse la volonté dans des actes porteurs de beauté car portés par la Grâce. Le détachement est ce qui permet de soulever la tête du disciple trop souvent courbée vers la terre en lui dévoilant le ciel étoilé, cet infini de perfections silencieuses, pour lui signifier combien les préoccupations « humaines, trop humaines » sont médiocres, futiles, insignifiantes ; il n’est pas sensé de s’en soucier tant. Se défier des servitudes et emprisonnements multiples, aussi bien intérieurs qu’extérieurs, condamnant l’homme à s’identifier à son petit moi ou ego, ce qui le prive des ressources infinies de son Esprit et le même inévitablement à la souffrance, voilà le mérite du détachement authentique.

Audace et intégrité

Le détachement n’est pas non plus une forme de résignation triste ou de renoncement subi. Les mécontents se donnent parfois l’apparence du détachement pour essayer de faire passer pour sagesse ce qui n’est qu’un défaut, une incapacité à orienter librement le cours de leur vie. L’indécision et la lâcheté, deux formes d’irresponsabilité trop largement répandues, mènent effectivement à une attitude distante vis-à-vis d’autrui ou des événements, mais il s’agit-là d’une démission qui n’a rien en commun avec la vocation lumineuse d’un homme accompli. L’impassibilité du sage ne résulte ni de l’accumulation de déceptions solidifiées, en amertume, ni d’une abdication résignée devant les efforts nécessaires à fournir afin de se construire un caractère audacieux et intègre. Sa calme confiance résulte de sa capacité à ramener toute réalité  une cause divine et ainsi, à lui donner un sens sacré. Comment être morne, froid, désenchanté ou désabusé lorsque la présence continuelle de Dieu dans la conscience se manifeste comme une réenchantement permanent ? Les louanges de saint François d’Assise au Créateur n’illustrent-elles pas cette profonde joie qui resplendit dans le cœur de l’homme habité par la présence divine ? « Que je sois si bienveillant et joyeux que tous ceux qui m’approchent sentent Ta présence » demandait le poverello dans sa prière matinale.

Un état de conscience adaptable

Le détachement éclairé n’est pas campé sur une posture rigide, un ascétisme mortifère ou une austérité excessive. Malmener volontairement le corps ne peut conduire à l’ »aponie » (absence de troubles physiques), constitutive de la sérénité du sage. Si le cheminement spirituel invite à une ascèse mesurée et à une discipline sérieuse, la finalité n’est autre qu’un équilibre dynamique, intelligemment et noblement adapté aux circonstances. « Rien de trop », disaient les sages grecs, signifiant ainsi que la démesure est rarement bénéfique. Le détachement ascétique, s’il peut s’apparenter à une déprise à l’égard des plaisirs matériels, ne reçoit ses lettres de noblesse que s’il est transfiguré par l’éclat resplendissant  de l’union de conscience à Dieu, donc relié à des degrés mystiques très élevés. Ces voies de spiritualité ardues sont le plus souvent réservées à des vocations en retrait du monde, consacrées à la sainteté. Mais pour l’homme de nos sociétés postmodernes, les renoncements à effectuer afin de se forger une conscience libérée sont plus en adéquation avec les obligations de sa condition. La privation exagérée qui rend inapte à remplir ses devoirs est contraire aux attentes spirituelles. Ainsi, le détachement tentateur qui reviendrait à abandonner le poste dans lequel Dieu nous a placés (situation personnelle et professionnelle) est raisonnable et illusoire. En effet, c’est au sein de nos obligations humaines que nous avons à travailler pour nous perfectionner et découvrir ainsi le vrai détachement qui est un état de conscience adaptable à toutes les situations de vie. Si la méditation ou le recueillement contribuent grandement à instaurer un apaisement et un resourcement intérieur, ils doivent être pratiqués en harmonie avec une vie active et responsable. Le détachement authentique est donc moins un retrait de l’action ou du monde qu’un recul intérieur qui permet de se relier à son Esprit et ainsi, de dédramatiser les situations auxquelles nous sommes confrontés, en les évaluant avec justesse.

Quelques outils simples

Nous allons maintenant envisager quelques moyens qui permettent de parvenir à un détachement véritable, solide et stable, épanouissant et fécond. Il convient tout d’abord d’essayer d’éviter d’être obnubilé par des désirs et des passions qui, ainsi que le dit la sagesse populaire, « tournent la tête », autrement dit, détournent du droit chemin. Bien des convoitises fascinent nos consciences en focalisant notre attention sur des objectifs extérieurs. Soumis aux désirs insatiables, l’homme décentré s’épuise et s’empêtre dans d’inextricables complications. Cette constante insatisfaction matérielle, affective ou intellectuelle, si elle n’est pas mesurée et maîtrisée par la raison, se transforme en tourment, en sentiments destructeurs et en pensées obscurcies, autant de dérives qui déstabilisent la conscience et la font souffrir. Une dépression n’est autre qu’un accablement où toutes les facultés sont immobilisées par les idées sombres, récurrentes, durcis en habitude. Il convient donc d’avoir du discernement et d’effectuer un tri dans nos habitudes psychiques. Se détacher de tout ce qui, en nous, constitue une tendance néfaste, voilà une petite clé en or pour ouvrir la porte du bonheur. Remarquons d’ailleurs que bien souvent les hommes se trompent quant à l’origine de leurs désagréments ; ce sont moins les situations en elles-mêmes que les jugements négatifs qu’ils se forgent à leur sujet, c’est à dire leurs interprétations nocives qui constituent une difficulté. Les stoïciens demandaient de distinguer ce qui dépend de nous (nos représentations) de ce qui n’en dépend pas (les faits) et d’agir en sorte de maîtriser ce qui est de notre ressort, sans s’inquiéter de ce qui nous échappe inévitablement. Pourquoi associer systématiquement un jugement qui nous perturbe à telle ou telle situation que nous ne pouvons de toute façon pas changer ?

Ta volonté soit faite.

Un second moyen pour actualiser un détachement bienfaisant, c’est de consentir à ce qui est, plutôt que de la subir en regimbant. Seul le fou se révolte contre sa condition ou se lamente sur son sort, enseignent les sages stoïciens. Quelle que soit l’épreuve : un décès, une maladie, un échec, une rupture, voilà autant de faits qui s’imposent, à nous de les accepter humblement, de les transformer patiemment pour en faire des occasions de perfectionnement. L’univers est orchestré de façon parfaite par le Logos (ou la Raison cosmique), si bien que tout a sa raison d’être, même si nous ne le comprenons pas toujours vu nos limitations. Nous voudrions que le monde se soumettre à nos désirs pour pouvoir enfin accéder au bonheur ; notre relation à la création divine est donc conditionnelle : si.. alors ce serait bien. Pourtant, le Christ nous enseigne dans sa prière (« que Ta volonté soi faire sur la Terre comme au Ciel ») qu’il faut offrir à Dieu une acceptation inconditionnelle ; tout est bine, même si… Les sages de l’Antiquité prônaient l’amor fati, l’amour du destin, ce qui ne revient pas à adopter une attitude fataliste en suivant l’argument paresseux « tout est déjà joué d’avance, il est donc inutile de faire des efforts », mais à découvrir une science joyeuse qui réinscrit notre marge de liberté dans les plans de la volonté divine ; « Dieu me demande de m’ennoblir et me présente des occasions pour m’y exercer ». La Providence guide et oriente les destinées tout en laissant à l’homme l’usage de son libre arbitre si bien qu’il lui est possible d’acquiescer à la volonté divine ou de lui résister. Le détachement spirituel est donc fidèle à un engagement sacré, il est à l’écoute d’un appel transcendant qui invite à voir les événements autrement : découvrir un ses profond derrière les apparences trompeuses permet de consentir à ce qui est en transformant ce qui s’impose en occasions de perfectionnement.

Ce qui revient à Dieu

Un troisième moyen pour mettre en pratique un vrai détachement, c’est d’apprendre à se décentrer. « Le moi est haïssable », disait Pascal. Effectivement, le petit moi susceptible, autocentré et barricadé dans ses peurs, ses dévergondages et autres déviances, doit être attelé au service volontaire du Divin, ce qui permet une sublimation progressive des pulsions et impulsions. Ainsi, le détachement conçu comme abnégation radieuse permet de mettre en pratique un amour désintéressé et généreux, dégagé des vicissitudes et des oscillations, des atermoiements et des contradictions. La plénitude radieuse qui émane du visage du sage provient de son aptitude à se libérer des « filets de l’oiseleur », c’est à dire des entraves du moi. Il s’agit de ne pas ramener à soi ce qui revient à Dieu ; comme toute perfection en nous participe d’un attribut divin, lorsque nous agissons bine, nous devons être conscients que le mérite en revient à Dieu présent en nous. Le vrai détachement est en fait un attachement constant et humble au service du Très Haut. Il en résulte une libération bienheureuse qui permet, ainsi que l’indique Spinoza, de considérer toute choses « subspecie aetermitatis » : du point de vue de l’Eternité.

Un parfum de paix

Pourquoi importe-t-il d’apprendre à se détacher ? Pour laisser l’Esprit agir à travers nous et, ce faisant, obtenir une sérénité stable, affranchie de bien des troubles. Le détachement constitue une ascèse spirituelle qui permet de prendre du recul face aux situations générant des perturbations mentales et affectives, tout en nous obligeant à rester fidèles à Soi et présents au monde. Cet état d’esprit dégagé et souriant, ouvrant l’âme à la béatitude, ne peut advenir que progressivement grâce aux enseignements et initiations qui jalonnent le cheminement d’une vie. C’est à travers les événements d’une vie engagée au service du bien commun, par amour de Dieu et des hommes, que se construit doucement en état de conscience lumineux, serein, détaché. Cette impassibilité créatrice, qui confère un parfum de paix à toute action tout en comblant l’âme de joie, n’est autre que l’apanage de la Sagesse.

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