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Le pouvoir infini de la conscience

Posté par othoharmonie le 4 août 2014

 

Psychiatre américain de réputation mondiale et invité d’honneur à l’INREES pour la conférence du mercredi 13 Octobre 2010, Stanislav Grof a posé les bases de la psychologie transpersonnelle, menant avec son épouse Christina des recherches consacrées aux états de conscience modifiés depuis des décennies.

images (2)Thomas Kuhn, dans son ouvrage « La structure des révolutions scientifiques » explique que la science ne suit pas un parcours linéaire mais évolue par étapes. Entre chaque étape, on trouve des périodes, dont chacune est caractérisée par un consensus établi par le monde universitaire et accepté par tous, définissant ce qui est considèré alors comme étant la réalité. Durant chaque période, les scientifiques appliquent le paradigme existant. Mais il se produit parfois des « anomalies », des phénomènes qui ne peuvent pas être expliqués par la vision du monde en cours. Physique, chimie, psychologie… toutes les composantes de la science connaissent à un moment donné ce débat. Le dernier en date a eu lieu au début du siècle dernier, lorsque la physique de la relativité a dû faire place à la physique quantique. Un changement de paradigme se profile alors, qui peut durer plusieurs décennies durant lesquelles le monde scientifique dans son immense majorité oppose une très forte résistance. Nous sommes actuellement, nous dit Stanislav Grof, dans l’une de ces périodes-clé. Ses travaux, qui s’inscrivent dans un nouveau paradigme, bousculent. Il a choisi d’en parler avec humour : « Certains de mes collègues ne comprennent pas comment un médecin peut avoir recours à la psychologie transpersonnelle, ou écrire un ouvrage avec ce titre invraisemblable « Voyage au-delà de mon cerveau » ! » (ndlr : référence au livre du Dr Jill Bolte Taylor, paru en 2008). 

Pour nous présenter la synthèse de ses études sur les états de conscience non ordinaires, Stanislav Grof a choisi de parler tout simplement de ce qu’il a vécu : des histoires extraordinaires mais avérées, qui démontrent l’existence d’une psyché élargie et d’une conscience distincte du cerveau. 

La conscience n’est pas le cerveau

Né d’une famille sans affinités religieuses, il s’est passionné très tôt pour Freud et la psychiatrie. Sa formation médicale a été des plus matérialiste et, après quelques années d’analyse freudienne, il sent qu’il fait fausse route : intuitivement, il sait qu’il y a autre chose à découvrir. 

Il est dans cet état d’esprit lorsqu’un colis arrive au département de psychiatrie de Prague où il travaille, adressé au Directeur de l’établissement et accompagné d’une lettre. Un laboratoire allemand envoyait dans ce paquet plusieurs ampoules de LSD 25 et proposait aux membres du département de mener des recherches avec cette substance tout en communiquant leurs conclusions au laboratoire. La lettre suggérait : « peut être pouvez-vous l’utiliser comme un outil éducatif, le donner aux psychiatres, psychologues, étudiants en psychiatrie afin qu’ils passent quelques heures dans le monde de leurs patients… » 

Cet événement fut déterminant pour le jeune chercheur, qui dès lors réalisa avec son Directeur de recherches de très nombreuses expérimentations, sur lui-même et avec des patients, effectuant de nombreuses analyses avant, pendant et après afin d’obtenir des modèles. « c’était une source d’exploration tout à fait passionnante ! ». Au cours d’une de ses expériences avec le LSD 25, Stanislav Grof vécut notamment une expérience marquante, explorant des niveaux de conscience qu’il appellera « non ordinaires ». A cet instant, il eut l’intuition « à un niveau cellulaire » que ce qu’il avait appris à l’Université sur la conscience n’était pas exact : la conscience n’est pas un phénomène physique ; elle est quelque chose de fondamental qui agit au niveau du cerveau mais ce n’est pas le cerveau. « Il a fallu des années avant d’obtenir une démonstration scientifique de ce que j’avais expérimenté, notamment par les expériences de sorties du corps et surtout les EMI (Expériences de mort imminente) ou ce qui peut arriver à des personnes au seuil de la mort. » Depuis, des milliers de témoignages de personnes qui ont vécu des états de conscience modifiés (lors de comas, d’EMI ou d’intervention chirurgicale) ont été collectés, confirmés par un grand nombre d’expériences documentées. Ces personnes voient ce qui se passe au même dans la pièce, parfois même ce qui se passe à ce moment à plusieurs kilomètres de là. Mêmes interrogations et confirmations devant les témoignages de personnes aveugles, au seuil de la mort, ayant précisément décrit leur environnement suite à une EMI, ce que le psychologue Ken Ring appelle la « vision de l’esprit » (Mindsight). 

Inconscient individuel et inconscient collectif archétypal

Mais si notre conscience peut se « promener » lorsqu’elle est dans cet état particulier, jusqu’où peut-elle aller ? Au fil de leurs travaux, Stanislav et son épouse élargissent la carte de la psyché, que l’on croyait jusque là limitée à la mémoire postnatale. Ils démontrent qu’on peut revivre notre propre naissance, notre vie intra-utérine et jusqu’à notre conception au niveau cellulaire ! Une véritable révolution. « Nous savons que c’est possible, c’est maintenant aux neurophysiologistes de nous dire où cette mémoire est enfouie… Nous savons par la biologie que nous n’avons pas besoin d’un cortex pour avoir de la mémoire, la mémoire est une propriété intrinsèque à la matière vivante, Eric R. Kandel a reçu le prix Nobel en 2000 pour ses études sur la mémoire d’une limace de mer… Donc, on accepte qu’une limace ait de la mémoire, mais pas un être humain nouveau-né ! » 

Les découvertes ne s’arrêtent pas là. S. Grof constate que nous pouvons non seulement revivre des événements nous concernant directement et enfouis dans nos archives mémorielles, mais également des événements datant de plusieurs générations avant notre naissance biologique. Les personnes décrivent alors, avec une précision étonnante, une époque, un lieu disparu, toutes informations vérifiées et documentées ensuite par des recherches généalogiques, historiques, géographiques ou par l’étude des légendes et mythologies dans le monde. 

Carl Gustav Jung l’avait pressenti : nous disposons d’un inconscient non seulement individuel mais également collectif. Et même archétypal : dans ces états modifiés de conscience, de nombreuses personnes voient des personnages ou des royaumes mythologiques ou archétypaux qui leur est impossible de connaître intellectuellement. 

Les émergences spirituelles pour guérir

Mais le psychiatre pressent la dimension spirituelle de la conscience. Il rencontre alors des enseignants spirituels, moines tibétains, bouddhistes de la tradition zen, chamanes, chrétiens bénédictins… et étudie ce qu’il appelle « les technologies du sacré », comme les techniques de méditation profonde. Il découvre avec Christina que ces explorations peuvent être un mécanisme puissant de guérison pour nombre de pathologies étiquetées comme des « psychoses » ou « états psychotiques ». Eux préfèrent les nommer « émergence spirituelle » ou « urgence spirituelle », des termes qui parlent bien d’un état de crise thmais aussi d’une opportunité de passer à un autre niveau de conscience et de guérir. « On peut véritablement aider les gens à traverser ces crises plutôt que de supprimer les symptômes, même si le thérapeute n’y croit pas. Ne pas laisser les gens aller vers ça serait les priver d’une guérison possible. » En 1980, Christina fonde le réseau d’urgence et d’émergence spirituelle, qui met en contact des personnes traversant des crises de cet ordre-là avec des professionnels capables de les accompagner. 

« Quand nous aurons acquis cette nouvelle vision du monde, quand l’émergence de ce nouveau paradigme sera effective, ces expériences ne seront plus des anomalies mais des éléments normaux de notre nouveau monde. » Pour Stanislav Grof, l’important n’est pas de savoir ce qui crée ces émergences spirituelles mais de savoir comment accéder à ces nouvelles sources de guérison. 

Pour aller plus loin conseil lectures : « l’ultime voyage » et « Quand l’impossible arrive » (Editions Tredaniel)

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Pour faire pencher la balance (exercice)

Posté par othoharmonie le 4 août 2014

Exercice concret pour faire « pencher la balance » du côté du positif à chaque jour de votre vie

(extrait du livre « Tout va mal? Tant mieux? » pp.109-111):

tout-va-mal-tant-mieux-7-cles-pour-transformer

« Pour vous aider à choisir de cultiver le meilleur en vous-même, permettez-moi de vous proposer un exercice des plus judicieux, facile à intégrer au cœur de votre quotidien qui s’inspire du best seller «Arroser les fleurs pas les mauvaises herbes », de Fletcher Peacock.

Chaque fois qu’une peur, une angoisse ou un doute jaillit en vous-même, par exemple que vous craignez de ne pas être à la hauteur, de décevoir les gens, de ne pas réussir ce que vous tient à cœur ou de ne pas parvenir à surmonter la difficulté qui se présente dans votre vie, voici ce qui vous permettra de reconnecter de manière tangible avec votre puissance intérieure :

Prenez une grande feuille blanche sur laquelle vous dessinez une balance. Plutôt que celle-ci soit munie de plateaux, dessinez plutôt un seau de bonne envergure de chaque côté du balancier.

Dans un premier temps, inscrivez à l’intérieur du seau de gauche votre problème, votre souci et/ou votre perception négative de vous-même.

Puis, dans le seau de droite, inscrivez toutes les fois où vous vous souvenez avoir déjà rencontré ce genre de difficulté auparavant. Prenez le temps de vous remémorer, afin de les ajouter par écrit, toutes les fois où vous avez su trouver une solution pertinente, les fois où vous êtes « retombé sur vos pattes», les fois où vous avez su « passer au travers » de situations semblables, où la chance a tourné en votre faveur. Notez aussi les leçons que vous avez tirées de ces expériences, tout le cheminement que vous avez parcouru grâce à de tels « incidents de parcours » et même, toutes les qualités que vous avez développées au fil des ans à travers de tels événements qui vous paraissaient insurmontables au départ…

Imaginez que chaque mot que vous notez est comme une goutte qui remplit le seau de droite. Au besoin, agrandissez le seau en allongeant sa base vers le bas de la feuille. Voyez le seau de droite augmenter de volume, déborder même, jusqu’à ce qu’il occupe tellement de place sur la feuille qu’il fasse obligatoirement basculer la balance du côté positif.

Visualisez maintenant que tout ce que vous avez noté dans le seau de droite constitue une pleine réserve d’eau qui viendra faire germer toutes les graines positives que vous souhaitez voir fleurir dans votre vie. Chaque souvenir heureux, chaque défi relevé, chaque compliment adressé à vous-même sont autant de fleurs qui prendront racine dans le jardin intérieur de votre réussite sur tous les plans.

À l’opposé, chaque fois que vous vous dénigrez ou vous apitoyez sur votre sort, c’est comme si l’eau vive qui abreuve votre âme se répandait sur le sol, pour arroser les mauvaises herbes et faire pousser encore plus de carottes dans votre existence.

Somme toute, le seau de droite ne pèse-t-il pas beaucoup plus lourd que celui de gauche?

De la même façon qu’il n’est pas nécessaire de mettre de l’engrais tous les jours sur votre rosier pour que les roses s’épanouissent, souvenez-vous qu’une pensée positive a cent fois plus d’impact sur notre vie qu’une pensée limitative.

À compter de maintenant, il n’en tient qu’à vous de refaire cet exercice, de « faire pencher la balance » du bon côté, chaque fois que vous aurez besoin de vous « remonter le moral » et de retrouver la foi en votre potentiel créateur illimité! »

Source : FB de Bianca Gaia 

Le livre « Tout va mal? Tant mieux? » est disponible en libraire ainsi que sur mon site: www.biancagaia.com/Publications.htm#TantMieux

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Le déclic Chamanique

Posté par othoharmonie le 4 août 2014

L’anthropologue Michael Harner est une figure centrale de la redécouverte du chamanisme dans nos cultures. Son travail fut parfois vertement critiqué dans certains milieux académiques, mais il est aujourd’hui unanimement reconnu comme étant un pionnier du retour du chamanisme en Occident.

Le déclic Chamanique dans Chemin spirituel harner1

C’est durant les années 1960 qu’une nouvelle vague anthropologique décida de se rappro­cher des chamanes et de les considérer non plus comme étant des objets d’étude – et le mot objet est à comprendre ici dans sa signification péjorative également –, mais comme des praticiens d’une forme de savoir pragmatique issu du contact direct avec les forces de la nature. Cette nouvelle va­gue fut portée principalement par de jeunes anthro­pologues américains partis sur le terrain en Amérique centrale et du Sud, qui décidèrent de prendre les pratiques et les récits des chamanes au sérieux, sans leur imposer une interprétation folklorisante dépré­ciative. L’un des principaux éléments déclencheurs de ce changement d’attitude provint directement du fait que ces anthropologues acceptèrent de pénétrer dans l’univers des chamanes en participant à leurs cé­rémonies et en consommant leurs plantes sacrées. Il est important de comprendre qu’il n’était pas évident de se positionner ainsi à cette époque – et aujourd’hui encore, c’est parfois difficile –, sous peine de briser un tabou académique très profondément ancré dans les moeurs intellectuelles occidentale. Observer les cha­manes, oui, mais participer à leur folie, non !

Né en 1929, Michael Harner fut l’un des chefs de file de cette nouvelle vague. Il avait 27 ans lorsqu’il commença à faire parler de lui suite à deux séjours chez les Indiens Shuar ou Jívaro de l’Amazonie équa­torienne, en 1956 et 1957. Les fameux « réducteurs de têtes » allaient devenir l’un de ses sujets de prédi­lection, si bien qu’il devint le spécialiste des Shuar et publia un ouvrage intitulé Jívaro : People of the Sacred Waterfalls (Les Jívaros, hommes des cascades sacrées), qui reste à ce jour l’une des principales références sur cette peuplade. À cette époque, le jeune anthropologue joua encore le jeu de l’observation classique : « Je recueillis [...] avec succès de nombreuses informations sur leur culture, mais je restai un observateur extérieur au monde des chamanes. » Son approche du chamanisme fut cepen­dant bouleversée en 1960-61, lors d’un séjour chez les Indiens Conibo du Pérou durant lequel il fut in­vité à prendre de l’ayahuasca, la boisson psychotrope qu’utilisent les chamanes d’Amazonie pour accéder au monde des esprits. « Les gens étaient amicaux, mais hésitaient à parler du surnaturel. Finalement, ils me di­rent que si je désirais vraiment apprendre, je devais boire la boisson sacrée des chamanes, une potion à base d’aya­huasca, «la liane de l’âme» ». Il fallait consommer les plantes des Indiens pour comprendre leur manière de voir le monde. C’était une condition sine qua non. Et c’est ce que fit Michael Harner. En acceptant d’entrer dans l’univers des chamanes, il inaugura une voie ini­tiatique qui fut ensuite empruntée par d’autres an­thropologues (voir encadré : La postérité d’une vision). 

Le déclic chamanique

Le récit de sa première prise d’ayahuasca chez les Conibo, qu’il décrit dans La Voie du chamane, est un monument de la littérature anthropologique. Dans un style aventureux et enjoué, l’anthropologue y conte la manière dont il fit l’expérience de visions rappelant étrangement les scènes décrites dans l’Apo­calypse biblique. Il revécut également l’évolution de la vie sur Terre et vit d’immenses dragons tombés du ciel venir peupler notre planète. Cette expérience eut un impact décisif sur la vie de Michael Harner : il décida de ne plus se cantonner uniquement à son rôle d’anthropologue, mais d’ap­prendre les techniques du chamanisme. En discutant de ses visions avec un vieux chamane conibo aveugle, il fut abasourdi de découvrir que les chamanes avaient accès aux mêmes visions que lui et qu’apparemment, ces « hallucinations » étaient à la source de leur savoir – elles faisaient partie intégrante de leur cosmologie. Pour conclure leur échange, le vieux chamane aveugle lui dit qu’après avoir vu tant de choses, il ne faisait aucun doute que lui aussi, l’anthropologue blanc, puisse devenir un « maître chamane ». Qu’Harner soit conibo ou américain ne faisait aucune différence. Seuls le contenu et la qualité de ses visions étaient pertinents, et non sa couleur de peau ou ses origines ethniques. Cette ouverture d’esprit convainquit l’an­thropologue : il prit le vieux chamane au mot et dé­cida de poursuivre sa quête chamanique. 

Après avoir obtenu son doctorat en anthropologie à l’Université de Berkeley, et bien décidé à en savoir plus sur ses présumées capacités chamaniques, il retourna chez les Shuar en 1963 et en 1964, cette fois-ci dans le but d’apprendre les techniques du cha­manisme. Il entreprit cette quête en partant du prin­cipe que toute hypothèse doit être vérifiée par l’expé­rience. Comme lors de son séjour chez les Conibo, il fut invité à plonger – littéralement – dans la pratique : avec deux amis shuar, il se rendit à la cascade sacrée des Jívaro. A l’époque, qu’un blanc soit invité à péné­trer dans un sanctuaire aussi préservé constituait un événement en soi. C’est un honneur difficile à conce­voir aujourd’hui, alors que le tourisme amazonien bat son plein. Ses amis Shuar lui firent consommer de la maikua, une plante visionnaire très puissante (Brugmansia spp.), et à l’image du vieux chamane co­nibo, ils n’émirent aucun doute sur le fait qu’un blanc puisse apprendre à devenir chamane. 

À son retour d’Amazonie et durant une quinzaine d’années, Michael Harner enseigna dans certaines des plus prestigieuses universités d’Amérique du Nord : Columbia, Berkeley, Yale, la New York Academy of Sciences, etc. Il fut notamment le professeur d’un étudiant qui allait beaucoup faire parler de lui dans les milieux alors très restreints de la « renaissance chama­nique » : Carlos Castaneda. L’amitié qui lia Castaneda et Harner fit couler beaucoup d’encre, en particulier au moment où des doutes – justifiés – furent émis sur la véracité du contenu des ouvrages de Castaneda. Michael Harner resta fidèle en amitié et s’interdit de tomber dans le piège du lynchage collectif, mais il prit cependant ses distances par rapport à l’approche contestée de son ancien élève : « Plus tard, Carlos s’est plus orienté vers son propre monde. Ses derniers livres n’ont pas grand-chose à voir avec le chamanisme et beau­coup à voir avec le propre monde de Carlos. [...] Il était dans le monde du sorcier. » 

Tambour battant

Tout en continuant d’enseigner en contexte acadé­mique, Michael Harner poursuivit son travail sur le terrain en côtoyant plusieurs peuplades amérin­diennes, dont les Pomo et les Salish. C’est en tis­sant des liens d’amitié avec certains chamanes de ces cultures – dont la célèbre chamane pomo Essie Par­rish –, qu’il découvrit que selon les contextes géogra­phiques et culturels, le chamanisme est très souvent pratiqué en utilisant le son percussif du tambour, sans prise de plantes psychotropes. « Finalement, j’ai eu la possibilité d’essayer de battre le tambour. J’avais un préjugé contre cette méthode que je croyais inca­pable de faire quoi que ce soit, mais de fil en aiguille, après plusieurs expériences, ça a fonctionné. Après cela, j’ai passé du temps avec les Indiens de la côte ouest qui utilisaient les tambours de manière très efficace pour atteindre l’état de conscience chamanique. » 

Parce qu’il n’est pas illégal, qu’il n’est pas une « dro­gue », le tambour joua un rôle de pivot central dans le retour des pratiques chamaniques en Occident : « C’est cela qui a fait qu’il m’a été tellement facile d’en­seigner le chamanisme pendant toutes ces années, parce que c’est une méthode légale, sûre, efficace et ancienne. Elle apprend aux gens qu’il y a plus qu’une seule porte vers la réalité non ordinaire ». De plus en plus at­tiré par la pratique en soi, ainsi que par le besoin de transmettre à autrui le fruit de ses recherches, Mi­chael Harner fonda le Center for Shamanic Studies en 1979, dans le but d’offrir aux personnes ayant des capacités chamaniques la possibilité de dévelop­per leurs potentialités dans un cadre formel. C’est à partir de là que son travail devint véritablement ré­volutionnaire, parce qu’il permit l’émergence d’une forme de chamanisme moderne adapté au contexte occidental – et partant, c’est également à partir de là qu’il fit des remous dans le monde académique. Le fait qu’un anthropologue de renom décide de « jouer à l’Indien » attisa l’incompréhension, et même par­fois la haine, de certains de ses collègues, et cela en particulier sur le Vieux Continent, moins enclin à voir la pertinence de son approche pragmatique et novatrice – no nonsense comme disent les Améri­cains. 

La littérature anthropologique des années 1980 et 1990 regorge d’insinuations parfois violentes à l’en­contre de Michael Harner, l’anthropologue déchu – ou le « néochamane », terme péjoratif qu’Harner lui-même n’a jamais utilisé – qui a osé franchir la limite de l’académiquement correct en décidant d’ensei­gner le chamanisme sans pour autant être né dans la jungle d’Amazonie ou dans les steppes de Sibérie. Car il semblait évident, dans l’optique restreinte d’une certaine pensée intellectualiste, qu’il y a des choses qui ne se font pas – et Michael Harner les a faites. Il a osé braver les tabous académiques, tant et si bien qu’en 1980, il poursuivit de plus belle en publiant le livre qui allait changer à tout jamais la manière dont le chamanisme est perçu et abordé en Occident : La Voie du chamane (The Way of the Shaman). 

La voie est ouverte

Comme je l’écris dans la préface de la nouvelle édi­tion française de cet ouvrage, « La Voie du chamane est sans aucun doute l’un des plus importants ouvrages sur le chamanisme, parce que justement, il parle de chamanisme, c’est-à-dire de techniques spécifiques per­mettant de changer d’état de conscience, de voyager et de travailler dans le monde des esprits. » Avec cet ou­vrage, Michael Harner se positionna clairement du côté du praticien. Dans un style enthousiaste, clair et précis, La Voie du chamane nous conduit au coeur du sujet, puisqu’il y est question d’apprendre les techniques du chamanisme. Ce changement radi­cal d’approche axé sur la pratique, Michael Harner l’a formalisé en 1985 en fondant la Foundation for Shamanic Studies (FSS), un organisme mondial à but non lucratif visant à préserver, à comprendre et à transmettre les techniques du chamanisme dans le cadre de formations et de stages destinés à toute personne ressentant l’appel chamanique. 

A l’origine de la FSS, il y a cette idée que chez nous, comme dans toutes les cultures du monde, une partie de la population a des capacités chamaniques. Mais ces capacités restent bien souvent latentes, parce que suite à deux mille ans de persécution, nous avons appris à les renier. Nous avons même développé une forme très particulière de « névrose chamanique », dont le principal symptôme est la croyance tenace selon laquelle il est impossible de pratiquer le chama­nisme en Occident, comme si cette partie du monde était corrompue culturellement au point de s’être complètement détachée de ses racines. Mais pourquoi l’Occident serait-il si différent des autres cultures ? Faisant fi de ce préjugé pessimiste, Michael Harner a voulu prouver qu’au contraire, nos racines chamaniques ne demandent qu’à être réveillées. Pour dénicher les chamanes potentiels qui sommeillent en nous, il a fait en sorte de fournir un accès à une forme d’enseignement adapté au contexte de la vie moderne – et en observant la vigueur avec laquelle le chamanisme est en train de se redévelopper aujourd’hui dans nos pays, force est de constater qu’il a réussi son pari. En ramenant la pratique chamanique dans les pays occidentaux, Michael Harner a cherché à en définir les points fondamentaux. Il est parti du principe que ce ne sont pas ses caractéristiques culturelles spéci­fiques qui donnent au chamanisme sa fabuleuse ca­pacité d’adaptation – sa plasticité –, mais ses aspects techniques, qui sont universels. Il a nommé core-sha­manism, ou chamanisme fondamental, la cosmologie et l’ensemble de techniques qu’il a regroupés dans un but pratique. Pour parvenir à un ensemble cohérent et non dogmatique, il s’est inspiré de son travail sur le terrain et de sa propre pratique, ainsi que de la littéra­ture spécialisée. Il s’est notamment penché sur l’oeuvre de l’historien des religions Mircea Eliade, auteur de l’ouvrage classique Le Chamanisme et les techniques archaïques de l’extase, qui fut l’un des premiers spécia­listes à discerner des caractéristiques universelles dans les pratiques chamaniques du monde entier. 

Le temps de la reconnaissance

Alors que la FSS connaissait un succès grandissant, Michael Harner décida de se retirer du monde acadé­mique en 1987. Fait étonnant – mais est-ce vraiment étonnant ? –, c’est à partir du moment où il a tiré sa révérence que ses anciens détracteurs sont petit à petit revenus sur leur position, pour finalement prendre conscience de l’importance de l’oeuvre de ce pionnier en avance sur son temps. 

Ainsi, en 2003, le California Institute of Integral Studies lui décerna un doctorat honoraire en études chamaniques. En 2009, la prestigieuse American An­thropological Association organisa deux séminaires sur le chamanisme en son honneur. La même année, il reçut le Pioneer in Integrative Medicine Award de l’Institute of Health and Healing de San Francisco, où il fut acclamé comme étant l’une des autorités mondiales en matière de chamanisme et de tech­niques traditionnelles de soins. Dans le livre Higher Wisdom, qui regroupe les témoignages de plusieurs acteurs clé du renouveau spirituel qui a débuté dans les années 1960, Roger Walsh, professeur de psychia­trie, philosophie et anthropologie à l’université de Californie, et Charles S. Grob, directeur de recherche et professeur à la UCLA School of Medicine, résu­ment avec brio la carrière de Michael Harner : « Sa manière de combiner l’approche anthropologique, l’ex­pertise académique, les études du chamanisme dans de multiples cultures, et sa propre formation chamanique, a produit une profondeur et une étendue d’expertise et d’influence rares, peut-être uniques. » Bien que des sommités comme son ami Stanislav Grof le considèrent aujourd’hui comme « un authen­tique chamane blanc », Michael Harner n’a pourtant jamais cessé de se considérer avant tout comme un anthropologue : « J’étais, et je suis toujours, un anthro­pologue. » Dans le cadre de la FSS, il a mis sur pied plusieurs programmes d’étude et de préservation des peuplades chamaniques. L’un d’entre eux a pour but de réintroduire le chamanisme dans des cultures où il est en voie de disparition. 

Fidèle au principe de non-ingérence, c’est unique­ment sur demande que la FSS entreprend ce type de démarches. « En plus de la mission de ramener la guérison chamanique en Occident, j’ai souhaité que la Foundation soit au service des peuples indigènes qui souhaitent faire revivre le chamanisme après des décen­nies, voire même des siècles, de persécution. Après tout, les peuples indigènes ou tribaux furent très longtemps les seuls dépositaires du savoir chamanique, et le monde a une immense dette envers eux. » C’est par exemple sur une demande du gouvernement de la République de Touva, que la FSS travailla pendant plus de dix ans avec les chamanes de cette région d’Asie centrale. La République de Touva est connue pour être l’un des berceaux historiques du chamanisme, et ses traditions ont été presque totalement éradiquées par le commu­nisme, à l’image des tambours des chamanes confis­qués et enfermés dans des musées. 

En 2006, Michael Harner a créé un conservatoire du savoir chamanique, le Shamanic Knowledge Conser­vatory, qui renferme des dizaines de milliers de do­cuments de référence sur la pratique du chamanisme traditionnel et moderne. Avec sa femme Sandra, il a également mis sur pied un projet expérimental de re­cherche dans le but d’étudier la manière dont les soins chamaniques influencent le système immunitaire du corps humain. Finalement, par l’intermédiaire d’un programme intitulé Living Treasures of Shamanism (Les trésors vivants du chamanisme), il a décidé de soutenir les derniers chamanes de certaines traditions en voie de disparition – un chamane daur de Mongo­lie, certains des derniers chamanes tibétains, l’un des couvmax_454derniers chamanes-jaguar du peuple des Baniwa, en Amazonie brésilienne, entre autres exemples. 

De la forêt amazonienne des années 1950 aux stages de core-shamanism du 21ième siècle, Michael Harner a su garder son intégrité et suivre sa vision, sans se départir d’un sens de l’humour parfois subtilement corrosif. Il a voulu démontrer que le chamanisme appartient à toutes les cultures du monde, y compris notre culture occidentale qui l’a pourtant très long­temps renié, et que le personnage du « chamane » est voué à s’adapter et à se transformer avec le temps, comme il l’a fait depuis des millénaires. Comme il l’explique dans La Voie du chamane, « en un sens, le chamanisme est en train d’être réinventé parce que l’Occident en a besoin. » Et cette réinvention, nous la devons en grande partie à lui, un anthropologue au destin chamanique qui a su maintenir fermement l’attitude qui caractérise les pionniers : il a osé.

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