Isolement non nécessaire : Présence de Krishnamurti

Posté par othoharmonie le 13 mars 2014

 

téléchargement (1)L’être  humain  isolé  dans sa  conscience  individuelle  est  la totalisation  des  affranchissements  qui,  à travers  les siècles  ont  abouti à lui. Au cours de cette évolution, il y a eu  lutte constante, entre la nécessité de vivre dans le milieu et celle de survivre à ses bouleversements. Le milieu est l’ensemble de la nature et  de la société. Plus celle‐ci est stable, plus l’individu est réduit à un élément fonctionnel.  

Lorsqu’il n’y a pas conflit entre la société et l’individu, cela veut dire que celui‐ci est adapté jusqu’à avoir perdu toute possibilité de changer de fonction. Cela est assez apparent dans les castes et les  classes sociales, lorsqu’elles sont rigides. Dès lors, en cas de bouleversement, les individus tombent dans le désordre et  la confusion, et la société, dont les fonctions se sont trop spécialisées, meurt.  

Et pourtant, l’être humain a la faculté de transformer son milieu et d’en être transformé à son tour. Sa condition n’est  pas fixée dans des limites  psychiques. En fait, ces limites n’existent pas. L’homme est capable de passer à travers les  couches stratifiées de la conscience constituées, par l’accumulation du passé. Il peut briser ses adaptations et se retrouver  adaptable rt neuf dans un monde bouleversé.  

L’Humain est une perpétuelle gestation, une poussée, parfois violente, qui démolit tôt ou tard ce qui 

s’oppose  à  elle,  les  organisations sociales,  les  cadres,  les systèmes,  les  impositions  matérielles  et morales.  

Mais, dit Krishnamurti, ce qu’il faut, c’est tout autre chose que des révolutions sociales, des soulèvements sanglants, des  guerres, des massacres, des destructions, des violences pour s’emparer du pouvoir et pour le conserver. Ces tragédies,  en vérité, ne font que donner au passé une continuité sous une forme modifiée. Ce qu’il faut, c’est une révolution profonde  et silencieuse en nous‐mêmes, dans le processus même de notre pensée, dans la perception que nous avons d’être. C’est à une mutation brusque,  à un saut que Krishnamurti nous invite, lorsqu’il déclare que l’homme dans le vrai sens du mot, l’homme normal, n’a pas de  moi. Les hommes isolés dans leur conscience individuelle sont un état critique, un passage, en somme une sous‐espèce ou une pré‐humanité qui, à l’examiner sans passion, n’est pas viable. Envisagé ainsi, Krishnamurti n’est pas un instructeur mais une  présence. Il compose de manière  indescriptible  l’unique  et  le  normal.  Il  est  ce  qu’il  dit  :  on  chercherait  en  vain  en  lui  la manifestation d’un moi qui n’est plus là, et ce prodige nous surprend de ne pas nous surprendre. Cette présence est  invisible, impossible à définir, elle est, par rapport à nous, l’extrême simplification de notre propre synthèse. 

L’aboutissement de nos recherches est plus près de nous que ne l’étaient nos tâtonnements. L’élimination de nos essais  précédents se produit spontanément en nous, aussitôt que survient la réalisation. Auprès de Krishnamurti, nous ne

 sommes que des précurseurs de l’humain. Nous le précédons à la façon d’une espèce antérieure à lui. Nos luttes, nos souffrances, nos aspirations en vue d’une délivrance  l’ont annoncé, préparé, engendré. Mais, auprès de nous, Krishnamurti est déjà un précurseur de l’humain. Il nous précède  pour avoir déjà franchi le seuil. En ce double sens du mot précurseur, le devenir cesse. Il y a conjonction. 

Rien ne peut nous démontrer la possibilité de cette union, si ce n’est l’examen de la distance irréelle que nous  avons  créée  entre  nous  et  nous‐mêmes.  Cette  perception  ne  peut  être  l’objet  d’aucun enseignement, puisque les doctrines se proposent de nous faire franchir un intervalle qui n’existe pas ou, plus  pernicieuses encore, le veulent infranchissable, humain ici, là divin. Krishnamurti, au contraire, depuis le premier jour où il  a déclaré sa réalisation, ne cesse de nous dire qu’elle est à la fois totale et à la portée de tout le monde, soit qu’il affirme que  tout homme libéré atteint la vérité comme un Christ ou  un  Bouddha,  que  cet  accomplissement  n’est  pas  réservé  à  un  petit  nombre  d’initiés  ou  de surhommes,  mais  qu’il  peut  être atteint par chacun, soit que, plus tard, bousculant  la logique rationnelle, il réduise à néant la loi de cause à effet ou que, critiquant toute action sociale émanant d’une idée, il  qualifie de régressives les révolutions aussi bien que les réformes. En dépit de ses auditeurs qui lui demandent du temps  pour comprendre, pour mûrir, pour accueillir un message qui leur semble se situer au delà de leur degré d’évolution, il  s’obstine à nier l’évolution, la durée, le devenir.  

Cette insistance jamais relâchée, toujours  constante à elle‐même est la base, l’essence de sa vérité. 

Quelles  que soient  les raisons  que  l’on  puisse se  donner  pour  concilier  Krishnamurti  et  un  but  à atteindre, une recherche, une ascèse, un effort vers un idéal humain ou une perfection divine, elles n’expriment que le

 rejet de sa réalité.  

Ainsi, c’est à une mutation psychologique que nous invite Krishnamurti, et il nous propose à cet effet une méthode qui  consiste à prendre conscience de nos conditionnements psychiques, lesquels nous révèlent leur signification, pour peu que  nous leur accordions un intérêt suffisant, et suffisamment désintéressé, impartial, dans le courant de notre journée, sous le  coup des provocations de la vie. La difficulté réside en ce que nous sommes identifiés à ces conditionnements au point qu’ils  sont nous‐mêmes, qu’ils sont notre moi, de sorte qu’en fait, ils ne peuvent pas « nous » révéler leur signification, mais se la révéler à  eux‐mêmes, car nous ne pouvons guère nous ériger en spectateurs de nous‐mêmes sans créer un sur‐spectateur, et ainsi de suite, ad unum, dans l’abstraction métaphysique : le précédé est connu. Ce n’est pas ainsi que l’on  brise le cercle vicieux du moi, car l’analyse ne fait que le renforcer.  

Mais si l’on veut bien s’emparer de ce que Krishnamurti nous offre de plus nécessaire, l’instant présent, l’être intemporel  sans passé ni avenir, on s’aperçoit tout de suite, et peut‐être non sans surprise, que le moi et le présent ne se rencontrent jamais. Le moi ramasse tous les éléments du passé dont  il peut se servir, et les projette dans le futur, en composant à cet effet des images : les objets de nos désirs. Et nos rêves,  sensuels ou spirituels, nos poursuites, réelles ou imaginaires, ne sont que des stratagèmes destinés  à  nous  donner  le  sentiment  d’une  permanence  dans  une  durée. 

Mais  dès que notre pénétration éclaire à l’improviste, brusquement, en un instant vécu, cette extravagance, on la cherche, elle n’est  plus là et, en ses lieu et place, est une légèreté, une délivrance, une félicité que rien ne peut décrire.  

Certes, les rêves, les poursuites, les désirs inassouvis reviendront, armés de nos habitudes, de notre paresse d’esprit, de nos  vices. Un instant vécu les remettra en fuite. Ils reviendront encore, mais déjà un peu  différents.  Ce  flux  et  reflux  peut  durer  longtemps, surtout si  l’âge  nous  a  déjà  façonnés  et cristallisés.  Nous  pouvons  changer  intérieurement  d’une  minute  à  l’autre,  mais  il  faudra  peut‐être beaucoup  de  patience  et  de  persévérance  pour  que  l’ordre  se  rétablisse   sur  tous  nos registres psychiques et physiques: Krishnamurti le sait fort bien, et n’opère aucun miracle. L’état de connaissance est  une  réflexion  soutenue,  une  méditation  constante,  un  discernement  attentif.  L’établir,  c’est l’instaurer à tous les instants. 

 

Extrait de KRISHNAMURTI ET L’UNITÉ HUMAINE - de CARLO SUARÈS – Nouvelle édition revue et augmentée   1962 – éd.     ADYAR – PARIS  http://www.revue3emillenaire.com/doc/livres/Carlo-Suares-Krishnamurti.pdf

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