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Etre ou ne pas être humble

Posté par othoharmonie le 18 décembre 2013

 

Dans le cadre d’une série vidéo consacrée aux valeurs et tournée au Québec, Jean-Claude Genel a demandé à Edith Butler, chanteuse québécoise reconnue et appréciée depuis plus de 20 ans, de parler d’humilité. Une valeur qu’elle associe d’emblée à la vérité et à l’authenticité.

Interview de J.C Genel et E.Butler

téléchargement (4)

JCG : Au moment de la préparation de notre série « des valeurs à vivre », votre nom est souvent revenu sur la liste des personnalités québécoises pouvant témoigner d’une valeur.

EB : Je ne suis pas sûre que l’humilité, ce soit moi (rire). Par curiosité, je vais regarder la définition qu’offre le dictionnaire. « Humilité : état d’esprit, attitude de quelqu’un qui est humble ». Nous n’en savons pas davantage… « Se considèrer sans intelligence, est porté à rabaisser ses propres mérites ». Eh bien, je peux vous dire que ça, ce n’est pas du tout moi ; je ne suis pas portée à rabaisser mes mérites. Mais continuons : « Qui manifeste une attitude volontairement modeste, oui peut-être, et qui manifeste l’effacement ». Je ne suis vraiment pas une personne effacée « et sans éclat, sans prétention ou sans importance » Ceux qui ont écrit cette définition sont « dans l’erreur »

JCG : Des milliers de personnes vous acclament en concert. Quand le rideau tombe, je suis certain que vous retrouvez la vie de tous les jours avec naturel. N’est-ce pas de l’humilité ?

EB : Je ne suis pas sûre que cela en soit. Quand je suis sur scène, je fais mon métier de chanteuse et de musicienne avec autant de passion et d’éclat et sans effacement que lorsque je plante mes pommiers. Aujourd’hui, j’ai fait des plantations avec, pour tout public, des chevreuils. Que je sois devant quelques milliers de personnes ou seule, j’ai la même attitude. Mais pour en revenir à notre valeur, pour moi, l’humilité découle de la vérité. Si l’on est vrai, on l’est tout le temps, avec toute personne que l’on rencontre, en compagnie d’une ou de milliers de personnes. Ainsi, on ne peut pas devenir orgueilleux. Bien sûr, j’ai un don. Il y a beaucoup de musiciens dans la famille de ma mère, donc c’est un peu génétique et, je dirai, naturel. Je le porte en moi et je suis reconnaissante pour cela.

JCG : C’est naturel et vous l’exercez avec plaisir et passion, avec éclat et humilité parce que vous êtes cela.

EB : Oui, je le fais avec plaisir et passion, vérité et amour. Je ne cherche pas à être acclamée, mais j’aime partager ce que j’ai en moi. L’humilité consiste à être soi-même, en toute circonstance et évite de basculer dans l’orgueil. Ma vie a été extraordinaire jusqu’à maintenant. En effet, je viens d’un petit village où a vécu toute ma famille. J’ai eu une enfance e tune jeunesse totalement libres, sans aucune crainte, dans une espèce de féerie où j’ai cru que tout le monde était beau, fin et gentil. C’est seulement en quittant mon village que j’ai réalisé qu’il n’en était rien. Ma force, c’est d’avoir conservé cette âme d’enfant.

JCG : Comment avez-vous gardé votre âme d’enfant ?

EB : ça n’a pas été difficile et cela, grâce à l’amour de ma famille. Mon enfance avait été tellement fantastique que j’ai voulu la conserver de toutes mes forces. Je n’avais donc pas envie de vieillir ou de devenir adulte comme certains que la vie a blessés quand ils étaient jeunes. J’ai eu plusieurs étapes dans ma vie où je me suis sentie en phase avec mon âge, mais depuis que je suis revenue vivre sur « mes »terres, j’ai retrouvé mon enfance et je ne veux plus perdre mon cœur d’enfant.

JCG : Les moments heureux de votre enfance ont touché ce que vous êtes intérieurement. Vous le rayonnez et cela donne de la brillance à vos yeux. C’est peut-être ça l’amour.

EB : l’amour est bien délicat à définir. Ce n’est pas un « petit frisson », c’est être attentif à l’autre sans qu’il s’en rende compte. C’est savoir ce qu’il veut, ce qu’il aime ou pas, afin de le surprendre et de l’émouvoir. Ce rayonnement n’est pas simplement celui des yeux, mais celui du cœur et de l’âme qu’il faut entretenir à tout prix.

JCG : Vos parents doivent être fiers de vous ?

EB : Ils sont fiers de tous lerus enfants. Ils n’ont pas de préférence et c’est bien comme ça. Chacun a un métier différent et l’exercice avec ce même élan reçu de nos parents. Et cela se transmet à la génération suivante puisque nos enfants sont confiants en la vie et envers ceux qui s’occupent d’eux. J’essaie de partager et de faire comprendre que la vie, ce n’est pas passer son existence entière à attendre la sixième tasse de café pour se réveiller… Quand tu te réveilles, tu te réveilles à la vie et il faut « être ». Mon papa me disait tout le temps : « Je suis reconnaissant tous les jours de m’être réveillé ! »

JCG : Vous semblez très proche de la nature, n’est-ce pas une preuve d’humilité ?

EB : Peut-être. Mon père m’emmenait toujours avec lui dans les bois. Il m’a enseigné les différentes essences d’arbres, mais aussi les animaux, les fleurs. Mes deux grand-mères m’ont appris à soigner avec les racines et des feuilles. Aujourd’hui encore, quand je me blesse, je me soigne ainsi. Des chevreuils viennent régulièrement dans mon jardin ; ils n’ont pas peur parce que je ne les chasse pas. Ils pensent sans doute que j’ai un beau jardin et ils en profitent pour manger mes carottes et mes choux ! Je les regarde, je leur parle. Je les laisse faire et il en reste toujours assez pour moi.

JCG : Tout à l’heure, vous avez joué au piano La vie en rose. Jouer les succès des autres, n’est-ce pas faire preuve d’humilité !

EB : Ce n’est pas de l’humilité, c’est Edith Piaf ! M’installer au piano est quelque chose de naturel. La vie en rose est une pièce que j’ai toujours jouée et je vais vous dire pourquoi. Mon père a eu la première télévision du village. Lorsqu’il a installé l’antenne, nous étions tous devant l’écran à attendre. Tout à coup, à travers la neige du téléviseur, une chanteuse est apparue et ma mère s’est exclamée : « Mais c’est Edith Piaf » Et j’en reviens à l’humilité car je ne pense pas être une personne humble. Je pense que je suis dynamique et que je suis toujours vraie avec moi-même et les autres. Alors, si l’humilité c’est cela, je suis d’accord, mais je ne suis pas une personne effacée !  

JCG : J’ai bien remarqué que dans tout ce que nous nous sommes dit, vous avez toujours évité qu’on revienne à l’humilité vous concernant. Je retiens une chose en vous voyant Edith : que nous ayons parlé ou non d’humilité, je vois l’éclat de votre regard et ce qui rayonne de vous.

EB : Je vous dis humblement merci (rire).

En conclusion : Au début de l’entretien, Edith Butler nous dit qu’elle n’est pas sûr d’être humble. Mais qui affirmerait l’être, ne le serait pas. Sa réaction montre la difficulté de définir cette valeur. On la constate d’abord chez une personne qui, comme elle, cultive le goût de l’authentique et du vrai. En reconnaissant ce qu’on n’est pas, on se garde de tout orgueil. L’humilité demande d’être lucide sur nos faiblesses, disons nos possibilités non encore exploitées. La personne humble « ne se croit pas », elle doute et réfléchit sans cesse à ce qu’elle peut améliorer d’elle-même et offrir de mieux aux autres. Face à cet état d’âme qui pourrait frôler l’insatisfaction permanente, où est l’antidote ? Sans doute dans la reconnaissance de nos talents, mais aussi dans le fait de savoir donner la même qualité d’attention à celles et ceux qui nous réclament dans les différents domaines de notre vie, même là où l’on n’excelle pas ! En effet, il faut savoir être présent à tout ce qui tisse l’existence. Rester soi-même quand « le rideau tombe » nous rapproche davantage de l’humilité. De plus, comme Edith, évitons de croire que l’on se « fait tout seul » et reconnaissons que nos talents sont venus avec nous. Seul nous revient le mérite de les avoir mis « au service » d’autrui (donner) comme de nous-mêmes (recevoir). Faut-il plus d’humilité pour occuper la première ou la dernière place ? Cela n’est ni plus ni moins facile puisque tout est question de dignité. Etre soi-même en toute circonstance est une preuve d’humilité. Cela nous permet de comprendre que nos maîtres (d’école) se trompaient lorsqu’ils indiquaient sur nos carnets de notes : « peut mieux faire » L’humilité en nous traduit : « Est-ce qu’il peut mieux faire ? »

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