Travail rituel avec le Centre

Posté par othoharmonie le 4 décembre 2014

 

par B. T. Newberg, traduit par Boadicée et Siannan 

Mon dernier rituel de Samhain1 expérimentait une nouvelle technique pour créer un moment et un espace spécial (par exemple l’espace sacré) : travailler avec le centre. En résumé, les  participants circumambulent autour d’un point focal. Cela parait assez simple, n’est-ce pas ?

Maintenant, approfondissons un peu. Pourquoi créer un espace et un temps spéciaux ? Pourquoi proposer de nouvelles techniques ? Qu’est-ce que le centre ?

 

htableau1_01POURQUOI CRÉER UN ESPACE ET UN TEMPS SACRÉ ? 

Le but ultime du rituel est de réaffirmer ou de modifier les schémas de perception et de comportement. A cette fin, il est utile de créer le sentiment d’un espace et d’un temps sacrés. Quelle que soit la nature du temps et de l’espace dans l’absolu, notre expérience d’eux est malléable. Le temps peut sembler plus long ou plus court, l’espace peut sembler plus vaste ou plus vital, et les deux peuvent atteindre une signification plus élevée, dépendant de votre niveau de conscience. Le temps et l’espace peuvent parfois apparaître spéciaux. Dans ces moments, les schémas comportementaux habituels sont interrompus lorsque l’inconscient réévalue la situation. Ce sont donc ainsi des instants privilégiés pour introduire de nouvelles informations dans le système. En bref, la fonction d’atteindre le sens d’un temps et d’un espace spéciaux est de signaler à l’inconscient que ce qui va arriver est significatif, de façon à ce qu’il le privilégie désormais dans la mémoire et le processus décisionnel. 

Théologiquement parlant, il s’agit de créer un espace qui est sacré, ce qui veut dire «distinct». L’espace et le temps rituel sont distincts car spéciaux et significatifs.

 

POURQUOI CRÉER UN ESPACE ET UN TEMPS SACRÉ ? 

Le but ultime du rituel est de réaffirmer ou de modifier les schémas de perception et de comportement. A cette fin, il est utile de créer le sentiment d’un espace et d’un temps sacrés. Quelle que soit la nature du temps et de l’espace dans l’absolu, notre expérience d’eux est malléable. 

Le temps peut sembler plus long ou plus court, l’espace peut sembler plus vaste ou plus vital, et les deux peuvent atteindre une signification plus élevée, dépendant de votre niveau de conscience. Le temps et l’espace peuvent parfois apparaître spéciaux. Dans ces moments, les schémas comportementaux habituels sont interrompus lorsque l’inconscient réévalue la situation. Ce sont donc ainsi des instants privilégiés pour introduire de nouvelles informations dans le système. En bref, la fonction d’atteindre le sens d’un temps et d’un espace spéciaux est de signaler à l’inconscient que ce qui va arriver est significatif,  de façon à ce qu’il le privilégie désormais dans la mémoire et le processus décisionnel. 

Théologiquement parlant, il s’agit de créer un espace qui est sacré, ce qui veut dire «distinct». L’espace et le temps rituel sont distincts car spéciaux et significatifs.

 

POURQUOI UNE NOUVELLE  TECHNIQUE ? 

Mais attendez ! quel est l’intérêt d’expérimenter de nouvelles méthodes pour ce faire ? Ne sommes nous pas en train de réinventer la roue ? Il y a déjà plusieurs techniques éprouvées pour créer un espace sacré dans la communauté païenne, telles que tracer un cercle ou ouvrir les portails. Elles évoquent habituellement une sorte de déplacement entre «les mondes», et les naturalistes peuvent facilement comprendre cela comme se mouvoir entre différents états de conscience. Les naturalistes gagnent à se familiariser avec ces techniques, car cela nous permet de prendre part à des rituels dans différentes traditions, côte à côte avec d’autres païens dans une communauté plus large. Et si ça fonctionne avec vous, hé pourquoi donc ne pas l’utiliser ! 

En même temps, ces techniques peuvent laisser à désirer. Leurs supports théoriques sont hautement métaphysiques. Par exemple, le but d’un cercle est prétendument de maintenir les énergies hostiles à l’extérieur ou celles désirées à l’intérieur. L’ouverture des portails (une technique de l’ADF2 et de ses ramifications) est destinée à accroître la communication avec les divinités, les esprits et les ancêtres. Bien que cette théorie ne doive pas empiéter sur la pratique, elle me laisse m’interroger sur ce que ce serait que d’expérimenter une technique entièrement naturaliste, faite maison et inspirée par les motifs de la nature. Par conséquent je vous présente : le centre.

images (4)QU’EST-CE QU’UN CENTRE ?

Où que vous regardiez, les centres (avec un petit «c ») imprègnent la nature. Ce sont des centres au sens littéraire, tel le noyau atomique entouré par ses électrons ou l’étoile par ses planètes. Il y a aussi des centres au sens figuré comme le trou d’eau entourée par des troupeaux ou le séquoia géant par un mini- écosystème de vie. Sur un plan domestique, il y a le feu du foyer de la maison. Sur un plan cosmique, il y a le point d’origine omnicentrique du Big Bang (qui est partout). Les centres sont partout. Point crucial, le centre n’existe qu’en relation avec ce qui tourne autour. Sans cela, il n’a aucun sens. Les centres sont profondément relationnels. 

Ainsi, la caractéristique qui distingue le centre est que c’est le centre de quelque chose. Il unit ce quelque chose autour d’un objectif partagé. C’est le nexus, la source, ou le coeur d’une communauté. Et c’est ce qui le rend intéressant comme schéma rituel. 

Le Centre (avec un grand « C ») est un langage liturgique pour concentrer de manière réelle et symbolique l’activité rituelle. Il est réel dans la mesure où il est réellement ce sur quoi se concentrent tous les participants, et symbolique dans la mesure où il reproduit les motifs majeurs de la nature. Son rôle dans les rituels est d’altérer la conscience suscitant la relation entre l’ego individuel au groupe et au cosmos. Comme tout bon langage liturgique, le Centre est plus suggestif qu’indicatif, évocatif plus que précis, de sorte que chaque personne puisse s’y retrouver. Pratiquement tout peut être vu comme un centre si l’on regarde d’assez près, et c’est l’intérêt : il est partout, mais il requiert un changement de perspective pour pouvoir être vu.

 

Comment réaliser un rituel avec le Centre ? 

La technique de base est de choisir un point focal approprié, de le marquer comme le Centre, et circumambuler autour en pleine conscience trois fois. Cela peut s’accompagner de gestes, de phrases, et/ ou d’hymnes appropriés (voir le texte du rituel de Samhain pour un exemple). Bien que cette technique soit simple, elle élabore beaucoup de choses.

 

1. LA JUSTESSE

Le choix du point focal devrait être approprié, doublement. Tout d’abord, cela signifie qu’il doit être un vrai centre d’activité réelle, ce qui nécessite une réflexion des participants sur l’écosystème local. En quel sens le point focal est-il un centre ? Est-ce un arbre autour duquel se rassemblent diverses créatures, un puits dont la communauté tire sa subsistance, ou l’étoile polaire autour de laquelle notre perspective terrestre tourne ? 

En même temps, la justesse signifie aussi qu’il doit être adapté aux intentions du rituel. Cela requiert des participants de lier leurs intentions au centre. Par exemple, un rituel pour de nouveaux commencements peut encercler le point de départ d’un chemin, ou un rituel de mort autour d’un champ récemment récolté.

Au cours de la planification d’un rituel, vous pouvez passer des heures, des jours ou même des semaines à apprendre à connaître la région et trouver le lieu parfait. Le fait de penser ainsi au lieu va vous ancrer en lui, faire couler votre inspiration et rendre le rituel plus concret et significatif. De plus, cela commencera à transformer votre perspective ordinaire des objets et intérêts vers une perspective holistique de relations et de symboles. 

2. MARQUER

Quand les rituel est sur le point de commencer, le point focal choisi est marqué comme le Centre. Un corde peut être ceinte autour d’un arbre, une pierre installée dans un champ, un sigil tracé à la craie sur un chemin pavé, et ainsi de suite. Ça peut être élaboré ou spartiate, mais quel que soit le marquage, il ne doit pas éclipser mais plutôt compléter la beauté naturelle du Centre. Cela a des fonctions à la fois pratique et symbolique. D’un point de vue pratique, ça marque clairement pour tous les participants où se trouve exactement le centre. D’un point de vue symbolique, ça confirme votre relation à lui, en y contribuant par une part de vous-même. Cette rencontre entre soi et l’autre établit le lien initié par la considération précautionneuse du lieu le plus adapté. 

3. CIRCUMAMBULATION EN PLEINE CONSCIENCE 

Circumambuler veut dire tourner autour du Centre. Qu’il s’agisse d’une procession solennelle ou d’une danse musicale, c’est à vous de voir. Dans tous les cas elle doit être faite en pleine conscience, trois fois. A la fin du rituel, circumambulez une fois dans le sens inverse pour signifier à votre esprit le retour au temps et à l’espace  normaux. En imagination, laissez ce centre devenir le Centre, symbole de tous les centres dans votre vie, et même de tous les centres de l’univers. Laissez-le devenir un lieu d’interprétations infinies, une source d’où coule l’inspiration comme les motifs et relations se suggèrent elles-mêmes à vous. Laissez toute pensée vagabonde passer sans y prêter attention, ramenant gentiment votre concentration sur le Centre. 

Cela peut être supporté par l’usage de phrases rituelles appelant à songer à des relations spécifiques tandis que vous circumambulez. Par exemple, le texte de Samhain invoque trois relations de la transcendance naturaliste. Au premier tour, les participants lèvent un bras vers le Centre et disent : « Ceci est le Centre, autour duquel tout tourne. Il ne tourne pas autour de moi, je tourne autour de lui. Tandis que je passe j’affirme ma place dans l’esprit.» 

Au second tour, la phrase est répétée, en affirmant «ma place dans la communauté », et enfin, la troisième fois : « ma place dans l’univers ». Traditionnellement, les néopaïens marchent deosil (dans le sens des aiguilles d’une montre) pour créer l’espace sacré. Cela reproduit le mouvement du soleil tel qu’il est vu d’une perspective terrestre dans l’hémisphère nord, où le soleil traverse le ciel du sud. Pour dissoudre l’espace, ils marchent widdershins (en sens inverse des aiguilles d’une montre), ce qui pourrait représenter une nouvelle perspective acquise pendant le rituel. 

COMMENT LE CENTRE FONCTIONNE-T-IL EN PSYCHOLOGIE ? 

Les actes répétitifs symboliques comme ceux-ci peuvent sembler sans intérêt et vides au premier regard pour certains. Toutefois, de récentes recherches dévoilent comment et pourquoi le rituel fait appel au cerveau, de sorte qu’il se retrouve de manière universelle à travers les cultures, que ce soit dans des contextes religieux ou séculiers. Comme expliqué plus loin, le travail avec le Centre tire profit de la connaissance incarnée, de l’association pavlovienne et de la psychologie cognitive pour réaliser un changement de conscience. 

Au niveau le plus primitif, la circumambulation crée ce que l’historien Willian McNeil appelle un « lien musculaire » entre les participants : bouger ensemble dans le temps. Les mouvements synchrones créent l’impression d’un super-organisme, et initie l’immersion de l’ego individuel au sein d’une identité plus vaste. A travers une telle connaissance incarnée, le mouvement du corps façonne la conscience. Au niveau pavlovien, la triple répétition est significative. C’est un nombre dénotant la plénitude dans la culture occidentale, de même que la diversité (la triplicité s’opposant à l’unicité). Ces associations culturelles, instillées en nous depuis notre  enfance, constellent l’état d’esprit désiré selon une association pavlovienne. 

Enfin au niveau cognitif, la pleine conscience monopolise ou « emplit » la mémoire de travail, ne laissant pas de place pour les pensées mondaines ou intrusives, avec pour résultat un état de concentration légèrement altéré.

De plus, le fait que la procédure semble inutile, du moins pour l’observateur non averti, et redondante, encerclant trois fois au lieu d’une, est également important. Lienard et Boyer proposent que l’observation de pas apparemment inutiles signale un danger non apparent à l’inconscient, laissant peut être entendre que la raison des pas doit être une menace potentielle connue des autres mais non de soi. Cela active un module mental qu’ils appellent « le système de risque de danger », qui a probablement évolué pour éviter les dangers mal compris mais mortels, tels que les pathogènes ou parasites. Suivre une coutume d’éviter rituellement les cadavres ou de se laver après avoir touché du sang, par exemple, a des avantages évolutifs, même si l’on ne connaît pas la vraie raison pour laquelle ces gestes doivent être effectués. 

Ce qui nous intéresse ici n’est pas pourquoi le système de risque de danger a évolué, mais comment nous pouvons nous en servir. Son activation éveille un état d’attention particulier, produisant un état de conscience légèrement altéré. Il éloigne l’attention des buts et vers les étapes spécifiques du rituel, qui sont typiquement des actions si automatisées qu’elles deviennent mortes pour la conscience, telle la marche. L’attention supplémentaire donnée à la marche en cercle trois fois réanime cet acte, le rafraîchit, et encourage ainsi une sorte de vivacité et de présence « dans l’instant ». Des signaux rituels, comme les pas inutiles, peuvent déclencher inconsciemment une activation. 

L’état résultant de conscience approfondie peut faciliter significativement le pouvoir émotionnel et le sens d’inspiration d’un rituel. Il est important de noter que ce système est inconscient et intuitif, une partie de ce que Daniel Kahneman appelle Système 1 de pensée. Il y a aussi le Système 2 : la conscience, la pensée délibérée, dont l’effet est souvent d’inhiber des processus intuitifs. Dans ce cas, par exemple, une pensée critique peut questionner la nécessité rationnelle de tourner trois fois, et ainsi inhiber le système de risque de danger et déjouer le  changement de conscience désiré. La question a du mérite, mais nous entrave pour le moment. C’est pourquoi les ritualistes recommandent souvent de mettre de côté tout scepticisme pendant la durée du rituel. Les questions critiques peuvent et devraient être développées avant et après, mais pas pendant le rituel. Ce n’est pas réprimer la critique, mais laisser les systèmes intuitifs fonctionner efficacement. 

Si tout va bien, la technique devrait produire ce que le langage théologique appelle « sacré ».

 images (6)

VERS UN RITUEL NATURALISTE

Le travail rituel avec le Centre peut être utilisé comme une méthode viable et avec un support scientifique pour créer un espace et un temps sacrés. C’est fait maison selon une perspective naturalise sans exclure qui que ce soit. Il n’est pas non plus lié à une quelconque tradition culturelle, de sorte que les naturalistes spirituels de tous genres pourront le trouver utile. Cette technique en est encore au stade expérimental, aussi sentez-vous libre d’offrir vos commentaire ou vos critiques constructives.

Retrouvez les articles de HumanisticPaganism en anglais sur le site http://humanisticpaganism.com   .

Laisser un commentaire

 

katoueluv |
jeanneundertheworld |
darkangelusmag |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | debbyka
| nouvelles du front ... en a...
| Les ateliers d'Anissina Tur...