Ne pas confondre l’ego et confiance en soi

Posté par othoharmonie le 21 août 2014

 

L’ego est une construction de l’esprit qui nous rend extrêmement vulnérables. Si vous vous débarrassez du sentiment exacerbé de l’importance de soi, et que vous n’êtes pas hypersensible à la critique, à la louange, au gain ou à la perte, vous ne vous sentirez pas menacé à chaque instant et vous serez disponible aux autres. 

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En 900 pages, votre « Plaidoyer » révèle l’extraordinaire somme de recherches menées dans toutes les disciplines sur l’empathie, la coopération, la bienveillance… D’où vient ce boum étonnant ? 
 
La vision pessimiste a commencé à vraiment s’effriter dans les années 1970-1980 avec la neuro-imagerie et l’étude de ce qui se passe dans la « boîte noire » de notre cerveau. En très bref, une personne habituée à cultiver des sentiments altruistes crée en elle des réseaux neuronaux spécifiques, plus denses, plus actifs, connectés à davantage d’aires cérébrales. Il s’avère que ces changements sont bénéfiques aussi bien à la santé mentale que physique. Les recherches montrent en effet que l’altruisme constitue le summum des émotions positives, dont on sait combien les retombées sont profitables. 
Si j’ai eu besoin de consacrer 900 pages à ce sujet, c’est que je tenais à faire état des innombrables objections à la thèse de l’altruisme, de la part de sceptiques qui, devant chaque exemple d’altruisme, disaient : « Oui, mais c’est de l’égoïsme déguisé. » J’ai eu la chance de me lier d’amitié avec la plupart des grands chercheurs dont je cite les travaux, le psychologue Daniel Batson, par exemple, qui n’a pas mené moins de trente-cinq études consécutives, pendant trente ans, à l’université du Kansas, pour invalider un à un les arguments des sceptiques, ainsi que les neurologues Richard Davidson et Antoine Lutz, à l’université de Madison, Tania Singer, directrice du département de neurosciences sociales de l’Institut Max Planck à Leipzig, Paul Ekman, spécialiste des émotions, à l’Université de San Francisco, Barbara Fredrickson, de l’Université de Caroline du Nord, Frans de Waal à l’Université d’Emory et bien d’autres. Quand on en arrive à l’altruisme de la personne qui se rue dans les flammes, ou plonge dans une rivière glacée, pour en sauver une autre, ou qu’on étudie les motivations des « justes » qui cachèrent des juifs pendant la guerre, il devient difficile de prétendre que c’était pas égoïsme ou par narcissisme déguisés. 
 
Cela dit, aussi admirable de tels actes soient-ils, il n’est pas toujours facile de mettre en évidence l’ensemble des motivations qui entrent en jeu afin de convaincre ceux qui entretiennent des vues pessimistes sur la nature humaine. L’expérimentation scientifique était donc nécessaire. Aujourd’hui, nous avons la preuve qu’un égoïste absolu tomberait malade et mourrait de solitude, après avoir rendu son entourage malheureux. C’est pourquoi ce « Plaidoyer pour l’altruisme » s’inscrit dans la continuation du « Plaidoyer pour le bonheur » que j’avais publié en 2004. Altruisme et bonheur vont de pair. La recherche d’un bonheur égoïste est vouée à l’échec. 
 
Les preuves scientifiques les plus fortes viennent d’expériences étonnantes sous scanner. Et vous êtes tombé dessus parce que les neurologues s’intéressaient à votre cerveau de grand méditant…

Voilà une vingtaine d’années en effet que les neurosciences explorent le cerveau en méditation et les effets de l’entraînement de l’esprit à court et à long terme. On sait que cette dernière active spécifiquement certaines zones et en désactive d’autres. Mais les chercheurs sont allés beaucoup plus loin, en demandant à leurs « cobayes » de se concentrer sur des émotions spécifiques. Par exemple juste sur l’empathie, qui consiste à se mettre en résonance avec le ressenti d’autrui ; ou juste sur la compassion, qui consiste à souhaiter de tout cœur que l’autre soit affranchi de la souffrance ; ou bien sur l’amour altruiste qui souhaite le bonheur de l’autre et l’enveloppe de bienveillance. Chacun de ces états active des réseaux neuronaux différents.

Ce crescendo, qui va de la simple résonance émotionnelle à l’altruisme véritable, en passant par l’empathie et la compassion, nous mènerait vers des états de plus en plus actifs ? 
 
Être ému par la souffrance de l’autre, ressentir soi-même de la souffrance parce qu’il souffre, être joyeux lorsqu’il est en joie et triste lorsqu’il est affligé relève de la résonance émotionnelle. Les chercheurs ont constaté qu’une partie du réseau cérébral associé à la douleur est activée chez les sujets qui ne font qu’observer quelqu’un en train de souffrir. Ils souffrent donc de voir la souffrance de l’autre. La résonance empathique avec la douleur peut conduire, lorsqu’elle est maintes fois répétée, à un épuisement émotionnel et à la détresse. C’est ce que vivent souvent les infirmières, les médecins et les soignants qui sont constamment en contact avec des patients en proie à de grandes souffrances. 

Au cours de discussions avec Tania Singer, nous avons constaté que la compassion et l’amour altruiste étaient associés à des émotions positives. Nous en sommes donc venus à l’idée que le burn-out était en fait une « fatigue de l’empathie » et non de la compassion. Cette dernière, en effet, loin de mener à la détresse et au découragement, renforce notre force d’âme, notre équilibre intérieur et notre détermination courageuse et aimante à aider ceux qui souffrent. En essence, de notre point de vue, l’amour et la compassion n’engendrent ni fatigue ni usure, mais aident au contraire à les surmonter et à les réparer, si elles surviennent. Tania a maintenant effectué des recherches qui confirment ce point de vue. 
 
Ces trois dimensions – l’amour de l’autre, l’empathie et la compassion – sont naturellement reliées. Au sein de l’amour altruiste, l’empathie se manifeste lorsque l’on se trouve confronté aux souffrances des êtres, confrontation qui engendre la compassion — le désir de remédier à ces souffrances et à leurs causes. Ainsi lorsque l’amour altruiste passe au travers du prisme de l’empathie, il devient compassion. Je discutais récemment avec une infirmière qui, comme la plupart de ses collègues, est continuellement confrontée aux souffrances et aux problèmes des patients dont elle s’occupe. Elle me disait que dans les nouvelles formations de personnel soignant, l’accent était mis sur la « nécessité de garder une distance émotionnelle téléchargement (12)vis-à-vis des malades » pour éviter le fameux burn-out qui affecte tant de professionnels de la santé. Cette femme très chaleureuse, dont la simple présence rassure, me confia ensuite : « C’est curieux, j’ai l’impression de gagner quelque chose lorsque je m’occupe de ceux qui souffrent, mais je me sens un peu coupable de ressentir quelque chose de positif. » Ce qu’elle avait constaté c’est que, contrairement à la détresse empathique, l’amour et la compassion sont des états d’esprit positifs, qui renforcent la capacité intérieure à faire face à la souffrance d’autrui. L’amour altruisme et la compassion peuvent se cultiver. Il faudrait donc introduire un tel entraînement dans les études médicales. Cela permettrait de réduire considérablement les problèmes de burn-out. 

Extrait de l’entretien de Matthieu RICARD et Nouvelles Clés.fr

 

 

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