RIRE devenu symptôme de notre société malade

Posté par othoharmonie le 21 décembre 2013

 

Nathalie Rheims a regardé l’émission « Complément d’enquête » de Benoît Duquesne sur « la dictature du rire », devenue symptôme de notre société malade.

Photo d'illustration.

Bizarre, bizarre. Normalement, la liberté en matière d’humour est le paramètre absolu de la démocratie. Moins on a le droit, dans un pays, de caricaturer, de se moquer, de rire, plus on se rapproche du modèle de la Corée du Nord, où, à l’évidence, ça ne plaisante pas. Pourtant, jeudi soir, sur France 2, Benoît Duquesne se lançait courageusement dans un Complément d’enquête particulièrement « casse-gueule » sur « la dictature du rire », suivi, il faut le souligner, par deux millions de téléspectateurs intrigués par ce sujet.

Cette interrogation prolongeait quelques expressions de « ras-le-bol » venant de personnalités inattendues sur un tel sujet comme celle deFabrice Luchini dénonçant une certaine « tyrannie du rire obligatoire » ou Jean-Louis Borloo qui, tout simplement, n’en peut plus. Le sujet était particulièrement difficile à traiter, car tous les Français sont très attachés à cette liberté fondamentale, et leur besoin d’humour et de mise à distance est d’autant plus grand que la période qu’ils traversent est pénible.

Il n’est donc pas surprenant que tous les médias se lancent dans une compétition acharnée pour exploiter le filon des talents singuliers des « faiseurs de vannes » qui tend, depuis quelques années, à devenir une véritable industrie, particulièrement rentable. De ce côté-là, le redressement productif fonctionne très bien, merci. Des reportages très intéressants permettent de découvrir les équipes d’auteurs, payés au mot qui déclenche les rires, autour ou derrière nos « stars du LOL ».

Cette expression, qui s’est imposée comme un symptôme au cours de la dernière décennie, n’évoque-t-elle pas certaines de ces dérives qui finissent par saturer l’espace médiatique ? Les trois mots anglais qui la forment, Laughing Out Loud, ne traduisent-ils pas ce que pointait Luchini et qui rend le rire si lourd là où l’on aurait besoin de sa légèreté ?

« Contre-pouvoir »

Bien sûr, des hommes politiques aguerris comme Jean-Pierre Raffarin ne pouvaient que relativiser les choses en expliquant que les humoristes d’aujourd’hui n’avaient rien à envier en méchanceté aux chansonniers et caricaturistes d’autrefois. Mais justement, si le « message » de l’humour n’a pas changé, on peut se demander si le changement du « médium » ne finit pas par produire des effets inverses de ce que l’on attend. À l’époque des chansonniers, qui se produisaient sur une scène devant quelques centaines de spectateurs, on avait bien affaire à un « contre-pouvoir ». On pouvait toujours lire, chaque semaine dans Le Canard enchaîné, « la cour » où de Gaulle était présenté en Roi-Soleil, il n’y avait pas de confusion possible entre « le pouvoir », d’un côté, et le « contre-pouvoir », de l’autre.

C’est bien sur cette inversion des genres que porte la question aujourd’hui. La vanne et la caricature étant devenues la matière première principale de toute médiatisation, leur « force de frappe » écrase toute tentative de faire passer quelque message que ce soit. Rien, aucun discours, aucun message, ne peut résister à l’image de Hollande en Père Noël coincé dans la cheminée ou de sa simple gestuelle incarnée par Laurent Gerra, car c’est ce qu’on finit par attendre et par voir sur toutes les chaînes, même les plus sérieuses. Il faut ajouter à cela que la plupart des médias, ayant pris conscience de cette « force de frappe », ont appris à utiliser ces nouvelles formes d’humour non plus comme des « contre-pouvoirs », mais comme des instruments idéologiques de pouvoir direct, militants, qui en font désormais le « premier pouvoir ».

Le Point.fr – Publié le 20/12/2013 à 13:36 - Nathalie Rheims : « la dictature du rire »

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