Pourquoi dites-vous que l’extériorité de la pensée est une évidence

Posté par othoharmonie le 10 janvier 2014

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S.T. : L’inconscient est, selon le mot de Freud, une mémoire phylogénétique c’est-à-dire une mémoire transgénérationnelle. Nous portons un savoir qui nous précède, nous possédons des souvenirs qui nous sont antérieurs. La plupart de nos symptômes sont l’expression de douleurs qui sont celles de nos aieux. Ils s’expriment par nous et nous parlons pour eux mais aussi par eux. Vous voyez pourquoi toutes ces choses mystérieuses effrayent les rationalistes au point de les exclure de leur domaine de réflexion et de les rabattre dans les zones sombres du paranormal. C’est ainsi que de nombreux faits psychiques en rapport avec des pathologies psychiatriques sont absents des classifications psychiatriques. La pratique clinique offre de multiples manifestations dites surnaturelles. J’aborde plusieurs exemples dans le livre à deux voix que nous avons écrit avec Marc Menant, Bien réel le surnaturel (éd. Alphée/Jean-Paul Bertrand). Les patients psychotiques ont souvent une intuition exacerbée, la télépathie est une modalité de connaissance. Ils peuvent avoir accès à votre propre univers intérieur, vous parlant par exemple de ce que vous avez fait la veille. Pour les schizophrènes, les voix hallucinées parlent dans la langue maternelle, ceci même s’ils n’ont pas connu leur mère ou qu’ils n’ont pas été élevé dans cette langue. Freud parlait de la télépathie avec Ferenczi – tout en lui conseillant de rester discret sur le sujet (il y est revenu ouvertement dans la dernière partie de son oeuvre). En fait, toute la psychanalyse nous donne un matériel conceptuel pour aborder la transmission de pensée. J’en fais quotidiennement l’expérience : la pensée n’est pas une fonction cérébrale, elle ne doit pas être réduite à un ensemble de fonctions cognitives. Certes, il se passe des choses passionnantes dans le cerveau, mais ça n’est pas la pensée, ni l’inconscient, qui se déploient hors espace-temps.

Étudiant les hystériques, Freud commence par se dire que c’est leur corps qui pense à la place de leur tête. Mes patients entendent des voix par les différentes parties de leur corps. Les neurologues redécouvrent aujourd’hui avec ébahissement ce que savaient déjà les Grecs : nous avons plusieurs “cerveaux” dans le corps ! Socrate évoquait la sagesse des Anciens qui situaient le siège de la pensée au niveau du diaphragme, là où nous posons spontanément la main pour dire : « C’est moi.»

Que penser de tout cela ? Ma conviction – que je vérifie empiriquement à l’hôpital – est que l’approche platonicienne, que j’ai étudiée à travers Plotin, offre la meilleure réponse à toutes ces questions. Ma thèse de doctorat de philosophie s’intitulait « Penser l’extériorité de la pensée » ; je crois nécessaire de considérer qu’il y a un savoir, une pensée extérieure à nous…

N.C. : En ce cas, nos corps, en particulier nos cerveaux, seraient quoi ? Des sortes de récepteurs de cette pensée extérieure ?

S.T. : Le cerveau existe aussi chez les animaux, il intervient dans toutes les fonctions dites cognitives qui nous permettent la relation, la communication, la connaissance de notre environnement, etc. La pensée extérieure dont je parle ne doit pas être dite en termes spatiaux-temporels. Dire qu’elle est « extérieure » est trompeur, parce qu’il donne l’impression qu’elle est localisable. Je dis « extérieure » pour bien signifier qu’elle se distingue de l’intériorité propre à notre conscience. La pensée extérieure désigne la part strictement humaine en l’homme. Nous n’avons guère avancé depuis Diogène, qui parcourait les rues d’Athènes avec une lanterne allumée en plein jour, répétant : « Je cherche un homme. » Ou est l’homme ? Nous parlons souvent du « corps humain » mais l’expression est étrange parce qu’il n’y a rien d’humain dans le corps. Tous les organes, toute la chimie, toute la physiologie existent aussi chez l’animal. La pensée ? Elle n’est pas dans le corps ! Elle est ailleurs. Dans un ailleurs que la folie explore. C’est pourquoi celle-ci peut nous aider à trouver l’homme.

N.C. : Edgar Morin nous mettrait-il sur la piste en nous baptisant Homo sapiens demens ?

S.T. : C’est une belle formule. J’ajoute que pour connaître l’homme, il faut le connaître dans ce qui le spécifie : une fois de plus, l’art, la folie et la foi sont les trois portes qui nous donnent accès à l’humanité en l’homme. Connaître la folie, c’est connaître l’homme. La condition humaine n’est pas étrangère à la folie. Je dirais même que la folie est la condition d’humanité, l’homme n’est jamais autant homme que dans la folie !

N.C. : Pourquoi ? Parce que le côté prométhéen de l’homme civilisateur est forcément fou, en particulier à une époque où l’on est capable de construire des tours d’un kilomètre de haut ?

S.T. : Evidemment. La folie a toujours à voir avec l’élévation. La condition humaine, c’est de s’élever, pas de se rabaisser. Dans le symbolique comme dans la réalité, la folie collective, c’est toujours la Tour de Babel. Or, dans la psychose, il y a une élévation. Un cheminement qui va de l’existence vers l’Être.

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