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J’ai trouvé Dieu dans une flaque d’eau

Posté par othoharmonie le 27 octobre 2014

 

Trip pour certains, expérience mystique pour d’autres : un sentiment de l’infini touche parfois, dans des situations inattendues, les personnes les moins portées sur la religion. Témoignages.

Sommes-nous sur le point de devenir des mystiques sauvages ? Tels les Na’vis bleus d’« Avatar », cherchons-nous plus que jamais à nous relier à la « grande source du vivant » ? Que nous l’appelions tao, énergie cosmique ou puissance supérieure comme chez les Alcooliques anonymes, nous semble-t-elle plus accessible qu’un Dieu défini par les dogmes ?

eau_2_10A écouter nos contemporains, c’est bien d’une telle évolution qu’il s’agit. Les fervents, comme l’écrivain Christian Bobin : « J’ai trouvé Dieu dans les flaques d’eau, dans le parfum du chèvrefeuille, dans la pureté de certains livres et même chez des athées. Je ne l’ai presque jamais trouvé chez ceux dont c’était le métier d’en parler. » Et ceux qui perçoivent Dieu comme « un asservissement », tel l’homme politique François Baroin, qui reconnaît cependant « avoir accès à une certaine espérance sous forme de lumière ».

Autrefois, le monde se divisait entre ceux qui croyaient et ceux qui ne croyaient pas en Dieu. Aujourd’hui, ce terreau de la croyance est devenu plus fertile mais aussi plus mouvant : nous pouvons bricoler notre credo personnel, en puisant dans différentes spiritualités. Aussi le divin ne se résume-il plus au Dieu barbu et tout-puissant qui jusque-là vivait dans le ciel, nous adressant cadeaux ou punitions mérités. Son image s’est, pour beaucoup, peu à peu effacée (lire l’encadré p. 82).

Reste l’expérience. La sensation, le plus souvent inattendue, voire inespérée, de se retrouver connecté avec un grand « autre ». De faire venir le divin jusqu’à soi. En soi, même.

 

Basculement vers une autre dimension de la réalité, ce point de contact peut se rencontrer dans le quotidien le plus banal. Comme pour Pierre, qu’un moment d’intimité avec son fils nouveau-né a amené à percevoir une dimension sacrée qui était jusque-là absente de sa vie : « Je ne sais pas ce qui s’est passé. J’ai plongé dans les yeux sombres, encore aveugles, de Samuel et j’ai “décollé” intérieurement. » Sabine, la première fois où elle a fait l’amour avec celui qui partage sa vie aujourd’hui, a elle aussi vécu un ravissement sans précédent. Bien loin de l’orgasme vécu comme une « petite mort » selon Georges Bataille, elle s’est soudain sentie étonnamment vivante : « Tout devenait bleu autour de moi, de nous, et lui et moi étions totalement fusionnés et nimbés d’une indéfinissable énergie, pris dans un espace que je n’avais encore jamais traversé. »ce trip sans mescaline qu’un Allen Ginsberg ou un Jack Kerouac aurait sans doute adoré a été qualifié « d’extase laïque » par le philosophe Michel Hulin qui s’est intéressé au sentiment de l’infini touchant parfois les sujets les moins portés sur le fait religieux. Pour lui, ces expériences simples, toujours spontanées, véritables « défis à la pensée philosophique et religieuse », apparaissent souvent « dans les périodes où les codes se brouillent ». Elles s’immiscent dans nos vies quand nos mécanismes d’adaptation, nos systèmes de pensée pris entre bien et mal, favorable ou défavorable, se suspendent soudainement, quand nous « déposons le fardeau » sans même savoir comment. Elles nous laissent alors entrevoir une pure joie non réactive, la joie d’être, dans son essence brute. L’immersion dans des espaces sauvages, la communion avec la nature sont des conductrices puissantes de telles expériences, et les écrivains – voyants parce qu’ils approchent l’indicible – y trouvent des sources d’inspiration intarissables. Marguerite Duras, de sa fenêtre des Roches Noires, à Trouville, d’où elle surplombait l’océan : « Regarder la mer, c’est regarder le tout. » 

Ces contacts avec une instance qu’on ne sait nommer peuvent aussi, et plus fréquemment, surgir comme les fruits d’une longue recherche. Nathalie, qui médite régulièrement depuis sept ans, en témoigne : « Je rencontre le divin dans l’espace que je pénètre par la méditation : une ouverture du cœur totale et inconditionnelle face à tout ce qui se présente, un même amour pour le chat du voisin, les arbres d’une forêt, une étoile dans le ciel et pour chaque être humain. Pour faire cette expérience, le mental doit se taire car il obstrue le canal vers le divin qui existe en chacun de nous : nous sommes tous des parcelles vivantes de cet amour divin. Quand je suis imprégnée par la lumière de cette conscience, tout est alors d’une grande clarté et d’une grande perfection. Il n’y a rien à changer. C’est une expérience d’unité et d’éternité. »

Pour Catherine, la rencontre avec cette autre dimension est arrivée « de surcroît », à l’issu de longues heures de pratique du gospel. Au départ, la jeune femme à qui Dieu semblait « trop haut, lointain », se met à cet art si fervent juste « parce que les chants sont beaux ». Après quelques mois, elle commence à s’intéresser aux paroles et réalise qu’elle a envie d’être soliste pour « transmettre la force de ces paroles d’âmes seules, abandonnées de tous, qui disent juste “j’ai froid, j’ai peur” ». Lors d’un concert, Catherine se rend compte d’un « frémissement dans tout son corps, comme si elle brûlait de l’intérieur ». A la sortie, la jeune femme se sent happée par « autre chose » : « J’ai ressenti une force incroyable, avec l’impression d’être sous une cascade d’eau fraîche. » D’où venait cette énergie ? Qu’est-ce qui l’avait guidée jusque-là ? Depuis, Catherine, devenue professeure de gospel, anime gratuitement un chœur de trente personnes. Sa vie en a été changée.

 

Les scientifiques ont beau expliquer ces états par de grandes libérations d’endorphines observables par IRM, on ignore toujours pourquoi de telles expériences peuvent modifier en profondeur les existences de ceux qui les vivent. Contrairement à Freud, pour qui tout « sentiment océanique » était à interpréter comme une tendance régressive – il n’était guère sensible à la musique non plus ! –, le psychiatre Carl Jung a particulièrement étudié ces expériences qu’il appela « numineuses » (ce terme correspond à l’expression du sacré qui saisit l’individu et produit un effet paradoxal de fascination d’un côté et de terreur de l’autre.). Pour lui, ces expériences participent à une vision dynamique de la psyché, dans laquelle un symbole a la « capacité d’animer la vie et de l’entraîner parce qu’il transforme une énergie psychique inconsciente en expérience ». Cette force est uniquement « intérieure ». Comme le conte hindou qui nous explique que Dieu s’est caché dans le cœur de l’homme, l’expérience numineuse vient nous rappeler que le divin part de nous. « Je ne me lasse pas de répéter que ni la loi morale ni l’idée de Dieu, ni une quelconque religion, ne s’est jamais saisie de l’homme de l’extérieur, tombant en quelque sorte du ciel », écrivait Jung. « L’homme, au contraire, depuis l’origine, porte tout cela en lui ; et c’est d’ailleurs pourquoi, l’extrayant de lui-même, il le recrée sans cesse… La notion de dieu répond à une fonction psychologique absolument nécessaire, de nature irrationnelle, et cette notion n’a rien de commun avec la notion de l’existence de Dieu. »

Pour Jung, ces expériences s’inscrivent donc dans un processus d’individuation, où le moi tend à devenir soi : émerge donc la possibilité de « faire quelque chose » de ces sensations de libération pour évoluer. C’est là sans doute le nouveau paradigme : plutôt qu’opposer ceux qui croient à ceux qui ne croient pas, il dessine un clivage entre ceux qui pensent possible de devenir meilleurs – c’est-à-dire plus vivants, plus conscients s’ils osent regarder le mystère en face, et ce quel qu’il soit – et ceux qui n’y croient pas. Comme l’écrit joliment la psychanalyste Marie Balmary, « l’homme spirituel croit que croire rend possible de croître ». De même qu’être cru potentiellement meilleur et guérissable par son thérapeute change totalement la dynamique d’une psychanalyse, apercevoir une autre qualité d’être affleurant à des sensations d’infini et d’éternité, nous laisse espérer qu’il peut y avoir autre chose en nous qu’une « âme étroite ». Pour beaucoup, Dieu n’a peut être rien à voir dans une telle aventure.

Source Nouvelles Clés

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