L’Amour

L’AMOUR par * Juddi Krishnamurti  

  

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De toutes les Qualités requises l’Amour est une des plus importantes, car lorsqu’il est assez fort dans le coeur de l’homme, il le force à acquérir toutes les autres ; et celles-ci sans l’amour ne sauraient suffire. On l’a souvent interprété comme un désir intense d’être libéré du cycle des renaissances et des morts et d’atteindre à l’union avec Dieu. Mais le traduire ainsi c’est y faire entrer l’égoïsme et n’en exprimer qu’une partie. C’est moins un désir que la volonté, la résolution

Pour être efficace cette résolution doit pénétrer ta nature entière, jusqu’à n’y laisser place à aucun autre sentiment. C’est à vrai dire la volonté d’être un avec Dieu, non pour échapper à la lassitude et à la souffrance, mais afin de pouvoir agir avec Lui et comme Lui, à cause de ton profond amour pour Lui. Parce que Dieu est Amour, toi qui veux devenir un avec Lui, il faut que tu sois plein de parfait désintéressement et d’amour. 

Dans la vie quotidienne la signification de cette qualité est double ; premièrement il faut éviter avec soin de faire du mal à tout être vivant ; il faut secondement épier toutes les occasions de venir en aide. 

En premier lieu, ne pas faire souffrir. Il y a trois péchés qui font plus de mal que n’importe quoi dans le monde : la médisance, la cruauté et la superstition, parce que ce sont des péchés contre l’amour. L’homme qui désire remplir son coeur d’amour pour Dieu doit constamment se garder de ces trois péchés. 

Vois ce que fait le bavardage médisant. Il commence par de mauvaises pensées, ce qui est déjà un crime ; car il y a du bon en chacun et en toute chose ; en chacun et en toute chose il y a du mal. Nous pouvons renforcer l’un ou l’autre en y pensant, et ainsi accélérer ou retarder l’évolution. Nous pouvons obéir au Logos ou lui résister. Si tu penses au mal qui se trouve dans un autre, tu fais trois mauvaises actions en même temps : 

1° Tu peuples ton ambiance de mauvaises pensées et non de bonnes, donc tu ajoutes à la souffrance du monde. 

2° Si le mal que tu penses d’un homme se trouve en lui, tu entretiens ce mal et tu le renforces, et ainsi tu rends ton frère pire au lieu de le rendre meilleur. Mais, en général, le mal ne se trouve pas en lui et tu l’as seulement imaginé ; dans ce cas, ta pensée mauvaise incline ton frère au mal, car s’il n’est pas encore parfait, tu peux le rendre tel que tu te l’es  figuré. 

3° Tu peuples ton mental de mauvaises pensées et non de bonnes, et ainsi tu retardes ton progrès et offres, aux yeux de ceux qui peuvent le voir, un spectacle laid et pénible, et non attrayant et beau. 

  

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Non content d’avoir fait tout ce mal à lui-même et à sa victime, le médisant essaie, de toutes ses forces, de faire participer d’autres personnes à son crime. Il s’empresse de leur communiquer sa méchante histoire, dans l’espoir qu’elles y croiront ; et ensuite ils s’unissent tous pour répandre un flot de pensées mauvaises sur la pauvre victime. Et cela se fait, jour après jour, non seulement par un seul, mais par des milliers de gens. 

Commences-tu à voir combien ce péché est vil et affreux ? 

Il ne faut absolument pas y succomber. Ne dis jamais de mal de  personne; refuse d’écouter le mal qu’on dit d’un autre et fais doucement cette observation : 

« Cela n’est peut-être pas vrai, et, même si c’est vrai, il est plus charitable de n’en pas parler». 

Quant à la cruauté, elle peut être de deux sortes : voulue ou involontaire. La cruauté voulue consiste à faire souffrir, de propos délibéré, un autre être vivant ; ceci est le plus grand de tous les péchés, l’oeuvre d’un démon plutôt que celle d’un homme. Tu diras peut-être qu’un homme ne peut agir ainsi : mais les hommes l’ont fait bien souvent et le font journellement encore. Les inquisiteurs l’ont fait; bien des gens religieux l’ont fait au nom de leur religion ; les vivisecteurs le font ; quantité de maîtres d’école le font habituellement. 

Tous essayent d’excuser leur brutalité en disant que c’est l’usage ; mais un crime ne cesse pas d’être un crime parce qu’il est commis par beaucoup de gens. Karma ne tient aucun compte de l’usage ; et le karma créé par la cruauté est le plus terrible de tous. Dans l’Inde du moins, il ne peut y avoir d’excuse pour de telles coutumes, car le devoir de ne pas faire souffrir est bien connu de tous. Le sort réservé au cruel frappera aussi tous ceux qui, sous prétexte de sport, se plaisent à tuer des créatures de Dieu. 

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Tu n’agiras pas ainsi, je le sais, et, par amour de Dieu, tu protesteras ouvertement quand l’occasion s’en présentera. Mais il peut y avoir de la cruauté dans la parole comme dans l’acte, et l’homme qui prononce un mot dans une intention blessante est également coupable de ce crime. Cela non plus tu ne le feras pas ; mais parfois une parole irréfléchie fait autant de mal qu’une parole méchante. Il faut donc te garder de la cruauté involontaire. 

Cette cruauté provient généralement d’un manque de réflexion. Un homme cupide et avare ne pense jamais aux souffrances qu’il cause à d’autres en les payant trop peu, ou à sa femme et à ses enfants, en les affamant à demi. Un autre ne songe qu’à son propre plaisir et, pour le 

satisfaire, se soucie peu des âmes et des corps qu’il ruine. Un autre encore, pour s’éviter quelques minutes d’ennui, ne paye pas ses ouvriers au jour voulu, sans tenir compte des difficultés qu’il leur suscite par là. 

Il y a tant de souffrances dues précisément à l’insouciance, à l’oubli des conséquences qu’une action peut avoir pour les autres ! Mais Karma n’oublie jamais, et il lui importe peu que les hommes oublient. Si tu veux entrer dans le Sentier, il faut que tu songes aux conséquences de tes actes, de peur de te rendre coupable de cruauté irréfléchie. 

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La superstition est un autre grand mal et elle a causé d’effroyables cruautés. L’homme qui en est l’esclave dédaigne ceux qui sont plus sages, et s’efforce de les entraîner à faire comme lui. Pense aux affreux massacres causés par la superstition qui demande le sacrifice d’animaux, et par celle, plus cruelle encore, qui fait croire à l’homme qu’il a besoin de se nourrir de chair. Pense aux souffrances que la superstition a imposées aux classes opprimées de notre Inde bien-aimée, et vois combien ce mal peut créer de froide cruauté, même parmi ceux qui connaissent leur devoir de fraternité. Beaucoup de crimes ont été commis au nom du Dieu d’amour, inspirés par ce cauchemar de la superstition. Veille donc avec soin à ce qu’il n’en reste pas la moindre trace en toi. 

Ces trois crimes, il faut les fuir, car ils arrêtent fatalement tout progrès, étant des péchés contre l’Amour. Il faut non seulement t’abstenir du mal, mais aussi travailler activement au bien. Tu dois être à tel point rempli du désir intense de servir, que tu ne manques jamais de venir en aide à tous ceux qui t’entourent, non seulement aux hommes, mais encore aux animaux et aux plantes. Il faut rendre service dans les petites circonstances, chaque jour, pour en prendre l’habitude, afin de ne pas laisser échapper l’occasion de rendre service dans une grande circonstance, quand elle se présente. Car si tu as soif d’union avec Dieu, ce n’est point pour toi-même, mais afin de devenir un canal par où Son amour puisse arriver jusqu’à tes frères. 

Celui qui est sur le Sentier n’existe point pour lui-même, mais uniquement pour les autres ; il s’est oublié afin de pouvoir les servir. Il est une plume dans la main de Dieu, par laquelle la Pensée divine pourra s’épancher et trouver ici-bas une expression qu’elle ne saurait obtenir  sans cet intermédiaire. Cependant il est, en même temps, aussi, une vivante gerbe de feu, irradiant sur le monde l’Amour divin qui remplit son coeur. 

La sagesse qui rend capable d’aider, la volonté qui dirige la sagesse, l’amour qui inspire la volonté, voilà les qualités que tu dois acquérir. Volonté, Sagesse et Amour sont les trois aspects du Logos, et vous qui voulez être enrôlés à Son service, votre devoir est de manifester ces aspects dans le monde. 

   Attendant la parole du Maître, 

Guettant la lumière cachée, 

Ecoutant, pour saisir ses ordres 

Au milieu même de la bataille. 

Attentif à son moindre signe, 

Au-dessus de l’immense foule, 

Entendant son léger murmure, 

A travers les chants bruyants de la terre

* Juddi Krishnamurticwewgvlz

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