Si nous savions exprimer notre intériorité

Posté par othoharmonie le 27 février 2014

 

 

220px-Vincent_Van_Gogh_-_SorrowLa violence, intériorisée ou extériorisée, résulte d’un manque de vocabulaire ; elle est l’expression d’une frustration qui n’a pas trouvé les mots pour se dire. Et pour cause : nous n’avons jamais acquis le vocabulaire de notre vie intérieure. Nous n’avons pas appris à décrire précisément ce que nous sentons ni quels sont nos besoins. Pourtant, depuis l’enfance, nous avons appris beaucoup de mots ; nous pouvons parler d’histoire, de géographie, de mathématiques, de science ou de littérature, nos pouvons décrire une technique informatique ou sportive, discourir sur l’économie ou le droit, mais les mots de la vie intérieure, quand les avons-nous appris ? En grandissant, nous nous sommes occupés de nos sentiments et de nos besoins pour tenter d’être à l’écoute de ceux de papa et maman, des frères et sœurs, de l’instituteur etc… « Fais ce que maman te dit de faire …, Fais ce que veut ton petit cousin qui vient jouer cet après-midi…, Fais ce qu’on attend de  toi » .

 

Et nous nous sommes ainsi mis à l’écoute des sentiments et des besoins de tous – patron, client, voisin, collègues de travail, sauf des nôtres ! Pour survivre et nous intégrer, nous avons cru devoir nous couper de nous-mêmes.

 

Un jour, cette coupure se paie. Timidité, dépression, doutes, hésitations à prendre une décision, incapacité de faire des choix, difficulté à s’engager, perte du goût de vivre. Au secours ! Nous tournons en rond comme l’eau dans un lavabo qui se vide ; L’engloutissement est proche ; Nous attendons qu’on nous repêche, qu’on nous donne des instructions et à la fois, nous ne pouvons plus entendre aucune recommandation. Nous sommes saturés de « Il faut que tu…, Il est grand temps que tu… Tu devrais… »

 

Nous avons fondamentalement besoin de nous trouver, nous, de nous ancrer solidement en nous-mêmes, de sentir de l’intérieur que c’est nous qui parlons, nous qui décidons et non plus nos habitudes, nos  conditionnements, nos peurs du regard de l’autre. Mais comment ?

 

  1. 1.      L’ESPACE MENTAL

La tête symbolise l’espace mental. C’est lui qui a bénéficié de l’essentiel de toute l’éducation que nous avons reçue. C’est lui que nous avons musclé, discipliné, affiné pour être efficace, productif, rapide. Notre cœur, lui, notre vie affective, notre vie intérieure, n’a pas reçu toute cette attention. Nous avons en effet appris à être sages et raisonnables, à prendre de bonnes décisions bien réfléchies, à analyser, catégoriser et étiqueter toutes choses et à les ranger dans des tiroirs bien distincts. Nous sommes devenus maître en logique et en raisonnement, et depuis l’enfance, c’est notre compréhension intellectuelle des choses qui a été stimulée, exercée, affinée et nuancée. Notre compréhension émotionnelle, elle, n’a été que peu ou pas encouragée, quand elle n’a pas été ouvertement découragée.

 

Dans cet espace mental, il y a quatre caractéristiques qui sont souvent la cause de la violence que nous nous faisons à nous-mêmes ou que nous imposons aux autres.

 

Les jugements, étiquettes et catégories – Nous jugeons l’autre ou une situation en fonction du peu que nous en avons vu et nous prenons le peu que nous en avons vu pour toute la réalité…. en un éclair, nous avons jugé. Plus vite que notre ombre. Nous ne savons rien de cette personne, qui est peut-être engagée avec passion dans un mouvement de jeunesse, une équipe de théâtre ou la recherche informatique et contribue ainsi de tout son talent et de tout son cœur au mouvement du monde. Mais comme quelque chose dans son aspect, dans sa différence, suscite en nous de la peur, de la méfiance et des besoins que nous ne savons pas décoder, nous jugeons. Vouez comme notre jugement fait violence à la beauté, la générosité, la richesse qu’il y a certainement dans cette personne et que nous n’avons pas vue.

 

Nous jugeons encore, prenant le peu que nous avons vu de l’autre pour toute sa réalité. Nous l’enfermons dans un petit tiroir, nous l’emballons sous cellophane ; De nouveau, nous faisons violence à toute la beauté de cette personne que nous n’avons pas aperçue parce qu’elle est intérieure. Cette personne est peut-être très généreuse de son temps et de son argent, si elle en a, engagée dans l’entraide et le soutien, nous n’en savons rien. Encore une fois, un aspect de sa personne éveille  en nous peur, méfiance, colère ou tristesse et des besoins que nous ne savons pas décoder (besoin d’échange, besoin de partage, besoin que les êtres humains contribuent activement au bien-être commun), alors nous jugeons, nous coinçons l’autre dans une catégorie, nous l’enfermons dans un tiroir. Nous prenons la partie émergée de l’iceberg pour tout l’iceberg, alors que chacun sait que quatre-vingt dix pour cent de l’iceberg se trouve sous le niveau de la mer, hors de la vue. Rappelons-nous : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux » écrivait Saint Exupéry. Regardons-nous vraiment l’autre avec le cœur ?

 Si nous savions exprimer notre intériorité dans APPRENDS-MOI

Préjugés, a priori, croyances toutes faites et automatismes – Nous avons appris à fonctionner par habitude, à intégrer des automatismes de pensée, des a priori, des préjugés, à vivre dans un univers de concepts et d’idées, et à fabriquer ou à propager des croyances qui ne sont pas vérifiées …. Ce sont souvent des expressions qui sont essentiellement le reflet de nos peurs… Ce faisant, nous nous enfermons et enfermons les autres dans une croyance, une habitude, un concept. De nouveau, nous faisons violence aux hommes qui sont tout sauf des machos, qui se sont ouverts à leur sensibilité, à leur délicatesse, à la féminité qui est en eux. Nous faisons violence aux femmes qui conduisent beaucoup mieux que la plupart des hommes, avec à la fois plus de respect pour les autres automobilistes et plus d’efficacité dans la circulation. Nous faisons violence aux fonctionnaires qui se donnent avec générosité et enthousiasme dans leur travail. Nous faisons violence aux politiciens qui exercent leurs fonctions avec loyauté et intégrité, et dans le sens du bien commun. Nous nous faisons violence pour toutes ces choses que nous n’osons pas dire ou faire alors qu’elles nous importent vraiment, ou pour toutes celles que nous « croyons devoir » faire sans prendre le temps de vérifier si elles sont effectivement prioritaires et si nous ne pourrions pas plutôt prendre soin des besoins réels des personnes concernées (ceux des autres ou les nôtres) autrement.

 

Le système binaire ou la dualité – Enfin, nous avons pris l’habitude sécurisante de tout formuler en noir et blanc, en positif et négatif. Une porte doit être ouverte ou fermée, c’est juste ou ce n’est pas juste, on a tort ou raison, ça se fait ou pas… Avec des variantes subtiles : on est intellectuel ou manuel, mathématicien ou artiste, père de famille responsable ou individu fantaisiste… homo ou hétéro, branché ou ringard… C’est le piège de la dualité, le système binaire.

 

Comme si la réalité n’était pas toujours infiniment plus riche et colorée que nos pauvres petites catégories, que ces pauvres petit tiroirs dans lesquels nous essayons de la coincer parce que sa mouvance, sa diversité et sa vitalité chatoyante nous déconcertent et nous font peur et que nous préférons pour nous rassurer, tout enfermer dans des potiquets d’apothicaire bien étiquetés sur l’étagère de notre intellect. Nous pratiquons cette logique d’exclusion et de division basée sur « ou » ou sur « soit ». Nous jouons à « Qui a tort, qui a raison », jeu tragique qui stigmatise tout ce qui nous divise plutôt que de valoriser tout ce qui nous rassemble. Comme si nous ne pouvions pas à la fois prendre soin des autres et prendre soin de nous-mêmes, être proches des autres sans cesser d’être proches de nous-mêmes.

 

Le langage déresponsabilisant – Nous utilisons un langage qui nous déresponsabilise de ce que nous vivons ou de ce que nous faisons. D’abord, nous avons appris à reporter sur les autres ou sur un facteur extérieur à nous la responsabilité de nos sentiments. « Je suis en colère parce que tu… » (le tu qui tue évoqué par Jacques Salomé ». Nous ne prenons aucunement la responsabilité de ce que nous ressentons. Au contraire, nous trouvons un bouc émissaire, nous coupons une tête, nous nous déchargeons de notre mal être sur l’autre qui sert de paratonnerre à nos frustrations. Ensuite nous avons également appris à ne pas nous tenir responsables de nos actes. « C’est le règlement, ce sont les ordres etc… » Ce langage nous déconnecte de nous-mêmes et des autres et nous asservit d’autant plus subtilement qu’l paraît être un langage responsable.

 

  1. Les sentiments

250px-Smooches_%28baby_and_child_kiss%29 dans Travail sur soi !Dans ce fonctionnement traditionnel qui privilégie le processus mental, nous sommes coupés de nos sentiments et de nos émotions comme par une dalle de béton. Nous avons appris et on nous a inculqué très tôt qu’être adulte, c’est se couper le plus possible de ses émotions et ne s’en préoccuper que pour faire joli dans une conversation de salon, sans déranger personne, une fois de temps en temps. Pour être aimé et avoir sa place dans ce monde, on doit faire non pas ce que l’on ressent ni ce que l’on voudrait, mais ce que les autres veulent. Etre vraiment soi-même, c’est risquer de perdre l’amour des autres.

 

De cet encodage résultent quelques conditionnements. Nos émotions sont comme des vagues de sentiments multiples, agréables ou désagréables, qu’il est intéressant de pouvoir identifier et différencier. L’intérêt d’identifier notre sentiment, c’est qu’il nous renseigne sur nous-mêmes en nous invitant à identifier nos besoins. Le sentiment fonctionne comme un signal clignotant sur un tableau de bord ; il nous indique qu’une fonction est ou n’est pas remplie, qu’un besoin est ou n’est pas satisfait.

 

Etant bien souvent coupés de nos sentiments, nous ne possédons que quelques mots pour les décrire ; d’un côté nous pouvons nous sentir bien, heureux, soulagés, détendus, et de l’autre, nous pouvons avoir peur, nous sentir moches, déçus, tristes, en colère. Nous avons bien peu de mots pour nous décrire et malgré tout, nous fonctionnons avec cela. Dans les formations à la communication non violente, une liste de plus de deux cent cinquante sentiments est distribuées aux participants pour leur permettre d’étoffer leur vocabulaire et donc d’élargis la conscience qu’ils ont de ce qu’ils éprouvent. Cette liste ne tire pas ses mots de l’encyclopédie mais d’un vocabulaire de mots courants comme nous pouvons en lire dans les journaux et en entendre à la télévision. Toutefois, une pudeur et une réserve transmises de génération en génération nous empêchent de les utiliser pour parler de nous-mêmes.

 

  1. Les besoins

Si nous sommes déjà largement occupés de nos sentiments nous le sommes presque tout à fait de nos besoins. Nous avons parfois l’impression qu’une dalle de béton nous coupe de nos besoins. Nous avons plus appris à tenter de comprendre et de satisfaire les besoins des autres qu’à tenter de nous mettre à l’écoute des nôtres. S’écouter a été longtemps synonyme de péché mortel, en tout cas d’égocentrisme ou de nombrilisme : « Ce n’est pas bien de s’écouter comme cela. Oh ! c’est encore une personne qui s’écoute ». L’idée même que l’on puisse « avoir des besoins » est encore souvent perçue comme infamante.

 

Il est vrai que le mot besoin est souvent mal compris. Il ne s’agit pas ici d’une envie du moment, d’une pulsion passagère, d’un désir capricieux. Il s’agit de nos besoins de base, ceux qui sont essentiels à notre maintien en vie, ceux que nous devons satisfaire pour trouver un équilibre satisfaisant, ceux qui touchent à nos valeurs humaines les plus répandues ; identité, respect, compréhension, responsabilité, liberté, entraide.

 

En indiquant à l’autre quelle est notre demande concrète, nous rendons le besoin moins menaçant parce que nous l’incarnons dans la réalité, dans le quotidien. Ce n’est pas un besoin virtuel, apparemment insatiable et donc menaçant. C’est une demande concrète, bien définie en termes d’espace et de temps, et par rapport à laquelle nous pouvons nous situer, adapter une attitude. Une fois notre besoin identifié, nous allons pouvoir formuler une demande concrète et négociable qui va dans le sens de sa satisfaction.

 

  1. La demande

En formulant une demande, soit une proposition d’action concrète et négociable, nous nous dégageons de la troisième dalle de béton qui nous tient entravés et nous empêche d’entreprendre toute démarche dans le sens de notre besoin. En formulant une demande concrète, nous sortons de l’attente, souvent désespérée, que l’autre comprenne notre besoin et accepte de le satisfaire, attente qui peut durer une éternité et se révéler extrêmement frustrante ; C’est nous qui prenons en charge la gestion de notre besoin et donc la responsabilité de sa satisfaction. Nous nous piégeons cependant souvent en prenant nos demandes pour des besoins fondamentaux.

 

Nous sommes souvent fiers, et à juste titre, de notre langue française riche en nuances. Cependant, elle ne représente qu’un petit pourcentage de notre langage ; Le langage non verbal, selon des spécialistes de la chose, constituerait près de quatre-vingt dix pour cent de notre communication, seulement quelque dix pour cent étant attribués au langage verbal ! Etre conscient de cela nous permet d’être attentif à notre propre langage du corps ainsi qu’au langage du corps de l’autre.

 

Extrait du livre  CESSEZ D’ETRE GENTIL, SOYEZ VRAI  de Thomas d’Ansembourg aux éditions De L’homme

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