La demande d’amour et la « quête affective »

Posté par othoharmonie le 9 avril 2016

 

 

Thierry Vissac nous invite dans cet article à une rencontre avec soi défrichée du poids du jugement et des espoirs excentriques de l’ego spirituel. Ses paroles sont une invitation à la paix, à la simplification, à l’éveil de ce qui nous est si intime et que nous falsifions par nos croyances et nos attentes.

Le besoin de vivre l’amour est une demande universelle qui se traduit au quotidien par une quête affective intense : besoin d’être aimé et besoin de reconnaissance. Ces besoins portent la plupart de nos paroles et de nos actions, souvent à notre insu, et induisent une dépendance à l’autre sans le regard duquel nous pouvons même avoir le sentiment de ne pas exister.
 
Cette demande, à fortiori non reconnue, est à l’origine de tous les ennuis de l’espèce humaine.

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La demande étant omniprésente, elle est donc transposée de manière inconsciente dans la démarche spirituelle. Ainsi, au lieu de ramener à l’essentiel, une telle démarche alimente la course aux mirages, vers l’autre, vers une source du bonheur à l’extérieur de soi.
 
Attendons-nous une rencontre qui va nous révéler à nous-mêmes ?

Croyons-nous qu’il existe quelqu’un, quelque part, qui détient pour nous la clé de notre cœur ?

Ne sommes-nous pas, en tant que femme, dans l’attente d’un être suprême qui serait à la fois un Père infaillible et un Amant protecteur ? Ne sommes-nous pas, en tant qu’homme, en quête d’un modèle de surhomme, d’une incarnation du pouvoir suprême, d’une Mère suprême dont les bras seuls nous permettraient de nous montrer vulnérables ?

N’avons-nous pas confondu notre élan affectif primal avec l’Appel de l’Unité ?

 Nous nous percevons comme des réservoirs vides ne demandant qu’à être comblés, et l’autre devient alors cette source à laquelle nous aimerions nous abreuver. Qu’il s’agisse d’une rencontre avec un maître spirituel ou avec une maîtresse ou un amant, nous devons réaliser que cette manière de rencontrer l’autre comme s’il était source de notre plénitude est une erreur fondamentale.

Je ne dis pas que les relations doivent être évitées mais qu’elles doivent être vues pour ce qu’elles sont : des lieux possibles d’expression de l’amour mais pas des échoppes où l’on viendrait s’achalander.
 
Il est bien naturel de désespérer trouver l’amour quand on le cherche partout où il n’est pas. Il y a pourtant des milliers d’années que nous entretenons ce modèle de la quête, et que nous l’avons transposé dans une totale inconscience sur nos gourous et nos conjoints, nos enfants, nos patrons et nos employés, nos voisins et tout être vivant de passage. Nous ne sommes jamais autant en relation que nous sommes en demande. Nous avons d’ailleurs fini par voir la relation comme une demande légitime et c’est une des causes de cet aveuglement quasi total que nous subissons à notre endroit.

 Le regard est toujours tourné vers dehors.

Même nos tentatives balbutiantes d’un regard au-dedans sont motivées par un désir de solutionner la relation à l’extérieur ! Il est devenu si naturel de demander à l’autre ce que nous n’avons jamais trouvé en nous-même que la guerre est devenue, tout aussi logiquement, la continuité de cette demande irrémédiablement frustrée. Celui qui ne cède pas à nos exigences devenues légitimes peut finalement être frappé ou tué.
 
Nous cherchons l’amour, c’est un élan premier, celui du singe qui prend conscience de sa condition. Nous reconnaissons cet instinct en nous. Nous ne saurions pas toujours dire instantanément si telle ou telle de nos actions, telle ou telle de nos paroles est une expression de cette quête d’amour (du sentiment de plénitude et d’ouverture que nous appelons amour) mais pour celui ou celle qui se penche avec attention sur la motivation de ses paroles et actions, cette quête se révèle omniprésente. Et il n’y a pas de problème à cela, car c’est un aspect de la condition du singe que nous ne voulons justement plus nier, même si, en même temps, nous souhaitons naturellement le voir évoluer.
 
Cette quête est tellement inscrite en nous qu’elle s’anime et s’enfle d’elle-même, autonome, indépendante de la raison et parfois du regard conscient, quand celui-ci est encore fragile. Tous nos maux sont issus, non de cette quête en elle-même qui est l’expression d’un appel naturel, mais de la direction que nous lui avons donnée : vers l’autre, vers l’extérieur. La solution est dans une exploration intime de ce qui est vivant en soi et qui marque la fin de la course au trésor à l’extérieur.

Thierry (novembre 2010).

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