Si les sages du monde dialoguaient entre eux

Posté par othoharmonie le 28 août 2015

 

 

 Auel ? serait leur ­enseignement ? 

Frédéric Lenoir répond à cette question, en nous conviant à une étrange rencontre au sommet !

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Qu’est-ce que vous appelez l’âme du monde ? 

Ce concept philosophique désigne une force qui maintient l’harmonie de l’univers. On le trouve chez Platon, il a ensuite été repris par les stoïciens puis par les néoplatoniciens, et traduit au Moyen Âge par Anima Mundi. Il signifie que dans cet univers, les choses ne sont pas agencées par hasard. Toutes les parties y sont ordonnées, comme nous pouvons dire qu’en l’homme il y a une âme qui maintient l’harmonie entre le corps, la psyché et le mental. L’âme du monde est une intelligence ou une force qui n’est pas extérieure à nous. Nous sommes immergés en elle. Cela signifie aussi que notre vie a du sens, que ce qui nous arrive n’est pas lié au hasard. 

Les huit sages qui se réunissent dans votre livre sont issus de traditions différentes : chrétienne, musulmane, bouddhiste, chamaniste, etc. Ce concept d’âme du monde pourrait-il réellement les satisfaire tous ? 

Toute la difficulté de ce livre est d’arriver à faire passer un message commun à des sages qui appartiennent aux grands courants spirituels de l’humanité. Le concept d’âme du monde peut les réunir car il est à la fois philosophique et religieux. 

Plusieurs philosophes y adhèrent (prenez l’exemple de Spinoza), mais aussi tous les courants panthéistes comme le chamanisme. Les courants bouddhistes, chinois et hindous admettent eux aussi qu’il y a une harmonie dans l’univers. Quant aux monothéismes – judaïsme, Christianisme, islam – pour qui il y a un dieu créateur, ils acceptent l’idée d’un ordre dans l’univers ; ils vont simplement ajouter que cet ordre vient de Dieu. Pour les uns, le sens est dans la nature, pour les autres, c’est un dieu extérieur qui l’a créé. Mais tous s’accordent sur le fait que ce sens ou cette harmonie existent. 

Toutes les sagesses et traditions religieuses ont-elles en commun de prôner la même posture existentielle ? 

Il ne s’agit pas d’une posture, mais d’un regard. Elles éclairent l’homme sur ce qu’est une vie bonne. Toutes les sagesses et les spiritualités s’accordent sur les moyens de réussir sa vie. Je ne parle pas des religions dogmatiques, mais des traditions mystiques reposant sur des expériences spirituelles. Parmi les sages qui se rencontrent dans mon livre, il y a un mystique soufi et non un imam, un kabbaliste et non un rabbin, un moine et non un évêque…C’est pour cela que le dialogue est possible. 

Vous pensez qu’un tel colloque serait envisageable dans la réalité ? 

Des mystiques et des sages de toutes les cultures du monde pourraient se réunir et avoir des discours à peu près similaires. Bien sûr, le fait qu’il s’agisse d’un conte m’a permis de faire une synthèse très libre. Ainsi dans le livre, lorsque l’un ou l’autre s’exprime, on ne sait pas si c’est un bouddhiste, un musulman, ou un chrétien qui parle. Et cela n’a pas d’importance. 

Pourquoi avoir situé l’action au Tibet ? 

Il est évident que tous les Tibétains ne sont pas des sages. Mais le Tibet représente dans l’imaginaire collectif une sorte de mythe de la terre spirituelle et sacrée. C’est un pays qui a été consacré à la spiritualité pendant plus de mille ans, et qui symbolise aujourd’hui la résistance à la puissance matérialiste chinoise. Par ailleurs, l’exil des maîtres tibétains suite à l’invasion chinoise a joué un rôle déterminant dans le développement de la sagesse bouddhiste en Occident. Ce sont les maîtres vivants qui ont transmis ses enseignements. 

Dans votre livre, les personnages sont mus par leurs intuitions. écouter son intuition, est-ce écouter l’âme du monde ? 

Je pense que nous sommes une partie de l’âme du monde, que notre esprit est relié à cette âme cosmique. Nous faisons parfois des choses sans nous soucier des conséquences pour autrui et pour le monde. Ce que nous faisons inspiré par l’âme du monde est juste pour nous, pour les autres et pour le monde. 

C’est ce que vous pensez profondément ? 

C’est ma conviction. Ce livre est pour moi la quintessence de la sagesse telle que je l’ai comprise à travers trente ans de réflexion, de rencontres, de lectures et d’expériences personnelles. 

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Suivre cette intuition permet-il de se réaliser soi-même ? 

Je pense qu’en suivant notre intuition la plus profonde, celle qui est inspirée par l’âme du monde, nous allons réaliser ce qu’il y a à la fois de plus singulier, de plus personnel en nous, et de plus transpersonnel, de plus universel. C’est là le paradoxe. Plus on parvient à identifier qui nous sommes vraiment – par un travail à la fois psychologique, philosophique et spirituel –, plus on est à notre place dans le monde. On ne fait alors qu’accomplir notre destin, on se relie à l’âme du monde et à ce qu’elle a voulu pour nous. Mais cela ne peut se  faire sans notre libre arbitre, notre soif de vérité, sans avoir fait l’effort d’aller vers cela. Beaucoup de gens, en restant à un niveau narcissique d’ego, de paresse, de satisfaction des désirs immédiats, passent à côté d’une destinée profonde, d’une réalisation intérieure. 

Votre description du chemin à suivre est limpide. Mais n’est-ce pas l’Himalaya à gravir ? 

C’est l’Himalaya à gravir, mais on a toute la vie pour le faire ! La quintessence de cette réalisation, c’est lâcher l’ego. Et cela se fait au quotidien.

 

extrait du Magazine Inexploré N°15 – JUILLET – AOUT – septembre 2012

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