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UN MATIN MAGIQUE

Posté par othoharmonie le 15 juin 2015

«Nous pouvons créer la vision de l’univers de notre choix, puis accumuler des preuves qui la confirment.»
– Barry Neil Kaufman

UN MATIN MAGIQUE dans Travail sur soi ! pixel
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Avez-vous parfois l’impression que la vie ne vous entend pas, ou encore qu’elle vous répond n’importe comment? Peut-être faites-vous des pieds et des mains afin d’atteindre un certain but, avec une intention claire et précise, pour vous buter constamment à une sorte de mur invisible?On sent tous intuitivement que l’on est fait de poussière d’étoiles, que l’on est connecté à l’énergie qui crée les mondes. C’est inné… quoi qu’on en pense intellectuellement, rien ne pourrait nous convaincre du contraire. Il est donc toujours troublant quand les choses ne vont pas comme on le voudrait – quand nos demandes ne semblent pas être «entendues». Cela nous donne l’impression que la vie ne nous aime pas, que l’univers nous ignore. Et qu’on le réalise ou non, ce sentiment nous affecte généralement bien plus encore que le fait de ne pas avoir ce que l’on veut.

Il y a une raison pour laquelle la vie ne nous répond pas. Ou plutôt : il y a une raison pour laquelle elle semble ne pas nous répondre, parfois. C’est une nuance tellement cruciale, je soulignerais ce qui suit avec un gros marqueur jaune si je le pouvais (en fait, peut-être que je le peux… Voyons voir). C’est que la vie n’écoute pas le langage que l’on parle en surface, mais celui que l’on parle à un niveau beaucoup plus profond. Elle écoute des choses que l’on affirme et demande, sans même le réaliser, un langage que l’on parle «derrière» le langage que l’on a l’impression de parler.

Imaginons que l’on est très généreux envers l’homme ou la femme que l’on fréquente. Notre intention est de vivre une belle union. Notre vision est d’aimer et d’être aimé abondamment. Nos actions sont remplies d’affection. Tout est parfait, n’est-ce pas? Mais imaginons maintenant que notre générosité s’appuie sur la croyance que l’on n’est pas digne d’amour tel que l’on est, et que l’on doit donc en faire beaucoup pour compenser. Soudainement, tout est complètement différent. On s’attendra probablement à ce que la vie entende notre générosité, ou notre intention d’avoir une belle relation. Mais elle entendra d’abord et avant tout la prémisse sur laquelle tout cela s’appuie – c’est-à-dire, l’idée que l’on n’est pas assez. Ainsi, les probabilités sont très élevées que l’amour nous glisse constamment des doigts, d’une façon ou d’une autre… ce qui confirmera ce que l’on pense de nous, bien sûr. Et si on était effectivement aimé profondément en retour, on se dirait que l’autre personne nous aime seulement à cause de notre générosité – non pas parce qu’on est magnifique tel que l’on est.

Prenons un autre exemple. Imaginons que l’on se sent très petit et que l’on décide de bâtir une grosse entreprise lucrative pour prouver que l’on est grand et capable. On peut avoir le même projet pour plusieurs raisons très différentes, bien sûr, mais imaginons ici que notre désir prend racine dans un sentiment d’infériorité. Quel sera le résultat? Encore une fois, il sera probablement très difficile d’atteindre notre but, même si on donne tout ce que l’on a. Ce sera comme si une force invisible nous empêchait d’avancer, et chaque petit échec que l’on vivra nourrira le sentiment de petitesse dont on voulait tant se libérer. Oh, et même si on réussissait malgré tout (car il y a, bien sûr, toujours plus d’une croyance qui entre en jeu; je «sursimplifie» un peu les choses, ici…), on ne se sentira qu’encore plus petit dans notre grosse entreprise et notre grosse demeure. Cela ne peut faire autrement. Le sentiment de petitesse est la fondation sur laquelle toute notre démarche s’appuie.

La vie nous écoute. Mais elle n’écoute pas ce que nous disons, ou même ce que nous affirmons, ou même ce que nous croyons en surface. Elle écoute l’énergie derrière – la prémisse sur laquelle nos désirs et nos actions reposent. On dit souvent que la pensée est puissante. Et elle l’est, effectivement. Mais ce qui l’est encore davantage est la pensée derrière la pensée – la pensée-maîtresse, si vous voulez. Notre intention peut être magnifique, nos actions peuvent être parfaites… mais si la pensée-maîtresse est toxique, elle contaminera tout le reste. C’est un peu comme essayer de bâtir un château sur un dépotoir.

Tout cela est facile à observer sur le plan psychologique (si une personne ne se sent pas digne d’être aimée, par exemple, c’est sûr que les autres auront tendance à le sentir, à la croire, et souvent à agir en conséquence), mais il s’agit d’abord et avant tout d’un phénomène énergétique qui se produit sur la toile de fond de la vie – à ce niveau ultra fondamental sur lequel tout le reste se tisse.

Ainsi, chaque fois que l’on met de l’argent de côté sur la prémisse que l’on n’est pas le type de personne qui peut ou pourra avoir un revenu important, on cultive cette réalité; chaque fois que l’on prend des suppléments alimentaires sur la prémisse que l’on est fragile et vulnérable, on nourrit la fragilité. Et si notre démarche spirituelle s’appuie sur la prémisse que l’on n’est pas O.K. tel que l’on est, notre spiritualité deviendra ironiquement l’outil de notre ego, et elle nourrira notre sentiment de ne jamais être assez évolué.

C’est gros, n’est-ce pas?

Il n’est certainement pas question ici de ne pas mettre d’argent de côté, de ne pas prendre de suppléments, de ne pas être très généreux envers les autres, et de ne jamais bâtir une grosse entreprise. J’espère que c’est évident. On parle d’être présent à l’énergie qui nous habite au moins autant qu’on l’est à nos désirs, à nos intentions et nos actions, tout simplement – car elle parle plus fort que toutes les autres considérations réunies. On aimerait tant que le monde extérieur puisse nous donner la paix et la sécurité tant désirées… mais la seule chose qu’il peut faire est de nous suivre là où on décide d’aller. Il ne peut pas changer notre état profond – à moins, bien sûr, qu’on ait fait le premier pas –, il ne peut que nous le refléter et l’amplifier.

Ainsi, chaque fois que l’on sent une contraction, ou une petitesse, ou un vide, c’est une invitation à entrer en soi et à se détacher graduellement de la pensée-maîtresse qui est à l’origine de notre état. Passer par l’intérieur, ainsi, n’est certainement pas toujours facile… Mais c’est vraiment la seule option, la seule véritable forme de transformation.

C’est donc ce que je vous propose aujourd’hui. Entrez en vous. Quelles que soient les apparences présentement, prenez contact avec l’être majestueux, étincelant de santé et de prospérité, que vous êtes profondément. Puis agissez, parlez, créez à partir de cet espace rempli et vibrant – cet espace de vérité. Faites-en votre nouveau langage, la nouvelle prémisse sur laquelle vous vous appuyez. Et rapidement, vous verrez que la vie vous répondra avec une ardeur et une générosité que vous ne pourriez même pas imaginer.

 

Marie-Pier
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La science est basée sur des preuves

Posté par othoharmonie le 27 avril 2015



Beaucoup de créationnistes pensent qu’il n’y a aucune preuve convaincante pour l’évolution. Si vous avez l’esprit étroit et que vous êtes persuadé d’avoir raison, aucune des preuves ne fera la plus petite différence. Je pense que la vraie question est : quelles sont les preuves de la télépathie ?

Telepathie-Voyance

Personnellement, je pense qu’il y a beaucoup de preuves persuasives pour la télépathie et que les expériences qui ont été menées pour le prouver sont loin d’être pathologiques. Elles ont été réalisées, en grande partie, par des gens qui n’avaient pas de subventions… ils ont rencontré tout un tas d’obstacles sur leur chemin. Ce ne sont pas des gens appartenant aux institutions scientifiques le plus souvent et il me semble qu’il s’agit plus de science héroïque que pathologique. De toute façon, il y a différentes catégories de preuves. Pour moi, la plus importante et la plus convaincante est le fait qu’autant de gens pensent avoir vécu des expériences télépathiques. En effet, selon des études anglaises, européennes, américaines et d’un peu partout dans le monde, la plupart des gens croient qu’ils ont vécu ces expériences. Maintenant, certains diront qu’en réalité c’est une illusion, que ce sont des coïncidences que les gens prennent pour de la télépathie. Leur mémoire leur a joué des tours, les faisant oublier quand ils ont tort et se souvenir quand ils ont vu juste et ainsi de suite. Mais le fait est que des millions, des centaines de millions, en fait, des milliards de gens rationnels, tout à fait normaux croient qu’ils ont eu ces expériences. Auraient-ils tous tort et se feraient-ils des illusions si facilement ?

Deuxièmement, il y a eu beaucoup de recueils de cas, d’histoires d’expériences télépathiques. Elles sont généralement rejetées dans leur intégralité comme étant anecdotiques. Une anecdote est par définition une histoire non publiée. En grec « an » signifie « non » et « ekdot » publié. Beaucoup de branches de la science sont basées sur l’expérience. C’est le point de départ de la science. On ne peut pas le nier et il y a eu beaucoup de recueils de cas et si vous rassemblez des centaines d’anecdotes et qu’il y a beaucoup de gens qui ont vécu la même expérience… les anecdotes deviennent de l’histoire naturelle. J’ai moi-même des bases de données avec plus de 5000 cas et c’est la même histoire que vous entendez encore et toujours. Il pourrait y avoir des antécédents où les gens croyaient et se trompaient, néanmoins il y a une quantité énorme de ce genre de preuves.

Mais d’un point de vue scientifique, pour écarter l’objection manifeste qui a été soulevée depuis le tout début de la recherche sur la télépathie, à savoir qu’il ne s’agit que d’une histoire de coïncidences, vous devez mener des expériences pour réellement estimer la probabilité des coïncidences. Et en 1880, avec la création de la Society for Psychical Research, des méthodes statistiques ont été appliquées à cette recherche en commençant par le grand physicien sir William Barett. En réalité, ce fut l’un des premiers champs de la science où les statistiques furent réellement utilisées dans le cadre de recherche expérimentale. La recherche psi a en fait ouvert la voie à beaucoup de sciences à venir. La preuve statistique est importante car le seul moyen qu’on ait d’affirmer qu’une chose est une coïncidence est de connaître sa probabilité de se produire. On peut alors comparer ce qui se produit réellement par rapport à ce que l’on s’attend à obtenir par hasard.

Je vais vous parler maintenant principalement de la recherche expérimentale sur la télépathie qui se décline classiquement en 4 types. Le premier type comprend les expériences de divination de cartes développées par sir William Barrett. Si on se base sur une revue récente de toutes ces premières publications, il y a eu 186 articles publiés décrivant 3 600 000 essais. Cela donne, tout réuni, les résultats que vous voyez… sur l’ensemble des articles publiés dans des revues. Il y a 186 articles, plus de 30 investigateurs… la signification statistique est astronomique. P égal 1 fois 10^(-21) vous pouvez exprimer par cette formule la part de la chance, le résultat cumulatif étant dû au hasard. C’est basé sur une technique, largement utilisée en médecine appelée « meta-analyse » où l’on combine les résultats de nombreuses études différentes. C’est sur cette base que l’Institute for Clinical Excellence évalue l’efficacité clinique. C’est une sacrée référence en science qui permet de combiner différents types de données. De toute façon c’est la conséquence de la combinaison de tous ces articles. Le résultat est répétable. Il est vrai que dans le cas de la divination de cartes, on obtient un résultat plutôt minime mais quand un résultat minime est répété des centaines, des milliers, dans ce cas-ci, des millions de fois, cela devient très significatif.

La seconde sorte d’expériences sur la télépathie est la transmission de dessins. Beaucoup de gens ont fait des tests où une personne fait un dessin et une autre personne dans une autre pièce ou une autre ville doit essayer de reproduire ce dessin. Il y a eu des réussites spectaculaires avec ce genre d’expérience. Le résumé le plus célèbre est celui de l’écrivain américain Upton Sinclair qui a publié un livre intitulé Mental Radio en 1930. Ca a été un grand best-seller. Il est difficile de quantifier les similarités même si elles sont frappantes aussi cette voie n’a, dans l’ensemble, pas été poursuivie par les parapsychologues.

Dans les années 60, un nouveau genre de recherche a vu le jour en parapsychologie expérimentale impliquant des tests sur les rêves télépathiques

Beaucoup de gens ont vécu des expériences télépathiques en rêve et dans ces expériences, les gens venaient dormir dans un laboratoire. Quand ils commençaient à rêver, ce qui était mesuré par les mouvements rapides oculaires, un expérimentateur dans un bâtiment différent assez éloigné du rêveur regardait une image choisie au hasard et se concentrait pour voir s’il pouvait transmettre cette image au rêveur. Ces expériences ont donné des résultats positifs et hautement significatifs mis ensemble. Je vais vous montrer les résultats, une méta-analyse des données sur le rêve télépathique, qui ont été obtenus entre 1966 et 1973. 25 études publiées dans des revues scientifiques à comité de lecture, 450 essais, une signification statistique de 1,3×10-8 ou si vous préférez, 75 millions de chances contre 1 que ce ne soit pas dû au hasard. Et voici maintenant les résultats des tests individuels. Voici des graphes, le seuil de confiance est de 95 %, que l’on voit ici. Certains étaient en fait, en dessous du hasard, d’autres au même niveau mais la plupart étaient au-dessus du hasard. Et si on les combine tous, en utilisant des techniques statistiques standard, voici le résultat là avec un graphe qui montre que c’est significativement au-dessus du hasard. Il est faux de dire que ce n’est pas reproductible. La plupart le sont. Il y en a certainement quelques-uns qui n’ont pas suivi le modèle général. C’est très courant en science. C’est certainement le cas dans beaucoup d’essais médicaux, c’est pourquoi on utilise cette technique. Peu d’expériences marchent de la même façon à chaque fois. Peut-être que cela arrive dans les salles de classe mais dans la vraie science aux Frontières de la Recherche, c’est plus confus et ce genre de chose est assez normal dans beaucoup de domaines scientifiques.

Puis, il y a eu le développement d’une nouvelle sorte d’expérience, les tests télépathiques « Ganzfeld », qui ont eu lieu depuis les années 1970 dans les laboratoires de parapsychologie. Dans ces tests, le sujet est couché dans une pièce dans un état de privation sensorielle léger avec des moitiés de balles de ping-pong sur les yeux, un bruit blanc dans les écouteurs, une lumière rouge, une atmosphère détendue pendant que quelqu’un dans une autre pièce ou un autre bâtiment regarde une photo ou un vidéoclip, choisi au hasard parmi un groupe de photos ou de vidéos, la question est alors : le sujet peut-il dire, identifier parmi 4 images qui lui sont montrées à la fin, laquelle est celle que l’autre personne regardait. Si ce n’était que de la devinette, le taux de réussite serait de 25 %. Et bien, les expériences Ganzfeld conduites entre 1974 et 1985 ont été passées en revue en 1985 avec ces résultats. 25 études publiées, 762 essais… globalement la signification statistique (que vous voyez là) est de mille milliards contre un. Voici le résultat des études individuelles. Une fois encore, comme pour les essais sur le rêve télépathique, il y en a eu des négatifs et des sceptiques disent « ça n’est absolument pas réitérable, untel a obtenu des résultats négatifs. » Vrai, mais si vous regardez le schéma entier, la signification totale est donnée ici et vous voyez que c’est au dessus du seuil de hasard. Encore une fois c’est un assez petit résultat mais néanmoins, c’en est un. Si vous regardez les effets de l’aspirine dans la prévention des crises cardiaques, vous verrez des résultats beaucoup plus petits que ceux-là et ce sont des procédures médicales déjà recommandées.

En 1985, ces études furent passées en revue par un certain nombre de personnes qui s’autoproclamaient « sceptiques éclairés ». Ce sont des gens qui ont réellement étudié ces expériences, ils ont émis un certain nombre de critiques tout en admettant que le résultat était là… il se passait quelque chose. Ils ont avancé un certain nombre de critiques que les parapsychologues ont ensuite tenté de contrer en automatisant la procédure et en excluant diverses choses qui auraient pu mener à des fuites d’information. Bien évidemment, l’effet « Clever Hans » est connu depuis le tout début de la parapsychologie et tout cela se passe dans des pièces séparées. Ainsi il n’y a aucune possibilité de signaux subtils. Toutes ces expériences font l’objet d’un examen minutieux de la part de sceptiques extrêmement hostiles et irréprochables qui sont prompts à se jeter sur la moindre imperfection. C’est probablement le champ de recherche le plus rigoureux et le plus lourdement surveillé de toute la science. Les sceptiques ont relevé quelques points faibles éventuels et, tenant compte de ça, les tests d’auto-ganzfeld furent créés. Passés en revue en 1977, ils ont donné ces résultats. Dans 6 laboratoires… presque 2000 essais… et voici la signification… voilà les études détaillées et les résultats combinés. Cela inclut les tous premiers tests jusqu’en 1985. Les 10 tests les plus récents sur le Ganzfeld, dans une revue publiée en 2001, montrent de nouveau un résultat significatif, pas aussi important mais montrant une grande probabilité que ce ne soit pas du hasard.

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Bien qu’il me semble que ce genre de preuves recueillis par les parapsychologues grâce à des recherches menées en laboratoire soit assez impressionnantes et même convaincantes, elles ont pourtant un grand désavantage, celui d’être basé sur des situations extrêmement artificielles

En voulant être scientifiques, beaucoup de ces expériences se sont trop éloignées de la télépathie de la vie courante. En particulier, dans la vie courante, la télépathie se produit la plupart du temps entre personnes qui se connaissent bien. Cela arrive généralement entre partenaires, entre mère et enfant, jumeaux, meilleurs amis, parfois entre thérapeute et patient s’il y a transmission d’un lien émotionnel et ainsi de suite. Ca n’arrive pas entre étrangers dans la vraie vie ou du moins, si cela se produit, c’est très rare. Pour commencer, dans ces expériences de laboratoire, la manière typique de procéder et de demander à un couple d’étrangers (généralement des étudiants à l’heure du déjeuner) de deviner des cartes choisies pour leur absence de signification émotionnelle dans des pièces séparées. Ce qui me surprend, c’est qu’ils aient obtenu des résultats aussi positifs. Personnellement, je ne me serais pas attendu à des résultats aussi positifs que ceux que l’on vient de voir avec de si mauvaises conditions pour la télépathie. Dans un certain sens, je crois que les parapsychologues se sont fait du tort à eux-mêmes en travaillant avec des conditions si peu naturelles et autant éloignées de la réalité. Cependant, il y a eu des études expérimentales sur la télépathie dans des conditions beaucoup plus naturelles. Une que j’apprécie plus particulièrement, en fait c’est la toute première que j’ai pu lire, a été menée par Sir Rudolph Peters qui était professeur de biochimie à Oxford. Puis il est venu à Cambridge où je l’ai rencontré quand j’ai travaillé au Département de Biochimie de Cambridge. Un jour, dans le salon de thé du laboratoire, le sujet de la télépathie a été lancé et, à cette époque, j’étais un sceptique primaire standard et j’ai dit : « ce ne sont que des sottises, il s’agit de coïncidences ou d’illusion etc… » Sir Rudolph, qui était un collège très intelligent et charmant, dit « eh bien, je n’en suis pas si sûr. » Il a ajouté « j’ai examiné un cas qu’un ami a trouvé » et il me l’a raconté. C’était une mère qui vivait à Cambridge avec son fils, un attardé mental profond. L’histoire est parvenue jusqu’à Sir Rudolph par le biais d’un de ses amis ophtalmologiste. Ce garçon avait une très mauvaise vision. Quand il l’examina, le gamin eu de brillants résultats au test de la vue ce qu’il ne pouvait comprendre. Il fit sortir la mère de la pièce et le score du gamin chuta. Il n’y arrivait pas sans sa mère. Ils firent ensuite d’autres tests et trouvèrent que le garçon pouvait réussir toutes sortes de choses si sa mère était là. Bien sûr ils pensèrent que c’était dû à l’effet « Clever Hans ». Alors ils mirent la mère dans une autre pièce et ça continua à marcher. Puis, ils firent une série d’expériences contrôlées depuis le laboratoire de Cambridge jusqu’aux laboratoires de Babraham, à environ 5 miles de Cambridge, où l’on montrait à la mère une série de cartes avec des lettres ou des nombres, dans une séquence aléatoire et à l’autre bout du fil on disait au garçon quand l’essai commençait et il devait alors deviner quelle lettre ou chiffre c’était. Tout fut aussi enregistré sur bande au cas où quelqu’un aurait répliqué que des signaux subtils passaient par le téléphone. Les résultats de cet essai furent très différents des résultats d’essais de laboratoires de parapsychologie normaux. Voilà les 479 essais impliquant des nombres, le taux de réussite dû au hasard pour des nombres de 1 à 10 est de 10 %.

Il a obtenu un score de 32 %… la signification est là… 1×10-27 et avec les lettres, 163 essais… le taux dû au hasard est de 4 % car il y a 26 lettres. Score réel 32 % (10-75).

Ce sont des résultats incroyablement significatifs, beaucoup plus impressionnants que la parapsychologie de laboratoire standard. Ca n’est pas un cas isolé. La littérature de recherche psychique est pleine d’études de ce type. Personne n’a jamais relevé de point faible dans cette étude. Ils l’ont simplement ignorée et sir Rudolph Peters était très enthousiaste lorsqu’il m’en a parlé. (Cela a été publié dans un journal à comité de lecture). Il a dit : « aimeriez vous écouter les bandes pour voir si vous pouvez détecter un bruit de fond ? » Je les ai écouté… Je ne pouvais pas… il n’y avait aucun signe… Ca a été examiné par des illusionnistes et des magiciens professionnels. Personne n’a rien trouvé. Alors quelles ont été les suites ? C’est resté dans l’ombre comme la plupart des recherches à ce sujet car cela n’allait pas dans le sens du courant de la littérature scientifique, parce que c’est un domaine tabou. De toute façon, c’est l’exemple d’une étude qui montre, il me semble, des résultats assez nets.

J’ai moi-même mené des recherches dans des domaines plus proches des phénomènes de la vie quotidienne. En collectant un grand nombre d’histoires et en faisant des enquêtes, j’ai essayé d’identifier quels sont les domaines les plus courants où les gens vivent des expériences télépathiques et j’ai essayé de mettre au point des expériences pour le tester dans la réalité ou dans des conditions les plus proches possibles de celles de la vie quotidienne. On dit très couramment que les mères sont télépathes avec leur bébé et des mères qui allaitent prétendent être physiologiquement télépathes dans le sens où leur lait coule, leurs seins commencent à suinter si elles sont loin de leur bébé à faire, par exemple les courses dans un supermarché alors que le bébé a besoin d’elles. Ca n’avait jamais été étudié alors j’ai monté un essai comparatif où l’on a surveillé la perte de lait chez 9 mères allaitantes sur une période de 2 mois. Nous avons déterminé exactement quand leur lait coulait et avons également surveillé quand le bébé se réveillait, ils étaient à plusieurs kilomètres, pour voir si la perte de lait était corrélée avec les réveils du bébé. Ca l’était… elles n’avaient pas toujours raison mais la probabilité que ce soit une coïncidence était d’un milliard contre un. Aussi, vous pourriez penser que ce ne sont que des rythmes synchronisés. Eh bien ça ne l’était pas, ça ne suivait pas de schémas particuliers mais si vous analysez les statistiques pour éliminer tout rythme possible, vous obtenez toujours un résultat significatif. Beaucoup de mamans affirment en avoir fait l’expérience… les données montrent que cela semble se produire, davantage d’études sont certainement nécessaires mais voici un exemple de télépathie quotidienne qui semble être corrélée avec ce qui se passe.

Probablement le type le plus courant de télépathie manifeste dans le monde moderne est la télépathie en lien avec les appels téléphoniques et la réponse habituelle est : « c’est juste une coïncidence…

Vous vous souvenez quand vous avez vu juste et vous oubliez les millions de fois où vous vous êtes trompé et qu’il n’y avait rien. » 

J’ai fait des études qui montrent que c’est de loin le genre de télépathie le plus répandu du monde moderne. Les enquêtes montrent que pour une population moyenne, 80 % des gens affirment avoir fait l’expérience de penser à quelqu’un qui les a ensuite appelé d’une façon apparemment télépathique ou d’avoir appelé quelqu’un qui leur a dit « c’est marrant, je pensais justement à toi »  Maintenant, pouvons-nous ne pas en tenir compte si facilement? Cet argument facile qui a régné en sciences depuis 100 ans, depuis l’invention du téléphone n’a pas un soupçon de preuve en sa faveur. Personne n’a jamais fait de tests. Bon, c’est très bien d’avancer une hypothèse mais en science, émettre des hypothèses ne suffit pas. On doit les tester et il y a très peu de domaines scientifiques où les gens peuvent avancer des hypothèses sans aucune preuve et obtenir l’approbation universelle de la communauté scientifique. C’est un de ces domaines pathologiques de la science ordinaire, je pense, où il y a un déni de l’évidence, un refus des preuves et, en fait, une ignorance volontaire. Peut-on tout de même le tester ? Peut-on aller plus loin que de simples arguments de salon ? La réponse est oui, on peut faire des expériences sur la télépathie téléphonique et j’en suis maintenant, avec l’aide de ma collègue Pam Smart à plus de 800 de ces tests.

Voici comment se déroulent ces expériences : nous trouvons des gens qui disent que ça leur arrive, nous leur demandons de nommer 4 personnes avec qui cela serait susceptible de se produire, ce sont habituellement des amis proches ou des membres de la famille et ensuite ils restent assis à la maison. Ils sont filmés – le téléphone posé sur une table devant eux. Ce sont des fixes car, bien sûr, tous les mobiles ont des écrans d’identification du correspondant. Ils savent qu’ils vont recevoir un appel vers disons 10 h. A 10 h le téléphone sonne, c’est une de ces 4 personnes. Avant de décrocher, ils doivent deviner de qui il s’agit. Ils n’ont aucun moyen rationnel de le savoir car on l’a choisi au hasard 10 minutes plus tôt. Ainsi, c’est une démarche randomisée. La personne est à des kilomètres. Il n’y a pas d’effet « Clever Hans » en remarquant des signes de la tête ou quoi que ce soit d’autre… juste le téléphone qui sonne et ils doivent deviner qui. Au hasard, ils peuvent tomber juste une fois sur quatre soit 25 %. En réalité, le taux de réussite moyen est loin bien au dessus du hasard. Voici les résultats de nos expériences résumés sur cette feuille. Nos premières expériences n’étaient pas filmées et pouvaient, éventuellement, être ouvertes à la triche. Nous avions 63 sujets, moins rigoureux que les autres mais ici, le résultat dû au hasard est de 25 %, les vrais résultats : 40 %… significativité 4×10-16. C’est un résultat extrêmement significatif. Bien sûr, nous avons voulu éliminer la triche c’est pourquoi nous sommes passés à la version filmée et voici les résultats là. Les scores sont en fait plus élevés dans les expériences filmées que dans celles qui ne le sont pas : 45 % à 10-12 de signification. Ainsi ces expériences ont produit des résultats considérables. Elles sont actuellement reproduites dans 2 autres universités, Cape Town et Amsterdam. La télévision en a diffusé une version il y a quelques mois qui a été réalisé avec 5 personnes. Ils ont chois les Nolan Sisters, un groupe pop des années 80 car ils pensaient que si ils devaient faire des expériences à la télévision ce devait être avec des célébrités. Et bien les Nolan Sisters se sont bien débrouillées. Leur taux de réussite a été de 50 %, statistiquement significatif, et c’est passé sur Channel Five, certains d’entre vous l’ont probablement vu. Bien, maintenant la télépathie téléphonique, c’est assez facile de réaliser ces expériences. Elles font de bons projets scolaires mais maintenant je mène des expériences sur la télépathie par email. C’est un phénomène similaire. 

Beaucoup de gens ont dit qu’ils pensent à quelqu’un et qu’ensuite ils reçoivent un message d’eux.

Est-ce juste une coïncidence ? 
Le seul moyen de le savoir est de faire le test. Nous avons la même démarche pour les « emailers » potentiels. Ils sont choisis au hasard. Vous savez que vous allez avoir un message à un moment précis et juste avant, vous devez deviner de qui il s’agit. Le taux de réussite dû au hasard est de 25 %. Avec 50 participants dans des expériences non filmées, le taux de réussite est de 40 %, semblable à la télépathie téléphonique. Avec 5 participants dans des expériences filmées, le taux de réussite est de 46 %… encore une fois extrêmement significatif. Avec l’aide de Mike Lambert, cela a été mis en place sur Internet sous une forme automatisée et vous pouvez mener cette expérience vous-même en allant sur mon site. Vous pouvez faire 10 essais en moins de 20 minutes. Tout ce dont vous avez besoin c’est d’amis qui acceptent d’être en ligne en même temps. Ainsi ce genre de recherche peut maintenant être testé par n’importe qui. Vous n’êtes pas obligé de me croire sur parole.

Je voudrais parler de la télépathie des animaux. C’est extrêmement courant. Beaucoup de gens ont eu des expériences télépathiques avec des chiens ou des chats. Avec Pam Smart, nous avons fait des centaines d’expériences, filmé des expériences sur des chiens qui savent quand leur maître rentre à la maison. Ils se lèvent et vont attendre derrière une porte ou une fenêtre quand leur maître est sur le chemin du retour et nous avons montré que cela arrive même quand les gens rentrent à des moments aléatoires. Tout a été filmé, cela a été évalué de façon objective, cela arrive même quand ils prennent le taxi, ce n’est pas dû au hasard. C’est hautement significatif statistiquement et cela a été reproduit, plutôt à contrecoeur, par des sceptiques impatients de discréditer la chose et ils ont obtenus exactement les mêmes résultats. Je n’ai pas le temps de vous les montrer, étant donné mon temps limité, et je préfère vous parler maintenant des expériences que je mène actuellement sur un perroquet voyant qui vit à New York !

La propriétaire de ce perroquet a découvert qu’il captait ses pensées. Il semblait savoir ce qu’elle pensait. Il a un vocabulaire de 950 mots actuellement. C’est l’animal parlant le plus accompli au monde. Comme il a été maintenant prouvé que les perroquets peuvent parler de façon expressive. Ce perroquet fait des phrases et il capte ses pensées. Il interrompt même ses rêves quand il dort à côté d’elle. Il la réveille en commentant ses rêves ! La première fois que j’ai entendu ça, je n’y ai bien sûr pas cru. Je pensais que c’était loin du fin fond de tout ce que j’avais déjà pu faire ! Je suis allé la voir à Manhattan, à New York où elle habite. Nous avons de simples tests où je lui ai demandé de regarder des images dans une autre pièce et le perroquet disait ce qu’elle regardait. Je ne voyais aucun moyen possible ou imaginable de tricher. Alors, nous avons mis au point une expérience filmée avec toute une série d’images scellées dans des enveloppes cachetées dans un ordre aléatoire. Elle les ouvrait dans une pièce avec une caméra. Dans une autre pièce, le perroquet – sans personne d’autre, à un autre étage – était filmé tout le temps. Les transcriptions ont été faites indépendamment pour voir si il disait ce qu’elle regardait. Le taux de réussite était incroyable. En 71 essais, il a eu raison 23 fois, 32 % Il y avait 19 mots possibles. Ce résultat est énormément supérieur au hasard. Ces expériences ont été évaluées et transcrites séparément par trois personnes différentes. Les statistiques ont été faites par un statisticien indépendant, un professeur de statistiques d’Amsterdam, et tout a été décrit et publié dans un journal à comité de lecture. En fait, cela sort aujourd’hui dans le Journal of Scientific Exploration.

images (1)J’espère que j’en ai dis assez pour montrer qu’il y a en réalité plutôt beaucoup de preuves de la télépathie. Cela ne peut pas convaincre les gens qui ne veulent pas croire à la télépathie ou qui sont convaincus que c’est impossible car, par définition, toute preuve doit être défectueuse, frauduleuse ou je ne sais quoi d’autre mais pour beaucoup de gens qui sont plus ouverts d’esprit, je pense qu’il y a vraiment de quoi faire et que ce que nous voyons ici est de la science normale qui procède avec des conditions plutôt défavorables mais qui procède de façon normale avec des hypothèses, des tests, des preuves, des critiques, des techniques perfectionnées et ainsi de suite. 

Je pense qu’il y a beaucoup de preuves de télépathie de toutes sortes dont des preuves expérimentales dans des conditions bien définies

Il est extraordinaire que les scientifiques qui prétendent être rationnels ou rationalistes deviennent extraordinairement irrationnels lorsqu’il s’agit de télépathie. La confiance en les preuves part aussitôt en fumée. Cela réveille souvent de profondes émotions et je me demande souvent pourquoi la possible existence de la télépathie dérange autant les gens. Pourquoi est-ce quelque chose de si profondément dérangeant ? Je crois que les raisons sont historiques. Elles remontent au moins au siècle des lumières où la volonté était de faire avancer la science et la raison et de rejeter la religion et la superstition, la crédulité, le folklore etc… Ainsi la télépathie, à cette époque on n’appelait pas ça télépathie, mais d’une certaine façon, ces phénomènes psychiques ont été rejetés dans la catégorie superstition et depuis lors, les gens rationnels sont supposés ne pas y croire. Je pense que c’est pourquoi (en tant que fait sociologique) que vous ne trouverez pas d’articles sérieux à ce sujet dans les grands journaux ou sur les programmes horizon de la BBC car c’est inacceptable pour le discours rationnel et les gens instruits – pas seulement les scientifiques mais la plupart des diplômés universitaires – savent qu’ils sont censés faire partie de ce projet « d’éclaircissement » et, au moins en public, sont supposés nier la télépathie ou, du moins, de ne pas en parler. La sanction sinon est d’être considéré comme crédule, superstitieux ou stupide et personne ne veut perdre son rang intellectuel. Alors je pense que ce tabou a été établi assez tôt et qu’il est toujours en place depuis lors. Si vous regardez les controverses de la fin du 19ème siècle, vous verrez que ce sont les mêmes qu’aujourd’hui, le même type d’arguments. Les gens pour disaient « voici les preuves ». Les gens contre « ce n’est pas possible, les preuves ne sont pas crédibles ». C’est très étrange en science comme des idées nouvelles sont tout à fait acceptables. Par exemple, David Deutsch, un physicien d’Oxford a écrit un livre sur le voyage dans le temps. Il a aussi écrit un livre sur les univers multiples, l’idée qu’à chaque observation physique l’univers se divise et qu’il y a des milliards, des trillions, des quadrillions d’univers parallèles complètement inobservés. Il bénéficie d’une place respectable en physique à Oxford. Il n’y a aucune preuve de son postulat et cependant, c’est assez toléré en physique. Pourtant, au sujet de la télépathie, David Deutsch dit : « Ce sont des âneries, pas le moindre soupçon de preuves. ». Je sais qu’il n’a pas étudié les preuves mais pourtant la même personne peut avoir des théories complètement folles sur les univers paranormaux et malgré tout, ce tabou total de la télépathie coexiste au sein du même individu.

Personnellement, je pense que la télépathie n’est pas menaçante. Je crois que la télépathie est une aptitude naturelle des communautés d’animaux pour communiquer ensemble. Je pense que ça existe. Ma propre théorie, je n’en ai pas parlé faute de temps, ma théorie est que les membres d’un groupe ont ce que j’appelle un sens morphique qui les relie entre eux… des flopées d’oiseaux, des bancs de poissons. Je crois à un phénomène de champ. Les membres d’une communauté animale, lorsqu’ils sont séparés, restent connectés entre eux par ce champ qui s’étire au lieu de se briser… et chacun peut communiquer avec l’autre télépathiquement. Je pense que c’est un mode normal de communication animale. Pour finir, la nature de ce champ est, en réalité, assez proche d’un phénomène bien connu en physique quantique appelé « non-localité » où des particules faisant partie du même système quand elles s’éloignent, gardent une connexion non locale… un changement chez l’une affecte instantanément l’autre indépendamment de la distance. Peu importe leur éloignement. Il n’y a pas de loi quadratique inverse. Quand Einstein a d’abord réalisé cette implication de la théorie quantique, il a cru que la théorie quantique devait être fausse car si elle était juste, cela impliquerait « a spooky action at a distance » (effroyable action à distance). Il s’est avéré que la théorie quantique est juste, Einstein avait tort et ces particules ou systèmes qui appartiennent au même système quand ils sont séparés conservent cette connexion non locale. Des organismes qui appartiennent à un même groupe social ou un chien et son maître, des jumeaux, des parents, des mères et leurs bébés… peuvent s’éloigner. Je préfère ça. Si la théorie quantique est vraiment fondamentale, alors on peut voir des choses analogues, homologues même, au niveau des organismes. Dans la mesure où les gens ont des théories de la télépathie, c’est une des principales candidates.

62213208Dans la vie quotidienne, les cas de télépathies les plus impressionnants sont quand cela se produit. Les mères et les bébés en sont un exemple mais beaucoup de gens ont vécu l’expérience de voir soudain quelqu’un ou de l’entendre au moment où il meurt ou qu’il est en danger. Cela arrive aussi… J’ai fait des expériences avec des chiens qui le font. J’ai plus de 100 cas de données sur des chiens qui hurlent mystérieusement sans raison apparente et il s’avère par la suite que leur maître a subi un grave accident ou est mort, loin et sans que personne ne le sache dans l’entourage du chien. Beaucoup de ces cas sont en lien avec la mort et la détresse. Certains de ces cas impliquaient des chiens qui savaient leur maître en danger et qui se sont débrouillé pour sauver leur vie en forçant les gens à aller quelque part, ou dans certains cas, en empêchant des suicides. Je pense que dans beaucoup de cas la télépathie a à voir avec des choses qui ont une grande signification biologique. On ne peut pas, bien évidemment, faire d’expériences là-dessus. Vous ne pouvez pas demander à quelqu’un de mourir à un moment aléatoire pour que vous puissiez observer le chien et si vous travaillez à l’Université, il y a des comités d’éthique et autres alors évidemment vous ne pouvez pas faire des choses qui impliquent des perturbations émotionnelles. La plupart des expériences de télépathie les plus puissantes sont celles de communication d’une nécessité ou d’un besoin. Elles concernent les nécessités, les besoins, les demandes… Elles concernent les appels silencieux. Les gens veulent que quelqu’un viennent à eux. Il y a parfois des informations plus détaillées qui sont transmises mais la télépathie est le bon terme. Télépathie veut dire « sensation distante », tele-pathie, distante sensation, comme l’empathie, la sympathie. Ce n’est pas de la transmission de pensées. Cela ne concerne pas à l’origine les pensées, les images. Cela concerne au départ les sensations, les besoins.

Quand vous dites « pouvons nous développer une plus grande sensitivité ? », je crois que la question est « Pourquoi avons-nous perdu autant de la sensitivité de nos ancêtres ? ». Il y a beaucoup d’histoires de voyageurs en Afrique qui disent qu’on considère comme normal dans de nombreuses régions d’Afrique que les membres d’une tribu savent quand quelqu’un arrive, quand quelqu’un a besoin de quelqu’un d’autre quelque part, ils partent et trouvent ce quelqu’un qui a besoin d’eux à 50 miles de là. Ils réagissent à ça tout le temps. Avant l’invention du téléphone, c’est ce que les gens faisaient et il y a des témoignages d’amérindiens, d’aborigènes australiens, d’explorateurs. Généralement, les anthropologues ne l’ont pas étudiés car ils étaient convaincus que c’est impossible. Ils sont venus avec un état d’esprit rationaliste et n’ont pas documenté les choses des cultures traditionnelles qui en sont les aspects les plus intéressants.

Alors je crois que si nous voulons savoir jusqu’à quel point cela peut être utile dans les sociétés humaines, nous devons regarder les sociétés traditionnelles, celles qui survivent encore, où elles n’ont pas encore été complètement balayées. Même dans notre société cela n’a pas complètement disparu, et il me semble que l’exemple du téléphone est une survivance résiduelle de la réponse aux appels à distance. Le téléphone nous permet d’appeler les gens à n’importe quelle distance. Nous formons l’intention avant de réaliser l’appel et je pense que c’est pour cela qu’ils réagissent. Je pense qu’être capable d’appeler les gens à distance n’est pas trivial et je crois que c’est une des racines évolutives de la télépathie.

                                                          *

Extrait et condensé d’un débat sur la télépathie. L’avis de Rupert Sheldrake.
Source :
http://www.metapsychique.org

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J’ai trouvé Dieu dans une flaque d’eau

Posté par othoharmonie le 27 octobre 2014

 

Trip pour certains, expérience mystique pour d’autres : un sentiment de l’infini touche parfois, dans des situations inattendues, les personnes les moins portées sur la religion. Témoignages.

Sommes-nous sur le point de devenir des mystiques sauvages ? Tels les Na’vis bleus d’« Avatar », cherchons-nous plus que jamais à nous relier à la « grande source du vivant » ? Que nous l’appelions tao, énergie cosmique ou puissance supérieure comme chez les Alcooliques anonymes, nous semble-t-elle plus accessible qu’un Dieu défini par les dogmes ?

eau_2_10A écouter nos contemporains, c’est bien d’une telle évolution qu’il s’agit. Les fervents, comme l’écrivain Christian Bobin : « J’ai trouvé Dieu dans les flaques d’eau, dans le parfum du chèvrefeuille, dans la pureté de certains livres et même chez des athées. Je ne l’ai presque jamais trouvé chez ceux dont c’était le métier d’en parler. » Et ceux qui perçoivent Dieu comme « un asservissement », tel l’homme politique François Baroin, qui reconnaît cependant « avoir accès à une certaine espérance sous forme de lumière ».

Autrefois, le monde se divisait entre ceux qui croyaient et ceux qui ne croyaient pas en Dieu. Aujourd’hui, ce terreau de la croyance est devenu plus fertile mais aussi plus mouvant : nous pouvons bricoler notre credo personnel, en puisant dans différentes spiritualités. Aussi le divin ne se résume-il plus au Dieu barbu et tout-puissant qui jusque-là vivait dans le ciel, nous adressant cadeaux ou punitions mérités. Son image s’est, pour beaucoup, peu à peu effacée (lire l’encadré p. 82).

Reste l’expérience. La sensation, le plus souvent inattendue, voire inespérée, de se retrouver connecté avec un grand « autre ». De faire venir le divin jusqu’à soi. En soi, même.

 

Basculement vers une autre dimension de la réalité, ce point de contact peut se rencontrer dans le quotidien le plus banal. Comme pour Pierre, qu’un moment d’intimité avec son fils nouveau-né a amené à percevoir une dimension sacrée qui était jusque-là absente de sa vie : « Je ne sais pas ce qui s’est passé. J’ai plongé dans les yeux sombres, encore aveugles, de Samuel et j’ai “décollé” intérieurement. » Sabine, la première fois où elle a fait l’amour avec celui qui partage sa vie aujourd’hui, a elle aussi vécu un ravissement sans précédent. Bien loin de l’orgasme vécu comme une « petite mort » selon Georges Bataille, elle s’est soudain sentie étonnamment vivante : « Tout devenait bleu autour de moi, de nous, et lui et moi étions totalement fusionnés et nimbés d’une indéfinissable énergie, pris dans un espace que je n’avais encore jamais traversé. »ce trip sans mescaline qu’un Allen Ginsberg ou un Jack Kerouac aurait sans doute adoré a été qualifié « d’extase laïque » par le philosophe Michel Hulin qui s’est intéressé au sentiment de l’infini touchant parfois les sujets les moins portés sur le fait religieux. Pour lui, ces expériences simples, toujours spontanées, véritables « défis à la pensée philosophique et religieuse », apparaissent souvent « dans les périodes où les codes se brouillent ». Elles s’immiscent dans nos vies quand nos mécanismes d’adaptation, nos systèmes de pensée pris entre bien et mal, favorable ou défavorable, se suspendent soudainement, quand nous « déposons le fardeau » sans même savoir comment. Elles nous laissent alors entrevoir une pure joie non réactive, la joie d’être, dans son essence brute. L’immersion dans des espaces sauvages, la communion avec la nature sont des conductrices puissantes de telles expériences, et les écrivains – voyants parce qu’ils approchent l’indicible – y trouvent des sources d’inspiration intarissables. Marguerite Duras, de sa fenêtre des Roches Noires, à Trouville, d’où elle surplombait l’océan : « Regarder la mer, c’est regarder le tout. » 

Ces contacts avec une instance qu’on ne sait nommer peuvent aussi, et plus fréquemment, surgir comme les fruits d’une longue recherche. Nathalie, qui médite régulièrement depuis sept ans, en témoigne : « Je rencontre le divin dans l’espace que je pénètre par la méditation : une ouverture du cœur totale et inconditionnelle face à tout ce qui se présente, un même amour pour le chat du voisin, les arbres d’une forêt, une étoile dans le ciel et pour chaque être humain. Pour faire cette expérience, le mental doit se taire car il obstrue le canal vers le divin qui existe en chacun de nous : nous sommes tous des parcelles vivantes de cet amour divin. Quand je suis imprégnée par la lumière de cette conscience, tout est alors d’une grande clarté et d’une grande perfection. Il n’y a rien à changer. C’est une expérience d’unité et d’éternité. »

Pour Catherine, la rencontre avec cette autre dimension est arrivée « de surcroît », à l’issu de longues heures de pratique du gospel. Au départ, la jeune femme à qui Dieu semblait « trop haut, lointain », se met à cet art si fervent juste « parce que les chants sont beaux ». Après quelques mois, elle commence à s’intéresser aux paroles et réalise qu’elle a envie d’être soliste pour « transmettre la force de ces paroles d’âmes seules, abandonnées de tous, qui disent juste “j’ai froid, j’ai peur” ». Lors d’un concert, Catherine se rend compte d’un « frémissement dans tout son corps, comme si elle brûlait de l’intérieur ». A la sortie, la jeune femme se sent happée par « autre chose » : « J’ai ressenti une force incroyable, avec l’impression d’être sous une cascade d’eau fraîche. » D’où venait cette énergie ? Qu’est-ce qui l’avait guidée jusque-là ? Depuis, Catherine, devenue professeure de gospel, anime gratuitement un chœur de trente personnes. Sa vie en a été changée.

 

Les scientifiques ont beau expliquer ces états par de grandes libérations d’endorphines observables par IRM, on ignore toujours pourquoi de telles expériences peuvent modifier en profondeur les existences de ceux qui les vivent. Contrairement à Freud, pour qui tout « sentiment océanique » était à interpréter comme une tendance régressive – il n’était guère sensible à la musique non plus ! –, le psychiatre Carl Jung a particulièrement étudié ces expériences qu’il appela « numineuses » (ce terme correspond à l’expression du sacré qui saisit l’individu et produit un effet paradoxal de fascination d’un côté et de terreur de l’autre.). Pour lui, ces expériences participent à une vision dynamique de la psyché, dans laquelle un symbole a la « capacité d’animer la vie et de l’entraîner parce qu’il transforme une énergie psychique inconsciente en expérience ». Cette force est uniquement « intérieure ». Comme le conte hindou qui nous explique que Dieu s’est caché dans le cœur de l’homme, l’expérience numineuse vient nous rappeler que le divin part de nous. « Je ne me lasse pas de répéter que ni la loi morale ni l’idée de Dieu, ni une quelconque religion, ne s’est jamais saisie de l’homme de l’extérieur, tombant en quelque sorte du ciel », écrivait Jung. « L’homme, au contraire, depuis l’origine, porte tout cela en lui ; et c’est d’ailleurs pourquoi, l’extrayant de lui-même, il le recrée sans cesse… La notion de dieu répond à une fonction psychologique absolument nécessaire, de nature irrationnelle, et cette notion n’a rien de commun avec la notion de l’existence de Dieu. »

Pour Jung, ces expériences s’inscrivent donc dans un processus d’individuation, où le moi tend à devenir soi : émerge donc la possibilité de « faire quelque chose » de ces sensations de libération pour évoluer. C’est là sans doute le nouveau paradigme : plutôt qu’opposer ceux qui croient à ceux qui ne croient pas, il dessine un clivage entre ceux qui pensent possible de devenir meilleurs – c’est-à-dire plus vivants, plus conscients s’ils osent regarder le mystère en face, et ce quel qu’il soit – et ceux qui n’y croient pas. Comme l’écrit joliment la psychanalyste Marie Balmary, « l’homme spirituel croit que croire rend possible de croître ». De même qu’être cru potentiellement meilleur et guérissable par son thérapeute change totalement la dynamique d’une psychanalyse, apercevoir une autre qualité d’être affleurant à des sensations d’infini et d’éternité, nous laisse espérer qu’il peut y avoir autre chose en nous qu’une « âme étroite ». Pour beaucoup, Dieu n’a peut être rien à voir dans une telle aventure.

Source Nouvelles Clés

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Tragique destin d’une petite sorcière

Posté par othoharmonie le 19 août 2014

 
 
Le XVIIe siècle est émaillé de procédures d’où ressort une grande foi en la sorcellerie, tant du peuple que des magistrats chargés de l’administrer et de poursuivre sans pitié les personnes convaincues du « détestable crime de sorcellerie, magie et semblables inventions diaboliques ». Les archives du nord de la France nous révèlent par exemple le tragique destin de Marie, petite « sorcière » d’une dizaine d’années habitant le village de Préseau.

The_Queen-mother_looked_over_the_garden_wall._There_an_old_woman_hobbled,_muttering_to_herself.Greffes et archives recèlent de nombreuses procédures à l’encontre des sorciers et sorcières qu’une législation traquait. Le 24 avril 1606, le conseil souverain d’Artois écrivit dans ce sens à la ville de Saint-Omer et aux autres juridictions de la province. Les résultats ne se firent pas attendre.

L’année suivante Jean Bucquet, paysan d’Inchy-en-Artois, accusé de jeter des sorts fut condamné au bûcher par le conseil souverain d’Artois et livré aux flammes avec sa femme. Leurs enfants, Jean et Françoise Bucquet, âgés l’un de dix et l’autre de huit ans, également convaincus du crime de sorcellerie, obtinrent, vu la tendresse de leur âge, d’échapper à la mort, mais le conseil souverain compensa bien largement cette tolérance en ordonnant « qu’ils assisteroient aux supplices de leurs père et mère et seroient fustigés de verges ; qu’ils seroient détenus en prison dedans certaine maison qui seroit acquise aux frais etdépens de la gouvernance ou bailliage, y commettant un geolier, et où ils seroient souvent catéchisés et punis, s’ils s’obstinoient à nier leur crime. »

Le même conseil d’Artois déclara par arrêt, en 1635, la malheureuse Pasquette Crespin, atteinte et convaincue de sorcellerie, et la condamna pour ce fait à être brûlée vive sur la Place d’Arras. A Morbecque, on montre encore la butte sur laquelle furent dressés les bûchers qui, à deux reprises, consumèrent deux femmes réputées sorcières.

 

Enfin, le parlement de Flandre, par arrêt du 13 septembre 1679, soit trois ans seulement avant l’ordonnance libérale de 1682 — qui portera que les sorciers ne seront poursuivis que comme trompeurs, profanateurs et empoisonneurs —, condamnait la femme N*** à faire amende honorable, à être étranglée à un poteau, son corps brûlé, et ses cendres jetées au vent, pour avoir renoncé à son baptême, avoir été plusieurs fois, de nuit, aux assemblées des sorciers, avoir charnellement habité avec le diable, et en avoir acheté de la graisse avec quoi elle a maléficié Marie Boulanger.

Mais il est un fait dont les annales ont conservé tous les détails, et qui mérite d’être relaté avec quelques développements. Une jeune fille (car il est à remarquer que presque tous les personnages accusés de sorcellerie appartiennent au sexe le plus faible qui semble appelé, en diverses occasions à remplacer la force par la ruse), une jeune fille donc, nommée Marie Carlier, naquit en 1630, au village pittoresque de Préseau (Nord), situé entre les villes de Valenciennes et du Quesnoy.

Sa mère habitait une modeste chaumière ombragée par les hautes murailles du vieux château possédé jadis par les illustres maisons de Mérode et de Beaufort : cette femme, dont on ne connaissait pas le mari, avait dans la contrée une réputation faite en sorcellerie ; la petite Marie devait être une sorcière de pur sang ; aussi fut-elle, au dire des gens de l’endroit, initiée de bonne heure dans les secrets de la magie et les mystères sataniques. Voici ce que raconte à cet égard la procédure dont elle devint plus tard l’objet.

Le 20 novembre 1639, la jeune Marie, alors âgée de 9 ans, retournant avec sa mère de Valenciennes à Préseau, un samedi jour de marché, aperçut de loin un gros de soldats qui erraient par la campagne ; c’étaient des coureurs Français de la garnison de Landrecies qui profitaient du repos de l’hiver pour mettre le temps à profit, et qui, vrais corsaires de terre ferme, rançonnaient sans lettres de marque, tous les habitants qu’ils rencontraient isolément. L’endroit paraissait merveilleusement choisi pour des détrousseurs de passants ; c’était au lieu dit les Fontinettes, dans un endroit désert et enfoncé au dessus du village de Marly. Les soldats, oubliant leur qualité de militaires et de Français, dévalisèrent les deux pauvres femmes et Tragique destin d'une petite sorcière dans Astrologie et Esotérisme 250px-Persecution_of_witchesemportèrent tout ce qu’elles possédaient.

La petite Marie se désolait, non de cette perte qu’elle ne comprenait pas, mais de l’affliction où elle voyait sa mère, quand celle-ci l’arrêta court dans un lieu où le chemin est aride et profondément creusé par lés ravins, sécha tout-à-coup ses larmes et lui dit : « Ma fille, veux-tu servir une belle demoiselle à laquelle toi obéissant toujours, tu seras en repos et à ton aise toute ta vie ? — Oui, mère, fit la petite. »

A l’instant même une elle dame, vêtue de blanc, apparut devant elle sans qu’elle eut pu voir d’où elle sortait, et lui renouvela la même question en ajoutant à sa demande si elle renoncerait à crême et à baptême ; ce qu’ayant fait incontinent la petite, la dame blanche la marqua au bras, non sans une grande douleur de la part de Marie, selon le rapport qu’elle en fit. Le même jour, elle fut rencontrée, dit l’instruction, par quelque diable qui avait pris la forme d’un serviteur nommé Joly, lequel la déshabilla, l’oignit d’un certain onguent diabolique, puis la conduisit à la danse où se trouvait sa mère et d’autres femmes. D’après sa confession, Marie resta l’espace de deux ans tranquille et sans user de maléfice.

A I’âge de onze ans, elle revit son diable Joly, qui lui fit réitérer sa renonciation au baptême et au saint-crême, et lui remit une poudre précieuse pour accomplir tout sortilège. Marie vint alors demeurer à Valenciennes chez un sien beau-frère, habitant sur la paroisse Saint-Jacques et qui avait deux fils. Ce parent l’ayant fortement battue un jour pour quelque désobéissance, elle conçut des projets de vengeance contre lui et, pour essayer son pouvoir magique, elle fit languir l’un de ses fils à l’aide de sa poudre, et donna la mort à l’autre.

Peu de jours après, elle voulut faire ses Pâques en l’église Saint-Jacques sa paroisse ; elle se confessa au chapelain, comme cela fut prouvé par le registre de l’église, mais au moment d’avaler la sainte hostie, il sembla qu’une puissance surnaturelle s’opposait à son introduction dans le corps d’une sujette de Satan ; elle fut obligée de la rejeter de sa bouche pour la cacher sous une pierre. En outre, elle confessa d’avoir cohabité plusieurs fois avec son diable Joly.

Elle déclara aussi qu’à la suite de quelque mécontentement, elle souffla un peu de sa poudre dans la bouche de la fille de la veuve Pésin, marchande de draps demeurant dans la rue Cardon ( aujourd’hui rue du Quesnoy), laquelle depuis ce temps partit possédée et fut diverses fois exorcisée dans l’église des révérends pères Jésuites, non sans une grande admiration du peuple Valenciennois qui se portait en foule à ce spectacle édifiant. Elle a fait languir plusieurs enfants, voire même mourir la fille de l’aumônier Hallier et d’autres encore, soit par haine, soit par jalousie.

Tous ces faits, énumérés dans l’instruction, avaient pris quelque consistance dans un public crédule et passablement ignorant ; ils avaient été répétés parmi le bas-peuple, exagérés par les béates craintives et cancanières ; bref, ils attiraient déjà l’attention des autorités civiles et ecclésiastiques sur la brune Marie, quand un dernier fait, plus positif que tous les autres, vint décider son arrestation.

 

Arrestation d’une sorcière au XVIIe siècle

 

Le 4 octobre 1643, jour de Saint-François, Marie ayant une velléité de se confesser, se rend à l’église et entre dans un confessionnal ; parvenue là, sa langue se glace dans sa bouche, sa parole refuse à se faire entendre ; elle ne peut prononcer un seul mot, si bien qu’elle est obligée de battre en retraite devant cette nouvelle marque de la puissance du démon. Sortie de l’église, et voyant que son diable qui l’avait empêchée de faire sa confession, la moleste encore, elle déclare elle-même aux pauvres qui se tenaient sous le porche du temple qu’elle est ensorcelée.

Elle veut entrer dans le parloir des Récollets pour demander des secours aux Révérends frères contre le mal dont est elle atteinte ; ceux-ci accueillent sa confiance et la consolent spirituellement. Elle se retire alors plus calme, du moins en apparence, et va trouver un échevin en lui répétant qu’elle est ensorcelée, qu’elle a fait mourir son neveu et d’autres enfants de la ville.

Le magistrat la voyant si jeune et si petite (elle avait alors treize ans), hésite de l’appréhender au corps, mais cependant dans l’intérêt du bien public , pour la décharge de sa conscience et surtout pour satisfaire aux ordres de la cour, il la fait conduire à la prison de la ville où elle continua ses aveux en déclarant avoir usé de maléfice envers la fille Pésin à l’aide d’une poudre qu’elle avait cachée dans les draps de sa boutique , où l’on pourrait encore en trouver un paquet. En effet, un zélé père Jésuite, envoyé chez la mère Pésin, rapporta le paquet de poudre.

Cette malheureuse enfant, qu’on aurait dû mettre entre les mains d’un médecin instruit et prudent, plutôt que de la livrer au bras séculier, resta un an et demi en prison tandis qu’on envoya toutes les pièces de son procès aux universités de Douai et de Louvain, où les docteurs Wallons et Flamands s’évertuèrent longtemps sur cette cause délicate. Les facultés de médecine, les seules compétentes vu l’âge de la jeune fille, ne furent même pas consultées.

On fit passer les avis des théologiens et des légistes à la cour de Bruxelles qui manda sans délai au magistrat de Valenciennes de faire exécuter Marie secrètement, vu sa jeunesse et sa petitesse. Le secret de l’exécution fut tout l’adoucissement qu’on crut devoir apporter à l’âge tendre de l’accusée et à son tempérament délicat. Il ne s’agissait pas d’atténuer la peine, mais 300px-Schiltach_Flugblattseulement d’éviter d’émouvoir le public et d’exciter une pitié qui pût devenir embarrassante pour l’autorité.

D’après ces ordres cruels, un beau matin de l’année 1645, les magistrats de Valenciennes se levèrent avant le jour, comme pour mettre à fin une entreprise utile, et se portèrent en corps vers la cour Saint-Denis, derrière l’Hôtel de Ville dont l’aurore dorait à peine les plus hautes murailles. Là la jeune Marie Carlier fut extraite du cachot où elle languissait depuis dix-huit mois, et amenée devant l’échafaud chargée de plus de fers qu’elle n’en pouvait porter. Elle venait précisément d’atteindre sa quinzième année, et ce jour, qu’elle aurait dû solenniser comme celui d’une fête de printemps qui ouvrait pour elle la vie de jeune fille, elle ne devait plus le voir finir.

Le bourreau de la ville s’empara de sa tendre victime ; il parvint sans de grands efforts à la bâillonner, ses cris étant la seule opposition qu’elle eut pu mettre à ses desseins ; puis il l’attacha fortement à un pilori élevé dans la cour de la torture dont les portes avaient été soigneusement fermées pour rendre l’exécution plus sûre et plus secrète. L’on vit alors la douleur du serrement des cordes rappeler pour un moment, sur le visage décoloré de Marie, la couleur de la santé. Elle ne dura qu’un instant : l’exécuteur releva d’une main sa longue chevelure et de l’autre, d’un coup de son damas, il sépara du tronc la tête de la jeune fille au moment où le premier rayon du soleil levant venait de l’éclairer.

Le soir, on fit enlever le corps de la petite sorcière, comme on l’appelait, et on l’enterra à petit bruit et à la lueur des torches dans un fossé près l’Attre-Gertrude, sur le glacis de la ville entre les portes Cambrésienne et Cardon, lieu qui était déjà de funeste mémoire dont la terre paraissait destinée à recouvrir toutes les grandes infortunes.

D’après « Archives historiques et littéraires du nord de la France et du midi de la Belgique », paru en 1837

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Spiritualité : A chacun son autel

Posté par othoharmonie le 29 avril 2014

 

Objets rituels, divinités protectrices, photos ou souvenirs d’êtres chers disparus… Regroupés dans un coin de la maison, ils constituent un espace de recueillement et de méditation. Exemples d’une spiritualité personnalisée.

Erik Pigani

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Les « autels personnels », ces espaces sacrés installés au cœur de la maison, n’ont jamais fait partie des traditions occidentales. Tout au plus les grandes familles de l’aristocratie possédaient-elles – et possèdent parfois encore – leur propre chapelle, intégrée au château… Les moins fortunés suspendaient au mur un crucifix, une représentation de la Vierge ou quelque statuette de saint protecteur. L’autel, lui, était réservé aux églises, et seuls les prêtres avaient le droit d’y officier.

En Orient, il en va tout autrement. Chaque famille a son propre espace spirituel, un lieu plus ou moins richement décoré où sont rassemblés objets rituels, divinités protectrices, souvenirs des ancêtres, offrandes diverses. On en voit, par exemple, dans les restaurants chinois. Depuis que le monde occidental s’est ouvert aux religions et philosophies orientales, au bouddhisme notamment, on a vu émerger une spiritualité plus « personnalisée ».

Certains ont adopté un espace qui concrétise leurs croyances et leur foi et devient comme un reflet de leur vie intérieure. Nous avons mené une enquête sur ces autels personnels qui engendrent de nouveaux rites. Sept personnes d’horizons différents nous racontent pourquoi elles ont créé leur propre lieu de spiritualité.

« Un petit coin de ma vie sous ma coiffeuse… »

Madeleine, consultante en recrutement :

« Ma chambre est extrêmement petite. Aussi, faute de place, j’ai installé mon autel… sous ma coiffeuse ! Ce manque d’espace me permet pourtant de faire le vide, d’installer la paix en moi. J’y ai placé quantité d’objets qui comptent pour moi, en majorité des bibelots rapportés de voyage : des petites statuettes de divinités hindoues et tibétaines, des pierres sacrées indiennes, une plume et un “attrape-rêves” (Amulette indienne censée protéger des mauvais rêves) d’Amérique du Nord, une bougie norvégienne, un brûle-parfum hindou, du sable, des cartes postales représentant des personnages sacrés. Certains objets représentent aussi des gens que j’aime. C’est un véritable petit coin de ma vie, de mes souvenirs, qui me permet de me relier à moi-même et de retrouver mon véritable “soi” – dans le sens jungien du terme, c’est-à-dire l’unité de mon être –, que je n’ai pas souvent l’occasion de fréquenter au cours de mes journées de travail !

Comme je ne maîtrise pas la pratique des longues méditations, mes visites durent entre cinq et quinze minutes, plusieurs fois par semaine. Je m’assieds sur un coussin face à mon autel, et je me penche légèrement en avant pour être immergée dans cette ambiance. Ces moments sont courts, mais précieux. Lorsque je traverse une passe difficile, quel que soit l’endroit où je suis, le simple fait de visualiser cet espace me permet de retrouver la sérénité. »

« Je suis tombée amoureuse du dieu Ganesh »

Marie-Edith, conseillère à l’emploi :

« Je suis allée en Inde pour la première fois en septembre 1999, pour mon anniversaire. J’y suis arrivée juste au moment de la fête de Ganesh, divinité la plus aimée des Indiens. C’est ce dieu qui exauce les souhaits et permet de surmonter les épreuves de la vie. Je suis quasiment tombée amoureuse de lui ! Lorsque j’y suis retournée un an plus tard, une amie m’a offert cette très belle statue qui le représente. A la maison, j’ai une trentaine de statuettes… plus une petite figurine que j’ai toujours dans ma poche ! C’est peu à peu que s’est constitué cet espace, avec une lampe à huile allumée en permanence, un bougeoir marocain. J’ai d’ailleurs beaucoup de bougies allumées parce que, pour moi, la lumière représente l’énergie.

En dépit des apparences, mon autel n’a rien de religieux au sens strict du terme. Cela fait très longtemps que j’ai entrepris une recherche sur moi-même, un parcours spirituel. Pour moi, dans l’univers, il y a une seule force, que chacun peut voir de la couleur qu’il veut. Je me sens reliée à elle, et peux me recueillir dans n’importe quel endroit. Je n’ai donc pas besoin d’un lieu de prière spécifique. D’ailleurs, chez moi, j’ai plusieurs “espaces” en rapport avec mes émotions et mes découvertes de la vie. Un petit coin africain, parce que je suis allée en Afrique, un coin “pierres”, parce que je me sens très proche de la philosophie des Indiens d’Amérique du Nord… Sur mon bureau, j’ai un bouddha… »

« Cette Vierge a trouvé naturellement sa place sur la cheminée »

Marcella, retraitée :

« Je n’ai jamais pensé installer un “coin prière”. C’est plutôt lui qui, jour après jour, s’est imposé à moi. Tout a commencé avec le cadeau d’une collègue artiste : une magnifique Vierge à l’enfant en terre cuite, sculptée par elle et qui avait été exposée dans un musée. Il y a douze ans, lorsque nous avons déménagé, elle a trouvé naturellement sa place sur le coin gauche de la cheminée du salon qui est, pour toute la famille, la pièce la plus importante. Je ne l’ai pas fait exprès mais, curieusement, cette statue est visible de tous les endroits du rez-de-chaussée. Dès le début, j’ai pris l’habitude de la fleurir, d’allumer une bougie. Puis j’ai commencé à y faire régulièrement une pause, en priant intérieurement pour les miens et la famille de cette artiste qui m’avait fait ce cadeau extraordinaire.

Depuis longtemps, je faisais mes “dévotions“ à sainte Rita – l’avocate des causes désespérées, que ma belle-famille vénère – dans une petite église. J’y allais lors de circonstances difficiles pour trouver calme, réflexion et courage. Et j’avais toujours le petit livret de prières à sainte Rita dans mon sac. Il a trouvé sa place à côté de l’autre sculpture, en véritable pierre taillée, qui représente la “fuite en Egypte”. Lorsque ma sœur est décédée, c’est là, et non sur les rayonnages de la bibliothèque avec les autres photos de famille, que j’ai placé son portrait. Ce coin de cheminée est mon lieu de recueillement, et une bougie y brûle désormais en permanence. Il est, en lui-même, une “présence” dans la maison. »

« J’ai été fascinée par la magie qui se dégage de cette vieille photo de mon arrière-grand-père »

Michèle, chef de projet informatique :

« Mon espace sacré est très personnel, puisqu’il est essentiellement constitué de photos de famille en noir et blanc. Le grand portrait du centre, c’est un arrière-grand-père dont je ne connais même pas le nom ! J’ai été fascinée par la magie que dégage cette très vieille image retouchée. Pour moi, elle représente mon ancêtre. Juste en dessous, ce sont mes parents lorsqu’ils étaient jeunes, une photo que j’ai développée moi-même après avoir retrouvé des négatifs sans savoir ce qu’ils contenaient. J’ai aussi des photos du mariage de mes grands-parents paternels et maternels. Les avoir placés sur mon autel est une façon pour moi de les remercier de m’avoir permis de venir au monde. Le fait que mon père, décédé il y a un an, soit dans mon espace sacré le rend extrêmement présent.

J’y ai également placé un bouddha et quelques objets rituels : un cendrier avec des feuilles de sauge – une plante réputée protectrice –, de l’encens, un crucifix, une icône, un mandala, et un attrape-rêves que j’ai rapporté des Etats-Unis. Mais ce n’est pas un autel figé : chaque objet prend du sens au fur et à mesure de mon évolution. Je les change et les déplace souvent. C’est un espace “évolutif”, devant lequel je me recueille lorsque le besoin s’en fait sentir, et qui m’aide chaque jour à vivre en pleine conscience. »

Patrick, éducateur« La liste des noms de nos disparus les rend présents »

Patrick, éducateur :

« Pour moi, le risque de l’autel trop matérialisé est de vivre sur deux niveaux de vie différents – spirituel et matériel – qui ne se rejoignent qu’aux moments de prière, alors qu’ils devraient être intégrés au quotidien. Dans notre pièce principale, une icône est accrochée au mur ; juste en dessous, une veilleuse, pour la symbolique de la flamme ; à côté, un tableau avec les noms des amis, des connaissances et des parents décédés, pour établir une présence hors de l’espace-temps. Pour nous, ce lieu témoigne de l’autel intérieur, là où l’humain et le divin peuvent se rencontrer à tout moment, cet endroit en nous où les différences entre les religions s’effacent pour laisser place à la prière vraie.

Je pratique la “prière de Jésus” (tradition qui remonte au ive siècle et qui consiste à invoquer le plus souvent possible le nom de Jésus), dont les orthodoxes connaissent l’extraordinaire pouvoir thérapeutique. On peut, en effet, joindre une demande de guérison – de l’être, de la mémoire, de la sensibilité – ou des bénédictions pour ceux que nous aimons et, plus encore, pour ceux qui semblent ne pas nous aimer. Ainsi, notre croyance permet de transformer les sentiments négatifs en force de vie. Voilà pourquoi l’autel personnel est d’abord une attitude du cœur, ensuite un lieu nécessaire pour nos sens et pour une liturgie commune. »

« Au centre de mon espace sacré, il y a les deux dimensions de la femme que j’aimerais sentir fusionner en moi »

Sylvaine, pianiste :

« A un moment particulier de ma vie où je me cherchais, j’ai éprouvé le besoin d’avoir un espace sacré, le plus personnel et le plus calme possible. Il y a là une bibliothèque avec les livres les plus importants de mon parcours spirituel, un divan et un coussin de méditation. Dans un coin, j’ai une photo du temple de Philae, des citations, le zodiaque égyptien du temple de Dendera… Lorsque je médite, je me place au centre de la pièce et me tourne vers ce que je peux appeler mon “autel”. Dessus, un brûle-encens et un bol tibétains, et des objets personnels : la représentation de mes rêves, un collage de photos que j’ai fait et qui symbolise ma recherche intérieure, et le mandala de mon thème astrologique, qui m’aide à retrouver le respect de moi-même et à cheminer vers le non-jugement.

Au centre, j’ai placé, en photo, les deux dimensions de la femme – la femme de chair et la femme spirituelle – que j’aimerais sentir fusionner en moi. Sur la gauche, une photo du Bodhisattva, la divinité hindoue qui a réussi la fusion entre ces deux dimensions. Mon autel représente exactement mon cheminement actuel. Paradoxalement, il m’aide à m’incarner. »

« Une bougie brûle en permanence pour les sinistrés de Toulouse »

Dominique, esthéticienne :

« Il y a une dizaine d’années, j’ai eu l’occasion de faire un stage de peinture d’icônes organisé par un groupe orthodoxe. Dans leur tradition, on dit “écrire”, et non “peindre” une icône, parce que l’on se réfère aux textes des Evangiles. Ce travail, qui “apprend à pénétrer le mystère de sa propre vie”, comme le disent les orthodoxes, a déclenché en moi le besoin d’effectuer un parcours spirituel. Je suis catholique de naissance, mais je me suis sentie fondamentalement attirée par ce culte. J’ai “écrit” moi-même les trois icônes qui se trouvent contre le mur. Posé sur la Bible, il y a le “Livre des saints”, qui me permet, chaque jour de découvrir les éléments essentiels de la vie de l’un deux. Et une bougie brûle en permanence. En ce moment, c’est pour ceux qui ont souffert de l’explosion de l’usine AZF, à Toulouse, où je vis.

J’ai également le livre des offices du jour ainsi que le recueil de toutes les prières à saint Michel, l’archange protecteur, dont on a bien besoin en ce moment ! Enfin, il y a la croix de sainte Brigitte, une sainte irlandaise, parce que je me sens attirée par la branche orthodoxe celte. Mon petit espace sacré me permet non seulement de me recueillir, mais aussi de me sentir reliée et en communion avec tous ceux qui prient à la même heure dans d’autres lieux. »

Musée : exposition à Düsseldorf

Internet : www.museum-kunst-palast.de

Le nouveau Museum Kunst Palast, à Düsseldorf, en Allemagne, a été inauguré le 2 septembre dernier avec une exposition exceptionnelle, Altäre(Autels). Celle-ci regroupe soixante-huit autels et sanctuaires contemporains du monde entier. Un périple étonnant dans les manifestations les plus bigarrées des croyances.

 

http://www.psychologies.com/

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La spiritualité, un nouveau besoin ?

Posté par othoharmonie le 19 avril 2014

 

On pressentait, depuis une vingtaine d’années, que religion et spiritualité ne se confondaient plus. Pour la première fois, un sondage exclusif Psychologies magazine/BVA en apporte la preuve. Un bon tiers d’entre nous vit déjà une spiritualité distincte de toute pratique religieuse et même, pour certains, d’une croyance en Dieu. L’occasion pour chacun, dans ces ultimes jours du siècle, de se poser une question personnelle : n’ai-je pas une vie spirituelle, peut-être même à mon insu ?
Une spiritualité à la seule échelle humaine s’éprouve aux confins de deux besoins : celui d’une vie intérieure, de la recherche silencieuse du sentiment unique d’exister ; celui de se sentir relié au monde et aux autres, et pas seulement par des nécessités pratiques ou des liens formels.

 article de Jean-Louis Servan-Schreiber

Ce siècle ne tient plus qu’à un fil. Dans quelques jours, il va s’enfoncer dans l’Histoire et, avec lui, un peu de nous-mêmes. Quel héritage nous laisse-t-il ? Pour certains, un triomphe de la science et de la technique, mais aussi un champ de ruine des valeurs et des certitudes. Pour d’autres, une ardoise neuve sur laquelle nous allons pouvoir tout imaginer et réinventer. Les deux sont vrais. Question de point de vue.

images (2)Toutes les structures qui allaient de soi pour nos grands-parents ne nous soutiennent plus guère : religions, antireligions, idéologies, doctrines, politique, syndicats, cellules, institutions (y compris école), valeurs morales et même couple et famille. Il nous en reste bien quelques bribes qui remontent çà et là, en cas d’urgence. Mais que tout cela semble fatigué, vermoulu !
Et nous-mêmes, là au milieu ? Debout et libres, certes, mais pour le moins déstructurés.

Comme le dit la chanson Clopin-Clopant de Bruno Coquatrix, « de temps en temps le cœur chancelle » quand le réel se fait trop compliqué, trop brutal à vivre. Crises, maladies, ruptures, « catas » et deuils nous cueillent sans gilet pare-balles. Les chanceux trouvent un peu d’écoute et de compréhension sur l’oreiller ou sur le divan. Pour les autres, c’est chacun sa merde. Valium ou Prozac, et l’on sent bien qu’il manque une pièce au puzzle.

Spiritualité : mot valise ?

Au tournant du siècle, on parle de plus en plus de spiritualité, mais l’on ne sait pas précisément ce que c’est. Mot valise dont on peut sortir ce qui nous arrange : écoute inspirée d’une cavatine de Schubert, méditation zen, contemplation de la voûte étoilée – avec variante collective en cas d’éclipse –, lecture de Krishnamurti, orgasmes simultanés les yeux dans les yeux, odeurs d’encens, chants rythmés pendant une visite papale… Et, pour ceux qui se sentent isolés, adhésion aux témoins de Jéhovah ?
La vie, la mort, ça ne s’enseigne pas à l’école, ça ne s’apprend plus à l’église et, en famille, on préfère regarder la télévision que se prendre la tête. Pourtant, ni vous ni moi ne pouvons y échapper.

Spiritualité ? Besoin diffus, questionnement inévitable ou soif ardente ? Si ce n’est pas la religion, ni la sagesse, ni le sacré, ni la beauté, ni l’amour, c’est quoi au juste ? Un cocktail de tout ça ? N’en vient-on pas même à parler de  » spiritualité laïque  » ? Essayons, modestement, de cerner de plus près cette expérience.Car, quelle qu’en soit la source, la spiritualité s’éprouve avant de se penser.  » Le jour de l’enterrement de mon père, j’ai senti que, forcément, bientôt, ce serait mon tour, raconte Corinne. Je me voyais déjà dans la même boîte que lui et, curieusement, j’ai éprouvé une grande paix. Comme un oui à l’inévitable.  » Quand on se sent envahi par un vécu imprévu, ce qui survient aussi dans certains moments amoureux, on peut parler de dimension spirituelle de soi-même. Corinne aurait pu, dans la même situation, éprouver de la panique plutôt qu’un apaisement. L’angoisse fait aussi partie de la spiritualité. On n’aborde pas impunément les mystères de l’existence.

Les grandes questions

Dans le temps, on priait, pour se plaindre ou implorer un coup de main ; maintenant, on avale. Notre naissance, notre mort, la souffrance, le mal, l’injustice, le sens même de notre vie : nous sommes confrontés, du début à la fin, à l’inexplicable. Pendant notre siècle s’y sont ajoutées une série de questions engendrées par la science : toute pensée n’est-elle qu’échanges chimiques dans le cerveau ? La vie n’existe-t-elle qu’ici ou peut-on l’imaginer sur d’autres planètes ? Supprime-t-on un être vivant comme nous, en cas d’avortement ? Si l’univers a 15 milliards d’années, qu’y avait-il avant, et où ? Cette grandiose complexité peut-elle résulter du seul hasard, ou obéit-elle à un projet, et lequel ? Evidemment, personne, y compris le plus savant des savants, ne peut répondre autrement que par un  » je ne sais pas  » ou un acte de foi.

Dieu peut nous offrir une hypothèse séduisante, familière – il n’est pas un athée qui ne se surprenne à dire  » Dieu merci !  » – et une seule réponse à toutes les questions. L’ennui, c’est qu’il faut y croire solidement. Une foi intermittente peut être encore plus troublante qu’un agnosticisme qui admet son ignorance. Si l’on a la foi – et ça ne se commande pas plus que l’amour –, une vie spirituelle en découle naturellement. Mais la vraie foi est rare. Et c’est là que les complications commencent, puisque les mystères n’en persistent pas moins.

Le refus de la spiritualité

A l’inverse, le refus de toute spiritualité – volontaire ou de fait – est, de nos jours, plus répandu. On refuse de s’attarder sur les questions qui dérangent ou l’on s’arrange pour les éviter. Mais rien ne garantit qu’elles ne vont pas nous assaillir avec vengeance à l’occasion de l’une des inévitables tragédies de notre parcours terrestre. C’est une des raisons pour lesquelles certaines personnes frappent à la porte d’une secte.  » Je n’avais déjà pas une très haute opinion de moi-même, mais lorsque j’ai été licencié, ça a été la panique, reconnaît Marcel. Alors, mon copain Simon m’a emmené à l’Eglise de Scientologie. Elle m’a accueilli et a su m’aider à m’en sortir. Je ne me sens plus seul.  » N’est-ce pas sur une certaine confusion entre élan spirituel et nécessité thérapeutique que prospèrent bien des sectes ?

Entre la foi, belle mais rare, et l’athéisme de conviction ou de négligence s’ouvre la vaste zone où campent la plupart d’entre nous. Un champ pacifié où l’on ne se déchire plus comme aux temps, révolus, de l’anticléricalisme – même si ce dernier renaît dans les pays où sévissent des formes d’intégrisme, comme Israël ou bien des pays musulmans. La spiritualité est affaire toute personnelle, à tel point qu’on a pudeur à en parler, plus encore que de sa sexualité. Peut-être aussi parce qu’on a du mal à expliquer ce qu’on recherche :  » Je mène une vie tellement speedée, entre les enfants et mon job, que je n’ai jamais le temps de penser à ces choses-là, explique Juliette, 30 ans. Pourtant, quand j’avais 15-16 ans, j’ai lu, dans les dernières lignes de “L’Etranger” de Camus, une phrase qui m’a frappée. Dans sa cellule, le condamné disait “s’ouvrir pour la première fois à la tendre indifférence du monde”. Il m’arrive d’y repenser et de me demander s’il faudra attendre la fin de ma vie pour m’ouvrir, moi aussi, à autre chose que les détails du quotidien. « 

Le retour au primordial

Même si l’on refuse les recettes spirituelles toutes construites des religions de notre enfance, le désir de se sentir relié à quelque chose qui nous dépasse, ou de comprendre sur quoi s’appuient les principes moraux que l’on applique tant bien que mal, ne s’efface pas. Même si le bouddhisme nous invite à reconnaître qu’il y a du sacré dans le moindre de nos gestes routiniers, pour la plupart d’entre nous, un moment de spiritualité est ce qui nous sort, par le haut, de notre quotidienneté. C’est une aspiration à se mettre en contact avec un sentiment élevé, une partie plus noble de nous-même, un lien avec l’univers ou la communauté des humains.

Ce ressenti intérieur fort vient aux uns grâce à une pratique précise, aux autres à l’improviste. Pour prier, ne faut-il pas s’agenouiller ; pour méditer, se mettre en zazen ? Ce n’est pas indispensable, mais ça facilite un changement de niveau ou d’attitude. Prière, méditation, contemplation, silence, voire chant : tous rituels pour nous mettre en contact avec la part inexprimée de nous-même. Des moines chrétiens font zazen, des athées font des cures de silence. Dans la spiritualité ne trouve-t-on pas cette pleine conscience du monde et de nous-même, trop souvent occultée par la réflexion ou la pensée ?
Dans un âge où l’on communique sans trêve, où les médias nous assourdissent, la part d’ineffable de chacun restera muette si on ne lui fait pas l’aumône d’un peu de silence. Ce qui remonte alors peut être sublime ou banal. Mais éprouver le simple sentiment d’exister, pour rien et sans but, là, dans l’instant, est un retour au primordial

Une spiritualité active

Une spiritualité active, quel que soit son cheminement, c’est un rendez-vous avec l’essentiel en soi, une exploration intérieure, une écoute de ce qui s’exprime le moins, voire une rencontre avec l’imprévu ou l’inconnu.
Car la spiritualité peut faire irruption dans notre vie comme un chat silencieux qui attendait que la porte s’ouvre. Ce sont des instants qui bouleversent une existence. André Frossard a décrit sa révélation, dans son fameux Dieu existe, je l’ai rencontré (Fayard, 1975), ou la conversion subite d’un athée sans complexes. Mais il existe une mystique sans divin, comme le relate André Comte-Sponville :  » Une grande paix, […] la suspension ou l’abolition du temps et du discours. La première fois, cela se produisit à L., la nuit, en forêt, alors que je marchais en silence, derrière quelques amis. […] Paix, grande paix. Puis, soudain, cette simplicité merveilleuse et pleine. Il me semblait que tout l’univers était là, présent, sans mystères ni questions, sans volonté ni sens, et que je m’abolissais en lui, […] cet infini présent de la présence. Béatitude. […] J’avais vécu là mon premier instant de plénitude, que je n’oublierai pas.  » (in Une éducation philosophique, PUF, 1998) Ce matérialiste n’est pas devenu, pour autant, croyant. Mais reconnaît là une véritable expérience mystique,  » presque miraculeuse « .

 Spiritualité et sagesse

Enfin se pose une question, contemporaine : quelle relation entre spiritualité et sagesse ? Elles sont cousines plus que sœurs. Bien souvent, elles se rencontrent dans une même personne et ne font pas mauvais ménage. L’une naît d’un ressenti, d’un vécu, qu’ils soient spontanés ou favorisés ; l’autre découle d’une réflexion sur l’existence, d’une philosophie incarnée. On peut vivre une spiritualité sans en tirer de conséquences éthiques, voyez les héros de Dostoïevski. Même si c’est rare, un sage n’a pas forcément de dimension spirituelle – bien qu’il connaisse toujours une forme de compassion – car son attitude peut être essentiellement rationnelle et consciente. Il y a des sages inspirés, voir mystiques, version swami indien, et des sages de pure raison, comme le stoïcien Marc Aurèle. Une spiritualité, même intense, ne constitue pas une assurance contre la souffrance. Tandis qu’une sagesse n’a de sens que si elle aide à mieux vivre, à approcher de plus près le bonheur.

Dégagée désormais de l’obligation de se référer à une religion, la spiritualité devient l’aventure possible de chacun. Une aventure aussi intime qu’imprévisible qui oscille entre une impression cosmique et le simple accès à une partie plus élevée de nous-mêmes. Elle se nourrit de beauté ou de tragique, de solitude ou de partage, de silence ou de musique. Elle peut nous rendre meilleurs ou plus vivants, elle attire ou elle inquiète. Humble ou sublime, on peut parier qu’aucune de nos vies ne se déroulera jusqu’à son terme sans que cette dimension de notre être ne se soit exprimée au moins une fois.

Chacun est un mystique qui s’ignore ?

Avez-vous déjà eu l’impression que le fonctionnement habituel de votre conscience se déréglait, vous amenant à ressentir un autre rapport au monde, à votre corps, à vous-même ? 
Si vous répondez oui et si vous pouvez clairement situer l’épisode déclencheur d’un tel état, vous faites peut-être partie des  » mystiques sauvages  » analysés par Michel Hulin, grand spécialiste de philosophie indienne et auteur de La Mystique sauvage (PUF, 1993). Parmi eux, Miss Montague, jeune femme hospitalisée en 1915, qui, lors de sa première sortie sous la véranda de l’hôpital, vécut une expérience inhabituelle : « Je ne vis aucune chose nouvelle mais je vis toutes les choses habituelles dans une lumière nouvelle. »

Ou l’écrivain John Cowper Powys, qui, regardant un objet familier, s’étonne :  » C’est comme si je n’avais jamais réalisé auparavant à quel point le monde est beau.  » Le plus souvent spontanés, ces états modifiés de conscience semblent favorisés par certaines conditions : la solitude, la convalescence, les promenades dans la nature, etc. S’ils ne mènent pas forcément à la foi en Dieu, ils obligent toujours à s’interroger sur le sens de la vie.

Pascale Senk

images (3)Gare à l’amalgame entre spiritualité et sectes

L’épanouissement d’une spiritualité individuelle, en dehors des institutions religieuses, favorise aussi la prolifération des sectes qui tentent de récupérer ces aspirations à des fins mercantiles et de pouvoir. Du fait de ces scories, l’amalgame est fréquent entre des offres de spiritualité un peu anarchiques – méditation orientale, développement personnel, nouvelles thérapies, groupes de prière, mouvance New Age – et les dérives sectaires. La plupart des groupes et des réseaux de cette nébuleuse psycho-mystico-ésotérique ont des présupposés généreux, quelquefois brouillons mais sans dangers. L’association Clin d’œil vient de lancer un manifeste pour dénoncer cette assimilation qui sert l’obscurantisme.

Pour que chacun puisse exercer son discernement face à un groupe, un prétendu thérapeute ou un maître spirituel, voici quelques critères simples à vérifier :

- Pressions pour obtenir des contributions financières.
– Intolérance du groupe qui prétend posséder l’unique vérité.
– Culte inconditionnel du leader… 
– Garder à l’esprit qu’un thérapeute ou un maître authentique cherche à rendre l’individu plus autonome. Une personnalité sectaire tente de le rendre de plus en plus dépendant de sa personne et n’hésite pas à jouer sur le registre de la culpabilité.

 

Parution sur http://www.psychologies.com/

 

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Terre ancestrale

Posté par othoharmonie le 15 avril 2014

En Colombie, les indiens Kogis sont chassés de leurs terres ancestrales. Pour eux, pour nous, la préservation de leur culture est vitale. Comment les aider d’un simple clic ?

Terre ancestrale dans APPRENDS-MOI LivreKogis

C’est l’histoire d’une montagne enneigée, cernée par le désert et la mer caraïbe, dans la région colombienne de Santa Marta. Une terre qu’on dit étrange, mystérieuse, attachante… C’est l’histoire du peuple qui vit là, perché à près de 6000 mètres d’altitude, depuis plus de 500 ans. Derniers héritiers des grandes civilisations précolombiennes, les Kogis ne considèrent pas la Sierra Nevada simplement comme un lieu de vie, mais comme le cœur du monde, le siège sacré de la Terre-mère, celle qui leur a transmis le code moral et spirituel qui régit leur société. 

La biodiversité de la Sierra Nevada est remarquable : 500 hectares de forêt tropicale, 35% des oiseaux nationaux, 7% des espèces vivantes sur la planète. Sa position lui confère le rôle de château d’eau pour les habitants de la région. Ces ressources, pourtant, sont gravement menacées. Dérèglement climatique oblige, les rivières s’assèchent, la glace disparaît. La déforestation anéantit les espèces, et chasse les Kogis de leurs terres. 

Un savoir précieux

Ils ne sont plus que 12000, mais leur savoir est précieux. « Les Kogis sont porteurs de valeurs qu’on n’a plus, d’un sens qu’on n’a plus, d’une médecine préventive qu’on n’a plus, d’un accès à la connaissance qu’on n’a plus », commente Eric Julien, fondateur de l’association Tchendukua, qui soutient les Kogis depuis plus de 15 ans. Les aider à conserver leurs territoires et leurs rites ancestraux n’est pas qu’un geste moral : c’est une nécessité pour nous tous. 

« Pour eux, perdre leur terre, c’est perdre leur culture, confirme l’auteur Christophe Chenebault. Pour nous, c’est la mort d’une mémoire et d’un savoir irremplaçable », ainsi que d’un poumon de protection de l’environnement. « Nous ne vous demandons pas seulement de nous aider pour retrouver des terres, nous vous demandons surtout de nous aider à protéger ce que vous appelez la nature, les êtres vivants, les animaux, les plantes, les arbres, mais aussi les pierres, plaident les Kogis eux-mêmes. Vous ne nous rendez pas seulement des terres pour que nous puissions cultiver, vous nous rendez aussi des lieux sacrés, les sites de nos ancêtres où nous pouvons faire notre travail traditionnel pour protéger les choses. »

Une œuvre collective

A travers eux, c’est notre propre prise de conscience que nous cultivons. « Les peuples racine, dont font partie les Kogis, sont porteurs de solutions originales, à même de nous aider à voir autrement les grands enjeux de notre temps, non seulement dans le domaine des relations humaines, mais aussi dans celui de la science et de la compréhension des choses », estime Eric Julien. Permettre à leur façon de vivre et de voir le monde de perdurer, c’est nourrir notre propre chemin vers le respect, l’attention, le soin, l’écoute, la coopération, la recherche d’équilibre et d’harmonie… 

Envie de participer ? Christophe Chenebault travaille bénévolement depuis un an à la réalisation d’un beau livre au profit des Kogis, intitulé Rien n’est éternel sauf les étincelles. 40 photographes, dont Yann Arthus-Bertrand, Reza et bien d’autres talents, ont offert une de leurs images pour que puisse naître un ouvrage conçu comme « un voyage vers soi, vers l’autre, vers notre propre nature, vers d’autres cultures ». La vente de 2000 exemplaires permettra de racheter 100 hectares de terres sacrées, à travers l’association Tchendukua, et de les remettre aux Kogis. Pour soutenir le projet ou précommander le livre, il suffit d’un clic. 

Soutenir le projet ou précommander le livre 

Association Tchendukua

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Si nous savions exprimer notre intériorité

Posté par othoharmonie le 27 février 2014

 

 

220px-Vincent_Van_Gogh_-_SorrowLa violence, intériorisée ou extériorisée, résulte d’un manque de vocabulaire ; elle est l’expression d’une frustration qui n’a pas trouvé les mots pour se dire. Et pour cause : nous n’avons jamais acquis le vocabulaire de notre vie intérieure. Nous n’avons pas appris à décrire précisément ce que nous sentons ni quels sont nos besoins. Pourtant, depuis l’enfance, nous avons appris beaucoup de mots ; nous pouvons parler d’histoire, de géographie, de mathématiques, de science ou de littérature, nos pouvons décrire une technique informatique ou sportive, discourir sur l’économie ou le droit, mais les mots de la vie intérieure, quand les avons-nous appris ? En grandissant, nous nous sommes occupés de nos sentiments et de nos besoins pour tenter d’être à l’écoute de ceux de papa et maman, des frères et sœurs, de l’instituteur etc… « Fais ce que maman te dit de faire …, Fais ce que veut ton petit cousin qui vient jouer cet après-midi…, Fais ce qu’on attend de  toi » .

 

Et nous nous sommes ainsi mis à l’écoute des sentiments et des besoins de tous – patron, client, voisin, collègues de travail, sauf des nôtres ! Pour survivre et nous intégrer, nous avons cru devoir nous couper de nous-mêmes.

 

Un jour, cette coupure se paie. Timidité, dépression, doutes, hésitations à prendre une décision, incapacité de faire des choix, difficulté à s’engager, perte du goût de vivre. Au secours ! Nous tournons en rond comme l’eau dans un lavabo qui se vide ; L’engloutissement est proche ; Nous attendons qu’on nous repêche, qu’on nous donne des instructions et à la fois, nous ne pouvons plus entendre aucune recommandation. Nous sommes saturés de « Il faut que tu…, Il est grand temps que tu… Tu devrais… »

 

Nous avons fondamentalement besoin de nous trouver, nous, de nous ancrer solidement en nous-mêmes, de sentir de l’intérieur que c’est nous qui parlons, nous qui décidons et non plus nos habitudes, nos  conditionnements, nos peurs du regard de l’autre. Mais comment ?

 

  1. 1.      L’ESPACE MENTAL

La tête symbolise l’espace mental. C’est lui qui a bénéficié de l’essentiel de toute l’éducation que nous avons reçue. C’est lui que nous avons musclé, discipliné, affiné pour être efficace, productif, rapide. Notre cœur, lui, notre vie affective, notre vie intérieure, n’a pas reçu toute cette attention. Nous avons en effet appris à être sages et raisonnables, à prendre de bonnes décisions bien réfléchies, à analyser, catégoriser et étiqueter toutes choses et à les ranger dans des tiroirs bien distincts. Nous sommes devenus maître en logique et en raisonnement, et depuis l’enfance, c’est notre compréhension intellectuelle des choses qui a été stimulée, exercée, affinée et nuancée. Notre compréhension émotionnelle, elle, n’a été que peu ou pas encouragée, quand elle n’a pas été ouvertement découragée.

 

Dans cet espace mental, il y a quatre caractéristiques qui sont souvent la cause de la violence que nous nous faisons à nous-mêmes ou que nous imposons aux autres.

 

Les jugements, étiquettes et catégories – Nous jugeons l’autre ou une situation en fonction du peu que nous en avons vu et nous prenons le peu que nous en avons vu pour toute la réalité…. en un éclair, nous avons jugé. Plus vite que notre ombre. Nous ne savons rien de cette personne, qui est peut-être engagée avec passion dans un mouvement de jeunesse, une équipe de théâtre ou la recherche informatique et contribue ainsi de tout son talent et de tout son cœur au mouvement du monde. Mais comme quelque chose dans son aspect, dans sa différence, suscite en nous de la peur, de la méfiance et des besoins que nous ne savons pas décoder, nous jugeons. Vouez comme notre jugement fait violence à la beauté, la générosité, la richesse qu’il y a certainement dans cette personne et que nous n’avons pas vue.

 

Nous jugeons encore, prenant le peu que nous avons vu de l’autre pour toute sa réalité. Nous l’enfermons dans un petit tiroir, nous l’emballons sous cellophane ; De nouveau, nous faisons violence à toute la beauté de cette personne que nous n’avons pas aperçue parce qu’elle est intérieure. Cette personne est peut-être très généreuse de son temps et de son argent, si elle en a, engagée dans l’entraide et le soutien, nous n’en savons rien. Encore une fois, un aspect de sa personne éveille  en nous peur, méfiance, colère ou tristesse et des besoins que nous ne savons pas décoder (besoin d’échange, besoin de partage, besoin que les êtres humains contribuent activement au bien-être commun), alors nous jugeons, nous coinçons l’autre dans une catégorie, nous l’enfermons dans un tiroir. Nous prenons la partie émergée de l’iceberg pour tout l’iceberg, alors que chacun sait que quatre-vingt dix pour cent de l’iceberg se trouve sous le niveau de la mer, hors de la vue. Rappelons-nous : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux » écrivait Saint Exupéry. Regardons-nous vraiment l’autre avec le cœur ?

 Si nous savions exprimer notre intériorité dans APPRENDS-MOI

Préjugés, a priori, croyances toutes faites et automatismes – Nous avons appris à fonctionner par habitude, à intégrer des automatismes de pensée, des a priori, des préjugés, à vivre dans un univers de concepts et d’idées, et à fabriquer ou à propager des croyances qui ne sont pas vérifiées …. Ce sont souvent des expressions qui sont essentiellement le reflet de nos peurs… Ce faisant, nous nous enfermons et enfermons les autres dans une croyance, une habitude, un concept. De nouveau, nous faisons violence aux hommes qui sont tout sauf des machos, qui se sont ouverts à leur sensibilité, à leur délicatesse, à la féminité qui est en eux. Nous faisons violence aux femmes qui conduisent beaucoup mieux que la plupart des hommes, avec à la fois plus de respect pour les autres automobilistes et plus d’efficacité dans la circulation. Nous faisons violence aux fonctionnaires qui se donnent avec générosité et enthousiasme dans leur travail. Nous faisons violence aux politiciens qui exercent leurs fonctions avec loyauté et intégrité, et dans le sens du bien commun. Nous nous faisons violence pour toutes ces choses que nous n’osons pas dire ou faire alors qu’elles nous importent vraiment, ou pour toutes celles que nous « croyons devoir » faire sans prendre le temps de vérifier si elles sont effectivement prioritaires et si nous ne pourrions pas plutôt prendre soin des besoins réels des personnes concernées (ceux des autres ou les nôtres) autrement.

 

Le système binaire ou la dualité – Enfin, nous avons pris l’habitude sécurisante de tout formuler en noir et blanc, en positif et négatif. Une porte doit être ouverte ou fermée, c’est juste ou ce n’est pas juste, on a tort ou raison, ça se fait ou pas… Avec des variantes subtiles : on est intellectuel ou manuel, mathématicien ou artiste, père de famille responsable ou individu fantaisiste… homo ou hétéro, branché ou ringard… C’est le piège de la dualité, le système binaire.

 

Comme si la réalité n’était pas toujours infiniment plus riche et colorée que nos pauvres petites catégories, que ces pauvres petit tiroirs dans lesquels nous essayons de la coincer parce que sa mouvance, sa diversité et sa vitalité chatoyante nous déconcertent et nous font peur et que nous préférons pour nous rassurer, tout enfermer dans des potiquets d’apothicaire bien étiquetés sur l’étagère de notre intellect. Nous pratiquons cette logique d’exclusion et de division basée sur « ou » ou sur « soit ». Nous jouons à « Qui a tort, qui a raison », jeu tragique qui stigmatise tout ce qui nous divise plutôt que de valoriser tout ce qui nous rassemble. Comme si nous ne pouvions pas à la fois prendre soin des autres et prendre soin de nous-mêmes, être proches des autres sans cesser d’être proches de nous-mêmes.

 

Le langage déresponsabilisant – Nous utilisons un langage qui nous déresponsabilise de ce que nous vivons ou de ce que nous faisons. D’abord, nous avons appris à reporter sur les autres ou sur un facteur extérieur à nous la responsabilité de nos sentiments. « Je suis en colère parce que tu… » (le tu qui tue évoqué par Jacques Salomé ». Nous ne prenons aucunement la responsabilité de ce que nous ressentons. Au contraire, nous trouvons un bouc émissaire, nous coupons une tête, nous nous déchargeons de notre mal être sur l’autre qui sert de paratonnerre à nos frustrations. Ensuite nous avons également appris à ne pas nous tenir responsables de nos actes. « C’est le règlement, ce sont les ordres etc… » Ce langage nous déconnecte de nous-mêmes et des autres et nous asservit d’autant plus subtilement qu’l paraît être un langage responsable.

 

  1. Les sentiments

250px-Smooches_%28baby_and_child_kiss%29 dans Travail sur soi !Dans ce fonctionnement traditionnel qui privilégie le processus mental, nous sommes coupés de nos sentiments et de nos émotions comme par une dalle de béton. Nous avons appris et on nous a inculqué très tôt qu’être adulte, c’est se couper le plus possible de ses émotions et ne s’en préoccuper que pour faire joli dans une conversation de salon, sans déranger personne, une fois de temps en temps. Pour être aimé et avoir sa place dans ce monde, on doit faire non pas ce que l’on ressent ni ce que l’on voudrait, mais ce que les autres veulent. Etre vraiment soi-même, c’est risquer de perdre l’amour des autres.

 

De cet encodage résultent quelques conditionnements. Nos émotions sont comme des vagues de sentiments multiples, agréables ou désagréables, qu’il est intéressant de pouvoir identifier et différencier. L’intérêt d’identifier notre sentiment, c’est qu’il nous renseigne sur nous-mêmes en nous invitant à identifier nos besoins. Le sentiment fonctionne comme un signal clignotant sur un tableau de bord ; il nous indique qu’une fonction est ou n’est pas remplie, qu’un besoin est ou n’est pas satisfait.

 

Etant bien souvent coupés de nos sentiments, nous ne possédons que quelques mots pour les décrire ; d’un côté nous pouvons nous sentir bien, heureux, soulagés, détendus, et de l’autre, nous pouvons avoir peur, nous sentir moches, déçus, tristes, en colère. Nous avons bien peu de mots pour nous décrire et malgré tout, nous fonctionnons avec cela. Dans les formations à la communication non violente, une liste de plus de deux cent cinquante sentiments est distribuées aux participants pour leur permettre d’étoffer leur vocabulaire et donc d’élargis la conscience qu’ils ont de ce qu’ils éprouvent. Cette liste ne tire pas ses mots de l’encyclopédie mais d’un vocabulaire de mots courants comme nous pouvons en lire dans les journaux et en entendre à la télévision. Toutefois, une pudeur et une réserve transmises de génération en génération nous empêchent de les utiliser pour parler de nous-mêmes.

 

  1. Les besoins

Si nous sommes déjà largement occupés de nos sentiments nous le sommes presque tout à fait de nos besoins. Nous avons parfois l’impression qu’une dalle de béton nous coupe de nos besoins. Nous avons plus appris à tenter de comprendre et de satisfaire les besoins des autres qu’à tenter de nous mettre à l’écoute des nôtres. S’écouter a été longtemps synonyme de péché mortel, en tout cas d’égocentrisme ou de nombrilisme : « Ce n’est pas bien de s’écouter comme cela. Oh ! c’est encore une personne qui s’écoute ». L’idée même que l’on puisse « avoir des besoins » est encore souvent perçue comme infamante.

 

Il est vrai que le mot besoin est souvent mal compris. Il ne s’agit pas ici d’une envie du moment, d’une pulsion passagère, d’un désir capricieux. Il s’agit de nos besoins de base, ceux qui sont essentiels à notre maintien en vie, ceux que nous devons satisfaire pour trouver un équilibre satisfaisant, ceux qui touchent à nos valeurs humaines les plus répandues ; identité, respect, compréhension, responsabilité, liberté, entraide.

 

En indiquant à l’autre quelle est notre demande concrète, nous rendons le besoin moins menaçant parce que nous l’incarnons dans la réalité, dans le quotidien. Ce n’est pas un besoin virtuel, apparemment insatiable et donc menaçant. C’est une demande concrète, bien définie en termes d’espace et de temps, et par rapport à laquelle nous pouvons nous situer, adapter une attitude. Une fois notre besoin identifié, nous allons pouvoir formuler une demande concrète et négociable qui va dans le sens de sa satisfaction.

 

  1. La demande

En formulant une demande, soit une proposition d’action concrète et négociable, nous nous dégageons de la troisième dalle de béton qui nous tient entravés et nous empêche d’entreprendre toute démarche dans le sens de notre besoin. En formulant une demande concrète, nous sortons de l’attente, souvent désespérée, que l’autre comprenne notre besoin et accepte de le satisfaire, attente qui peut durer une éternité et se révéler extrêmement frustrante ; C’est nous qui prenons en charge la gestion de notre besoin et donc la responsabilité de sa satisfaction. Nous nous piégeons cependant souvent en prenant nos demandes pour des besoins fondamentaux.

 

Nous sommes souvent fiers, et à juste titre, de notre langue française riche en nuances. Cependant, elle ne représente qu’un petit pourcentage de notre langage ; Le langage non verbal, selon des spécialistes de la chose, constituerait près de quatre-vingt dix pour cent de notre communication, seulement quelque dix pour cent étant attribués au langage verbal ! Etre conscient de cela nous permet d’être attentif à notre propre langage du corps ainsi qu’au langage du corps de l’autre.

 

Extrait du livre  CESSEZ D’ETRE GENTIL, SOYEZ VRAI  de Thomas d’Ansembourg aux éditions De L’homme

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« Charles Baudouin, Le Passeur »

Posté par othoharmonie le 22 décembre 2013

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 un texte de Jean-Michel Blanquer

  

L’un des grands plaisirs de la lecture réside dans cette impression de proximité, si souvent éprouvée, vis-à-vis d’un auteur qui, selon l’expression erronée, « n’est plus de ce monde ». Nous sommes touchés, à des milliers d’années d’intervalle, par l’épopée de Gilgamesh refusant la mort. Nos dilemmes sont ceux des personnages de Sophocle. Nous parcourons les pensées de Pascal comme un chemin familier qu’auraient emprunté nos ancêtres, avant lui et après lui.

Ces hommes nous donnent le plaisir de sentir une universalité concrète. Il y a ainsi des auteurs avec qui l’on aimerait parler, une fois le livre fermé, avec la certitude que le temps s’immobiliserait comme cela se produit quand on discute entre amis. J’ai ressenti cela dès ma première lecture de Charles Baudouin qui est mort à peu près quand je suis né.

Nous ne refoulons pas seulement nos instincts. Nous refoulons aussi notre âme. L’affirmation vient d’un psychanalyste, fortement influencé par Jung, et elle me paraît lumineuse. Elle éclaire l’oeuvre de Baudouin dans toutes ses dimensions, scientifique et littéraire. L’homme se présente en effet avant tout comme un pédagogue, ou même comme un psychagogue. Il a commencé par enseigner la philosophie au lycée de Neufchâteau, non loin de Nancy où il était né. Il a alors une vingtaine d’années.

Lorsque la guerre est déclarée en 1914, il est réformé parce qu’il est tuberculeux. L’Est de la France est envahi. Il entend parler d’un institut à Genève qui porte le nom du philosophe qu’il vénère, Jean-Jacques Rousseau. On y expérimente les méthodes pédagogiques les plus modernes. Il s’y rend. Il y reçoit le meilleur accueil. Il restera en Suisse toute sa vie. Il commence une analyse et, tout en continuant à enseigner, va devenir rapidement un psychanalyste reconnu.

Baudouin est révolté par son époque. La boucherie de 1914 en fait un pacifiste convaincu, comme en témoigne sa correspondance nourrie avec Romain Rolland, avec qui il partage notamment une même passion pour Tolstoï. La modernité qui se profile l’effraie par bien des traits. Il déteste la vitesse, la superficialité, la violence. Il se défie de nouveaux phénomènes comme l’automobile, le tourisme ou le sport qui commencent déjà à envahir le monde. Il veut rester proche de la nature, à l’image de Rousseau. Une bonne partie de ses lectures se fait en marchant sur les sentiers*! Pourtant, Baudouin n’est pas un conservateur. Il tient à distance égale la morale ancienne et l’amoralité nouvelle dont il constate les ravages symétriques sur les patients qu’il reçoit. Il veut échapper aux catégories qu’elles soient professionnelles ou idéologiques. Il se veut libre.

Ses livres s’en ressentent. Une de ses premières qualités est la clarté dans un domaine, la psychanalyse, où le vocabulaire dresse trop souvent une barrière entre profanes et initiés. Cela se manifeste dans celui de ses livres qu’il faut lire en premier « L’Œuvre de Jung »1. Tout est limpide dans cette présentation d’une pensée complexe. Baudouin expose parfaitement l’importance des « archétypes », ces mythes communs à l’humanité, qui se révèlent dans nos rêves comme dans nos récits et qui nous indiquent quelque chose de la psychée humaine.

Cette idée, au noeud de la discorde entre Freud et Jung, fut d’emblée très combattue car certains voyaient se profiler en conséquence des notions peu engageantes comme celle d’inconscient collectif. Pourtant, la psychanalyse s’est sans doute séparée d’une moitié d’elle-même en rejetant cette conception. Baudouin tente courageusement de lui restituer cette plénitude. Comme il le répètera dans « Psychanalyse du symbole religieux », le mythe nous indique des réalités plus hautes que le concept. C’est le symbole qui est donné d’abord à l’Homme, comme l’ont compris toutes les grandes religions. L’idée rationnelle ne vient qu’après. « En un mot, nous dit Baudouin, ici comme devant tous les objets essentiels, la poésie est plus fidèle que la prose. »

Ce nécessaire réenchantement du monde se poursuit dans tous ses autres ouvrages de psychanalyse avec peut-être une idée directrice : I’unité de l’Homme. Cela signifie : prendre en considération en chaque homme les multiples dimensions de son être, mais aussi reconnaître chez tous les hommes le travail de ces mêmes aspirations.

Il y a en tout homme, plus ou moins refoulée, la force de l’instinct, notamment sexuel. Ici, I’héritage de Freud doit être accepté avec toutes ses conséquences fondatrices. Il y a en tout homme, plus ou moins manifestée, une volonté de puissance. Baudouin, très marqué par Nietzsche, ne peut qu’intégrer aussi cet apport des théories d’Alfred Adler. Il y a enfin en tout homme une quête du « Soi », cette personne intérieure recherchée depuis le « connais-toi toi-même » des Grecs jusqu’au « centre invisible où tout se rattache » de Mounier qui est à la fois être intime et être idéal, parcelle d’une humanité commune ancrée en chaque individu.

Sur ce point, Baudouin prolonge Jung en cherchant dans les grands mythes et symboles de l’histoire humaine des explications de la psychée humaine. On le voit ainsi travailler avec persévérance sur la figure orientale ancestrale de l’équilibre.

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TESTAMENT : “L’Envol de la SerpenTerre. La Rédemption.”

Posté par othoharmonie le 20 novembre 2013

 

Propos de l’auteur :

images (6)Ce livre relate le processus d’activation génétique de l’auteur par intégration de l’Ombre dont l’unification des deux lignées Stellaires majeures en conflit à l’origine du génome humain. L’Ombre, reliée à nos aspects pulsionnels refoulés, s’articule en systèmes pervertis autour de bien des confusions relatives à l’utilisation-manipulation de l’énergie pulsionnelle fondamentale, dont l’énergie sexuelle et vitale, et nous garde captifs de l’Illusion de cet espace-temps. L’intégration du refoulé à l’échelle humaine, planétaire et galactique, passe nécessairement par l’intégration et la réhabilitation de la fréquence Reptilienne et de l’énergie pulsionnelle qui lui est liée. L’intégration des Dracos sous la Loi de l’Un, Peuple Reptilien pulsionnel de la galaxie dont l’origine est la constellation du Dragon, fait partie du plan de Rédemption tel que j’en ai retrouvé la Mémoire lors de mon processus d’éveil multidimensionnel ; en chacun de nous il s’agit d’intégrer la fréquence Reptilienne au Service de notre Unité. L’Ombre en chacun de nous est totalement imprégnée de nos origines Reptiliennes, des grandes guerres galactiques et traumas y relatifs fixés dans une partie de notre génétique. 

Ceci a sa résolution sur Terre-Uras, actuellement ; ceci est Accompli ! 

L’Ombre contient la Puissance de notre Radiance en notre corps-matière ; en cette dimension où le Vivant est perverti depuis des millénaires, la Puissance est devenue Toute-Puissance.  La société actuelle et ses lois établies par la Toute-Puissance perverse est le résultat de 400 000 années terrestres de manipulations et vampirisations énergétiques diverses dont l’origine est un conflit galactique bien plus ancien, déplacé sur la Terre-Uras par intention des Mères généticiennes au Service de la Source Mère en vue de l’utiliser comme terrain de la Rédemption.

La grande barrière à l’Éveil est la culpabilité et son corollaire, la peur ; ce qui est décrit par les physiciens quantique par le “Mur de Planck” , mur quasi infranchissable par le fonctionnement habituel de la matière en troisième dimension et au delà duquel les Lois de cet espace-temps changent de paradigme. L’au-delà du mur de Planck est un vécu de Conscience-Amour au Présent qui nous sort de la captivité de cet espace-temps.

Je souhaite L’Envol de la SerpenTerre, La Rédemption  activateur de fréquences facilitant le vécu du Cœur Conscient, de la Transparence et de l’Autonomie. Par la dissolution du mur de Planck que représente les culpabilités et peurs fixées dans notre propre diaphragme, nous changeons de paradigme et vivons selon la Loi de l’Un qui est Loi de l’Amour.

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Le Processus, démarré en un point précis de cet espace-temps début 2010 à Rennes le Château où je me suis vécue Ancienne et Reptile au contact d’Uras, ma bien aimée planète… m’a permis de comprendre comment mon histoire depuis ma naissance à Bruxelles contient la trame exacte de “qui je suis” plus large que cette dimension et ce qui est nécessaire comme tremplin d’Envol pour me revivre ailes déployées et Libre. Et c’est le cas pour chacun de vous, lecteurs ; votre histoire et conditions actuelles de vie contiennent le ferment de votre Envol !

Ainsi, mon rapport bien particulier aux Églises Chrétiennes “officielles”, mon amour pour cette Sainte Terre de France et l’élaboration des Huiles d’Onction, ont pris sens lorsque la fresque holographique s’est montrée peu à peu ; remontant le fil de l’Huile et les mémoires du Peuple Oint, c’est la Source Mère et Son émanation au travers du principe Féminin en cette dimension que j’ai contacté. Nous sommes au Temps de l’Onction où la Déesse, retrouvant sa Puissance en cette dimension falsifiée, appelle en la Source Unifiée la Lumière Une supraconductrice fécondant et libérant cette Humanité.

Par une succession de visions, synchronicités et un vécu corporel, sensitif et émotionnel, le Processus est avant tout un vécu d’éveil du corps et non du channeling. Ma Matière en éveil rend ses Mémoires ; au travers des imprégnations de mort, de peur, de perversion, des manques et culpabilités, ce fut un processus de révélations au service de ma propre Révélation. 

Au fur et à mesure de son déroulement, j’ai re-contacté ma Lignée Rédemptrice Serpent-Dragon d’origine stellaire ; au Mexique Maya, sur les hauts plateaux des Andes, en Égypte, à Sumer, en France…  Ainsi, peu à peu, j’ai vécu plusieurs dimensions de mon être, et plus précisément celles en lien avec l’histoire Reptilienne de cette humanité et sa relation intime avec le Peuple Oint au Service de la Source Mère, dont Yeshoua, Myriam, les Esséniens, les Templiers, et bien d’autres… 

 

J’ai découvert que le Service de cet aspect de moi-même incarné en cet espace-temps d’aujourd’hui, par la réhabilitation de la fréquence Reptilienne, est également affranchissement des Dragons multidimensionnels. La fréquence Reptilienne, correspondant aux aspects pulsionnels, sexualité et violence fondamentale, en chaque humain, a été source de perversion et de manipulations diverses depuis des millénaires et ce bien avant l’arrivée des Peuples Reptiliens dans notre système solaire et sur Terre-Uras.

 
Tout comme notre énergie pulsionnelle et sexuelle a été pervertie et manipulée, l’énergie des Dragons a été dévoyée et captivée. Les Dragons existent en chaque dimension et sont Consciences des énergies primordiales les plus puissantes émises par la Source. Les contacter m’a fait vivre ma dimension archangélique Elfique proche du Monde Élémental ; en cette dimension-là nous trouvons le monde des Licornes, Elfes, Fées, Ondines, etc… Les Dragons qui en sont les Consciences les plus pulsionnelles, sont vécus méchants et dangereux uniquement si nous en avons peur et si nous les considérons comme tels ; c’est notre regard dissocié qui les rend dangereux car nous ne voyons d’eux que l’aspect perverti !

 

Ce que j’ai vécu par ce Processus, qui à bien des égards est chamanique, je l’ai vécu pour tous ; selon la Loi de l’Un, quantique, traquant la perversion et la falsification par ma propre Matière, j’ai traqué pour tous ; ce fut un Processus révélateur de Vérité et de Vie.Cela se vit au niveau humain, galactique et planétaire, ceci se vit en chacun de nous.

L’Ombre, devenue mon alliée,
m’a fait prendre conscience qu’en son sein,
notre Mère Divine s’est cachée…

Par ma Matière Révélée,
corps devenu Saint des Saints,
ISIS s’est dévoilée…

 

Du LIVRE / “L’Envol de la ŠerpenTerre, La Rédemption est un témoignage, un testament, et vous qui le lirez comprendrez qu’il est aussi un test-Amants…

 

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Des valeurs pour un monde plus humain

Posté par othoharmonie le 2 novembre 2013


Rencontre exceptionnelle avec Edgar Morin. Propos recueillies par Jacques Durand.

 Des valeurs pour un monde plus humain dans En 2012-2013 et après 2016 images-12

Ces dernières années j’ai prêté attention aux paroles d’Edgar Morin en radio, télévision ; sa vision du monde m’a vraiment interpellé, au point que j’ai senti l’urgence de le rencontrer. A 89 ans il parcourt inlassablement la planète pour donner des conférences internationales, il est consulté par des gouvernements notamment en Amérique du Sud. Son travail exerce une forte influence sur la réflexion contemporaine à travers le monde. La France, et surtout le parti socialiste, ont jusqu’à présent dédaigné sa politique de civilisation pour sortir de cet âge de fer planétaire… préhistoire de l’esprit humain. Je remercie Mr Edgar Morin de m’avoir reçu si simplement entre 2 avions.

  En France, on voit le droit régresser, ainsi que les libertés individuelles et collectives. Vous écrivez dans « Pour une politique de civilisation »* : « Un système qui n’a pas les moyens de traiter ses problèmes est condamné soit à la régression, voire la mort, soit en se dépassant lui-même, à la métamorphose. En refusant la régression, en résistant à la mort, oeuvrons pour la métamorphose ». Quelle est votre vision de cette démocratie à la française ? Est-elle décadente ? Est- elle le reflet d’une déroute au niveau planétaire ? 

E.M : Tout d’abord il y a un problème de diagnostique, cette régression touche aussi l’Italie, la Grèce et d’autres pays à venir. Pour notre pays c’est très net, pourquoi ? Observons les partis de gauche : le PS qui n’a plus aucune pensée, ni aucune imagination, en est réduit à des conflits de personnes tout en s’adaptant à un néo-libéralisme dépassé, le PC est quant à lui comme une étoile naine qui s’est durcie, et les Trotskistes ont fait l’erreur d’appeler leur parti « anticapitaliste » alors que quoique l’on fasse, on le fait toujours pour quelque chose… ! 

Est-ce une crise de partis politiques ? Oui dans le sens de la vision d’un monde meilleur, mais j’y vois une crise sous jacente, plus grave, celle du peuple Républicain et du peuple de gauche. En France, il faut se rappeler qu’ au début du XX ème siècle, un élan a été donné à la laïcité par la 3ème République, ce qui fait que les instituteurs et les enseignants étaient porteurs d’une vision universaliste, humaniste et solidaire du monde. Les partis formaient non seulement des militants, mais une partie de la population à ces idées là. Le PC, en dépit de la perversion du stalinisme, éduquait sur les fondements de la révolution Française « Liberté, Egalité, Fraternité. » On retrouvait une culture aussi bien urbaine que rurale… 

Aujourd’hui, les éducateurs ne remplissent plus cette mission. L’enseignement s’est durci, il s’est spécialisé, les partis de gauche n’éduquent plus, d’où cette régression, les derniers représentants de ce peuple républicain de gauche ont 70 -80 ans. La victoire présidentielle de Sarkozy, ou de Berlusconi (en Italie) représente surtout la défaite d’une opposition républicaine de gauche. Si l’on prend l’exemple des sans-papiers, 30 ans en arrière, des mouvements populaires puissants les soutenaient, à présent, cette défense s’est rétrécie. 

Dans ce tableau, le seul élément positif c’est qu’une partie de la jeunesse est vagabonde, voyage, et acquiert un esprit ouvert, pas chauvin. Autrement, la régression se manifeste partout par l’existence de partis minoritaires, ultranationalistes, et xénophobes, certes qui stagnent, car le pouvoir a repris un de ses thèmes : la restriction à l’égard de l’immigration. 

Prenez les ex-démocraties populaires, elles se sont libérées du joug totalitaire imposé par le communisme Soviétique, mais du coup, ce système n’a pas pu inculquer les idées qui étaient son message, c’est-à-dire : fraternité des peuples, universalisme… d’où un rejet et un retour aux nationalismes, entrainant une régression en Europe ; mais elle n’est pas universelle. Si l’on prend l’Amérique Latine -qui pourtant a vécu dans le passé plusieurs dictatures militaires- j’y vois, car j’y vais régulièrement, des mouvements puissants ! Mise à part la démagogie de Chavez, il y a Lula au Brésil, Correa en Équateur, un nouveau gouvernement en Uruguay, la promotion du peuple Indien en Bolivie… tout cela montre qu’il est possible aux bonnes volontés de réaliser des choses. A titre d’exemple la lutte contre l’enfance misérable et délinquante a pu, en deux ans, redonner à ces gamins livrés à la criminalité un départ de dignité, ils n’apprennent pas seulement l’informatique, lire et écrire, mais aussi la danse, la musique, bref c’est un retour à la dignité. Je ne dis pas qu’en Amérique du Sud tout cela est généralisé, mais j’y vois une population qui aspire à mieux vivre, j’y vois une gauche vivante. Ici on ne fait rien pour les banlieues. 

La régression n’est pas universelle en revanche, ce qui l’est, c’est le cours mondial de ce qu’on appelle : développement durable, ce terme « développement » est de la pure vaseline. Les trois mots, développement, occidentalisation et mondialisation sont les trois faces d’un même processus qui conduit la planète vers des catastrophes, pourquoi ? Le développement crée des petites zones de prospérité et des grandes zones de misère. Il suffit de voir les ceintures de bidonvilles autour des grandes villes d’Afrique, d’Amérique Latine. 

Le développement détruit les solidarités traditionnelles, accroit les corruptions, il apporte un minimum de choses positives. C’est une formule homogène occidentalisante appliquée à des contextes tout à fait différents sans tenir compte des cultures, comme si celles-ci n’avaient aucune valeur ! alors que chaque culture à ses vertus, ses qualité et ce, jusqu’au plus petit peuple d’Amazonie. 


Gardons du développement ce qu’il a de valable, tout en intégrant une politique pour l’humanité qui vise des symbioses, des complémentarités. Par exemple dans les médecines, pourquoi opposer l’orient aux traditions millénaires qui ont fait leur preuve (Tao, Ayurvéda) et l’occident avec ses qualités et ses limites, je propose une symbiose, une coopération
. Les peuples d’Amazonie connaissent les vertus des plantes, leurs secrets, les shamans ont des pouvoirs guérisseurs. Le vrai universalisme est une symbiose des qualités propre à chaque culture, loin d’idéaliser les cultures traditionnelles, il s’agit de combattre ce qu’elles comportent de dogmatisme, d’autorité inconditionnée des chefs et des pères, l’émancipation de la femme qui est une chose importante. 

Sur la planète, on peut changer d’orientation mais pas de voie immédiatement parce que nous sommes lancés à toute vitesse, dans une sorte de vaisseau spatial avec ses moteurs pas contrôlés : science, technologie, économie, profit, avec en plus un développement des fanatismes divers, une dégradation de la biosphère, une prolifération du nucléaire, une économie mondiale dérégulée qui ira de crise en crise. 

La situation est dégradée, il nous faut changer de voie, certains sur la planète ont déjà commencé, car il existe sur la planète des myriades d’initiatives locales, pour l’agriculture biologique, pour dépolluer un lac, pour créer une solidarité, pour résoudre des problèmes de chômage, pour créer une ville saine comme Fribourg en Allemagne. 

Les initiatives existent partout dans la société civile mais elles ne se connaissent pas, certaines sortent au niveau mondial, par exemple Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix pour avoir créé la Gramen Bank, une banque pour les pauvres et détenue par eux. A mon avis tout est à changer, il faut lancer des réformes dans tous les domaines : économique, social… tous ces mouvements de réformes devraient se conjuguer pour devenir une force, c’est ainsi qu’une voie nouvelle pourra s’affermir et que l’ancien dépérira pour finalement se désintégrer. 

Bien sur c’est gigantesque, mais tout a toujours commencé de façon modeste ; que ce soit le message de Jésus, de Bouddha, de Mahomet, que ce soit le capitalisme, le socialisme au début… toutes furent des initiatives isolées, mais il y avait des conditions de crise, de nécessité pour que la force de leur message se répande. _ Parfois pour le meilleur, parfois pour le pire. En résumé : « Un système qui n’a pas les moyens de traiter ses problèmes est condamné soit à la régression, voire la mort, soit en se dépassant lui-même, à la métamorphose. En refusant la régression, en résistant à la mort, oeuvrons pour la métamorphose ». 

  Quelles sont les valeurs humaines à cultiver pour se préparer à une métamorphose, pour vivre dignement ensemble sur une même planète nourricière ? 

E.M : En premier lieu, nous sommes dans une société où ceux qui ont un certain niveau de vie subissent une intoxication consommationiste, alors que les autres vivent dans la sous consommation. A ceux qui ont plus il s’agit de leur faire comprendre consciemment ce que chacun sait inconsciemment, c’est que l’amour, l’amitié, sont beaucoup plus importants que le fric. Quand on est seul on se console avec l’argent ; plus le monde sera « sec », plus on fera des achats pour compenser un manque. 

Deuxièmement une éducation de civilisation s’impose, il faut comprendre que mieux c’est mieux que plus, que la qualité est plus importante que la quantité. Dans le monde où nous vivons, tout est fondé sur un calcul où tout est faux, même quand vous calculez le PIB d’un type dans un bidonville urbain, il semble être le même que celui d’un paysan d’Afrique du Nord, ou d’un habitant d’une médina… mais c’est sans compter la solidarité entre voisins, avec la famille, peut être du travail au noir ou une économie souterraine… Apparemment, selon le PIB, ils vivent à un niveau très bas, pourtant, nous pouvons voir qu’ils vivent d’une autre façon, et ils peuvent survivre. 

Quand la solidarité est là, il y a des choses non calculables qui peuvent se produire, le message c’est d’aller dans le sens de la qualité de la vie avec les siens, sa famille, ses amis plutôt que dans d’être soi-même emporté dans un tourbillon de vie chronométré, millimétré

Faire prendre conscience ce que chacun sait dans les profondeurs de lui-même dont il ne peut pas se libérer car il est pris dans un système d’intoxication. Bien entendu, la réforme de vie est au cœur de toutes les réformes !! Le faire radicalement est très difficile, certains ont essayé vers 1968 dans les petites communautés, ce furent des lieux féconds un certain temps puis ils se sont désintégrés avec les querelles, les incompréhensions… La réforme de vie peut commencer de façon modeste, en observant sa propre consommation, des revues comme « UFC Que Choisir » peuvent nous aider dans nos démarches. En France il s’agirait de créer une ligue puissante de consommateurs qui pourrait peser et ainsi faire accélérer les réformes. 
Marx avait dit que le capitalisme ne créait pas seulement un produit pour le consommateur, mais un consommateur pour le produit. Nous pourrions boycotter certains produits si nous étions unis ! 

Les valeurs nous les connaissons tous : solidarité et responsabilité se sont des valeurs essentielles. La tendance serait de réduire l’autre à un aspect secondaire, négatif ou péjoratif. Je suis frappé de voir autant d’incompréhension dans nos relations les plus diverses, l’autre devient un dégueulasse, une salope… Prendre soin de soi c’est aussi prendre soin de l’autre. 

  Edgar Morin né en 1921 le 8 juillet. Connu internationalement comme sociologue et philosophe français. Ces ouvrages ont été traduits en 28 langues dans 42 pays. Parmi ses distinctions : 
  Directeur de recherche émérite au CNRS 
  Président de l’Agence européenne pour la culture( UNESCO) 
  Président de l’Association de la pensée complexe 
  Docteur Honoris causa de 14 universités images-11 dans Nouvelle conscience   Commandeur de la Légion d’honneur (France) 
  Commandeur des Arts et des lettres( France)…. 

  Le nombre d’ouvrages écrits est impressionnant mais « La Méthode » (6 volumes) représente le cœur de sa pensée Pour les livres récents : 

Pour une politique de  civilisation, Arléa 1997 

« Edgar Morin l’Indiscipliné » une biographie paru au Seuil en 2009 
Vers l’abîme, L’Herne 2007 
Où va le monde, L’Herne 2007 
La pensée tourbillonnaire- introduction à la pensée d’Edgar Morin, Editions Germina, entretiens Edwige, l’inséparable, Fayard 2009.

 

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Les leçons Terrestres sont nos secrets de la vie

Posté par othoharmonie le 5 septembre 2013

Les leçons Terrestres sont nos secrets de la vie dans Expériences images-12Vous allez peut-être vous demander ce que nous autres humains pouvons faire ici-bas, qui puisse nous préparer à cette expérience dans la prochaine dimension.Il ne s’agit certainement plus d’accumuler vivres et munitions, ni de construire un blockhaus sous terre ou quoi que ce soit du genre. Ce n’est pas que cela soit mauvais en soi, c’est seulement que les préparations pour la survie dans le monde physique ont leurs limites. Au ciel, dans la dimension supérieure, nous sommes ce que nous créons.

C’est également vrai ici-bas, mais la plupart d’entre nous ne s’en rendent pas compte. A partir de la quatrième dimension, cela devint évident.Puisque nous sommes ce que nous créons, il devient alors important et nécessaire que les vibrations que nous émettons soient en harmonie avec toute vie, peu importe où elle se trouve. Nous en venons à comprendre que tout ce à quoi nous pensons, tout ce que nous sentons et tout ce que nous faisons façonne le monde dans lequel nous devons vivre. Par conséquent, la vie « ordinaire » ici-bas, peut être considérée comme une école, un endroit où chaque instant de notre vie nous donne des leçons qui pourront être directement utilisées dans le prochain monde. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que l’ancienne Egypte et la plupart des vieilles civilisations traitaient la mort avec une telle révérence. La mort, peu importe comment elle survient, est le seuil du portail ouvrant sur l’obscurité du grand vide, qui nous mène lui-même jusque dans la lumière resplendissante des mondes supérieurs de l’existence. Si nous apprenons à bien maîtriser ce processus, cela nous conduit tout droit au contact conscient avec la vie entière où qu’elle se trouve – la vie éternelle !

 Par conséquent, quelles sont ces leçons terrestres ?

 En vérité, la source de toute vie est dans les yeux de chaque personne créée. Même si sur la Terre, une grande intelligence, un grand amour e tune grande sagesse sont présents à chaque instant à l’intérieur de chacun de nous. Dès que nous saisissons cette vérité, il devient apparent que nos pensées, nos sentiments et nos actions sont la clé. Nous savons exactement quoi faire. en termes simples, il s’agit de perfectionner notre caractère. Ses joyaux chatoyants deviennent les outils de survie de notre ascension.

 Siddharta Gautame, dit le Bouddha, Mère Marie, Lao-Tseu, Mahomet, Jésus, Abraham, Krishna, Babaji, Mère Teresa et environ 8000 autres grands Maître de la lumière éternelle sont vos maîtres d’école et les héros de l’existence sur cette planète. C’est par leur exemple qu’ils vous montrent comment améliorer votre moralité ou votre caractère. Ils ressentent tous que d’aimer votre voisin reste la clé principale. Cela amène de l’ordre dans le monde dans lequel vous vivez. Cela vous accord la vie éternelle. Vous comprenez ?

 Par conséquent, une chose que vous pouvez faire est de vous asseoir et de chanter ou de répéter ces mots en vous-mêmes, surtout quand vous avez réactivité votre Mer-Ka-Ba pour la journée, après le quatorzième ou le quinzième souffle : amour inconditionnel pour toute vie, vérité, beauté, confiance en Dieu et en soi-même, harmonie, paix, révérence envers Dieu. Vous remarquerez que tous les portails ont en eux l’amour et la vérité. […]

 Là où il y a compassion et humilité, il y a aussi sagesse ; c’est la composante masculine. Et là où il y a amour et vérité, il y a aussi unité ; c’est la composante féminine. Par conséquent, ces états mentaux et émotifs, ou schémas de la Porte des étoiles, deviennent vos possessions les plus importantes et les plus précieuses pour arriver à passer le seuil et vous engager dans les mondes supérieurs. Et plus haut vous vous élevez, plus essentiels ces derniers deviennent.

 Quand vous parvenez dans la quatrième dimension, que vous constatez et comprenez votre situation, et que vous démontrer petit à petit votre capacité de contrôler les événements, une drôle de chose commence à se produire. […] Dès que votre croissance aura commencé dans la prochaine dimension, la vie reviendra à la normale. Vous pénétrerez alors l’un des trois niveaux harmoniques les plus élevés de la quatrième dimension – le dixième, onzième ou douzième. Dans l’un ou l’autre de ces niveaux, vous acquérrez la connaissance et la sagesse nécessaires pour vous rendre enfin jusqu’à la cinquième dimension, le commencement du voyage de retour jusqu’à Dieu, avec tous les changements que cela comporte, alors que la vérité se révèle progressivement à vous.

 Les yeux de l’univers sont posés sur nous, les grandes âmes, nous observent très attentivement. Nous sommes les enfants de Dieu qui offrent une nouvelle possibilité de vie à la vie. C’est avec la plus grande gratitude que je remercie chacun de vous d’être encore en vie.

Extrait de l’Ancien Testament de la Fleur de Vie – Tome 2 – de Drunvalo Melchizédek

 

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NOTRE CHANGEMENT DE DIMENSIONS PLANETAIRES

Posté par othoharmonie le 3 septembre 2013

NOTRE CHANGEMENT DE DIMENSIONS PLANETAIRES dans LECTURES Inspirantes soleil_lune1Tout individu qui vit sur cet planète a déjà fait l’expérience d’un changement de dimension. Le seul fait de naître sur terre en est un. C’est un fait cosmique. Peu importe notre point d’origine, il nous a tous fallu traverser le grand vide avant de nous incarner ou de nous réincarner sur terre, et il s’agit bien là d’un changement de dimension. 

Le jour où vous êtes nés ici-bas sous la forme d’un petit bébé, vous êtes passés par un changement de dimension. Vous vous êtes déplacés d’un monde dans un autre. C’est seulement en raison de la mémoire humaine limitée que nous ne nous souvenons de rien.Le fait de ne pas pouvoir nous rappeler où nous étions et ce que nous faisions au juste avant notre naissance a d’ailleurs été la cause d’énormes limitations. L’une d’elles est notre incapacité à maîtriser l’impression (ou la réalité) qu’il n’existe que de grandes distances à parcourir dans le cosmos. Ici-bas, dans notre réalité, les distances interplanétaires ou intergalactiques sont tellement grandes que nous ne pouvons pas les franchir. Nous ne pouvons même pas quitter notre système solaire, car dans notre état de conscience actuel, nous sommes les prisonniers de notre propre logis. N’est-il pas vrai ? Voyager sur de grandes distances en vaisseau spatial, selon notre manière personnelle de concevoir le temps et l’espace, est impossible. Nos esprits scientifiques sont déjà parvenus à cette conclusion. Mais bien sûr, il est décourageant de reconnaître que nous ne pourrons jamais quitter notre système solaire avec les moyens que nous connaissons aujourd’hui. Disons que nous voulons nous rendre jusqu’à la prochaine étoile, Alpha Cneturi, à environ quatre années-lumière de la Terre. Si nous devions utiliser notre technologie actuelle, il nous faudrait voyager pendant 115 millions d’années. Les humains ne vivent pas aussi longtemps, c’est bien certain, et cette étoile est la plus proche !

Dans l’état actuel des choses, s’aventurer profondément dans l’espace est une impossibilité évidente. Si nous voulions avoir du succès, nous devrions changer notre compréhension du temps et de l’espace. Le problème, et je crois l’avoir déjà dit, c’est que nous prenons en considération que le temps et l’espace ; nous avons perdu la notion de dimensions d’existence. Mais les choses étant toujours parfaites telles qu’elles sont, nous commençons maintenant à nous en souvenir, juste au moment où nous en avions le plus besoin ! Cela nous revient d’abord dans nos rêves, puis dans nos films. Nous n’avons qu’à penser à Star Trek, Contact, Sphère et à beaucoup d’autres, qui explorent tous l’idée de différentes dimensions d’existence. Nous allons nous en souvenir, car Dieu est toujours avec nous. Agissons dans ce sens. Je vais vous expliquer exactement ce qui se produit généralement au cours d’un changement de dimension, et je tirerai toutes les descriptions de mon expérience personnelle. Par conséquent, ce qui va bientôt avoir lieu pour nous tout pourra être légèrement différent, car l’univers lui-même fait constamment de nouvelles expériences. Il se pourrait que certains parmi vous préfèrent que je vous raconte tout ceci sous la forme d’une petite histoire, mais je crois que dans ce cas, une méthode plus directe est appropriée. 

Alors que nous pénétrons dans ce nouveau millénaire, les maîtres ascensionnés sentent qu’il y aura très peu de violence à l’approche du changement, car nous revenons de loin sur le sentier. Nous avons bien travaillé dans nos efforts visant à faire naître une nouvelle conscience humaine ! Alors que vous êtes les témoins de la perfection de la vie, vous pouvez être comme le petit bébé que vous avez toujours voulu redevenir, si tel est votre cas. Sachez que l’on va s’occuper de vous et que l’amour pur dirige déjà les événements. Cette vague d’énergie est tellement plus grande que nous tous que la meilleure défense est encore de nous abandonner complètement à elle et d’être, tout simplement. Il est fort probable que nous ayons à ce jour changé les tenants et les aboutissants de cette période de chaos qui, normalement devrait durer de trois mois à deux ans. On croit maintenant en hauts lieux que la période précédant le changement sera sans doute très courte et ne contiendra pour ainsi dire aucune violence. On ne s’attend plus à aucun avertissement d’aucune sorte, ou presque, sauf pour la période de transformation elle-même, qui durera de cinq à six heures. Il est plus que probable que vous vous réveilliez un beau matin et qu’avant le coucher du soleil vous vous retrouviez comme un enfant devant un monde tout neuf. 

Au lever du lit, aux 6 heures qui précèdent le changement de dimension, vous éprouvez un léger vertige et vous ne vous sentez pas tout à fait dans votre assiette. Vous prenez alors un bain et alors que vous vous glissez dans l’eau ondoyante, vous sentez une présence derrière vous. Vous vous retournez et apercevez une grande sphère brillamment éclairée depuis l’intérieur semble-t-il, et entourée d’étranges taches de couleur qui flottent en l’air à environ un mètre du sol, tout près du mur. Sidéré, vous essayez de réfléchir à ce que cela pourrait bine être ; c’est alors qu’un petit cube aux chatoiement extraordinaires apparaît, comme venu de nulle part à quelque dizaines de centimètres de vous.

Lui aussi semble flotter librement et paresseusement en l’air, sans appui visible. Vous vous apercevez que votre baignoire est remplie de ces formes aux couleurs extraordinaires, de toutes ces choses inimaginables qui vous font soudain penser que, ma foi, vous avez des hallucinations ; c’est peut-être dû à une tumeur au cerveau qui n’a pas été décelée, pensez-vous rapidement, ou bien une connaissance à mis quelque chose dans l’eau que vous avez bue hier soir dans le but de vous faire une bonne plaisanterie !  vous ouvrez la porte d’entrée et vous précipitez dan le jardin, puis vous courez dans les bois avoisinants, où tout à l’air plus normal, sauf qu’il y a encore ces « choses » qui flottent partout. Cessez donc de bouger ! le malaise persiste… puis un flash de lumière blanche aveuglante explose dans votre conscience. Vous n’êtes pas seulement entouré de lumière blanche : vous ETES CETTE LUMIERE. Pour vous, rien d’autre n’existe plus. Votre ancien monde a maintenant disparu à tout jamais.Vous ne pouvez plus rien voir, pas même votre main tout près de votre visage. Vous réalisez que vous êtes assis sur quelque chose de stable, mais en même temps vous sentez que vous flottez dans le vide. Votre monde familier n’existe plus. Parvenu à ce point, ayez la volonté de n’éprouver aucune peur. Il n’y a plus aucune raison d’avoir peur.

Le processus par lequel vous passez est complètement naturel. Vous venez juste de pénétrer dans le vide, entre la troisième et la quatrième dimension, le grand vide hors duquel tout est apparu jadis et dans lequel tout retourne un jour ou l’autre. Vous êtes parvenu au seuil entre deux mondes. Il n’y aucun son, aucune lumière. Vous vivez l’absence totale de tout sensation. Après avoir flotté dans le vide et l’obscurité la plus complète pendant à peu près trois jours, il pourra  vous sembler, à un niveau de votre être, que mille ans se sont écoulés. C’est alors que d’une manière tout à fait inattendue et en un instant, votre monde explose en une lumière blanche aveuglante. C’est la lumière la plus resplendissante que vous ayez jamais vue, et il vous faut longtemps pour que vos yeux s’ajustent et que vous puissiez vous habituer à l’intensité de cette nouvelle lumière.

 Il est plus que probable que cette expérience vous paraîtra toute nouvelle, et ce que vous êtes en fait devenu se compare à un nourrisson qui vient juste de naître dans une nouvelle réalité. Vous recommencez une nouvelle vie, comme lorsque vous êtes arrivé sur la Terre. Vous veniez alors d’un endroit sombre pour enfin déboucher dans un monde rempli de lumière, mais vous étiez d’abord aveuglé et désorienté. Eh bien, cette nouvelle expérience est très semblable à bien des points de vue. Félicitations ! Vous venez juste de renaître dans un nouveau monde encore plus resplendissant que celui que vous venez à peine de quitter !Véritablement, il s’agit bien ici d’une nouvelle naissance.Dans la quatrième dimension, le temps est extrêmement différent. Quelques minutes sur terre correspondent ici à plusieurs heures. Par conséquent, vous atteindrez l’âge adulte en ce qui vous paraîtra être deux ans. Mais tout comme ici-bas, le fait de grandir ne constitue pas le seul but de l’existence. Certains niveaux de connaissance et d’existence seraient difficiles à imaginer depuis le niveau de conscience dans lequel vous vous retrouverez lorsque vous pénétrerez dans la quatrième dimension pour la première fois. Nous pourrions comparer cela à un bébé ici-bas, qui est encore incapable de comprendre ce qu’est l’astrophysique.

Extrait de l’Ancien Testament de la Fleur de Vie – Tome 2 – de Drunvalo Melchizédek

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extrait des dernières prophéties de Peter Deunov

Posté par othoharmonie le 30 août 2013

 extrait des dernières prophéties de Peter Deunov dans Chemin spirituel telechargement-11

La Terre suit maintenant un mouvement ascendant et chacun devra s’efforcer de s’harmoniser avec les courants de l’Ascension. Ceux qui refusent de se soumettre à cette orientation perdront l’avantage des bonnes conditions qui leur sont désormais offertes pour s’élever. Ils resteront en arrière de l’évolution et devront attendre des dizaines de millions d’années la venue d’une nouvelle vague ascendante.  

La Terre, le système solaire, l’Univers, tout se meut dans une nouvelle direction sous l’impulsion de l’Amour. La plupart d’entre vous considèrent encore l’Amour comme une force dérisoire, mais en réalité, c’est la plus grande de toutes les forces ! L’argent et le pouvoir continuent à être vénérés comme si le cours de votre vie en dépendait. À l’avenir, tout sera subordonné à l’Amour et tout le servira. Mais c’est à travers les souffrances et les difficultés que la conscience de l’homme va devoir s’éveiller.  

Les terribles prédictions du prophète Daniel écrites dans la Bible se rapportent à l’époque qui s’ouvre. Il se produira des inondations, des ouragans, des incendies gigantesques et des tremblements de terre qui balayeront tout. Le sang coulera en abondance. Il y aura des révolutions ; des explosions terribles retentiront en de nombreuses régions de la Terre. Là où est la terre viendra l’eau, et là où est l’eau viendra la terre… Dieu est Amour ; et pourtant il s’agit bien là d’un châtiment, d’une réponse de la Nature contre les crimes perpétrés par l’homme depuis la nuit des temps contre sa Mère, la Terre.  

Après ces souffrances, ceux qui seront sauvés – les élus – connaîtront l’Âge d’Or, l’harmonie et la beauté illimitées. Gardez donc votre paix et votre foi quand viendra le temps de la souffrance et de la terreur, car il est écrit que pas un cheveux ne tombera de la tête du juste. Ne vous découragez pas ; poursuivez simplement votre travail de perfectionnement personnel.  

Vous n’avez aucune idée de l’avenir grandiose qui vous attend. Une Nouvelle Terre verra bientôt le jour. Dans quelques décennies, le travail sera bien moins astreignant, et chacun aura du temps à consacrer à des activités spirituelles, intellectuelles et artistiques. La question des rapports entre l’homme et la femme sera enfin résolue dans l’harmonie : l’un comme l’autre auront la possibilité de suivre leurs aspirations. Les relations des couples seront fondées sur l’estime et le respect réciproques. Les humains voyageront à travers les différents plans et franchiront les espaces intergalactiques. Ils étudieront leur fonctionnement et seront rapidement en mesure de connaître le Monde Divin, de fusionner avec la Tête de l’Univers.  

La Nouvelle Ère est celle de la sixième race. Votre prédestination est de vous préparer à l’accueillir, à la vivre. La sixième race se construira autour de l’idée de Fraternité. Il n’y aura plus de conflits d’intérêts personnels ; la seule aspiration de chacun sera de se conformer à la Loi de l’Amour. La sixième race sera celle de l’Amour. Un nouveau continent sera formé pour elle. Il jaillira du Pacifique, pour que le Très Haut puisse enfin établir Sa demeure sur cette planète.  

Les fondateurs de cette nouvelle civilisation, je les appelle « Frères de l’Humanité » ou encore « Enfants de l’Amour ». Ils seront inébranlables dans le bien et ils représenteront un nouveau type d’hommes. Les hommes formeront une famille, comme un grand corps, et chaque peuple représentera un organe de ce corps. Dans la nouvelle race, l’Amour sera manifesté d’une manière tellement parfaite, que l’homme actuel ne peut encore qu’en avoir une idée très vague.  

La Terre reste un terrain propice aux luttes, mais les forces ténébreuses vont reculer et elle en sera libérée. Les humains, voyant qu’il ne reste plus d’autre chemin, s’engageront dans celui de la Nouvelle Vie, celui du salut. Dans leur orgueil insensé, quelques uns continueront jusqu’au bout à espérer continuer à mener sur la Terre une vie que l’Ordre Divin réprouve, mais chacun finira par comprendre que la direction du monde ne lui appartient pas.  

Une nouvelle culture verra le jour, qui reposera sur trois principes directeurs : l’élévation de la femme, l’élévation des humbles, des faibles, et la protection des droits de l’homme.  

La Lumière, le bien et la justice triompheront ; ce n’est qu’une question de temps. Les religions doivent être purifiées. Chacune renferme une particule de l’Enseignement des Maîtres de la Lumière, mais obscurcie par l’apport incessant des déviations humaines. Tous les croyants auront à s’unir et à se mettre d’accord sur un principe, celui de placer l’Amour comme base de toute croyance, quelle qu’elle soit. Amour et Fraternité, c’est cela la base commune !  

La Terre sera bientôt balayée par les ondes extraordinairement rapides de l’Électricité Cosmique. D’ici quelques décennies, les êtres mauvais et fourvoyés ne pourront supporter leur intensité. Ils seront alors absorbés par le Feu Cosmique qui consumera le mal qui les possède. Puis ils se repentiront, car il est écrit que « chaque chair glorifiera le Seigneur. »  

« La Terre sera bientôt balayée par les ondes extraordinairement rapides de l’Électricité Cosmique. »  

Notre mère, la Terre, se débarrassera des hommes qui n’accepteront pas la Nouvelle Vie. Elle les rejettera comme des fruits avariés. Ils ne pourront bientôt plus se réincarner sur cette planète ; les esprits criminels non plus. Seuls resteront ceux qui posséderont l’Amour en eux.  

Il n’est plus d’endroit sur la Terre qui ne soit souillé de sang humain ou animal ; il faut donc qu’elle subisse une purification. Et c’est pour cela que certains continents actuels seront immergés, alors que d’autres surgiront.  

Les hommes ne se doutent pas de quels dangers ils sont menacés. Ils continuent à poursuivre des objectifs futiles et à rechercher le plaisir. Ceux de la sixième race seront au contraire conscients de la dignité de leur rôle et respectueux de la liberté de chacun. Ils se nourriront exclusivement des produits du monde végétal. Leurs idées auront le pouvoir de circuler aussi librement que l’air et la lumière de nos jours.  

Les paroles « Si vous ne naissez de nouveau… » s’appliquent à la sixième race. Lisez le chapitre 60 d’Esaïe. Il se rapporte à la venue de la sixième race, la Race de l’Amour.  

Après les Tribulations, les hommes cesseront de pécher et retrouveront le chemin de la vertu. Le climat de notre planète sera partout modéré et les variations brutales n’existeront plus. L’air redeviendra pur, de même que les eaux. Les parasites disparaîtront. Les hommes se souviendront de leurs incarnations passées et ils éprouveront le plaisir de constater qu’ils sont enfin libérés de leur ancienne condition. 

De même que l’on débarrasse la vigne de ses parasites et de ses feuilles mortes, ainsi agissent les Êtres évolués pour préparer les hommes à servir le Dieu de l’Amour. Ils leur donnent de bonnes conditions pour croître et se développer et, à ceux qui veulent bien les entendre, ils disent : « Ne craignez rien ! Encore un peu de temps et tout va s’arranger ; vous êtes sur la bonne route. Que celui qui veut entrer dans la Nouvelle Culture étudie, travaille consciemment et se prépare. »  

Grâce à l’idée de Fraternité, la Terre deviendra un lieu béni, et cela ne tardera pas. Mais auparavant, de grandes souffrances seront envoyées pour réveiller les consciences. Les péchés accumulés durant des milliers d’années devront être rachetés. La vague ardente émanant d’En Haut contribuera à liquider le karma des peuples.  

telechargement-21 dans Nouvelle TERRELa libération ne peut être davantage remise. L’humanité doit se préparer pour les grandes épreuves inéluctables qui viennent et qui apporteront la fin de l’égoïsme.  

Sous la Terre, quelque chose d’extraordinaire se prépare. Une révolution grandiose et absolument inconcevable se manifestera bientôt dans la nature. Le Seigneur a décidé de redresser le monde, et Il va le faire !  

C’est la fin d’une époque ; un nouvel ordre va se substituer à l’ancien, un ordre dans lequel régnera l’Amour sur la Terre. »  

Peter Deunov – Propos sur l’Avenir – 1944  - Adaptation : Olivier de Rouvroy – Septembre 2003

 

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La beauté est une manifestation de Dieu

Posté par othoharmonie le 29 juillet 2013

La beauté est une manifestation de Dieu dans DIEU escargot

Interview de Jacqueline Kelen

J. K. : Grâce aux livres, j’ai très vite rencontré des personnages immenses comme Ulysse et Don Quichotte, des auteurs d’envergure tels Platon, Chrétien de Troyes, Dante ou Giordano Bruno. Je me suis dit : “Ma famille, ce sont les artistes et les philosophes, les grandes amoureuses, les personnages héroïques.” Ce sont eux mes contemporains. Mais cela a créé une coupure irréversible : je me sens souvent éloignée des gens de notre époque. Adolescente, en regardant les humains marcher dans la rue, je me faisais cette réflexion étrange : “Il y a peu d’êtres vivants”… Pour ma part, je vivais avec le Christ, mais aussi avec les chats, les fleurs, les rêves, les poètes. Je me suis très tôt sentie oiseau de passage, exilée en ce monde.

N. C. : Comment et quand est née votre attirance pour les mythes ?

J. K. : J’ai suivi une formation de lettres classiques qui m’a permis de rencontrer très tôt les mythes fondateurs de l’Occident. Mais le chemin s’est fait progressivement et l’étude des mythes s’est accompagnée de la lecture incessante et passionnée des mystiques – égyptiens, tibétains, chrétiens, soufis ou juifs,… Tous me nourrissaient et m’éblouissaient. Tous parlaient d’une même saveur de Dieu et convergeaient au sommet. J’étais attirée par cette pointe de la pyramide. Le langage des sages et des mystiques est universel dans sa diversité, contrairement au langage unique de la mondialisation qui réduit et appauvrit. À leur façon, les mythes sont inépuisables, éternellement jeunes, parce qu’ils sont reliés à la Source. Il en va ainsi de toute parole prophétique.

N. C. : Quels sont les premiers mythes que vous ayez rencontrés personnellement ?

J. K. : Je ne me destinais pas à l’écriture mais à l’enseignement. La vie en a décidé autrement. Deux sujets se sont imposés à moi, en songe : Salomé et Marie Madeleine. Je fus d’abord fascinée par les récits de David face à Goliath, de Judith et Holopherne ou encore de Salomé avec Jean Baptiste. Ce thème de la décapitation m’intriguait et me troublait, j’ai mis quelque temps avant de comprendre qu’il s’agissait d’un rituel d’initiation, avec passage du seuil, soumission du mental, coupure irréversible… En travaillant sur ce sujet, je me suis retrouvée en plein mythe du Graal ainsi que dans la littérature alchimique : la tête coupée, caput mortuum (ou tête de corbeau), désigne en effet l’Œuvre au noir, première phase de l’œuvre alchimique… Pour me libérer de ces images, pour les éclairer aussi, je me suis mise à écrire, bien que ce projet soit resté inachevé.

N. C. : Vous avez écrit une trentaine d’ouvrages, dont certains sont traduits jusqu’au Japon ou en Corée. La femme, son mystère et sa vocation reviennent toujours…

J. K. : Mon second rendez-vous personnel avec les mythes s’est fait à travers le personnage de Marie Madeleine. Élevée dans la religion catholique, on me l’avait présentée comme une prostituée et une pécheresse repentie. Or, les poètes et les peintres la montraient comme une reine… Je ne comprenais pas où avait eu lieu la scission et j’ai cherché du côté des Évangiles apocryphes, très difficiles à trouver à l’époque, car interdits par l’Église de Rome. Dans ces lectures, j’ai rencontré une femme de lumière, éveilleuse, une femme qui avait part à la Connaissance spirituelle.

Dans les Évangiles officiels, Marie de Magdala garde le silence, mais dans les Évangiles secrets, elle transmet une parole prophétique, c’est-à-dire impérissable, toujours verdoyante, une parole qui fait danser les montagnes… Alors jeune éditeur, Marc de Smedt a eu un véritable coup de cœur pour mon manuscrit et l’a publié en 1982. Je lui en garde une immense gratitude. Marie Madeleine a le rôle difficile, sans cesse contesté, d’éveiller le cœur de l’homme et c’est, pour moi, la nature profonde de la femme. Inlassablement, celle-ci doit parler et témoigner dans sa chair de l’amour. De cet amour qui se rit du temps et de la dégradation, qui est connaissance et ouverture à l’infini.

N. C. : L’amour, celui qui “élargit l’espace de notre tente”, pour paraphraser Isaïe, est votre grand thème…

J. K. : C’est la question essentielle et la source de toutes choses !… Aujourd’hui, trop de femmes ne cherchent plus l’amour mais un homme dans leur vie. Aimer fait peur, c’est une expérience qui envahit tout l’être, le bouleverse, le déborde et le dépouille. Comme le disait Thérèse d’Avila : “L’amour est dur et inflexible comme l’enfer”… Ainsi, Marie Madeleine croit absolument et aime absolument. Il n’y a pas ici de demi-mesure. Elle aime Jésus jusqu’au bout, même lorsqu’il est bafoué, trahi, agonisant et défiguré sur la croix. Elle est fidèle à cet amour,

N. C. : Quels sont les premiers mythes que vous ayez rencontrés personnellement ?

J. K. : Je ne me destinais pas à l’écriture mais à l’enseignement. La vie en a décidé autrement. Deux sujets se sont imposés à moi, en songe : Salomé et Marie Madeleine. Je fus d’abord fascinée par les récits de David face à Goliath, de Judith et Holopherne ou encore de Salomé avec Jean Baptiste. Ce thème de la décapitation m’intriguait et me troublait, j’ai mis quelque temps avant de comprendre qu’il s’agissait d’un rituel d’initiation, avec passage du seuil, soumission du mental, coupure irréversible… En travaillant sur ce sujet, je me suis retrouvée en plein mythe du Graal ainsi que dans la littérature alchimique : la tête coupée, caput mortuum (ou tête de corbeau), désigne en effet l’Œuvre au noir, première phase de l’œuvre alchimique… Pour me libérer de ces images, pour les éclairer aussi, je me suis mise à écrire, bien que ce projet soit resté inachevé.

N. C. : Vous avez écrit une trentaine d’ouvrages, dont certains sont traduits jusqu’au Japon ou en Corée. La femme, son mystère et sa vocation reviennent toujours…

J. K. : Mon second rendez-vous personnel avec les mythes s’est fait à travers le personnage de Marie Madeleine. Élevée dans la religion catholique, on me l’avait présentée comme une prostituée et une pécheresse repentie. Or, les poètes et les peintres la montraient comme une reine… Je ne comprenais pas où avait eu lieu la scission et j’ai cherché du côté des Évangiles apocryphes, très difficiles à trouver à l’époque, car interdits par l’Église de Rome. Dans ces lectures, j’ai rencontré une femme de lumière, éveilleuse, une femme qui avait part à la Connaissance spirituelle.

Dans les Évangiles officiels, Marie de Magdala garde le silence, mais dans les Évangiles secrets, elle transmet une parole prophétique, c’est-à-dire impérissable, toujours verdoyante, une parole qui fait danser les montagnes… Alors jeune éditeur, Marc de Smedt a eu un véritable coup de cœur pour mon manuscrit et l’a publié en 1982. Je lui en garde une immense gratitude. Marie Madeleine a le rôle difficile, sans cesse contesté, d’éveiller le cœur de l’homme et c’est, pour moi, la nature profonde de la femme. Inlassablement, celle-ci doit parler et témoigner dans sa chair de l’amour. De cet amour qui se rit du temps et de la dégradation, qui est connaissance et ouverture à l’infini.

N. C. : L’amour, celui qui “élargit l’espace de notre tente”, pour paraphraser Isaïe, est votre grand thème…

J. K. : C’est la question essentielle et la source de toutes choses !… Aujourd’hui, trop de femmes ne cherchent plus l’amour mais un homme dans leur vie. Aimer fait peur, c’est une expérience qui envahit tout l’être, le bouleverse, le déborde et le dépouille. Comme le disait Thérèse d’Avila : “L’amour est dur et inflexible comme l’enfer”… Ainsi, Marie Madeleine croit absolument et aime absolument. Il n’y a pas ici de demi-mesure. Elle aime Jésus jusqu’au bout, même lorsqu’il est bafoué, trahi, agonisant et défiguré sur la croix. Elle est fidèle à cet amour, follement fidèle. Comme elle, j’ai le sens de l’amour total, donné une fois pour toutes. Si l’amour vient du cœur, s’il est mieux qu’un sentiment, un engouement et un désir physique, il dure par-delà le conflit, la séparation, le trépas. Aimer est une grâce et une gravité.

Mais prendre le risque de l’amour, ce “beau risque”, comme le disait Socrate à propos du mythe, agrée aux cœurs libres.

Une femme, tout particulièrement, devrait inviter à cette aventure chevaleresque et à cette passion qu’est l’amour. Quand on considère le code de le Fin’Amor (“parfait amour”) des xiie siècle, quand on lit les poèmes et les romans courtois du XIIe et XIIIe siècles ainsi que les récits mystique des Fidèles d’Amour persans, c’est toujours la Dame – une femme “sage et belle”, autant dire éveillée – qui inspire et oriente chevaliers et troubadours dans leur quête.

La Dame est la manifestation d’un amour infini, céleste, elle en est aussi la médiatrice.

Toute femme devrait être consciente de ce rôle souverain. De nos jours, on a tendance à oublier que l’amour humain est d’abord une union mystique des âmes et des esprits.
Ensuite seulement, et comme de surcroît, l’union des corps peut s’accomplir, tels un cantique et une prière. En s’affairant uniquement dans le sexuel, notre époque a tout inversé et tout saccagé ! Selon le Fin’ Amor, né en pays d’Oc, les amants courtois vivent le « long désir », une approche infinie où jouent les affinités du cœur et des rêves : ils ont tout le temps puisque l’amour est éternel ! Dans cet art d’aimer – qui n’est pas révolu – il y a toujours trois présences : l’homme, la femme et le mystère de l’amour. Il y va de notre honneur de nous rendre digne de ce mystère, de nous affiner, de nous élever jusqu’à lui. Pour ma part, je vais au combat sans relâche pour sauver la beauté et le mystère de l’amour. C’est ma tâche de “guerrière spirituelle” qui consiste à répondre de l’Amour en un monde qui le profane et le crucifie…

 

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L’Instinct Spirituel

Posté par othoharmonie le 2 mai 2013

 

L’instinct spirituel
par Paula Raines
(Traduction par Jérôme Fleury)

L'Instinct Spirituel dans Chemin spirituel 39

Comment se fait-il que personne n’ait jamais remis en cause l’hypothèse selon laquelle il y aurait seulement trois instincts ? Certes l’enseignement de Gurdjieff n’en mentionne que trois, mais il peut avoir oublié une possibilité ou gardé une part de son savoir secrète. Il est aussi possible que la conscience évolue, comme l’ont écrit beaucoup d’autres éminents théoriciens avant et après lui (Jung, Sri Aurobindo, Teilhard de Chardin, Yantri). Il y a indubitablement des impératifs biologiques de conservation, de reproduction sexuelle et de préservation des espèces, et de communauté ou de vie sociale. Mais nous autres êtres humains pouvons avoir davantage en nous sur le plan instinctif que les autres créatures qui partagent avec nous ces trois impératifs biologiques.

Les êtres humains ont besoin de créer du sens. Leur conscience est, à notre connaissance, la seule qui évalue l’environnement au travers de systèmes de valeurs, qui a des capacités créatives et qui recherche un but à l’existence. Les êtres humains sont aussi uniques dans leur recherche d’une expérience et/ou d’une compréhension du Divin. L’existence de ces tendances propres à l’être humain n’est pas suffisante en soi pour postuler l’existence d’un quatrième instinct, d’autant plus que jusqu’à récemment, il n’y avait pas de preuve qu’il y ait un impératif biologique dédié à ce phénomène. Ces interrogations liées à la « preuve » de la fondation biologique d’un autre instinct ont été levées en 1997.

En étudiant les ondes cérébrales dans une forme particulière d’épilepsie, les chercheurs de l’Université de Californie à San Diego ont trouvé en 1997 une zone du lobe temporal du cerveau qu’ils nommèrent le « Point de Dieu » ou le « Module Divin ». Les examens effectués par tomographie d’émission de positrons (PET-scan) sur des patients atteints de cette forme d’épilepsie montrent des activités religieuses et mystiques intenses pendant les crises. Entre les crises, la vie de ces épileptiques est remplie de préoccupations mystiques et spirituelles. Chose intéressante, la relation entre expérience mystique et épilepsie a été reconnue historiquement par les cultures primitives ou indigènes : souvent, leurs chamans étaient appelés à cette « profession » suite à des crises d’épilepsie, dont ils revenaient avec des connaissances ou des intuitions mystiques ou spirituelles.

Le « Module Divin » existe chez chaque être humain et pas seulement chez les épileptiques. Il est activé quand on pose à une personne des questions relatives aux valeurs, à la signification et au but de l’existence, ou quand on lui demande de discuter de sujets à connotation spirituelle. Personne ne sait quand, comment et pourquoi cette partie du cerveau est apparue. Comme le dit l’équipe qui a découvert le « Module Divin », « la raison du développement d’un tel mécanisme neuronal consacré à la religion n’est pas très claire ». De manière intéressante, cette partie du cerveau, quand elle est activée, semble influencer le fonctionnement de l’ensemble du cerveau en facilitant la connexion entre les hémisphères, de sorte à aboutir à ce que les chercheurs pensent être un usage plus holistique des capacités mentales.

Ces recherches ont été inspirées par les épileptiques à tendance mystique qui, depuis cette découverte, ne sont qu’un exemple extrême de l’existence d’un impératif biologique inhérent à chacun d’entre nous au même titre que les trois autres instincts. Dans cet article, j’invite les lecteurs à débattre si la tradition peut être remise en cause et s’il est possible que la communauté de l’Ennéagramme adopte un quatrième instinct, l’instinct spirituel.

La description qui suit de l’instinct spirituel est issue de mon expérience personnelle de pratique clinique de Psychologue Transpersonnelle, ainsi que de recherches et de lectures dans les domaines de la Psychologie Transpersonnelle, de l’anthropologie et de l’étude comparée des religions. Cette description initiale est intentionnellement limitée et est proposée comme un point de départ pour des débats et des développements futurs.

L’instinctif spirituel

Les personnes privilégiant cet instinct rapportent fréquemment que même dans leur enfance, ils avaient le sentiment de l’existence de différentes formes de conscience et de différents niveaux de réalité ainsi qu’un désir ardent du divin. Cette aspiration peut se manifester de nombreuses manières tout au long de la vie de ces personnes. Pour certaines, c’est un appel au service religieux, pour d’autres, une quête spirituelle tout au long de la vie. Elles racontent des expériences comparables vécues durant leur enfance : une connexion profonde avec la Nature et le Monde Naturel et, souvent, un « compagnon imaginaire ». Quand elles grandissent, ce « compagnon » disparaît généralement pour être remplacé par la quête et la réalisation d’expériences mystiques (définies comme la recherche de profonds insights, de profondes significations, d’euphorie ou d’extase, d’un sentiment irrésistible de bien-être et/ou d’une expérience de l’unité de toutes choses). Pratiquement toutes ces personnes ont des capacités considérées comme paranormales ou psychiques et vivent essentiellement dans deux mondes. Pratiquement toutes ont eu au moins une profonde expérience de réalité non-ordinaire. Cette expérience peut prendre de nombreuses formes, parmi lesquelles un sentiment profond de conscience unitaire, une prise de conscience du temps ou du Soi transcendant, le contact avec d’autres formes de vie, une expérience proche de la mort (NDE), le contact avec un être lumineux, etc. Beaucoup de ces personnes considèrent qu’elles se sentent plus conscientes et vivantes quand elles peuvent parler ou s’orienter vers le monde des rêves, des archétypes et des synchronicités que dans le monde de la « réalité ordinaire ».

Les priorités de cet instinct incluent tout ce qu’il ressent comme pouvant faire avancer le chemin spirituel et peut inclure la méditation, l’étude comparée des religions, la métaphysique, la pratique du yoga ou de divers arts martiaux et la recherche de formations ou d’expériences chamaniques. Les personnes privilégiant cet instinct sont fréquemment attirées par les drogues ou par des méthodes alternatives d’altération de la conscience qu’elles expérimentent en tant que moyens d’approcher le Divin. Si cet instinct est regardé du point de vue de la hiérarchie des besoins de Maslow, ces gens ont naturellement - et instinctivement - le désir d’auto-réalisation et même au-delà. Maslow faisait référence à ces personnes qui allaient au-delà de l’auto-réalisation en les décrivant comme des « Transcendants » pour qui les expériences culminantes sont les aspects les plus importants et les plus précieux de leurs vies. Maslow disait que ces personnes « parlent aisément, normalement, naturellement et inconsciemment le langage de l’Etre, le langage des poètes, des mystiques, des prophètes, des hommes profondément religieux, des hommes qui vivent au niveau des idées platoniciennes… sous l’aspect de l’éternité ». Cet instinct est manifeste lorsque les priorités fondamentales consistent à placer le chemin ou la quête spirituelle au-dessus du confort physique, de la sécurité, des relations ou de l’interaction sociale.

Quand ceci fonctionne bien, une personne privilégiant cet instinct peut sembler être l’archétype d’une personne bien intégrée dont la vie est remplie de buts, de significations et guidée par des valeurs claires et par l’intégrité. Ces personnes sont fréquemment considérées par les autres comme ayant une compassion extraordinaire, comme incarnant des idéaux plus élevés et pouvant même inspirer un profond respect. Dans leurs relations, elles recherchent un partenariat spirituel qui implique à la fois de la profondeur et de l’intimité combinées avec une recherche partagée de sens. Maslow disait des personnes qu’il appelait les « Transcendants » :« Ils semblent d’une certaine manière se reconnaître mutuellement et en venir instantanément à une intimité et une compréhension mutuelles, même dès leur première rencontre. Ils peuvent ainsi communiquer non seulement de toutes les manières verbales mais aussi par les manières non-verbales. »

Quand les personnes privilégiant cet instinct se désintègrent, l’instinct peut se détériorer de telle sorte qu’elles deviennent de moins en moins attachées à la réalité consensuelle et plus enclins à des croyances bizarres et distordues ; elles ont des difficultés de plus en plus grandes avec les besoins de la vie quotidienne ou elles les ignorent. Quand il est dysfonctionnel, cet instinct peut se raccrocher à des croyances religieuses très personnelles ou peut adopter radicalement la doctrine fondamentale d’une orientation religieuse et devenir intolérant ou destructif envers ceux qui ne partagent ou ne pratiquent pas ces croyances. L’instinct spirituel dysfonctionnel peut devenir tellement faussé dans son mode de pensée qu’il rend incapable de s’adapter à la société de tous les jours ; il peut aussi devenir dangereux pour les autres en croyant à l’existence de manifestations d’un Esprit Diabolique dans le monde et en l’identifiant à un « ennemi » qui peut être quiconque pensant différemment de ce qu’il considère comme approprié.

Dans leur atelier de discussion sur les trois sous-types « reconnus », Riso et Hudson décrivent comment chaque instinct se relie à l’énergie. Ils décrivent l’instinct de conservation comme retenant l’énergie à l’intérieur. L’instinct social dirige l’énergie vers l’extérieur, le groupe ou l’autre. L’énergie de l’instinct sexuel est centrée sur la charge générée par l’interaction entre les personnes. L’énergie de l’instinct spirituel est concentrée sur des réalités alternatives et sur l’expérience du Transcendant ou du Divin.

Voici quelques exemples de personnes qui semblent incarner la description des aspects positifs de ce sous-type, avec leur second sous-type : Rumi (sous-type spirituel, second sous-type sexuel), Kabir (sous-type spirituel, seconde sous-type sexuel), Rilke (sous-type spirituel, second sous-type sexuel), Bouddha (sous-type spirituel, second sous-type conservation… raison pour laquelle il prêcha le non-attachement au monde matériel pour soulager la souffrance), Mahomet (sous-type spirituel, second sous-type non déterminé), Gandhi (sous-type spirituel, second sous-type social), Mère Térésa (sous-type spirituel, second sous-type social).

Il y a bien plus de choses que je souhaiterais dire pour mieux définir l’Instinctif Spirituel, mais à la place je voudrais renvoyer le lecteur à une description plus complète dans le dernier livre de Maslow, The Farther Reaches of Human Nature. Finalement, je souhaiterais aussi remercier et exprimer ma reconnaissance à Terry Del Percio, un ami et collègue d’Action for Results (une société de formation et de conseil dont la devise est « Stratégie et Esprit sur le lieu de Travail) pour l’enquête initiale à l’origine de cet article. Merci aussi à mon amie Carol Whipple pour sa suggestion que j’enquête sur l’étude actuellement en cours sur le cerveau de nonnes pour voir s’il y a un lien avec les recherches sur le « Module Divin »… Un futur projet.

Je conclus par un poème de Rumi qui décrit fortement l’expérience qui conduit et motive le côté sain de cet instinct :

Je ne suis pas Chrétien, je ne suis Juif, je ne suis pas Zoroastrien,
Je ne suis pas même Musulman.
Je n’appartiens pas à la terre, ni à aucune mer connue ou inconnue.
La Nature ne peut pas me posséder, ni me réclamer, pas plus que ne le peut le paradis,
Ni l’Inde, la Chine ou la Bulgarie,
Je ne suis né en aucun lieu,
Mon signe est de n’avoir ni de donner aucun signe.
Tu dis que tu vois ma bouche, mes oreilles, mon nez - ce ne sont pas les miens.
Je suis la vie de la vie.
Je suis ce chat, je suis cette pierre, je ne suis personne.
J’ai jeté au loin la dualité comme un vieux torchon.
Je vois et je connais tous les temps et tous les mondes
Comme ne faisant qu’un, ne faisant qu’un depuis toujours.
Alors qu’ai-je à faire pour te faire admettre qui parle ?
Admets-le et change tout !
Ceci est ta propre voix faisant écho sur les murs de Dieu.

 

 

Venez me rejoindre sur le forumhttp://devantsoi.forumgratuit.org/

 

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Paula Raines est à la fois licenciée en Droit et docteur en Psychologie Transpersonnelle. Elle conserve une petite pratique transpersonnelle et dirige des groupe de rêves en plus de son « travail quotidien » de consultante et formatrice. Elle enseigne l’Ennéagramme depuis 1987 et est la fondatrice du Centre de Formation à l’Ennéagramme à Lexington, Kentucky. Paula peut être jointe par courrier électronique à : plaraines@aol.com.

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Au-delà de notre mental

Posté par othoharmonie le 1 mars 2013

[Eckhart Tolle - Extraits de son livre "QUIÉTUDE" Ed Ariane]

La condition humaine, c’est d’être immergé dans la pensée. La plupart des gens restent toute leur vie prisonniers des limites de leurs pensées. Ils ne dépassent jamais un sentiment de soi personnalisé, construit par le mental et conditionné par le passé.

Tout comme en chaque être humain, votre conscience comporte une dimension beaucoup plus profonde que la pensée. C’est votre essence même. On peut l’appeler présence, attention, conscience inconditionnée. Dans les enseignements anciens, c’est le Christ intérieur, votre nature de Bouddha.

Au-delà de notre mental dans APPRENDS-MOI image-73-300x198Découvrir cette dimension vous libère, ainsi que le monde, de la souffrance que vous vous infligez, de même qu’aux autres, lorsque le « petit moi » définit tout votre bagage et mène votre vie.

Chaque fois que vous êtes plongé dans la pensée compulsive, vous évitez ce qui est.

Vous ne voulez pas être là où vous êtes. Ici. Maintenant.

Le domaine de la conscience est trop vaste pour être saisi par la pensée. Lorsque vous ne croyez plus tout ce que vous pensez, vous sortez de la pensée pour voir clairement que le penseur n’est pas votre être essentiel.

Les dogmes – religieux, politiques, scientifiques – naissent de la croyance erronée selon laquelle la pensée peut englober la réalité ou la vérité. Ils sont des prisons conceptuelles collectives. Le plus curieux, c’est que les gens adorent leur cellule, car elle leur donne un sentiment de sécurité et la fausse impression de savoir.

Rien n’a infligé à l’humanité plus de souffrance que ses dogmes. Tout dogme finit tôt ou tard par s’effondrer, oui, car la réalité finit par révéler sa fausseté ; mais si l’on n’en voit pas l’illusion fondamentale, il sera remplacé par d’autres. Quelle est cette illusion fondamentale? L’identification à la pensée.

S’éveiller sur le plan spirituel, c’est s’éveiller du rêve de la pensée.

Comme le mental dépend de l’insuffisance, il est toujours avide d’avoir davantage. En vous identifiant au mental, vous tombez très facilement dans l’ennui et l’agitation. L’ennui signifie que le mental a faim de stimuli, de stimulations intellectuelles, et que son appétit  n’est pas satisfait.

Lorsque vous vous ennuyez, vous pouvez satisfaire la faim du mental en ouvrant un magazine, en faisant un appel téléphonique, en allumant votre téléviseur, en naviguant sur le Web, en vous rendant dans une boutique ou – ce qui n’est pas rare – en transférant sur le corps cette impression mentale de manque et ce besoin d’avoir plus, que vous comblez brièvement par l’ingestion d’aliments.

Vous pouvez rester dans l’ennui et l’impatience, tout en observant ce sentiment d’ennui et d’impatience. Lorsque vous portez votre conscience sur ce sentiment, il s’entoure soudainement d’espace et de calme, pour ainsi dire. D’abord un peu, puis, à mesure que grandit ce sentiment d’espace intérieur, l’ennui diminue en importance et en intensité. Ainsi, même l’ennui peut vous enseigner qui vous êtes et qui vous n’êtes pas.

Vous découvrez que cette « personne qui s’ennuie » n’est pas votre nature essentielle. L’ennui n’est qu’un mouvement d’énergie conditionné qui vous habite. Vous n’êtes pas non plus cette personne en colère, triste ou craintive. L’ennui, la colère, la tristesse ou la peur ne sont pas « à vous » ; ils n’ont rien de personnel. Ce sont des états d’esprit. Ils vont et viennent.

Rien de ce qui va et vient n’est vous.

 » Je m’ennuie.  » Qui sait cela?

 » Je suis en colère, je suis triste, j’ai peur.  » Qui sait cela?

Vous êtes le fait de connaître et non l’état connu.

Tout préjugé implique l’identification au mental. Il signifie que vous ne voyez plus l’autre humain, mais seulement l’idée que vous en avez. Ramener à un concept la vitalité d’un autre humain constitue déjà une forme de violence.

Si elle n’est pas enracinée dans la conscience, la pensée devient égoïste et dysfonctionnelle. L’ingéniosité dépourvue de sagesse est extrêmement dangereuse et destructrice. C’est l’état actuel de la majeure partie de l’humanité. L’amplification de la pensée par la science et la technologie, ni bonne ni mauvaise en soi, est elle aussi devenue destructrice, car, souvent, la pensée initiale n’est pas enracinée dans la conscience.

La prochaine étape de l’évolution humaine consistera à transcender la pensée. C’est notre tâche urgente. Cela ne veut pas dire cesser de penser, mais tout simplement ne pas être identifié à la pensée, ni possédé par elle.

Sentez l’énergie de votre corps intérieur. Le bruit du mental ralentit alors ou cesse immédiatement. Sentez-la dans vos mains, vos pieds, votre abdomen, votre poitrine. Sentez la vie que vous êtes, la vie qui anime ce corps.

Ce corps devient alors une ouverture, en quelque sorte : il donne accès à un sentiment plus profond de vitalité, sous les émotions fluctuantes et l’activité mentale.

Il y a en vous une vitalité que vous pouvez sentir de tout votre Être et non uniquement dans la tête. Chaque cellule vit dans cette présence qui vous dispense de penser. Cet état n’exclut pas la pensée si elle est nécessaire à des fins pratiques. Le mental fonctionne encore, et d’une façon magnifique, quand l’intelligence supérieure que vous êtes l’utilise et s’exprime par lui.

  DISPONIBLE ICI - Cliquer l'imageDISPONIBLE ICI – Cliquer l’image

 

Vous ne l’avez peut-être pas remarqué, mais de brèves périodes de « conscience sans pensée » se produisent déjà d’une manière naturelle et spontanée dans votre vie. En vous livrant à une activité manuelle, en traversant une pièce, en attendant au comptoir de la ligne aérienne, vous pouvez être si complètement présent que les parasites mentaux habituels se calment pour laisser place à une présence consciente. Vous pouvez aussi regarder le ciel ou écouter quelqu’un sans faire de commentaire mental intérieur. Vos perceptions deviennent claires comme du cristal, limpides et dépourvues de pensée.

Pour le mental, cela ne compte pas, car il a d’autres chats à fouetter. De plus, comme ce ne sont pas des moments mémorables, vous ne les avez pas remarqués. En réalité, c’est ce qui vous arrive de plus important. C’est le début du passage de la pensée à la présence consciente.

Acclimatez-vous avec aisance à l’état de « non-savoir ». Il vous permet de dépasser le mental, qui essaie toujours de conclure et d’interpréter, craignant de ne pas savoir. Ainsi, lorsque vous êtes à l’aise dans le non-savoir, vous dépassez déjà le mental. De cet état surgit alors une certitude plus profonde, non conceptuelle.

La création artistique, le sport, la danse, l’enseignement, l’aide aux personnes: la maîtrise de n’importe quel champ d’activité implique que le mental n’est plus engagé ou, du moins, qu’il occupe une place secondaire. Il devient une force et une intelligence plus grandes que vous, et pourtant essentiellement unies à vous. Il n’y a plus de processus décisionnel ; la bonne action s’exerce spontanément, sans que « vous » en soyez l’acteur.

La maîtrise de la vie est le contraire du contrôle.

Vous vous alignez sur la conscience supérieure, qui agit, parle, effectue le travail.

Un instant de danger peut susciter une cessation temporaire du flux de la pensée et, ainsi, vous donner un aperçu de ce que veulent dire la présence, l’éveil, ou la conscience.

La Vérité dépasse largement ce que le mental peut comprendre. Nulle pensée n’englobe la Vérité. Au mieux, elle peut l’indiquer. Par exemple, celle-ci: « Toutes choses sont intrinsèquement Une. » C’est là une indication, non une explication. Comprendre ces paroles, c’est sentir au fond de vous la vérité qu’elles indiquent.

Eckhart Tolle

[Extraits de son livre "QUIÉTUDE" Ed Ariane]

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Traditions en Bourgogne

Posté par othoharmonie le 25 février 2013

Berthe de Bourgogne
(née vers 964, morte en 1031)

(Épouse Robert II en 996)

 Traditions en Bourgogne dans Traditions en Bourgogne telechargement1

Fille de Conrad, roi de Bourgogne, et de Mathilde, fille de Louis IV d’Outremer, Berthe de Bourgogne était issue de grandes familles. Lorsque Robert II l’épousa après la mort de Hugues Capet (996), Robert II avait vingt-six ans ; depuis plusieurs années il portait le titre de roi, car Hugues avait pris la sage précaution de l’associer au trône afin que son droit ne fût pas contesté ; déjà les peuples l’aimaient. « Il semblait, dit Helgaud, fait pour porter la couronne ; nul n’avait plus d’habileté à manier les armes, on le voyait se tenir debout sur l’étrier sans perdre jamais l’équilibre et sans plier le genou ». Robert avait d’autres titres à l’amour de ses sujets ; son esprit, éloigné de toute dissimulation, son cœur, rempli d’une douce indulgence, la vivacité de sa foi, la ferveur de sa piété firent chérir sa personne, et affermirent l’autorité de la dynastie capétienne ; ces vertus douces s’alliaient à l’amour de l’étude qui en fit un des hommes les plus savants de son temps.

Berthe était la veuve de Eudes, comte de Blois. Mathilde, mère de cette princesse, était fille de Louis d’Outremer et de Gerberge de Saxe, et se trouvait cousine de Robert au deuxième degré ; plus malheureusement encore, Robert avait tenu, sur les fonts de baptême, un des enfants du premier lit de Berthe ; ce double empêchement n’avait point arrêté le mariage : la liaison de Berthe et Robert était ancienne, ayant pris corps du vivant de Hugues Capet ; Robert aimait Berthe, dont l’humeur était douce et la beauté remarquable.

Pour rendre régulier un mariage que prohibaient les canons, on convoqua un synode qui fournit une dispense, et Archambaud de Sully, archevêque de Tours, les maria. Mais à peine les époux avaient-ils goûté le bonheur d’être ensemble que le pape Grégoire V appelé au trône quelque temps plus tôt réunit en 996 un synode à Pavie, où il fut décrété : « Le roi Robert, qui, malgré l’interdiction apostolique, a épousé sa parente, doit se rendre auprès de Nous pour Nous donner satisfaction, de même que les évêques qui ont autorisé ces noces incestueuses ; s’ils refusent de venir, qu’ils soient privés de la communion ». Le roi essaya inutilement de négocier, envoyant à Rome un ambassadeur réputé pour son habileté : « Nous avons certaines affaires en litiges avec le Saint-Siège, dit-il ; assurez Grégoire V que je lui donnerai satisfaction sur tous les points s’il me laisse ma femme ». Le pape refusa le compromis et ordonna, une fois encore, à Robert de quitter Berthe.

laurens_excomunication_1875_orsay dans Traditions en Bourgogne

Robert II le Pieux et Berthe de Bourgogne
après l’excommunication du souverain en 998
Peinture de Jean-Paul Laurens (XIXe siècle)

 

L’ambassadeur revint à la cour de France, où le roi accueillit son message avec une grande colère : « Jamais je ne me séparerai de ma femme, dit-il. Elle m’est plus chère que tout au monde ! Je veux que l’univers entier le sache ! » Quelques mois passèrent, et le pape, en voyant l’obstination de Robert, convoqua à Rome en 998 un concile général qui rendit les graves sentences suivantes. Canon I : « Le roi Robert quittera Berthe, sa parente, qu’il a épousée contre les lois. Il fera une pénitence de sept années, selon la discipline de l’Église. S’il refuse, qu’il soit anathème. La même sentence est rendue contre Berthe ». Canon II : « Archambaud, archevêque de Tours, qui a consacré cette union, et tous les évêques qui ont assisté à ce mariage incestueux sont suspendus de la sainte communion jusqu’à ce qu’il soient venus à Rome pour y donner satisfaction ».

L’arrêt du concile l’avait frappé d’excommunication, lui et sa femme, les rejetant ainsi de l’Église s’ils refusaient de se soumettre ; l’anathème, qui était la plus forte peine que le pape pût prononcer, condamnait vivant à la damnation éternelle. Profondément pieux, Robert pourtant ne céda point et garda son épouse qu’il préférait au salut de son âme. En voyant qu’il persistait, le pape fit plus : il lança un interdit sur toutes les terres du domaine du roi et mit sa menace à exécution, condamnant le souverain à sept ans de pénitence. Après la cérémonie d’excommunication, Robert et Berthe, glacés d’épouvante, s’enfermèrent dans leur palais.

C’était la première fois qu’un tel arrêt frappait des populations entières : plus de chants sacrés, plus d’offices saints, plus de sacrements. On administrait seulement la pénitence aux malades et le baptême aux enfants en danger de mort ; on ne célébrait plus les saints mystères, les églises étaient fermées, les images des saints voilées ; la cloche n’annonçait plus l’approche d’une fête, le mariage d’un ami, ni l’agonie d’un frère ; une consternation muette frappa tous les cœurs ; on supplia le roi de céder. Robert, en proie à une douleur amère, regardait tantôt son épouse aimée, tantôt son peuple en souffrance ; il voyait les seigneurs et les habitants de la cité fuir sa présence naguère tant chérie ; son palais était devenu désert. Ce jardin, si souvent rempli de la foule des pauvres que la libéralité du bon roi entretenait, était silencieux ; les pauvres mêmes redoutaient de goûter aux restes d’un excommunié ; ces restes étaient jetés comme souillés, et les vases qui les avaient contenus devaient être purifiés par le feu ; de toute la maison du roi, il n’était resté que deux serviteurs qui préparaient ces tristes aliments ; Berthe et Robert mangeaient le pain de la douleur dans l’amertume et dans les larmes.

Cependant Berthe allait devenir mère, le roi se flattait que la naissance d’un héritier de son sceptre désarmerait la sévérité du pontife et ferait ratifier son union ; mais l’inquiétude et le chagrin avaient tari, dans le sein de la mère, les sources de la vie de l’enfant ; Berthe mit au monde un enfant mort, et le bruit, dont Abbon se fait l’écho dans ses chroniques, se répandit parmi la multitude crédule que la reine était accouchée d’un monstre qui avait les pattes et le cou d’une oie.

Plus de bornes alors au désespoir des Parisiens, la clameur publique s’élève contre le couple royal ; la douleur des fidèles ne pouvait plus croître ; Robert céda enfin, laissant partir en 1001 la reine qui commençait à dépérir. Le jour des adieux, dès que Berthe eût franchi le seuil du palais et qu’elle fût hors de l’enceinte des murs de la cité, un cri de joie signala son départ ; les cloches en branle se firent entendre, la foule remplit les églises et de là se porta sous les fenêtres du roi pour le remercier.

Si quelque chose put le consoler de son sacrifice, ce fut le bonheur qu’il vit renaître autour de lui ; mais s’il répudia Berthe, fournissant pour prétexte qu’elle ne lui avait pas donné d’enfant, il ne souffrit pas que l’honneur de celle qu’il avait appelée son épouse pût être terni ; il voulut qu’elle conservât le titre de reine et qu’elle fût entourée des mêmes respects que si elle était restée sur le trône. Berthe continua ainsi à voir son ancien époux, partageant secrètement sa couche chaque nuit. En 1008, après l’assassinat du favori du roi, elle effectua même avec Robert II un voyage à Rome où ils tentèrent d’obtenir du pape Sylvestre II l’annulation du mariage du roi avec Constance d’Arles qu’il avait épousée en 1003. Mais le souverain pontife refusa. Berthe mourut en 1031, peut-être au château de Melun. Robert, inconsolable, ne lui survécut que quelques mois.

Berthe n’eut aucun enfant avec Robert II.

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Rite d’Offrandes

Posté par othoharmonie le 16 février 2013


Rite d'Offrandes dans PENSEE MAGIQUE - LEITMOTIV et RITUELS offrande

Plusieurs wiccas observent un rite traditionnel en faisant tous les jours une modeste offrande à la Déesse et au Dieu. Ce rite se déroule d’habitude devant les images des déités, mais il peut aussi être exécuté n’importe où, y compris en plein air. 

Les offrandes régulières à la Déesse et au Dieu contribuent à renforcer notre engagement envers eux et envers notre religion ; aussi avons-nous toutes les raisons de faire des oblations périodiques. Dans ce genre de rites, le bol servant à l’oblation (si la célébration à lieu à l’intérieur) tient lieu d’accessoire principal. Bien qu’il puisse être fait de n’importe quel matériau naturel, il est préférable d’utiliser un bol en argile, en bois, en céramique ou en argent. 

Quelles offrandes faut-il choisir, de préférence ?

De façon générale, la nourriture sous toutes ses formes (excepté la viande) ainsi que de petits objets précieux. Il arrive même que des bijoux et des articles de grande valeur soient présentés en offrande et enfouis dans la terre. Si vous n’avez rien d’autre et que vous manquiez de nourriture, vous pouvez offrir de l’eau pure (non seulement indispensable à la vie humaine, mais également saturée d’énergie de la Déesse). On peut également brûler de l’encens en guise d’offrande, mais il convient alors d’offrir un encens spécial que vous n’avez pas l’habitude d’utiliser. (Je souhaiterais ne pas avoir à le mentionner, mais juste au cas où certains d’entre vous auraient manqué une leçon importante : jamais nous ne sacrifions d’êtres vivants aux déités). 

Les offrandes doivent être faites sciemment, dans un esprit de gratitude, avec application et concentration. Les oblations accomplies pour la forme produiront peu d’effet. Dans certains cultes anciens, les fidèles croyaient indispensables de faire de telles offrandes pour se maintenir en vie. Il se peut que vous décidiez de faire une offrande quotidienne, hebdomadaire ou mensuelle, ou une fois toutes les trois semaines au moment de la pleine lune. (les oblations régulières sont préférables aux offrandes sporadiques. L’heure de la journée importe peu, même si la plupart préfèrent la soirée. Encore une fois, je vous invite à découvrir la formule qui vous convient le mieux. 

Bien sûr, nous pouvons aussi faire une offrande de remerciement, au moment de notre choix, pour une prière exaucée. 
Faites appel à votre intuition et n’hésitez pas à faire des essais afin de découvrir les formes rituelles les plus satisfaisantes parmi les suggestions suivantes : 
Après l’oblation, prenez quelques minutes pour réfléchir à la portée des gestes posés. 

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Offrande quotidienne :

Placez l’offrande dans le bol ou dans la terre en disant : 

Ce que je prends, je le donne librement. 
Acceptez cette offrande, Ô Déesse, Ô Dieu. 

Offrande quotidienne (variante) :

Présentez votre offrande en prononçant ces paroles : 

Je vous offre ce symbole de ma dévotion. 
Puisse-t-il renforcer les liens qui m’unissent à vous. 

Offrande pour l’obtention d’une faveur :

Cela n’a rien à voir avec une tentative de corruption. Il est impossible d’acheter la Déesse et le Dieu, puisqu’ils sont les créateurs et les maîtres de tout ce qui existe. Cependant, le don qui précède la présentation de notre requête spéciale (par une prière) symbolise également ce que nous désirons obtenir. Par le pouvoir de la prière, l’énergie intrinsèque de l’offrande est acheminée vers la Déesse et le Dieu, ce qui attire d’avantage l’attention sur notre demande. 

Lorsque vous demandez une faveur, il convient de choisir une offrande appropriée : un article auquel vous attachez de la valeur, que ce soit sur le plan monétaire, sentimental ou spirituel. 

Enfouissez l’objet dans la terre en même temps que vous priez pour obtenir cette faveur. 
Le rite est accompli. 

(Ne cherchez jamais à récupérer une offrande enfouie dans le sol. Lorsque vous faites un don à la Déesse et au Dieu, vous renoncez à cet objet sous sa forme matérielle. Ce qui est fait est fait.)

Rite d’Action de Grace

Remerciements pour l’exaucement d’une prière :

Ô Déesse, 

Tu as entendu ce que nulle oreille humaine n’entendait, 
Vu ce qu’aucun oeil humain ne voyait, 
Transformé ce qu’aucun coeur humain ne pouvait souffrir, 
Accompli ce qu’aucune main humaine ne pouvait réaliser, 
Changé ce que nul pouvoir humain ne pouvait changer 
Déesse d’amour, Déesse toute-puissante, 
Confluent de toutes les puissances, 
Source de toutes existence, 
Reine du cosmos, 
Créatrice de l’univers 
Accepte cet humble gage de reconnaissance 
Du wicca solitaire 
Dont la parole 
A été entendue. 

(Placez sur le sol une offrande, par exemple, une fleur, une pièce de monnaie, un bijou, une image que vous aurez dessinée vous-même, ou tout autre objet auquel vous attachez de la valeur. Vous pouvez également l’enfouir dans le sol. Si vous ne pouvez le faire immédiatement, déposez l’objet dans le bol d’offrande en attendant de l’offrir à la terre.). 

rituel d’action de grâce solitaire :

(Vous seul déciderez à quel moment il convient de conduire ce rituel. Il peut être accompli à n’importe quel heure de la journée ou de la nuit, qu’elle que soit la phase de la lune, chaque fois que vous en ressentez le besoin.) 

il vous faudra un grand bol de couleur blanche ou rose, une chandelle blanche, de l’eau, des fleurs fraîchement cueillies (des fleurs blanches de préférence) et un napperon de coton blanc. 

Déposez le bol sur l’autel (ou sur n’importe quelle table). Si vous le souhaitez, vous pouvez projeter un cercle. Faites tenir la chandelle blanche au centre du bol avec les gouttes de cire d’une autre chandelle blanche ou en utilisant de la cire d’abeille légèrement chauffée. (le bol fait ainsi office de chandelier). 

Versez ensuite l’eau dans le bol et dispersez les fleurs fraîches à la surface. 
Allumez la chandelle. 
Représentez-vous votre intention rituelle ; n’oubliez pas que vous souhaitez remercier la Déesse et le Dieu. touchez l’eau avec le bout de vos doigts, de part et d’autre de la chandelle, en prononçant ces mots ou une formule semblable : 

Dame de la Lune, des étoiles et de la Terre, 
Seigneur du Soleil, des forêts et des collines, 
Je célèbre un rituel d’action de grâce. 
Mon amour brille comme la flamme. 
Mon amour flotte, comme les pétales, 
Sur vous. 
Dame des eaux, des fleurs et de la mer, 
Seigneur de l’air, des cornes et du feu, 
Je célèbre un rituel d’action de grâce. 
Mon amour brille comme la flamme. 
Mon amour flotte, comme les pétales, 
Sur vous. 
Dame des cavernes, des chats et des serpents, 
Seigneur des plaines, des faucons et des cerfs, 
Je célèbre un rituel d’action de grâce. 
Mon amour brille comme la flamme. 
Mon coeur flotte, comme les pétales, 
Sur vous. 

Regardez à l’intérieur de la flamme, puis à l’intérieur de l’eau. soufflez légèrement à la surface de l’eau et observez les mouvements des fleurs. Entrez en communion, en méditation. Rendez grâce. Enlevez les pétales de l’eau et placez-les au centre du napperon de coton. Enveloppez les pétales dans le morceau de tissu. Si vous avez projeté un cercle, effacez-le à présent. Pour mettre fin au rituel, éteignez la chandelle avec vos doigts, versez l’eau sur le sol et enfouissez les fleurs dans la terre. Le rituel est accompli.

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Histoire de ma région de Bourgogne

Posté par othoharmonie le 30 janvier 2013

Histoire du département de la Côte-d’Or

(Région Bourgogne)

 par LA RÉDACTION

 Histoire de ma région de Bourgogne dans Ma Bourgogne En détails 500px-autun_panoramic_photo-300x87

 

Autun

Par sa position géographique, la richesse et l’étendue de son territoire, l’importance de ses villes, le département de la Côte-d’Or est celui dans lequel se caractérise le plus la physionomie historique de l’ancienne Bourgogne. Avant la conquête romaine et l’invasion des Burgondes, qui ont laissé leur nom à la province où ils s’installèrent, cette contrée, comprise dans la Gaule celtiques était habitée par les Lingons, tribu vaillante, fort ancienne, et qui se partageait avec les Séquanais et les Éduens toute la région orientale de la France actuelle.

La religion, les mœurs des Lingons étaient celles des autres peuples de la Gaule ; ils croyaient à l’unité de Dieu et à l’immortalité de l’âme ; ils avaient une espèce de royauté élective et responsable, dont le pouvoir civil, judiciaire et militaire, était, en beaucoup de cas subordonné à l’autorité religieuse du grand prêtre, chef des druides. L’esprit belliqueux et entreprenant de ces populations les avait souvent entraînées dans de lointaines expéditions. Longtemps ils furent conquérants avant d’être conquis à leur tour. 590 ans avant l’ère chrétienne, Sigovèse avait établi des colonies dans la Bohème et la Bavière, et Bellovèse avait fondé plusieurs villes dans le nord et l’est de l’Italie. Brennus avait pris Rome. Deux autres chefs gaulois, Léonoius et Lutarius, avaient pénétré jusqu’à Delphes, en Asie, et y avaient constitué la tétrarchie des Galates. Les Linons avaient figuré dans toutes ces entreprises, et on leur attribuait spécialement la fondation des villes d’Imola et de Budrio.

Lorsque l’invasion des Helvètes les menaces d `Arioviste, chef des Suèves, et la rivalité entre les Êduens et les Arvernes eurent amené sur les bords de la Saône les Romains déjà maîtres de la Gaule Narbonnaise, les Lingons furent un des premiers peuples auxquels ils offrirent leur amitié. Le respect qu’ils professèrent dans les premiers temps pour les coutumes et l’indépendance de leurs nouveaux alliés établit entre les deux nations l’union la plus cordiale et la plus sympathique. Des volontaires lingons se joignirent aux Éduens, qui voulurent accompagner César dans sa descente en Grande-Bretagne. Dans la guerre même de l’indépendance, guerre dont Vercingétorix fut le héros et la victime, les Lingons restèrent fidèles à la foi promise, malgré l’exemple que leur donnaient les Éduens, ces vieux alliés de Rome, qui se repentaient, mais trop tard, d’avoir été les premiers à accepter le patronage de tels voisins.

                                                                  kreuzwertheim1-300x95 dans Ma Bourgogne En détails

Kreuzwertheim, lieu d’implantation d’une fortification burgonde élevée

vers la fin du IVe siècle dans un méandre du Main

Les Lingons s’attachèrent plus étroitement à la fortune du conquérant des Gaules, qui sut avec tant d’habileté recruter ses légions parmi ceux qu’il venait de vaincre. Ils combattirent pour lui à Pharsale ; et si les trésors de la Gaule, si Vercingétorix enchaîné, figurèrent dans le cortège du triomphateur, on vit aussi plus d’un Gaulois quitter ses braies pour revêtir la toge du sénateur. C’est par les séductions de la paix que César voulait achever l’oeuvre de ses victoires. Les provinces gauloises furent administrées sous son règne avec la plus grande douceur. On n’enleva aux populations ni leurs terres ni leurs droits municipaux. Les grands furent dédommagés, par des titres et par des honneurs nouveaux, des dignités qu’ils avaient perdues. L’agriculture fut exercée dans les mêmes conditions qu’en Italie ; la navigation était libre sur le Rhône, la Saône, la Loire, même sur l’Océan.

Aussi les luttes du second triumvirat n’eurent-elles aucun retentissement dans la Gaule épuisée et assoupie. Auguste continua la politique de César. il fit plusieurs voyages et de longs séjours dans la Gaule, défendit ses frontières contre les Germains, y appela de nombreuses colonies, embellit les villes, en fonda de nouvelles, couvrit le pays de larges et magnifiques routes, imposa, enfin, sa domination avec tant d’habileté qu’à sa mort les vaincus avaient adopté les mœurs, les habillements, la religion et les lois des vainqueurs. La tyrannie, les exactions de Tibère et de Néron suscitèrent les révoltes promptement comprimées de Sacrovir et de Vindex. Le vieux sang gaulois était appauvri et vicié ; pour le rajeunir, il fallait d’autres éléments que l’influence d’une civilisation corruptrice et le contact des races abâtardies de la Rome des Césars.

Le seul épisode qui mérite d’arrêter les regards dans cette longue période de servitude et d’abjection est l’audacieuse tentative de Sabinus et le dévouement héroïque d’Éponine, son épouse. L’incendie du Capitole, qui avait marqué la mort de Vitellius, était représenté par quelques vieux druides comme un présage de ruine pour la puissance romaine. Les Lingons prirent les armes et choisirent pour chef Sabinus, leur compatriote, qu’on prétendait issu de Jules César. Ceux de Trèves se joignirent à eux ; mais les Séquanais et les Autunois, dont Sabinus avait autrefois pris d’assaut la capitale, marchèrent contre les révoltés et les défirent. Les Lingons se réconcilièrent avec Domitien en lui envoyant un secours de 70 000 hommes contre les barbares qui menaçaient les frontières romaines.

C’est vers cette époque, au moment même où l’oeuvre de dissolution semble accomplie, que commencent à apparaître les premiers symptômes de régénération. On fait remonter à la fin du ne siècle les premières prédications de l’Évangile en Bourgogne. La tradition la plus probable et la plus répandue donne à cette province pour premiers apôtres les disciples de saint Polycarpe, évêque de Smyrne, qui, après avoir pénétré dans la Gaule par le Vivarais, et ayant trouvé l’Église de Lyon déjà florissante, grâce aux prédications de Pothin et d’Irénée, s’avancèrent jusqu’à Autun, et de là se partagèrent la gloire et les périls de la conversion du pays Autun eut pour martyr un des premiers néophytes, le jeune Symphorien. Andoche et Thyrse, ses maîtres dans la foi, périrent à Saulieu, et Bénigne, leur compagnon, à Dijon, vers 178, sous le règne de Marc Aurèle. Le sang des victimes fut une semence féconde de chrétiens, et lorsque, en 311, Constantin donna la paix à l’Église, chaque ville, après avoir eu son martyr, avait enfin son pasteur.

Pendant que ces germes de salut se développaient, pendant que cette force inconnue grandissait dans l’ombre, rien ne saurait donner une idée de l’horrible confusion au milieu de laquelle agonisait le vieil empire romain séditions des légions nommant chacune leur empereur, guerres civiles, déchirement des provinces, pestes, famines, exactions. Le vieux monde se précipitait dans le christianisme comme dans un, refuge ; mais ce monde était trop usé, trop fini, trop bien mort pour apporter à la foi nouvelle la force d’expansion nécessaire à la reconstitution d’une autre société ; c’est alors qu’arrivent les barbares.

Alains, Vandales, Suèves, Gépides franchissent le Rhin, descendent des Alpes, pénètrent jusqu’en Espagne, jusqu’en Afrique, sans que la Saône ou le Rhône les arrêtent, sans laisser d’autres traces de leur passage que des monceaux de ruines. Derrière eux s’avance lentement une lourde armée de géants ; c’étaient les Burgondes. Pline en fait la principale tribu des Vandales ; Procope et Zosime les disent également Germains d’origine et de nation vandale. Voici le tableau qu’en a tracé le savant et consciencieux historien de la Bourgogne, Courtépée :

« Ces peuples, nés au milieu des forêts, étaient ennemis de la contrainte ; la liberté faisait tout leur bonheur, la chasse leur occupation, les troupeaux et les esclaves leurs richesses. Sans patrie et sans demeure fixe, ils ne redoutaient que la servitude. Ils n’avaient aucun art agréable ; mais ils pratiquaient l’hospitalité et toutes les vertus des peuples sauvages. Ils n’avaient pour arme que la framée, espèce de lance ou de halle- barde, la fronde, l’épieu, la hache, qui servaient également pour attaquer, pour se défendre et pour bâtir leurs maisons. Ils marchaient toujours armés, usage qu’ils conservèrent après leur conquête.

« On dit qu’ils portaient la figure d’un chat sur leurs boucliers, emblème de la liberté qu’ils voulaient conserver partout. Ils avaient des chefs, mais ils n’avaient point de maîtres. Ces chefs, qui prenaient le titre de hendin, furent d’abord électifs. Leur autorité n’avait d’autre terme que celui du bonheur de la nation. Ils n’étaient pas seule ment comptables de leurs fautes personnelles, ils l’étaient aussi des caprices de la fortune ou des fléaux de la nature. On les déposait lorsqu’ils avaient perdu une bataille ou mal réussi dans leurs entreprises, ou dans un temps de stérilité. Leurs prêtres étaient traités bien plus favorablement. Le pontife, nommé sinist, était perpétuel ; son pouvoir surpassait celui du hendin, et s’étendait au droit de punir les coupables : le respect des peuples le mettait lui-même à l’abri de toute révolution. »

Tel était le peuple qui devait conquérir une partie si importante de la Gaule. Des bords de la Vistule et de l’Oder il arriva, vers 275, sur les bords du Rhin, fit plusieurs tentatives infructueuses pour le franchir, et s’établit sur la rive droite, où il demeura jusqu’en 407. C’est pendant les dernières années de ce séjour que la religion du Christ pénétra chez les Burgondes ; ils avaient entendu parler d’un Dieu puissant dont le culte s’était nouvellement établi dans les Gaules. Ils envoyèrent des députés aux évêques voisins pour se faire instruire ; et ceux-ci, ayant été baptisés, rapportèrent la foi à leurs compatriotes.

Quoiqu’on ignore la date précise de leur conversion, elle est généralement attribuée aux prédications de saint Sévère, évêque de Trèves en 401. Quelques années après, Stilicon, général des armées romaines, Vandale d’origine, devenu tuteur d’Honorius, fit alliance avec les Alains, les Suèves, les Vandales, et les appela dans les Gaules pour l’aider à placer sur le trône impérial son propre fils Euchérius. Les Burgondes franchirent alors le Rhin à la suite des autres barbares ; ils se rendirent maîtres, presque sans obstacle, des pays situées entre le haut Rhin, le Rhône et là Saône Impuissant à leur résister, le patrice Constance, général d’Honorius, fit avec eux un traité solennel, qui leur assurait à titre d’hôtes et deconfédérés la possession de presque tout le territoire dont ils s’étaient emparés.

Ils élurent alors un roi ; leur choix tomba sur Gondicaire, le même sans doute qui était hendin lors du passage du Rhin en 407, et qu’on peut regarder comme le fondateur de la première monarchie bourguignonne. Trois nations différentes vivaient donc alors sur le même sol – les Gaulois, les Romains et ces nouveaux conquérants, les Burgondes. C’est de la fusion de ces éléments divers que se forma la race régénérée.

Gondicaire justifia par sa conduite habile le choix de ses compatriotes. Sa capitale et sa résidence fut d’abord Genève, qui était alors au centre de ses États ; plus tard, ayant soumis toute la province lyonnaise, il transféra à Vienne, en Dauphiné, le siège de la monarchie, se rendit maître d’Autun et de toute la Séquanaise, porta ses armes jusque dans la Belgique et le pays de Metz, et ne fut arrêté dans ses conquêtes que par le patrice Aétius, qui, justement alarmé des envahissements de ses anciens alliés, leur déclara la guerre et les défit dans une sanglante bataille, en 435.

Vainqueurs et vaincus se réunirent bientôt contre un ennemi qui les menaçait tous ; les Huns se montraient de nouveau sur le Rhin ; Gondicaire avait été tué avec vingt mille des siens en s’opposant à leur passage ; Gondioc, son fils et son successeur, associa ses efforts à ceux d’Aétius pour combattre Attila, et partagea la gloire de la fameuse journée des plaines catalauniques. Fidèle aux traditions paternelles, il utilisa habilement les années de paix qui suivirent celte rude secousse.

C’est de ce règne que date la répartition territoriale et cette législation bourguignonne si profondément enracinée dans les moeurs du pays que, dans plusieurs de ses parties, elle a continué à régir la province jusqu’à la Révolution. de 1789. Gondioc se rit nommer patrice par les Romains, et obtint du souverain pontife le titre de fils. Il réunit à sa couronne le pays des Lingons, celui des Éduens, le Nivernais, le reste de la Lyonnaise et une partie de la Narbonnaise, de sorte que son empire avait au midi la Méditerranée pour limite. Il mourut à Vienne vers 470, laissant quatre fils qui se partagèrent ses vastes États.

La Bourgogne et la Comté échurent à Gondebaud, patrice et maître de la milice dès 473, arbitre des destinées à de l’empire qu’il fit donner à Glycérius, et, en 476, souverain indépendant lors de la ruine de la puissance romaine sous Augustule. Le bien qu’on pouvait attendre de la position ainsi simplifiée fut considérablement atténué par les dissensions qui éclatèrent entre Gondebaud et ses frères. Celui-ci, après avoir triomphé de toutes les agressions, ensanglante ses victoires par des violences que la barbarie du temps peut expliquer, mais que ne saurait justifier l’histoire.

Les représailles, au reste, ne se firent pas attendre. Clotilde, seconde fille de Chilpéric, un des frères de Gondebaud, qui avait eu en partage Genève, la Savoie et une partie de la Provence, après avoir échappé au’ massacre de sa famille vaincue et dépossédée, était devenue la femme de Clovis, chef des Francs. Cette princesse poursuivit avec une persévérance infatigable l’œuvre de vengeance qu’elle semblait s’être imposée, usant de toute l’influence qu’elle exerçait sur son époux pour l’armer contre son oncle, suscitant les scrupules du clergé de Bourgogne contre l’arianisme qu’avait embrassé Gondebaud, éveillant toutes les convoitises, envenimant toutes les haines contre celui dont elle s’était promis la perte. Gondebaud déjoua toutes les intrigues, repoussa toutes les attaques et lassa pour un temps cette implacable hostilité.

L’histoire de son règne peut se diviser en deux parties : la période belliqueuse, toute remplie des luttes dont nous venons d’énoncer l’origine et les résultats ; la période pacifique, consacrée à l’organisation administrative et judiciaire du royaume de Bourgogne. C’est dans cette dernière surtout qu’il faut chercher les titres de Gondebaud aux souvenirs de l’histoire ; il compléta, dans un esprit remarquable de justice et d’humanité, l’oeuvre commencée par son père ; il réunit ses ordonnances modifiées et les édits nombreux qu’il rendit lui-même dans une espèce de code devenu célèbre sous le nom de Loi Gombette. Ce règne, pendant lequel l’agriculture fut puissamment encouragée, les ruines des villes relevées, d’innombrables établissements ecclésiastiques fondés, marque l’apogée de la monarchie de Gondicaire.

Gondebaud mourut à Genève en 516 ; il eut encore deux successeurs, Sigismond et Gondemar ; mais l’inaction de l’un et la faiblesse de l’autre rendirent la tâche facile à la vengeance inassouvie de Clotilde et à l’ardeur conquérante des Francs. En 534, Clotaire et Childebert rassemblèrent leurs forces et envahirent la Bourgogne ; une seule bataille leur livra le pays. Gondemar alla s’enfermer dans Autun, où il tenta de résister aux fils de Clotilde ; mais ce dernier effort fut si peu vigoureux, si peu retentissant, qu’en enregistrant sa défaite, l’histoire reste muette sur les destinées du vaincu. En lui, s’éteignit la race de Gondicaire ; avec lui finit le royaume de Bourgogne, qui avait duré 120 ans.

Les princes francs se partagèrent les dépouilles de Gondemari Théodebert, roi de Metz, eut Besançon, Langres, Châlon, Genève et Viviers et Childebert, roi de Paris, et Clotaire, roi de Soissons, eurent le reste jusqu’au moment où ce dernier réunit sous son sceptre les États de ses frères. Un nouveau partage, qui eut lieu à sa mort en 562, constitua un second royaume de Bourgogne au bénéfice de son second fils, Gontran, possesseur en outre d’Orléans et du territoire de Sens.

150px-Philippe_III_de_BourgogneRien de plus lugubre à la fois et de plus confus que les annales de cette dynastie mérovingienne des rois de Bourgogne. La seule figure de Gontran repose le regard épouvanté de toutes les horreurs qui signalent la longue et sanglante rivalité de Frédégonde et de Brunehaut. Le peuple l’aimait, disent les chroniques du temps ; quand il approchait d’une ville, les habitants allaient au-devant de lui avec des bannières en criant : Noël ! Après sa mort,’ il fut mis au nombre des saints ; et, cependant, on rapporte que la dernière de ses trois femmes, la belle Austrégide, lui ayant demandé comme grâce en mourant de faire périr ses deux médecins, parce qu’ils n’avaient pas eu l’habileté de la guérir, il eut la faiblesse d’accomplir ce vœu barbare ; ajoutons que c’est le premier prince qui se soit fait entourer de gardes.

Childebert, sans changer son titre de roi d’Austrasie, hérita de la plus grande partie de la haute Bourgogne, qu’il conserva seulement trois ans et quelques mois. Thierry, son second fils, est le deuxième prince mérovingien qui soit désigné sous le nom de roi de Bourgogne et d’Orléans ; il se laisse diriger par Brunehaut, son aïeule ; l’histoire de son règne n’est qu’un tissu de trahisons, de massacres et d’atrocités de tout genre. Il meurt subitement à Metz d’un flux de sang, à l’âge de vingt-six ans, après en avoir régné dix-huit, et précédant. de quelques mois seulement dans le tombeau sa terrible aïeule, dont fait justice à son tour Clotaire II, fils de Frédégonde.

La première apparition des maires du palais à la cour de Bourgogne se rattache au règne de Thierry ; et ce sont les intrigues de Varnachaire II, revêtu de cette dignité, qui livrent Brunehaut à Clotaire et facilitent à ce prince, par la défaite des fils de Thierry, la réunion de la Bourgogne à la France. Les deux royaumes sont régis par le même sceptre et suivent les mêmes destinées jusqu’à la fin du IXe siècle, époque de la constitution des grands établissements féodaux sous les successeurs de Charlemagne.

Charles le Chauve avait trouvé dans la fidélité de la noblesse bourguignonne un précieux appui contre les attaques de Louis le Germanique ; mais toutes les leçons de l’expérience étaient perdues pour ce prince incapable. Son fils, Louis le Bègue, ne comprit pas davantage la nécessité. de réunir en faisceau les forces éparses de la monarchie défaillante. Sous son règne, la confusion et l’anarchie augmentèrent encore, le morcellement du territoire ne rencontra plus d’obstacle. Trois nouveaux royaumes furent formés avec les débris de l’ancien royaume de Bourgogne : celui de Provence ou de Bourgogne cisjurane, par Boson, élu roi au concile de Mantaille, en 879 ; celui de Bourgogne transjurane, par Rodolphe, couronné à Saint-Maurice, en Valais, en 888 ; et celui d’Arles, composé des deux premiers, en 930. Quant à la Bourgogne proprement dite, elle resta sous le gouvernement des ducs héréditaires, dont nous avons ici principalement à nous occuper.

L’origine des premiers ducs de Bourgogne était illustre, et ce qui vaut mieux encore, nous retrouvons là, comme à la souche de presque toutes les grandes dynasties féodales, un de ces hommes auxquels il n’a manqué qu’un autre théâtre pour que l’histoire les mette au rang de ses héros. Richard le Justicier, comte d’Autun, était fils de Beuves, comte d’Ardenne, frère de Boson, roi de Provence, et sa soeur Richilde avait épousé Charles le Chauve en 870.

Sans vouloir nier ce que ces hautes alliances durent ajouter à son crédit, on peut dire qu’il fut surtout le fils de ses œuvres. Sincèrement et loyalement dévoué au roi son bienfaiteur, il le défendit contre les entreprises de sa propre famille. Il battit, en 880, les troupes de son frère Boson près de la Saône, mit garnison dans Mâcon au nom des rois Louis et Carloman, et donna le gouvernement de cette ville à Bernard, dit Plantevelue, tige des comtes héréditaires de Mâcon. Après s’être emparé de Lyon, il assiégea Vienne, dont il chassa Boson, et emmena prisonnière à Autun sa femme Hermangarde avec ses enfants, en 882. Il secourut Charles le Simple contre Eudes, comte de Paris, défit une première fois, en 888, dans les plaines de Saint-Florentin, les Normands, qui avaient pénétré dans la Bourgogne et dévasté Bèze ; remporta de nouvelles victoires sur eux, avec l’aide des, Auxerrois conduits par leur évêque Géran, gagna, contre le fameux chef Rollon, une bataille décisive auprès de Chartres, et fit lever le siège de cette ville en 911.

Étant à l’agonie, et les évêques l’exhortant à demander pardon à Dieu d’avoir versé tant de sang humain : Quand j’ai fait mourir un brigand, répondit-il, j’ai sauvé la vie aux honnêtes gens, la mort d’un seul ayant empêché ses complices de faire plus de mal. Il mourut à Auxerre en 921, laissant de sa femme Adélaïde soeur de Rodolphe Ier roi de la Bourgogne transjurane, trois fils : Raoul, son successeur, qui devint ensuite roi de France, Hugues le Noir et Boson.

Les ducs bénéficiaires de Bourgogne furent au nombre de sept, et régnèrent, de 880 à 1032, dans, l’ordre suivant : après Richard, Raoul le Noble, qui fut roi pendant la captivité de Charles le Simple à Péronne ; il eut pour successeur son beau-frère, Gilbert de Vergy, qui maria sa fille aînée à Othon, fils de Hugues le Grand ; Hugues le Noir, second fils de Richard, occupa pendant quelque temps le duché à la mort de Gilbert, plutôt comme usurpateur que comme héritier ; il en fut dépossédé par Louis d’Outre-mer au profit de Hugues le Blanc ou le Grand, cinquième duc.

On connaît la haute fortune de cette maison : pendant que Hugues Capet mettait la couronne de France sur sa tête, ses deux frères, Othon et Henri, possédaient successivement le duché de Bourgogne. La mort du septième et dernier duc Henri fut le signal de violentes contestations, de luttes sanglantes et d’une nouvelle répartition territoriale. Il avait laissé un fils adoptif, Othe-Guillaume, qui, soutenu par une partie des populations et les sympathies de la noblesse, prétendait à la succession de Henri ; le roi Robert, neveu paternel du duc, revendiquait de son côté l’héritage comme étant son plus proche parent ; la guerre éclata ; enfin, après treize ans d’une lutte indécise et ruineuse, l’intervention de l’évêque d’Auxerre amena un arrangement en vertu duquel le duché de Bourgogne était restitué à Robert, tandis que Othe conservait viagèrement le comté de Dijon.

Par une singulière coïncidence, à peu près à la même époque où le duché bénéficiaire prenait fin par sa réunion au domaine de la couronne, le second royaume de Bourgogne s’éteignait, après cent cinquante ans de durée, dans la personne d’Eudes, comte de Troyes, tué dans sa lutte contre Conrad II. Des débris de ce royaume furent formés les comtés de Provence, de Savoie, de Viennois, de Bourgogne ou Franche-Comté ; le reste fut réuni par Conrad à l’Empire. Ce comté de Bourgogne fut donné aux descendants de Othe en échange du comté de Dijon, et Lambert, évêque de Langres, ayant remis au roi Robert tous les droits qu’il possédait sur cette ville, ce prince en fit, au préjudice d’Autun, la capitale du duché qu’il donna à son fils Henri.

Le règne de Robert forme donc une des époques les plus importantes de l’histoire de Bourgogne : démembrement et fin du second royaume de Bourgogne ; formation d’un comté et transformation du duché bénéficiaire fondé par Richard le Justicier en un duché héréditaire qui va devenir l’apanage des princes du sang royal. Tels sont les faits essentiels qui se rapportent à cette date.

Henri Ier, fils aîné de Robert, nommé duc de Bourgogne en 1015, et devenu roi de France en 1031, céda son duché à son frère Robert, tige d’une dynastie de douze ducs, qui possédèrent la province de 1032 à 1361. Les termes de la charte d’octroi portent que le duché est donné pour en jouir en pleine propriété et passer à ses héritiers. Robert Ier, premier duc de la première race royale, usa assez tyranniquement de sa souveraineté ; son règne fut tout rempli de violents démêlés avec les Auxerrois ; il mourut à FIeurey-sur-Ouche, en 1075, après un règne de quarante-trois. ans, d’un accident tragique et honteux que l’histoire n’explique pas.

Son petit-fils, Hugues Ier, s’appliqua, par la sagesse et la douceur de son administration, à faire oublier les violences de son aïeul ; il prêta volontairement serment de maintenir les droits et privilèges de la province, et commit à six barons l’autorité de réprimer, même par les armes, les empiétements de ses successeurs. Après avoir remis son duché à Eudes Ier, son frère, il se retira, en 1078, à Cluny, sous la discipline de saint Hugues, son grand-oncle. Le plus éloquent éloge des vertus de ce prince est dans les phrases suivantes d’une lettre que le pape Grégoire VII écrivait à l’abbé de Cluny, pour lui reprocher d’avoir encouragé la résolution de Hugues : « Vous avez enlevé le duc à la Bourgogne, et par là vous ôtez à cent mille chrétiens leur unique protecteur. Si vous ne vouliez pas exécuter mes ordres qui vous le défendaient, au moins eussiez-vous dû être sensible et céder aux gémissements des pauvres, aux larmes des veuves et aux cris des orphelins. »

Les ravages d’une peste horrible, qu’on appela le feu sacré, et la fondation de l’ordre des chartreux par saint Bruno sont les événements les plus importants qui se rattachent à ce règne. Eudes se croisa et alla mourir à Tarse, en Cilicie, en 1102. Hugues II, son fils, mérita le surnom de Pacifique. Il fut l’ami de saint Bernard et s’occupa beaucoup de pieuses fondations.

L’aîné de ses fils et son successeur, Eudes II, hérita de ses vertus. Quoiqu’il se soit décidé deux fois à faire la guerre, d’abord pour consacrer ses droits de suzeraineté sur Saint-Germain d’Auxerre, Saint-Florentin et le comté de Troyes, que lui contestait Thibaut, son beau-père, et ensuite pour aller délivrer des Sarrasins son cousin Alphonse de Portugal, il prouva qu’il estimait les bienfaits de la paix à. leur juste valeur en refusant de céder au grand entraÎnement qui poussait vers la terre sainte les rois, princes et seigneurs de son temps. Il préféra le bonheur de ses sujets à une gloire incertaine, s’appliqua à faire régner l’union et la prospérité autour de lui, et paya sa dette à la religion en fondant de nouveaux monastères, en dotant ceux qui existaient déjà, en achevant les constructions commencées, et notamment la cathédrale d’Autun.

Hugues III, son fils, dont le règne commença en 1168, sut moins bien résister à la contagion des exemples ; il guerroya contre les grands vassaux ses voisins, prit la croix en 1178. Rejeté en France par une violente tempête, il revint bâtir la Sainte-Chapelle de Dijon, en accomplissement d’un vœu qu’il avait fait au moment du danger. En 1190, il repartit avec Philippe-Auguste et assista à la prise de Saint-Jean-d’Acre, puis mourut à Tyr en 1192. Avant de quitter la Bourgogne, il avait constitué la commune de Dijon.

Hugues Ill semble revivre dans son fils Eudes III. Aventures lointaines, exploits guerriers, affranchissement des communes caractérisent ce règne comme le précédent. La participation à l’expédition qui plaça Baudouin sur le trône de Constantinople, la croisade contre les Albigeois avec Simon de Montfort, la glorieuse journée de Bouvines en sont les dates les plus éclatantes. Le règne de Hugues IV fut heureusement préparé par l’habile régence de sa mère, Alix de Vergy. Dès qu’il fut majeur, le prince confirma la commune de Dijon ; figura comme un des douze pairs au sacre de Louis IX, ajouta à ses domaines le comté d’Auxonne et fit reconnaître sa suzeraineté sur celui de Mâcon.

Hugues fut un des plus fidèles compagnons de saint Louis ; il partagea ses périls et sa captivité dans la première croisade. Le roi, de son côté, visita plusieurs fois la Bourgogne ; il y laissa de profonds souvenirs de sa sainteté et de sa justice. Hugues, après avoir refusé au pape Innocent IV fugitif un asile dans ses États, eut la faiblesse d’y accueillir, en qualité de. grand inquisiteur, un cordelier, Robert, fanatique et apostat, qui traînait avec lui une femme perdue ; ce ne fut qu’après de nombreuses exécutions et beaucoup de sang répandu que les impostures de ce misérable furent dévoilées. Cet épisode est une tache regrettable dans l’histoire de Hugues IV.

Robert II, troisième fils de Hugues, ne dut la tranquille possession du duché qu’à Philippe le Hardi, qui l’en déclara seul et légitime héritier, contre les prétentions de ses beaux-frères. Jamais liens plus étroits ne rattachèrent la maison de Bourgogne à celle de France. Robert avait épousé Agnès, fille de saint Louis, et il eut pour gendre Philippe de Valois, marié à Jeanne, sa fille, en 1315. L’intimité de ces alliances donnèrent à Robert une grande influence dans la direction des affaires de l’État. Après le mas sacre de s Vêpres siciliennes, il fat chargé d’aller secourir Charles de Naples. Philippe le Bel le nomma grand chambrier de France, gouverneur du Lyonnais, gardien du comté de Bourgogne, et, mission plus délicate, son principal intermédiaire dans ses démêlés avec Boniface VIII.

Quoique chargé de si graves intérêts, Robert ne négligea pas ceux de son duché ; un remaniement des monnaies et d’importants accroissements de territoire classent son règne parmi les plus glorieux de sa dynastie. Il eut neuf enfants, dont plusieurs moururent avant lui ; Hugues V, l’aîné des survivants, eut pour régente, pendant sa minorité, sa mère, Agnès. A peine majeur, il mourut, ne laissant de son règne si court que le souvenir de sa brillante réception comme chevalier, et comme date sanglante, la condamnation des templiers.

Eudes IV, son frère, prit aussitôt possession du duché. Agnès obtint qu’il transigeât avec les prétentions de Louis, son dernier frère, en lui abandonnant le château de Douesme avec une rente de 4 000 livres. A la mort de Louis le Hutin, Eudes, à défaut d’héritier mâle, voulut faire valoir les droits de Jeanne, sa nièce, fille du roi défunt. L’application de la loi salique, réclamée par Philippe le Long, régent du royaume, rendait vaines ses réclamations ; pour le dédommager, Philippe lui donna en mariage, avec 100 000 livres de dot, sa fille aînée, héritière par sa mère des comtés de Bourgogne et d’Artois. L’accord se rétablit, et la confiance royale valut dans la suite à Eudes une influence qu’il justifia par sa sagesse et sa capacité. Il mourut dans cette désastreuse année de laquelle un versificateur du temps a dit :

En trois cent quarante-neuf,
De cent ne demeuroient que neuf.

Son fils aîné était mort trois ans auparavant d’une chute de cheval au siège d’Aiguillon, laissant pour héritier unique son fils, Philippe de Rouvres, âgé de cinq ans. La tutelle fut confiée d’abord à Jeanne de Boulogne, mère du jeune duc, et ensuite au roi Jean, qui épousa la noble veuve. Jean vint à Dijon, en 1350, et il jura publiquement, dans l’église de Saint-Bénigne, de conserver et maintenir les franchises, immunités et privilèges de la province.

Cette période est tout entière remplie par les calamités entraînaient pour la France les envahissements des Anglais ; la Bourgogne n’était pas plus épargnée Châtillon avait été brûlé, Tonnerre pillé, Flavigny était devenu la place d’armes de l’ennemi ; tout le pays étant ou envahi ou menacé, les trois ordres -des deux Bourgognes s’assemblèrent à Beaune, et on vota 200 000 moutons d’or, c’est-à-dire plus de 2 000 000 de livres, somme énorme pour le temps, comme rançon de la province. Ce fut au milieu de ces calamités que Philippe, ayant atteint l’âge fixé pour sa majorité (quinze ans), prit, en 1360, le gouvernement du duché. A peine venait-il de contracter avec Marguerite de Flandre l’union arrêtée depuis longtemps et de ramener son épouse dans son château de Rouvres, près de Dijon, qu’un accident, une chute, mit fin à ses jours, en 1361. Beaucoup d’espérances reposaient sur cette jeune tête ; son coeur semblait animé des plus nobles sentiments : « Il vécut peu, a dit un historien du temps, et fut longtemps regretté ».

Il fut le douzième et dernier duc de-la première race royale, qui avait régné trois cent vingt-neuf ans. Dès que le roi Jean apprit sa mort, il prit possession de ses États, non comme roi de France, mais comme plus proche parent du duc : Ratione proximitatis, non coronae nostrae, hommage éclatant rendu à l’indépendance de la Bourgogne comme État. Après le traité de Brétigny, il se rendit à Dijon, et là, solennellement et officiellement, il unit et incorpora, le duché à la couronne.

Cette annexion, but d’une ambition à courte vue, ne devait point encore être définitive, la pensée de constituer l’unité française était alors encore loin des meilleurs esprits ; le roi Jean, qui avait une prédilection marquée pour Philippe, son quatrième fils, lequel d’ailleurs l’avait vaillamment défendu à la bataille de Poitiers en 1356, et avait partagé sa captivité en Angleterre, lui donna le duché de Bourgogne à titre d’apanage, réversible à la couronne faute d’hoirs mâles, l’institua premier pair de France, dignité dont s’étaient prévalus dans plusieurs occasions les ducs d’Aquitaine et de Normandie.

Philippe, surnommé le Hardi, inaugura donc, en 1363, la seconde dynastie royale des ducs de Bourgogne. Après avoir, selon l’usage, prêté serment de respecter les privilèges provinciaux, il prit possession de ses vastes domaines. Les temps étaient critiques, mais l’occasion de se poser en libérateur n’en était que plus favorable pour quiconque parviendrait à calmer l’orage et à éloigner le péril. Philippe, aidé de Du Guesclin, débuta par purger le pays des bandes indisciplinées de routiers, écorcheurs et malandrins, qui le dévastaient ; il dompta ensuite la terrible Jacquerie, et, déjà renommé par ses exploits militaires, il consolida et agrandit sa puissance par son mariage avec Marguerite de Flandre.

Cette alliance ajoutait à ses États les comtés de Bourgogne, d’Artois, de Flandre, de Rethel, de Nevers, et en faisait un des souverains les plus redoutables de l’Europe. Le roi de France eut recours à lui contre les attaques des Anglais et du roi de Navarre, Charles le Mauvais. Philippe sut arrêter et contenir l’ennemi ; il triompha de, la patriotique révolte des Gantois, commandés par l’héroïque Artevelde. Il reçut, à Dijon, le roi Charles VI avec une magnificence qui devint traditionnelle à la cour de Bourgogne. Il acquit le Charolais, en 1390, au prix de soixante mille écus d’or. Il envoya son fils aîné, Jean, comte de Nevers, avec une armée au secours de Sigismond, roi de Hongrie, menacé par les musulmans. Pendant la maladie de Charles VI, il avait été choisi par les états généraux, en 1392, pour gouverner le royaume Cette préférence, en excitant la jalousie de la maison d’Orléans, devint la source d’une haine irréconciliable qu’en mourant il légua, héritage funeste, à son fils Jean sans Peur. Ce prince succéda à son père en 1406 ; il avait épousé, en 1385, Marguerite de Bavière, dont la dot grossissait ses États de trois comtés : le Hainaut, la Hollande et la Zélande. Ses premiers actes furent ceux d’un prince habile, mais peu scrupuleux.

Après avoir remis un pou d’ordre dans les finances, compromises par les prodigalités de son père, il donna satisfaction à la haine qui couvait dans son cœur. Le 23 novembre 1407, Louis d’Orléans, en sortant de l’hôtel Barbette, à Paris, où il avait soupé avec la reine Isabeau de Bavière, tombait, rue Vieille-du-Temple, sous les coups d’un gentilhomme normand, Raoul d’Octonville, écuyer du duc Jean.

La justice étant impuissante en face d’un si grand criminel, la guerre éclata entre Armagnac et Bourgogne ; le fils du duc d’Orléans avait épousé la fille du comte d’Armagnac, et celui-ci se posa en vengeur du duc d’Orléans La durée de cette triste guerre ne fut interrompue que par les périls extrêmes de la France et la désastreuse campagne qui aboutit à la journée d’Azincourt.

Ce jour-là les deux familles rivales combattirent encore sous le même drapeau ; mais la haine étouffa bientôt ce qui restait de patriotisme et de loyauté. Jean, par un traité secret signé en 1416, s’allia aux Anglais, et l’abandon de Rouen fut le gage de sa trahison. Une sédition payée (celle de Périnet-Leclerc, 1418) et un massacre lui ouvrirent même les portes de Paris, où il entra en triomphateur, salué par les acclamations du peuple égaré, qui criait sur son passage : Noël ! vive le duc de Bourgogne, qui abolit les impôts !

Mais ce triomphe fut de courte durée ; le crime appelait la vengeance ; elle fut digne du coupable, digne des mœurs du temps. Un projet de paix et de réconciliation générale fut proposé, une entrevue avec le dauphin fut convenue, et le rendez-vous fixé, pour le 10 septembre 1419, sur le pont de Montereau. L’entourage intime de Jean avait été gagné ; il partit donc sans défiance ; mais quand il se fut avancé sur le pont, escorté de dix chevaliers seulement, les complices du duc d’Orléans, Tanneguy du Châtel et le sire de Barbazan à leur tête, se précipitèrent sur les Bourguignons et percèrent Jean de leurs coups. Les assassins voulaient jeter son corps dans la Seine, mais le curé de Montereau obtint qu’il lui fût remis ; il le garda jusqu’à minuit, le fit alors porter dans un moulin voisin et le lendemain à l’hôpital, où on l’ensevelit dans la bière des pauvres.

La mort de Jean sans Peur mit Philippe, dit le Bon, en possession de ses États à l’âge de vingt-trois an§. Il était à Gand lorsqu’il apprit la fin tragique de son père. Brûlant du désir de le venger, il convoqua à Arras une assemblée de grands seigneurs,. à laquelle il invita le roi d’Angleterre, qui était à Rouen. C’est là que fut préparé, pour être conclu à Troyes en 1420, le monstrueux traité qui, de complicité avec Isabeau, épouse et mère dénaturée, déshéritait, au profit de l’étranger, le dauphin Charles VII, du vivant de son père en démence.

Les événements de cette période sont trop connus et d’un intérêt trop général pour que nous entrions ici dans leur récit détaillé. Philippe, qui par la fin de son règne racheta les fautes du commencement, fut alors le complice de tout ce qui se trama et s’exécuta contre la France. Son excuse est dans le souvenir encore récent du meurtre de son père ; mais on ne petit même pas lui faire un mérite de son repentir, car son retour à la. cause française fut déterminé surtout par les outrages dont les Anglais l’abreuvèrent dès qu’ils crurent ne plu s avoir besoin de lui.

C’est en 1434, et par l’intervention de Charles, duc de Bourbon, que furent posés les préliminaires d’une réconciliation trop tardive et cimentée définitivement par le traité d’Arras, le 21 septembre de l’année suivante. L’insolence des termes prouve à quel point la royauté de France était humble et faible devant ce vassal que dédaignaient les Anglais. Charles désavoue le meurtre de Jean, et Philippe, après l’énoncé des dédommagements qui lui sont accordés, s’exprime ainsi : A ces conditions, pour révérence de Dieu et pour la compassion du pauvre peuple, duc par la grâce de Dieu, je reconnais le roi Charles de France pour mon souverain. Hâtons-nous d’ajouter que jamais parole donnée ne fut mieux tenue, et qu’à dater de cette époque la conduite de Philippe fut aussi irréprochable qu’elle avait été jusque-là criminelle.

La prospérité de ses peuples, le développement des bienfaits de la paix devint son unique préoccupation. L’union des deux maisons de France et de Bourgogne fut resserrée par le mariage du comte de Charolais, héritier de Philippe, avec Catherine de France, fille de Charles VII. Lorsque Louis XI, dauphin, quitta la cour de son père, Philippe lui refusa un asile en Bourgogne, où ses intrigues pouvaient être un danger pour la couronne et lui offrit à Geneppe, dans ses terres de Flandre, une hospitalité digne de son rang. Lors de la sédition qu’occasionna, parmi les chefs de l’armée, la désorganisation de l’ancien système militaire, il intervint entre les rois et les rebelles, et obtint d’eux qu’ils renonçassent à leurs projets de guerre civile.

400px-carte_de_la_bourgogne_relief.svg_-270x300Quoique l’insubordination de ses sujets flamands le tînt le plus souvent éloigné de la Bourgogne, il y entretint toujours une administration éclairée et paternelle. Son règne fut l’apogée des prospérités de la province. « Il mit ses pays, dit Saint-Julien de Baleure, en si haute paix et heureuse tranquillité qu’il n’y avoit si petite maison bourgeoise en ses villes où on ne bût en vaisselle d’argent ». Ce témoignage naïf est un plus éclatant hommage à sa mémoire que toutes les splendeurs de sa cour et les magnificences de l’ordre de la Toison d’or, dont on sait qu’il fut le fondateur. Il mourut à Bruges d’une esquinancie, en 1467, à l’âge de soixante et onze ans ; son corps fut transporté plus tard aux Chartreux de Dijon. Peu de princes furent aussi profondément et aussi justement regrettés.

Charles le Téméraire, quoique son règne n’ait commencé qu’en 1467, suivait depuis plusieurs années une ligne de conduite indépendante et souvent même opposée aux intentions pacifiques de son père. Sa participation à la ligue du Bien public, ses violents démêlés avec Louis XI étaient certainement peu dans les vues de Philippe, déjà vieux et ami de la paix.

Aux qualités héréditaires de sa race, courage, franchise, générosité, Charles joignait des défauts qui lui étaient personnels et qui rendaient bien périlleuse la lutte engagée avec Louis, le plus habile politique de son temps. Charles était arrogant, présomptueux, plein de fougue et d’obstination, incapable de pressentir les pièges qui lui étaient tendus, plus incapable encore de tourner une difficulté ou de recourir à l’adresse pour sortir d’un mauvais pas. Il épuisa toute son énergie, toutes les ressources de sa puissance à lutter contre les embarras que lui suscitait le roi de France sans paraître soupçonner de quelle main parlaient les coups qui lui étaient portés.

Les révoltes de Gand et de Liège, victorieusement, mais trop cruellement réprimées, lui aliénaient les populations et ne lui laissaient pas la libre disposition de ses forces. Il eut en son pouvoir, à Péronne, son rival, convaincu de complicité avec les Liégeois rebelles, et au bout de trois jours il lui rendit sa liberté, se contentant d’une promesse de neutralité qu’il fut le seul à prendre au sérieux. Il s’empara des comtés de Ferrette et de Brisgau, sans se soucier de la rupture avec la Suisse, qui en était la conséquence inévitable ; l’hostilité de ce voisinage l’entraîna dans une guerre dont il n’entrevit pas un seul instant la portée. Battu à Granson, il lui fallut à tout prix une revanche, et la journée de Morat changea en désastre ce qui pouvait n’être qu’un échec. L’importance qu’il avait toujours donnée aux prestiges de l’apparat, aux formes extérieures de la puissance, devait rendre mortel l’affront que ses armes avaient reçu ; il le comprit bien, et on le vit périr de mélancolie et de chagrin plus encore que de sa dernière défaite sous les murs de Nancy.

Il avait été mortellement frappé le 5 janvier 1477 ; son corps, à demi engagé dans un étang glacé, ne fut reconnu que deux jours après à la longueur de ses ongles et à une cicatrice résultant d’une blessure qu’il avait reçue à la bataille de Montlhéry, en 1465. Avec lui finit le duché héréditaire de Bourgogne, dont les possesseurs avaient cinq duchés à hauts fleurons, quinze comtés d’ancienne érection et un nombre infini d’autres seigneuries, marchaient immédiatement après les rois, comme premiers ducs de la chrétienté, et recevaient des princes étrangers le titre de grands-ducs d’Occident.

Charles laissait pour unique héritière une fille, la princesse Marie. Louis XI s’en fit d’abord donner la tutelle ; puis, à force de séductions et de promesses, il obtint du parlement de Dijon la réunion du duché à la couronne de France. Une alliance du dauphin avec Marie aurait légitimé cette usurpation. Louis ne voulut pas y consentir ; c’est la faute la plus capitale qu’on puisse reprocher à sa politique ; d’ailleurs ce mariage eût été trop disproportionné, le jeune dauphin ayant à peine huit ans et Marie de Bourgogne étant dans sa vingt et unième année. L’archiduc Maximilien, étant devenu l’époux de la fille de Charles le Téméraire, revendiqua les droits de sa femme et- remit en question l’unité française, qu’il eût été si facile de constituer.

Mais ce qui échappa à la perspicacité des politiques, l’instinct public le comprit et la force des choses l’amena ; le lien qui venait de rattacher la Bourgogne à la France, quelque irrégulier qu’il fût, ne devait plus être rompu. Malgré les alternatives d’une longue lutte, malgré le péril qu’entretenait pour les frontières de la province le voisinage de la Comté demeurée en la possession de l’étranger, malgré l’espèce de consécration que donnait aux droits de Maximilien sa domination sur les Flandres, la Bourgogne demeura française, et ses destinées restent dès lors indissolublement unies à celles de la patrie commune. Le titre de duc de Bourgogne reste attaché à l’héritier direct de la couronne, et chaque jour, malgré la fidélité des souvenirs aux traditions de l’histoire provinciale, la similitude de langage, l’affinité des mœurs, la communauté des intérêts. rend plus complète la fusion des deux États.

La lutte de François Ier et de Charles-Quint, les guerres religieuses et les troubles de la Fronde sont les épisodes les plus marquants qui se rattachent à la période française des annales bourguignonne s. Les populations furent admirables de dévouement et d’héroïsme pendant la première de ces crises, luttant à la fois contre les Espagnols, l’Autriche et les Comtois, donnant par souscriptions volontaires des sommes considérables, outre celles votées par les états pour la rançon de l’illustre prisonnier de Pavie, et refusant d’accéder à la condition du traité de Madrid, qui cédait la Bourgogne à Charles-Quint, représentant à ce sujet qu’ayant par les droits de la couronne et par leur choix des maîtres nécessaires, il ne dépendait pas de la volonté du monarque de les céder ainsi. La noblesse ajouta que si le roi l’abandonnait, elfe prendrait le parti extrême de se défendre et de s’affranchir de toutes sortes de domination, et qu’elle répandrait pour ce dessein jusqu’à la dernière goutte de son sang.

La fierté de ces sentiments, puisés dans les glorieux souvenirs du passé, arrêta longtemps les progrès du protestantisme ; la Bourgogne voulait être la dernière à souffrir sur son sol une nouvelle religion, puisqu’elle avait été chrétienne avant tous les Français, qui ne l’étaient devenus que par le mariage de leur princesse Clotilde avec le fondateur de la monarchie française. Les fléaux que déchaîna le fanatisme sur tant d’autres provinces furent évités jusqu’à la déplorable organisation des ligues catholiques, et, grâce à l’intervention du digne président Jeannin, le plus grand nombre des villes de Bourgogne ne fut pas ensanglanté par les massacres de la Saint-Barthélemy. Cependant l’obstination de Mayenne prolongea jusqu’en 1595 les calamités de la guerre civile, à laquelle mit fin seulement la victoire remportée par Henri IV sur les Espagnols à Fontaine-Française. Le 6 juin de cette année, ce monarque fit son entrée à Dijon ; il assista à l’élection du maire, jura de respecter les privilèges de la ville, et se contenta de changer quelques magistrats municipaux et de faire fermer le collège des jésuites.

Les dernières épreuves que la Bourgogne eut à traverser furent, sous Louis XIII, une révolte des vignerons, qui se réunissaient au refrain, Lanturlu, d’une vieille chanson, ce qui fit désigner cette révolte, qui, d’ailleurs, fut bientôt apaisée, sous le nom de Révolte des Lanturlus. Puis vint l’invasion des Impériaux amenée par les révoltes de la noblesse contre Richelieu et le. siège mémorable de Saint-Jean-de-Losne, les agitations de la Fronde, auxquelles l’influence des Condé dans la province donna une certaine importance, mais auxquelles manqua, presque partout l’appui des populations.

Dans les époques plus récentes, la Bourgogne prit sa part de tous les événements heureux on funestes dont la France fut le théâtre. La Révolution de 1789 y fut accueillie comme’ une ère réparatrice, qui devait faire disparaître les tristes abus financiers des derniers règnes, et assurer à chacun les libertés que l’on réclamait depuis longtemps. Les gardes nationales s’y organisèrent avec une rapidité merveilleuse, et, oubliant les vieilles rivalités qui les divisaient sous l’ancien régime, elles s’unirent à celles de la Franche-Comté et demandèrent à marcher ensemble les. premières contre l’ennemi.

Le département de la Côte-d’Or fournit donc un large contingent aux phalanges républicaines qui, après avoir refoulé l’ennemi, promenèrent le drapeau national dans toutes les capitales de l’Europe ; et lorsque, moins heureux, les soldats de Napoléon jar expièrent par les désastres de 1814 et 1815 les triomphes passés, nulle part ils ne trouvèrent un plus vaillant appui et de plus patriotiques sympathies que dans les populations de la Bourgogne. Depuis que les luttes de l’industrie et des arts ont remplacé dans la vie des peuples modernes les vicissitudes des champs de bataille, la Côte-d’Or, grâce au génie de ses habitants et aux richesses de son sol, a su conquérir une importance et une prospérité qui lui permettent de ne rien regretter des gloires et des grandeurs de l’ancienne Bourgogne.

Pendant la néfaste guerre de 1870-71, le département de la Côte-d’Or eut d’autant plus à souffrir de l’invasion allemande que Dijon fut successivement pris pour centre d’opérations et par les Français et par les Allemands. À la nouvelle que le passage des Vosges avait été forcé par l’ennemi et que la ligne de défense de Vesoul à Lure venait d’être abandonnée par le général Cambriels qui s’était retiré à Besançon, la résistance s’organisa à Dijon sous la direction du docteur Lavalle, membre du conseil général, tandis que Garibaldi, autorisé par le gouvernement de la défense nationale, formait un corps d’armée composé de quatre brigades dont il confiait le commandement à Bossack, Marie, Menotti et Ricciotti. Le général de Werder, commandant du 4e corps allemand, marchait sur Dijon et, le 27 octobre 1870, repoussait, à Talmay, les troupes françaises commandées par Lavalle, qui ne se composaient guère que de quelques bataillons de mobiles et de gardes nationaux.

Pendant ce temps, Garibaldi se portait sur la droite du côté de Poutailler pour essayer de rejoindre les troupes du général Cambriels. L’ennemi, ayant passé la Saône à Gray, se porta sur Dijon ; les troupes qui s’opposaient à sa marche furent repoussées à la bifurcation des routes de Gray à Dijon et à Auxonne. À la suite d’un nouveau combat livré à Saint-Apollinaire le 30 octobre, les Allemands entrèrent à Dijon. Garibaldi qui avait en vain essayé d’accourir à la défense de la ville, ce qu’il ne put faire, parce que le pont de Pontailler avait été rompu, voulut du moins protéger les autres grandes villes de la Côte-d’Or ; il fit occuper Saint-Jean-de-Losne et Seurre et lui-même revint à Dôle. Le 2 novembre l’ennemi, maître de Dijon, marchait sur Beaune et Chagny. Les troupes de Garibaldi gardèrent les rives de l’Oignon et de la Saône ; le 5 novembre, elles repoussèrent l’ennemi près de Saint-Jean-de-Losne.

A la suite de cet échec, les Allemands revinrent à Dijon pour s’y reformer et firent de cette ville le centre de leurs opérations dans l’Est. Ils reprirent bientôt l’offensive et repoussèrent d’abord, le 30 novembre, les troupes de Garibaldi ; mais le 3 décembre, celui-ci, appuyé parle général Cremer, les battit complètement à Arnay-le-Duc et à Bligny-sur-Ouche, les rejetant presque sous les murs de Dijon. Cette double victoire, qui empêchait l’ennemi de dépasser Chagny, sauva le reste du département et peut-être même Lyon. Le général de Werder revint une fois encore à Dijon pour reposer ses troupes et les reformer ; mais les événements avaient marché Au nord-est ; il dut envoyer ses troupes sous les murs de Belfort qui se défendait avec acharnement, et il ne laissa à Dijon que le général Glumer avec deux bataillons et à Semur une brigade badoise. Ces troupes furent ellesmêmes bientôt rappelées et, le 6 janvier 1871, Garibaldi rentrait à Dijon, y organisait de nouveau la défense ; il était temps, car une armée de 70 000 AIlemands s’avançait pour empêcher Bourbaki de se porter à la défense de Belfort.

Trois corps de cette armée furent successivement attaqués et battus dans les journées des 21, 22 et 23 janvier, par le général Pélissier et Garibaldi, d’abord à Fontaine et à Talant, puis à Plombières, à Daix, à Hauteville et au Val-de-Suzon. D’habiles dispositions permettaient d’espérer des succès plus décisifs lorsque, le 29 janvier, on apprit la capitulation de Paris et la notification de l’armistice. Par une fatalité encore mal expliquée, les départements de la Côte-d’Or, du Doubs et du Jura n’étaient pas compris dans cet armistice ; l’armée de l’Est était refoulée vers la Suisse, la continuation de la lutte devenait impossible, il fallut se résigner à abandonner Dijon qui ne fut évacué par l’ennemi qu’après la signature des préliminaires de paix. Quant à Garibaldi, qui le 28 janvier était parvenu à réunir à Dijon près de 50 000 hommes et 90 canons, il avait agi si habilement et avec tant de promptitude qu’il put opérer sa retraite sans rien perdre de son matériel. L’invasion allemande avait coûté au département de la Côte-d’Or 14 464 427 fr. 29.

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Mariage dans le Morvan

Posté par othoharmonie le 25 janvier 2013

Mariage dans le Morvan au XIXe siècle :
deux journées de festivités et de rituels

(D’après « Revue de folklore français », paru en 1933)

 

Il existait encore au XIXe siècle, dans le Morvandes coutumes particulières à ce pays et qui, à travers bien des siècles, étaient venues jusqu’à nous, sans presque s’altérer, se révélant surtout saisissantes aux noces. Celles-ci étaient marquées par des festivités et rituels se déroulant sur deux jours, de la « capture » de la mariée aux danses rythmées par le musettier, en passant par l’incontournable trempée

Dans cette Ecosse du Nivernais, la nature est énergique et précoce, les habitants sont formés de bonne heure. A peine, sorti du hasard et des épreuves de la conscription, le Morvandeau se cherche une compagne et son choix fait, il charge son père, un de ses parents ou une personne âgée de sa connaissance, de boulayer pour lui, de demander pour lui la jeune fille en mariage. Puis, la proposition agréée, à quelques jours de là, il se rend, endimanché et accompagné de son boulayeur, chez le père de celle qu’il aime.

Ils ont grand soin de remarquer ce qui se passe autour d’eux, à leur arrivée. Si on trace des croix dans les cendres avec les pincettes, c’est mauvais augure : on ne leur servira à déjeuner que du caillé et des crapiaux, du fromage et des œufs délayés avec de la farine : à leur départ, on dressera en l’air les tisons du feu, ce qui signifie de ne point revenir. Mais si, au contraire, ils sont reçus avec empressement, le succès de leur démarche est assuré : on se met en cuisine ; on sert l’omelette au lard, la tranche de jambon, le fromage à la crème et le vin des jours de fête ; puis, quelques paroles échangées, on passe à table.

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Noces morvandelles : le départ

Le futur beau-père fait placer à dessein les deux jeunes gens l’un près de l’autre, et pendant que lui s’entretient, avec le boulayeur, de bétail et de culture, nos deux amoureux ne cessent de chercher à découvrir dans leurs regards qui se croisent les sentiments qu’ils n’ont pu s’exprimer encore ouvertement. Cet accueil bienveillant et cordial du chef de la famille, ces apprêts extraordinaires du repas, ces regards de la jeune fille qui se forment langoureux sous sa paupière, tout cela est de bon augure, tout cela remue profondément l’âme du jeune homme ; mais rien ne lui dit encore qu’il est aimé.

Pour le savoir, il remplit son verre à pleins bords ; il boit, puis il le passe à la jeune fille à moitié bu : usage évidemment conservé des Gaulois, et qu’on est surpris de retrouver au sein de nos campagnes, comme un précieux débris de la nationalité gallique, dispersée et perdue sous le vent de la conquête ; gage d’amour, qui, chez nos pères comme chez les Morvandeaux, était l’épanchement de deux cœurs, le lien qui les attachait indissolublement. Si la jeune fille consent à boire le reste du verre, si elle le met à sec, oh ! il est heureux, il est aimé : dès lors, elle est sa fiancée ; il la prend sur ses genoux, il l’inonde de baisers et de caresses et de brûlants propos d’amour.

Souvent, pour lui, le soleil ne s’arrête pas assez longtemps à l’horizon frangé que dessinent les montagnes boisées du Morvan ; l’approche de la nuit vient trop tôt l’arracher à ces doux épanchements, à ces voluptés du cœur que sentent mille fois mieux que l’homme du monde, d’ordinaire blasé si jeune, ces hommes faits à une vie dure et laborieuse. Avant de se quitter, on convient de tout : on remet au dimanche suivant l’écrit des bans et l’achat des habits de noce ; on s’embrasse, on se dit adieu. Jamais, peut-être, le jeune homme n’a senti son cœur battre à tant d’émotions ; il reprend à pas lents et pensifs le chemin de sa demeure et rentre chez lui avec la nuit d’un des plus beaux jours de sa vie.

Le rendez-vous de cet heureux dimanche est donné sur le parvis de l’église du village, au sortir de la messe. L’épouseur y attend sa fiancée avec toute l’impatience d’un amour de vingt ans. Dès qu’il l’a distinguée au milieu de ses compagnes, il va à elle et lui jetant le bras autour de la taille, il la distrait de la foule pour l’entretenir à part jusqu’à l’arrivée des parents. Alors, on se rend successivement à la Maison Commune, au presbytère, chez le marchand, puis les emplettes faites, au cabaret, où nos deux jeunes gens boivent encore dans le même verre. Cette journée à moitié dépensée au village, s’achève, comme celle de la première entrevue, chez la future, où son épouseur l’a accompagnée. Le temps qui s’écoule entre le jour où s’écrivent les bans et le jour où l’hymen se fait est employé, de part et d’autre, aux préparatifs de la noce. Chacun invite ses parents, ses amis ; tous les conviés font venir chez eux lecoudré ; tout le monde ordonne sa toilette. Les jeunes à marier font leurs présents.

Mais, peu à peu, l’attente diminue ; le crépuscule de la dernière nuit est venu. Dans chaque famille, on se presse autour de longues tables chargées de viande, on circule autour du foyer brûlant et encombré d’ustensiles de cuisine. On mange, on boit, on cause, on rit, on chante et, par intervalle, le musettier joue des airs du pays. Les jeunes garçons chez l’épouseur, chez sa future, les jeunes filles, se livrent chacun à leur plaisir favori : la table ou la danse. Tous les fronts s’épanouissent de gaieté, tous les cœurs débordent de joie. Cependant, l’aiguille de l’horloge n’est plus éloignée de minuit que du temps nécessaire pour franchir la distance qui sépare l’habitation du jeune homme de celle de sa fiancée. Tous les grands garçons, deux à deux, bras dessus, bras dessous, l’épouseur en tête et conduit par ses deux meilleurs amis, prennent joyeux, au son de la musette, le chemin qui y mène.

Rien n’est aussi doux à voir et à entendre que ces noces qui passent à travers les ombres et le silence de la nuit, comme ces troupes de bienheureux qui vont du Purgatoire au Paradis, dans les contes religieux dont les grand-mères bercent l’esprit de l’enfance. Les airs montagnards de la musette, la flamme brillante des torches qui s’agitent dans l’air, ces jeunes gens qui accompagnent leur ami, et semblent être heureux de son bonheur, tout porte à l’esprit de bien agréables pensées.

A peine arrivés, ils tirent plusieurs, coups de pistolet, puis ils frappent à la porte et la secouent de toutes leurs forces. La porte est solidement fermée. Au bruit qu’ils font, le personnel de l’intérieur leur demande :

– Qui est là ? Que voulez-vous ? Ce n’est point à cette heure que d’honnêtes gens se présentent : vous êtes des malfaiteurs. Passez votre chemin.

– Nous ne sommes pas des malfaiteurs, répond l’un d’eux, ordinairement un garde, nous sommes des chasseurs. Nous avons tiré une caille : elle est tombée par le cornet de votre cheminée ; nous venons vous la demander.

– Nous n’avons point vu votre caille, reprennent les autres d’un ton mécontent.

Alors, il se fait quelques moments de silence ; puis, on entonne la chanson des idées, mot par lequel on désigne les cérémonies de la nuit qui précède le jour des noces. Cette chanson est par demandes et par réponses. Après chaque couplet, la musette joue un air, absolument comme dans nos cathédrales l’orgue, après chaque verset d’un psaume.

Un des grands garçons, pour l’épouseur :

Ouvrez-moi la porte,
La belle, si vous m’aimez.

Une des grandes filles, pour la jeune à marier :

Je n’ouvre point ma porte
A l’heure de minuit :
Passez par la fenêtre
La plus proche de mon lit.

Le même :

Si vous saviez, la belle,
Comment nous sommes ici.
Nous sommes dans la neige,
Dans l’eau jusqu’aux genoux ;
Une petite pluie fine
Qui nous tréfoule tous…

La même :

Allez donc chez mon père :
Il y a de bons manteaux,
Ainsi que des couvertes
Pour vous couvrir le dos.

Le même :

Les chiens de votre père
Ne font que d’aboyer,
Disant, dans leur langage :
Galant, tu fais l’amour,
Galant, tu perds ton temps.

Il y a encore là quelques instants de silence, après lesquels la jeune fille, qui parle pour la fiancée, demande sur un autre air :

Galant qui êtes à la porte,
Quel présent nous apportez-vous ?

Le jeune homme :

Le présent que je vous apporte,
Belle, le recevrez-vous ?

La jeune fille :

S’il est beau et présentable,
Pourquoi le refuserions-nous ?

Cette chanson, les airs que jouent alternativement la musette des jeunes gens et celle des jeunes filles, ne rappellent-ils pas encore quelques traits caractéristiques des noces des Gaulois ? Les deux musettiers ne sont-ils pas les deux bardes qui, dans les chants contradictoires, défendaient, l’un la virginité de la mariée, l’autre les droits du mari ? Quand la chanson est finie, encore un silence que vient briser une personne de l’intérieur, par ces paroles prononcées d’une voix forte : « Ah ! ça, vous autres ! nous aimons à croire que vous n’êtes pas des étrangers ; mais, puisque vous êtes si appris, voyons si vous répondrez à nos questions ? »

C’est vraiment plaisir d’entendre les rires francs et sonores qu’arrache à ces jeunes filles l’ignorance de ceux dont elles clouent ainsi l’impatience à la porte. Et, le plus longtemps qu’elles peuvent, elles les retiennent par des questions, par des énigmes toujours neuves, toujours improvisées sur-le-champ, toujours naïves et quelquefois par trop grivoises, qu’elles multiplient jusqu’à ce qu’on en ait deviné une. Alors, la place est forcée : elles capitulent. La chevillette qui ferme la porte est ôtée, et tous les jeunes gens se précipitent, se ruent dans la maison, à la recherche de la future, qui s’est cachée de son mieux, pendant que ses compagnes leur faisaient compter, sans chandelle, les clous de la porte. Dans quelques cantons, ce n’est point par des énigmes qu’on retient les jeunes gens à la porte. Pour être introduits, on leur demande un otage. Leur attente est proportionnée à leur nombre. Chacun d’eux se nomme successivement et on n’ouvre qu’au dernier, à l’épouseur, quand il a décliné son nom.

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Noces morvandelles : le repas

En un clin d’œil, les jeunes gens se répandent par toute la maison ; ils cherchent partout, furètent partout, remuent partout ; pas un lit qu’ils ne bousculent, pas un meuble qu’ils n’ouvrent, pas un meuble qu’ils ne dérangent ; ils ne respectent rien ! Quelques minutes leur suffisent pour explorer tous les coins et recoins de l’appartement et quelque soin qu’ait pris là jeune fille de se bien cacher, elle est découverte, à moins que, déguisée en homme, comme je l’ai vu faire, elle ne se soit mêlée aux grands garçons et ait feint de chercher avec eux.

A celui qui l’a trouvée sont réservés d’insignes honneurs : c’est lui qui, dans quelques instants, dansera avec elle la première bourrée ; c’est lui qui portera, à la noce, la bouteille de vin et le verre, la couronne de brioche pendue par une serviette à son côté, comme un sabre en bandoulière, et le rameau – nom que je crois devoir donner à une petite branche d’arbre dépouillée de ses feuilles et chargée de rubans, de bonbons et de fruits, absolument semblable à celle qu’on donne aux enfants le dimanche des Rameaux, et que pour cela on appelle un Rameau – ; c’est lui encore qui ira, ce soir, offrir aux mariés la trempée. Il conduit aussitôt la jeune fille à son épouseur. Celui-ci, après avoir remercié son ami de l’agréable cadeau qu’il lui fait, la prend sur ses genoux, la presse contre son cœur, l’embrasse et lui dit à voix basse quelques doux mots d’amour.

Cependant, le musettier qui n’a cessé de jouer pendant la recherche comme la musique de l’armée, pour soutenir le courage des combattants au milieu d’une bataille, le musettier a quitté la maison pour se rendre à la grange où déjà les danses s’organisent. Le jeune à marier remet alors sa fiancée à celui qui la lui a amenée et toute la noce suit la musette.

Si vous n’avez jamais assisté à un bal champêtre, si vous n’avez jamais dansé le gracieux rigodon et la lourde bourrée dans une grange, à la lueur blafarde d’une seule lampe suspendue à une poutre, et dont les rayons, loin d’être réfléchis, comme dans d’aristocratiques salons, par des glaces limpides, sont absorbés par la teinte sombre des murailles, vous ne pourrez que très imparfaitement comprendre tout ce qu’il y a de poétique dans cette scène que seuls rendent exactement les frais et suaves tableaux de Téniers.

Dans un coin, on a improvisé une table avec deux tonneaux et quelques planches ; on l’a couverte de verres et de grands brocs de vin. A l’entour, sur des bancs improvisés comme elle, se sont assis les vieux ; ils boivent et, tout près d’eux, à l’extrémité de la table, debout sur un tonneau comme sur un piédestal, le musettier se dandine, aussi altéré que l’outre de sa musette ; puis, sur l’aire, les jeunes filles, les jeunes garçons, qui dansent joyeux et gais : toute la noce est là. Mais pendant qu’on danse à la grange, à la maison on hâte la collation et, quand tout est prêt, quand l’horloge vivante du domaine annonce qu’il n’y a plus que quelques heures de nuit, la noce revient.

On se range autour de là table-comme on arrive, chaque garçon à côté de sa danseuse. Les gaietés les plus franches, les chansons les plus bachiques et les plus nuptiales, les conversations les plus animées, les plus vives, les plus naïves assaisonnent le repas. Puis, la collation faite, chacun cherche une place où poser sa tête un peu lourde ; on s’entasse nombreux dans les lits, les hommes dans les uns, les femmes dans les autres. Les deux fiancés s’embrassent et se souhaitent bonne nuit. Quelques instants après, le silence le plus épais enveloppe la maison : le sommeil a passé sur toutes les têtes.

Tout dort encore que les premiers rayons du jour, descendus par la vaste cheminée, seul endroit de la maison par lequel ils puissent pénétrer, blanchissent l’âtre qui fume. Alors, les femmes chargées de la cuisine s’agitent sur les chaises où elles se sont endormies et se mettent bientôt à rallumer le foyer. Elles se sont éveillées, ces femmes, dont la lumière n’avait qu’à traverser la paupière, pour arriver à leurs yeux ; mais ceux qui dorment à l’ombre d’un épais rideau de serge, il n’y a que l’habitude qui puisse les arracher au sommeil que donne une longue nuit de fatigue et d’insomnie. Cependant, au grand jour, tout le monde se lève ; tout le monde, comme à l’ordinaire, va respirer dehors l’air frais du matin. Les premières heures de cette journée sont dépensées en causeries oiseuses, éparpillées çà et là jusqu’au déjeuner, après lequel les jeunes à marier se parent de leurs habits de noce.

Ce sont les filles d’honneur qui habillent la fiancée : elles lui placent sur la tête, quand elle est jugée vierge, une petite couronne de différentes couleurs et lui attachent au côté un bouquet et une touffe de rubans, cadeaux qu’elles lui ont faits à frais communs. Le plus souvent, son vêtement n’est pas blanc. Quant à l’épouseur, il n’est guère plus endimanché qu’un autre jour, sauf que ses habits sont de drap, sauf que la cravate, la chemise et le mouchoir de poche donnés par sa future, sont d’une étoffe plus fine. Ce n’est qu’à la touffe, de rubans, que les grands garçons ont suspendu à sa boutonnière, qu’on le distingue des autres jeunes gens.

Puis tout le monde se marque, se noue un ruban rose autour du bras gauche. Les grands garçons marquent leurs grandes filles ; les jeunes à marier marquent successivement leurs nouveaux parents. Dans certains endroits, quand la noce est sur le point de quitter la maison, la jeune à marier s’assied dans la porte par où tout le monde doit sortir, place une chaise à côté d’elle, et une assiette dessus. Puis, elle étend sa jambe et relève sa jupe jusqu’au genou. Le premier homme qui passe lui ôte sa jarretière et la dépose dans l’assiette avec ses générosités ; le second rattache la jarretière à la jambe de la jeune fille et laisse aussi son présent dans l’assiette ; le troisième détache la jarretière, le quatrième la renoue et chacun fait son cadeau de noce. Cet exercice et cette offrande se continuent jusqu’au dernier. Et l’on part.

La noce, musique en tête, se déploie en colonne, comme toutes les noces ont fait ; mais ce. qu’elle n’a point dé commun avec celles que vous voyez ordinairement passer sous vos regards, c’est la manière de se donner le bras : les femmes conduisent les hommes ; c’est encore de voir, sur un des flancs et hors rang, l’homme au rameau l’élever en l’air, en signe de triomphe. Tout le long du chemin, on chante les chansons dont le musettier joue l’air, et le bruyant, le joyeux passage de cette noce appelle les curiosités au seuil de toutes les portes.

On arrive enfin à la Maison Commune. Après là célébration du mariage, on offre à l’officier de l’état-civil un morceau de brioche et un peu de vin. Puis, on reprend sa marche pour l’église, où va se consommer le second acte. A la porte, la musette s’est tue ; tous se sont arrêtés, tous ont fait silence : la jeune à marier attache sa jarretière. Pour cela, il ne faut qu’un instant, et l’on entre. Les deux époux, conduits par leurs parents, vont s’agenouiller devant l’autel, puis les chants d’églises commencent ; puis, le prêtre donne la bénédiction nuptiale.

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Noces morvandelles : la trempée

Et, pendant ce temps-là, tous les yeux sont fixés sur les cierges des mariés. On remarque celui des deux qui brûle le plus vite. Ils sont l’emblème de la vie des époux ; celui-là doit mourir le premier dont le cierge s’use davantage. Et lorsque le jeune homme passe au doigt de sa femme la bague d’argent, premier anneau de la chaîne indissoluble qui lie leurs existences, elle ferme son doigt : car moins la bague sera descendue avant, plus elle aura d’empire sur son mari.

Mais les cérémonies religieuses sont finies : on a replié ce voile mystérieux qui rappelle clairement le rideau du lit nuptial ; on a fait crier, pendant que les mariés étaient dessous, la poule, emblème de la fécondité, qu’on a apportée exprès de la maison et qui sera, au dîner du soir, la pièce d’honneur : l’hymen est fait. Alors, tous les grands garçons se précipitent vers la mariée : c’est à qui arrivera le premier, c’est à qui aura la gloire de détacher sa jarretière. Il y a, parmi eux, confusion, cohue. Le reste de la noce s’écoule lentement jusqu’à la porte, où l’heureux grand garçon qui a dénoué la jarretière en distribue une fraction à chaque convié, qui reçoit aussi un morceau de brioche et un peu de vin. Cette jarretière est toujours un ruban d’un ou plusieurs mètres.

Quand toute la noce s’est ainsi de nouveau marquée, en fixant à son habit par une épingle une fraction de la jarretière, on se rend au presbytère. On y reste peu de temps ; puis, comme, chez le Morvandeau, en tout, le profane touche de près au sacré, cette noce, tout à l’heure agenouillée, pieuse et fervente au pied de l’autel, cette noce qui versait dans l’église des larmes et des prières comme une jeune fille au sein de sa mère, cette noce s’en va, rieuse et folâtre, du presbytère au cabaret où l’attendent des tables chargées de vin.

Là, pendant plusieurs heures, on danse et on boit, on boit et on danse, encore, toujours ; là, c’est la fête mondaine, dévergondée, aux allures lascives ; là, c’est l’orgie dégoûtante. Chacun en sort la jambe avinée. Et tout le long du chemin, les chants, les conversations, tout se ressent de la station faite à la taverne : la conséquence est mathématique ; mais rien de plus saillant, à moins que quelqu’un n’ait planté un bouquet au milieu de la route. Alors, on s’arrête et l’on danse en rond autour du bouquet ; on donne un morceau de brioche et un verre de vin à la personne qui vous a fait l’honneur de ce bouquet qu’on emporte. Et tout est dit ; on reprend son chemin sans halte, si on ne rencontre pas encore quelques honneurs.

Cependant, toute cette gaieté est quelquefois attristée par des rencontres fâcheuses : si une pie traverse le chemin, superstition qu’on rencontre dans les bucoliques de Virgile et dans l’esprit des Morvandeaux, c’est mauvais augure, un malheur traversera la vie des mariés. Si l’on rencontre des voitures ou un mort qu’on mène en terre, c’est un malheur encore que l’avenir leur garde. La superstition, dans le Morvan, exploite la moindre chose, le moindre événement. On ne se marie jamais dans le mois de mai ; on l’appelle le mois des ânes.

Mais la noce arrive au domaine. Les personnes restées à la maison pour veiller aux apprêts du repas ont été averties par les chants joyeux et les sons de la musette de l’approche de la noce qu’elles ont vu, il y a déjà quelque temps, descendre le penchant de la colline. Elles se sont portées à la porte de la maison, et quand la mariée est sur le point d’en franchir le seuil, une d’elles lui jette au visage une poignée de graine de chanvre ou de navette, et la force à donner un coup de dent au morceau d’éponge qu’elle lui présente. Pour éprouver si elle aura de l’ordre, on étend sous ses pas, en travers de la porte, le balai qu’elle doit ramasser et mettre à sa place accoutumée.

Par cette pluie de graines dont on l’inonde, on souhaite à la jeune femme beaucoup d’enfants, seule richesse du pauvre cultivateur ; si ce sont des enfants mâles qu’on lui souhaite, c’est de la graine ronde qu’on lui a lancée à la tête ; pour les filles, c’eût été de la graine longue, du seigle, de l’avoine, par exemple. Quant au morceau de pain mordu, c’est le symbole de la communauté, sa signification étant enfouie sous une couche de siècles. Maintenant, conduisez votre regard dans l’intérieur de la maison : les jeunes mariés embrassent en pleurant tout le monde ; chacun d’eux reconnaît comme siens les membres de sa nouvelle famille, et à ces embrassements expansifs succède un silence pieux, touchant, solennel, mais de courte, durée : le jeune marié s’est coiffé de son bonnet de coton blanc, sa nouvelle marque distinctive ; le dîner fume sur la table.

Si les mets qu’on y sert ne sont point succulents, ils sont abondants du moins : y a d’quoé m’zer ! dit en cette circonstance le patois du Morvan. Pour cette noce, on a décimé la basse-cour, on a attaqué la bergerie, attaqué l’étable. Le vin de Bourgogne coule dans tous les verres à pleins bords. Rien ne manque à ce repas, où tous les convives mettent de côté leur sobriété naturelle. On reste longtemps les pieds sous la table ; on se leste presque toujours trop l’estomac. Au dessert, on chante tous en chœur, avec les inflexions de voix sonores, traînantes, saccadées, des chansons du pays, composées dans la langue du terroir. C’est à étourdir, à briser les oreilles.

Les mariés choisissent le moment où tous les esprits sont aux chansons pour gagner furtivement le lit qu’on leur a préparé dans une pièce isolée. Leur absence n’est, remarquée que longtemps après, lorsque la noce est rassasiée de chants, comme elle l’était auparavant de viandes. Un seul cri s’échappe alors de toutes les bouches : la trempée ! la trempée ! Et l’on prépare la trempée. Celui qui a eu le bonheur aux Iolées de trouver l’épousée, s’en va, une pleine jatte de vin à la main, quêtant le sucre que chaque grand garçon donne à sa générosité ; puis, le sucre fondu, on jette dans le vin deux tranches de pain, et, musique en tête, toute la noce se rend à la chambre, des mariés. Mais la porte est fermée et ne s’ouvrira que lorsque auront cessé les airs gais de la musette et les gaies chansons des grands garçons.

La mariée porte la première ses lèvres à la trempée ; la première elle prend sa part du pain qu’on lui offre. Ils boivent tour à tour jusqu’à la dernière goutte et, à chaque reprise, un des grands garçons leur passe sous le nez, pour leur essuyer les lèvres, une aile de volaille, un pieumas. Puis, celui qui a apporté la trempée, si son monsieur n’est à la noce, prend sur ses deux bras la jeune femme, qui, jusqu’ici, ne s’est point déshabillée, la fait danser quelque temps et la remet auprès de son mari de la manière dont il l’y a prise.

Et la foule se retire. Les danses vont se former dans la grange où vous les avez vus tourbillonner la nuit précédente, les mêmes danses à côté des mêmes libations. Elles se prolongent ordinairement jusqu’au jour, dont les frais rayons viennent se refléter sur des toilettes en désordre, des visages pâles et fatigués. On se couche. Le peu de temps donné au sommeil entre les danses et le déjeuner, où se doivent m’zer las rechtes de la noce, a calmé l’effervescence, disons l’ébullition des conviés. A part quelques propos légers qui traversent encore la table en tous sens, à part quelques bons mots aux dépens de la mariée et qu’on se permet dans les villes, bien que moins crûment dits, on est plus sérieux, plus posé. Une chose seulement préoccupe tous les esprits : chacun tient à savoir quel est celui des deux mariés qui s’est endormi le premier : car celui qui s’est endormi le premier dans la nuit de ses noces doit le premier aussi s’endormir dans la nuit du trépas.

La fête se termine avec ce déjeuner, à moins que les apprêts n’aient excédé le nombre et l’appétit des conviés. En ce cas, la noce continue jusqu’à l’entière consommation des vivres. Puis, après cette excursion gastronomique, chacun rentre dans sa sobriété, chacun reprend sa vie de travail et de fatigue.

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Remèdes curieux d’autrefois

Posté par othoharmonie le 16 novembre 2012

Remèdes curieux
des guérisseurs d’autrefois

(D’après « Le Petit Parisien », paru en 1911)

 par LA RÉDACTION

En 1911, Jean Frollo du Petit Parisien, se complaît à détailler sur un ton amusé, quelques étranges remèdes utilisés par les anciens, de la fiente de cheval à la ceinture emplie de crapauds vivants, en passant par des vipères débitées en morceaux, recettes issues de l’ingéniosité des guérisseurs de jadis

Remèdes curieux d'autrefois dans Mythologie/Légende guerisseurA cent reprises on a raconté comment nos pères se soignaient, et à quels remèdes étranges ils avaient recours, mais le sujet est si amusant, si curieux, qu’on y revient toujours avec plaisir. D’ailleurs, nous ne nous défendons pas d’un peu de gouaillerie à l’égard des malades d’autrefois, que nous estimons crédules et naïfs, sans nous douter que dans deux siècles d’ici nos descendants penseront de même à notre sujet et se moqueront d’une foule de méthodes, réputées excellentes aujourd’hui.

La goutte était le gros souci des gens riches et titrés. Leur genre d’existence en favorisait admirablement l’éclosion. Peu d’exercice, des séances prolongées à table, l’abus des bons vins, l’amoncellement des viandes, tout cela déterminait avec sûreté l’apparition du mal, qui, pour ne s’attaquer qu’aux personnes de distinction, n’en était pas moins désagréable. Alors, les médecins, mandés sur l’heure, se présentaient bientôt, avec des mines méditatives, comme il convient à des hommes possesseurs des plus précieux secrets.

Et, en effet, ils avaient des secrets étonnants ! C’est ainsi qu’ils firent avaler au cardinal de Richelieu de la « fiente de cheval », délayée dans du vin blanc. Le terrible ministre s’exécuta sans mot dire, mais non sans grimacer. Son successeur, Mazarin, connut le même remède, à cette différence près qu’il ne l’avala pas. On en confectionna seulement un gros cataplasme, qu’on appliqua sur la jambe atteinte, sans le moindre succès.

En général, ces messieurs de la Faculté saignaient leur client, et plutôt deux fois qu’une. Ceci, au surplus, est une simple façon de parler. « Plus on tire d’eau croupie d’un puits, avait écrit le médecin italien Botol, plus il en revient de bonne. » Le puits, c’était le malade. En conséquence, la lancette ne s’arrêtait pas. Il y eut un certain M. Cousinet, que Guy Patin saigna soixante-quatre fois, sous prétexte de le guérir de ses rhumatismes. Le roi Louis XIII fut victime de ce traitement à quarante-sept reprises le long d’une année, et, durant le même temps, on lui fit prendre deux cent cinquante-neuf purgations.

Dans ses aimables lettres, souvent si gaies, quelquefois si malicieuses et perfides, la belle cousine de Bussy-Rabutin, la spirituelle Sévigné, nous donne des renseignements inouïs sur la médecine de son siècle, qu’elle ne dédaignait pas, bien au contraire. Nous savons qu’elle eut la jaunisse, et qu’elle s’en débarrassa en prenant des pilules contenant de l’urine.

Une autre fois, se sentant faible, elle eut recours aux vipères, et en fit une grande consommation. C’était un remède sans égal pour rendre la vigueur. La marquise, convaincue, écrivait à son fils « M. de Boissy va me faire venir deux douzaines de vipères du Poitou ; prenez-en deux tous les matins, coupez-leur la tête, faites-les écorcher et couper en morceau, et farcissez-en le corps d’un poulet ; c’est aux vipères que je dois la pleine santé dont je jouis ». Elle leur devait également, à certains jours, une influence marquée sur l’usage qu’elle faisait de sa langue.

L’ingéniosité des guérisseurs d’antan valait celle des inventeurs modernes de remèdes infaillibles. A mon avis, elle l’emportait même, sous le rapport du pittoresque et de l’imprévu. Voyez la calvitie, par exemple, cette infirmité contre laquelle nous nous épuisons en vains efforts, mais dont Absalon eût bien voulu être affligé. Nos aïeux en souffraient comme nous. Eh bien, ils se laissaient persuader qu’elle cessait, grâce à l’application de trois cents limaces, bouillies dans une décoction de savon, de miel, de laurier et d’huile d’olive.

A la place de l’ipéca, que les militaires français n’estiment guère, on employait la râpure d’ongle. Pour la jaunisse, citée plus haut, les vers de terre, rincés dans du vin blanc, passaient pour souverains mais, quand ils manquaient leur effet, on mêlait de la fiente d’oie aux boissons ordinaires, et, pour le coup, le mal disparaissait comme par enchantement. L’hydropisie partait aussi vite, lorsque la personne atteinte ne craignait pas de porter une ceinture pleine de crapauds vivants, qui lui grattaient le ventre et les reins. Il est vrai que si cette personne était chatouilleuse, elle risquait de succomber à force de rire.

Tout cela est amusant, j’en conviens, et nous avons le droit de sourire en songeant à la crédulité des hommes d’il y a deux ou trois siècles. Mais, encore une fois, ceux qui viendront après nous en auront peut-être autant à notre service !

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Les Dames de Pierre

Posté par othoharmonie le 11 novembre 2012

Dames de pierre d’Oliferne (Jura)

(D’après « Traditions populaires comparées » paru en 1854)

 

Célèbres par leurs enchantements, les flancs de la verte montagne d’Oliferne, où s’élèvent les ruines solitaires de l’ancien château, retentiront toujours du son des cors, des voix humaines et des aboiements prolongés qui composent le concert magique où se plaît encore, dit-on, l’âme de l’ancien seigneur de cette terre qui s’illustra par un véritable bras de fer avec le roide France

Un garde forestier, témoin oculaire de ces prodiges, assurait il y a bien longtemps, tout ému qu’il en était encore, qu’attiré un beau matin par le bruit de la chasse, il était arrivé à une clairière de la forêt ; que là il avait trouvé rassemblés, sous les amples rameaux d’un chêne, une foule de grands seigneurs, de belles dames et de piqueurs, les uns mangeant sur le gazon, les autres gardant les chevaux ou distribuant la curée à de nombreux limiers ; que la joie la plus vive animait le banquet ; que, n’osant aborder une société aussi brillante, il s’était reculé ; qu’il avait pris, pour s’échapper, un oblique sentier dans le bois ; mais qu’enchanté d’un spectacle si nouveau pour lui, il avait retourné la tête, afin d’en jouir encore… Plus rien, tout avait disparu. Dans de vieilles chartes, le nom de ce château fut quelquefois écrit Holoferne, comme celui que portait un général persan des troupes de Nabuchodonosor et qu’a rendu illustre l’acte courageux d’une héroïne d’Israël, Judith. Holoferne signifiait le vaillant capitaine ; et tout ce que l’on raconte du courage indomptable du seigneur d’Oliferne est si prodigieux, qu’on serait tenté de croire à un secret rapport entre le chasseur sauvage de cette montagne et la signification du nom qu’elle a porté.

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Ruines du château d’Oliferne

 

Le même garde forestier nous a donné sur l’ancien seigneur de celte terre des renseignements biographiques dont l’authenticité n’est pas moins certaine. L’ancien seigneur d’Oliferne avait été un puissant personnage de son époque. A croire notre garde forestier, il aurait balancé le pouvoir du roi de France ; et, suivant lui, c’était beaucoup dire ; mais il était aussi haut que son manoir. Le narrateur entendait par ces paroles que le baron était aussi orgueilleux que son château était élevé au-dessus des deux grandes vallées de l’Ain qu’il dominait, l’Anchéronne et la Valouse. Car on disait que cette forteresse de son domaine était de celles qu’on ne peut prendre ni conquérir que par l’art de la nécromancie (Essai sur l’histoire de la Franche-Comté). « Ce présomptueux vassal, disait le roi, se moque de tout le monde et se croit au-dessus de nous : je veux le forcer de rentrer dans des sentiments de soumission plus convenables à la condition d’un simple feudataire. »

Le monarque le menace, en conséquence, d’une guerre, par un envoyé qui lui en porte la déclaration : « Dites à votre maître, répond le seigneur d’Oliferne, qu’on ne récolte pas assez de foin dans tout son royaume pour remplir les fossés de mon château. » Les fossés de la forteresse d’Oliferne sont, en effet, la profonde vallée de la rivière d’Ain, d’une part, et le bassin de la Valouse, contenant tout le canton d’Arinthod, de l’autre ; avec le ténébreux ravin de l’Anchéronne et celui de Vescles, qui rendent, en effet, inabordable la haute position d’Oliferne. Inattaquable à la force brutale, le fier baron resta vainqueur ; il eut ensuite à se défendre contre la ruse. On ne chercha plus qu’à saisir sa personne, et des émissaires apostés le guettèrent pour le surprendre dans le sommeil. Or, se doutant bien de l’espionnage, que fit le rusé seigneur ? Partout où il se retirait pour passer la nuit, il arrivait sur un cheval ferré à rebours, de manière à faire croire qu’il était parti de ce lieu dans la direction des empreintes des fers de sa monture sur le sol.

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Vallée de l’Ain et pic Oliferne

 

A la fin cependant, soit par le nombre, soit par une plus habile stratégie, soit par la trahison, le roi se rendit maître de la formidable forteresse. Le seigneur s’échappa sans doute ; mais ses trois filles, saisies dans leur refuge, payèrent de leur vie la résistance de leur père. Elles périrent par le supplice de Régulus : on les renferma dans un tonneau que l’on garnit d’une multitude innombrable de clous, dont les pointes étaient tournées contre elles, et on les lança dans la pente de la montagne. Le tonneau roula ainsi jusqu’au fond de la vallée, trajet d’une demi-lieue qui fut fait en moins de deux minutes ; la rivière d’Ain le reçut dans ses flots.

La pitié du peuple, qu’émut cette triste aventure, imagina dès lors une métamorphose pour en perpétuer le souvenir. On montre sur la rive opposée, en face d’Oliferne, trois pointes de rocher, d’inégales hauteurs, et ces aiguilles s’appellent les Trois Damettes. On donne le même nom à la forêt qui couvre la montagne. Au reste, toute cette historiette, dont la moitié nous reporte aux temps mythologiques, et l’autre moitié aux hostilités de la France contre le comté de Bourgogne, est une de ces compositions populaires où la chronologie est ordinairement fort maltraitée, et à travers lesquelles il ne faut pas chercher de la vraisemblance. Ce qu’il y a de plus apparent dans ces traditions, c’est que le chasseur d’Oliferne ressemble singulièrement au chasseur nocturne qu’on appelle, à Condes, le roi Hérode, traversant la vallée de l’Ain la veille du Jour des Rois.

Ainsi, les pics des Trois Damettes d’Oliferne garderont un éternel souvenir de leur catastrophe, dont la couleur est aussi danoise ou Scandinave qu’orientale, grecque ou romaine. Leur supplice n’est pas de l’invention des seuls Carthaginois : vous le trouvez dans la Suède et le Danemark, à une époque fort ancienne, à en juger par les recueils poétiques du Folk Visor, où l’on voit un jeune roi menacer la jeune Karine, si elle ne veut pas être tout à lui, de la faire mettre dans un tonneau armé de pointes de fer, et qui l’y fait périr en effet. « Alors deux blanches colombes descendent du ciel et prennent la petite Karine. On n’avait vu venir que deux colombes : en ce moment, on en voit trois », écrit Marmier dans ses Souvenirs de voyage.

Les âmes toutes filiales des dames d’Oliferne n’ont pu se décider à se rendre où vont toutes les âmes ; elles ont préféré se réfugier dans les trois aiguilles de pierres, poste élevé d’où elles peuvent, tout le jour, contempler à leur aise, le manoir paternel, et dont elles se détachent, au soir, pour se promener dans ce romantique séjour. Tantôt leurs mânes vont s’asseoir, pâles et silencieux, au champ-Dolent - nom tout à fait druidique indiquant partout où on le rencontre la proximité d’un monument gaulois -, sur le bec de Grimona, ou sur les trois pierres de Brandon - indice d’un dolmen -. bornes de leur ancienne châtellenie ; tantôt on les voit marcher d’un pas grave à travers les forêts jadis sacrées de Trépierre - autre indice d’une pierre levée – et de Chastain – Castum nemus. Une autre fois, on les entendra gémir parmi les chênes dodoniens du mont de la Colombe, ou pleurer dans les roseaux de l’étang de Saint-Colomb.

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Le Rocher de la Garde

Posté par othoharmonie le 16 septembre 2012

 

  • Le rocher de la Garde ou Wachtfelsen, selon la légende, aurait été un point d’observation et un poste de surveillance qui servaient aux Celtes pour surveiller la plaine pendant la période des grandes invasions.

La commune de la Garde tient son nom de son rocher qui, dès l’Antiquité, a servi de poste de guet.La Garde possède des vestiges de l’Antiquité et de la période romaine.

Le Rocher de la Garde dans Connaître les PIERRESCité en 1056 sous le nom de Guarda, le château fut fief des évêques de Toulon au xiiie siècle, des Castellanes au xve, puis seigneurie des Glandevès puis des Thomas. Aujourd’hui, il n’en reste que la chapelle et une tour d’angle.

Vigie de Toulon au Moyen Âge, La Garde a subi de nombreuses invasions mais aussi les guerres de religion. Elle fut saccagée en 1707 par les troupes de Savoie alors qu’elle était connue sous le nom de La Garde lès Toulon.

Saint Maur, patron de la commune, est en fait un dénommé Maur qui passa par là en 542. Affamé lorsqu’il entra dans le village, une vieille femme lui donna pour du pain et des oignons.Maur les bénit et décida qu’à partir de ce jour, les oignons de La Garde auraient la douceur de la pomme.

Ancien centre agricole prospère, la Garde est devenue banlieue urbaine de Toulon. Du rocher d’andésite on a extrait les pavés de Toulon.

Plus récemment, pour « punir » la ville de Toulon de s’être livrée aux Anglais, Napoléon Bonaparte transféra le quartier de Ste Marguerite au village de La Garde. C’est pourquoi il y a une mairie annexe dans ce quartier, un peu éloigné du centre-ville administratif de la commune.

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Le Rocher d’UZEL

Posté par othoharmonie le 9 septembre 2012


(Légende des bords de la Vilaine).

Le Rocher d'UZEL dans Connaître les PIERRES 220px-Saint-Senoux_-_Pl%C3%A9ch%C3%A2tel_gareLa gare de Pléchâtel-Lohéac, sur la ligne du chemin de fer de Rennes à Redon, est située au pied du rocher d’Uzel. Ce rocher était, sans contredit, le site le plus élevé et le plus sauvage des bords de la Vilaine avant le passage du chemin de fer, qui l’a fait disparaître en partie. Tout en haut s’élançaient de gigantesques pierres, ayant la forme d’une statue. Vers le milieu, existent encore des grottes naturelles où l’on voit, gravés sur le schiste des parois, les noms des promeneurs qui les ont visitées. Ces grottes à l’abord assez difficile autrefois, sont à peu près impraticables aujourd’hui.

C’est là, sur ce rocher, avant la construction du pont qui relie maintenant lacommune de Pléchâtel à celle de Saint-Malo-de-Phily, que nous fut racontée, il y a un demi-siècle par un vieillard, appelé Richomme, batelier chargé de transporter les passagers d’une rive à l’autre, la légende du Rocher d’Uzel.

I

Lors d’une croisade en Terre Sainte, un jeune homme de la paroisse de Pléchâtel fut un des premiers à s’enrôler.

C’était un pauvre cadet de famille, du nom de Louis du Plessis, qui n’avait rien à espérer de la succession de ses pères, et qui, pour ce motif, s’était vu refuser la main de la belle Jeanne de la Driennays, sa voisine.

Il habitait le manoir du Plessis-Bardoul, sur la rive gauche de la Vilaine, non loin du rocher d’Uzel, et celle qu’il aimait demeurait à la Driennays, de l’autre côté de la rivière, près du bourg de Saint-Malo-de-Phily.

Jeanne, elle aussi, aimait Louis. 

Les deux familles vivaient en bonne intelligence, et se voyaient fréquemment. Jeanne, fille unique, avait perdu sa mère de bonne heure et avait, pour ainsi dire, été élevée par Mme du Plessis.

L’amour des deux enfants était né presque en même temps qu’eux, et avait grandi avec les années.

Cependant, hélas ! le seigneur de la Driennays, riche et avare, n’entendait pas marier sa fille à un cadet de famille, et les jeunes gens comprirent qu’ils ne vaincraient jamais sa résistance, que les plus beaux raisonnements viendraient se briser contre l’entêtement du vieillard. Celui-ci avait, d’ailleurs, choisi pour gendre un gentilhomme des environs pour le moins aussi riche que lui.

Le chagrin des deux enfants était navrant et, sans les idées chrétiennes dont Louis était animé, il eut, certes, songé à en finir avec la vie. Aussi apprit-il, presque avec joie, la croisade projetée, et peut-être même espéra-t-il ne jamais revenir de Palestine.

Lorsqu’il fit part de sa détermination à sa famille, sa mère pleura à l’idée de se séparer de son fils ; mais cependant comme la cause qu’il allait défendre était noble et louable, elle ne chercha pas l’en détourner.

Son père lui fit don d’une longue rapière, fine lame qui avait été bénite autrefois par un saint de Bretagne, et qui était encore teinte du sang de l’ennemi.

Louis fit ses adieux à Jeanne et à son père et, après avoir pris congé des siens, partit suivi d’un jeune paysan qui, pour ne pas quitter son maître, lui proposa de l’accompagner en qualité d’écuyer.

Du reste, à cette époque des croisades, la foi était vive dans tous les cœurs.

II

Lorsque les troupes chrétiennes arrivèrent sous les murs de la Ville Sainte, un terrible combat s’engagea.

Les assiégés se défendirent si vaillamment que les croisés furent un instant forcés de se replier ; mais leurs chefs les rallièrent, relevèrent leur courage et la bataille recom mença. Cette fois les infidèles furent vaincus et s’enfuirent de toutes parts.

Louis du Plessis eut la douleur de voir son écuyer, atteint d’un javelot, mourir à ses côtés, tandis que lui semblait être invulnérable. Au plus fort de la mêlée où il s’était résolument avancé, sa flamberge faisait merveille. Les infidèles reculaient épouvantés devant cette terrible lame qui tuait son homme à chaque coup.

Le jeune Breton venait de transpercer un Sarrasin qui, en tombant par terre, eut encore le courage de le mordre à la jambe. Notre guerrier se retourna et lui enfonça, de toute sa force, son épée au travers du corps. Malheureusement, l’arme rencontra un caillou et se brisa par la moitié.

Il ne restait à Louis qu’un tronçon d’épée qui ne pouvait guère lui être utile pour se défendre. Au même instant, un rire satanique partit à ses côtés et il vit s’avancer vers lui un grand gaillard, noir comme un nègre, qui semblait le défier par son air insolent.

Louis, exaspéré de son accident et de l’ef fronterie de ce homme, prit son épée par le tronçon et voulut en asséner un coup sur la tête de son ennemi. Mais il lui suffit de diriger du côté du Sarrasin la poignée de son arme, qui représentait une croix bénite par un saint de l’Armor, pour que l’infidèle tombât à la renverse en poussant un cri de rage.

Du Plessis s’avança vers lui, s’empara de ses armes, le garrotta et lui dit: « Je te laisse la vie, suis-moi. Mon écuyer vient d’être tué, tu le remplaceras. »

L’homme noir ne se le fit pas dire deux fois ; il se releva et accompagna son maître d’un air soumis.

La guerre terminée, Louis revint dans son pays avec son écuyer. D’une soumission à toute épreuve, et même d’un dévouement incroyable, ce fut le Sarrasin qui, le premier, demanda à ne pas se séparer de son maître.

De retour en Bretagne, aussi pauvre qu’à son départ, Louis sentit renaître ses chagrins en apprenant que le mariage de Jeanne était décidément arrêté, et qu’il allait avoir lieu bientôt. 

Pour s’étourdir, Louis, toujours suivi de son fidèle écuyer, chassait du matin au soir, sous le soleil ou la pluie. Rien ne l’arrêtait. La fatigue ne semblait pas avoir de prise sur lui : il partait au lever du jour et ne rentrait que tard dans la nuit.

Triste et malheureux, il laissait souvent son cheval errer à l’aventure au milieu des bois, ne s’apercevant pas que l’animal s’arrêtait pour paître l’herbe, ou dérober les pousses des jeunes arbres. Parfois, au contraire, il enfonçait les éperons dans le ventre de sa bête et lui faisait faire des courses folles, sans but, en dépit des obstacles nombreux qui surgissent, à chaque pas, dans un pays de forêts, de coteaux, de rivières. Les paysans se signaient en voyant ce cavalier passer comme un ouragan, suivi de son écuyer noir qui ne le quittait pas plus que son ombre ; les femmes et les enfants se cachaient à leur approche.

Un autre que le Sarrasin n’aurait pu résister à ce genre de vie. Indifférent à tous les caprices de son maître, il semblait posséder un don surhumain pour affronter les mêmes périls et, dans ses courses, ne jamais le quitter d’une semelle. Cette existence paraissait même lui plaire car, plus d’une fois, lorsque Louis arrivait au paroxysme du chagrin et commençait une course insensée, les yeux du valet lançaient des éclairs et un sourire plissait ses lèvres.

Quel motif pouvait donc le rendre joyeux devant l’atroce souffrance du pauvre garçon ?

III

rocher dans Connaître les PIERRESC’était la fin de l’automne, l’époque des jours courts et brumeux. Le mariage de Jeanne était proche, et la tristesse de Louis augmentait.

Un soir qu’il revenait de la chasse, plus morose, et plus malheureux que jamais, son domestique rompit le silence le premier — ce qu’il n’avait pas encore fait — et dit :

— Maître, j’ai une communication à vous faire.

— Parle, répondit Louis, distrait.

— Je ne puis le faire ici. Il faut que vous vous laissiez conduire par moi quelque part. 

— Marche, je te suis.

Le Sarrasin s’en alla à travers les landes où de grandes pierres grises, ressemblant à des croix, se dressaient au-dessus des ajoncs.

S’approchant de l’une de ces pierres, qui sembla reculer devant lui, un souterrain apparut sous les pieds de l’homme noir qui y descendit après avoir allumé une lanterne qui se trouvait placée dans une cavité de mur.

Louis, sans hésiter, le suivit. Ils marchèrent d’abord dans la boue, car l’eau suintait le long des roches. Bientôt ils gravirent plusieurs escaliers étroits et rapides, puis arrivèrent enfin dans une chambre ressemblant à la demeure d’un sorcier.

Il y avait une forge dans un coin, et sur une table des instruments de toutes sortes et de toutes formes. Des pépites d’or étaient sur un fourneau et des pièces du même métal brillaient çà et là.

Louis, de plus en plus surpris, dit enfin à l’homme noir :

— Où sommes-nous ici ?

— Dans une arrière-grotte du rocher d’Uzel. 

— Chez qui ?

— Chez moi.

— À qui cet or ?

— À toi si tu le veux. (C’était la première fois qu’il tutoyait son maître.)

— Qui donc es-tu ?

— Satan.

Louis, un peu troublé à cette réponse, se remit cependant et reprit :

— Et que veux-tu que je fasse de cet or?

— Porte-le au vieil avare de la Driennays, afin de devenir son gendre.

— Qui t’a dit que j’aimais Jeanne ?

— Je l’ai deviné.

Louis du Plessis contemplait ces tas d’or et se disait : « C’est vrai, avec cela je pourrais sans doute l’épouser. »

— Quelles sont tes conditions ? demanda le pauvre amoureux, qui supposait bien que le diable ne lui donnerait pas son or gratuitement.

— Prends cette fortune, répondit Satan, fais-en ce que tu voudras ; mais épouse Jeanne qui, dans dix ans, cessera d’être ta femme parce qu’elle m’appartiendra, et je viendrai la chercher ici, sur le haut de ce rocher.

— Tais-toi, misérable ! Jeanne t’appartenir ! Oh ! jamais, jamais ! Garde ton or, et laisse-moi sortir d’ici.

Satan toucha une pierre qui tourna aussitôt sur elle-même, et laissa pénétrer une bourrasque de vent. Louis sortit, et se trouva dans les grottes connues du rocher d’Uzel.

— Tu as huit jours pour réfléchir, lui cria le diable ; ce délai expiré, tu ne me verras plus. Pendant huit nuits je t’attendrai au pied du rocher.

À partir de ce moment, le Sarrasin ne reparut pas au Plessis, mais Louis le rencontra souvent dans ses promenades solitaires. Lorsque ce dernier songeait aux monceaux d’or de la grotte, Satan lui apparaissait immédiatement, tantôt à califourchon sur un talus, tantôt assis au pied d’un arbre, dans les clairières du bois, ou bien encore adossé aux pierres grises des landes. Partout il le trouvait, presque au même instant, dans les endroits les plus opposés.

IV

Le hasard fit que Louis et Jeanne se rencontrèrent dans la campagne. Tous les deux furent l’un vers l’autre, sans lever les yeux. Tout à coup la jeune fille se mit à fondre en larmes et voulut s’éloigner. Louis lui prit la main qu’il serra dans les siennes.

En voyant les pleurs de Jeanne tomber dans la poussière du chemin, il pleura à son tour en lui racontant ses chagrins, ses souffrances, ses tortures et, enfin, sa visite au rocher d’Uzel.

La jeune fille, tout d’abord effrayée de ce récit fantastique se remit promptement et dit à Louis : « Dieu, qui nous voit, ne permettrait pas que sa fille devînt la proie du diable. Accepte, mon ami, puisque c’est le seul moyen qui nous est offert. Nous saurons, par des prières, déjouer les projets du malin esprit. »

Et les deux jeunes gens se quittèrent dans la crainte d’être aperçus. 

La journée parut longue à Louis qui, ce jour-là, ne rencontra pas Satan, et se vit obligé d’attendre la nuit.

L’heure arriva enfin ; mais lorsque ce moment fut venu, Louis épouvanté de l’engagement qu’il allait prendre, n’osait plus avancer. Il se disait, pour ranimer son courage près de défaillir : « Dix ans de bonheur ! c’est long et séduisant. Puis Dieu ne permettrait pas, comme l’a dit Jeanne, qu’une femme pieuse et bonne devînt la proie du diable. »

Malgré tous ces raisonnements il ne pénétra qu’en tremblant dans les grottes du rocher, en se déchirant aux ronces et aux épines qui en obstruaient les abords.

Satan l’attendait. Que se passa-t-il entre eux ? On l’ignore. Toujours est-il que Louis en sortit vieilli de dix ans, les cheveux presque blancs, mais le dos ployant sous des sacs énormes.

Dès le lendemain matin, il se rendit chez M. de la Driennays pour lui apprendre qu’il avait apporté de Palestine un trésor immense, qui lui permettrait d’acheter, s’il le voulait, les paroisses entières de Pléchâtel et de Saint-Senoux, et il fit voir tant d’or au vieillard que celui-ci, ébloui, lui sauta au cou, l’appela son cher gendre, et congédia le galant qui avait ses entrées dans la maison.

Le mariage eut lieu un mois plus tard.

V

Les jeunes époux auraient été les plus heureux du monde, sans la date néfaste qui les préoccupait sans cesse.

Deux beaux enfants, nés de cette union, avaient seuls le privilège de faire sourire leur père, de plus en plus affecté à mesure que les jours, les mois, les années s’envolaient.

Jeanne était plus calme. Elle pria son mari de lui faire construire une chapelle sur l’un des coteaux qui avoisinent le bourg de Saint-Malo-de-Phily. Aussitôt qu’elle fut construite, elle la fit bénir et mettre sous la protection de la Vierge. 

La jeune châtelaine s’y rendait chaque jour, accompagnée de ses deux enfants, pour prier la mère du Christ de ne pas l’enlever aux deux petits êtres qui avaient tant besoin d’elle.

Le moment terrible approchait et Louis, aussi triste qu’à son retour de la Terre Sainte, recommença ses promenades, ses chasses et ses courses échevelées jusqu’au jour où il aperçut Satan assis au pied des pierres grises des landes. Alors il n’osa plus sortir de peur de le rencontrer.

Hélas ! les dix années expirèrent. Jeanne effrayée à son tour, car elle aussi avait vu le démon rôdant près du castel, s’en alla de nouveau se jeter aux pieds de la Vierge afin de la prier de ne pas l’abandonner dans un pareil moment.

Qu’on juge de son étonnement, de sa surprise, de sa joie lorsqu’elle vit la statue de Marie s’animer, descendre de l’autel, et qu’elle l’entendit lui dire : « Jeanne, je viens à ton secours. Dans un instant j’aurai chassé le mauvais ange de la terre, et alors tu pourras sortir d’ici sans aucune crainte. »

De la taille de Jeanne, et avec des vêtements pareils à ceux de la jeune femme, elle sortit de la chapelle et regarda où pouvait être Satan. Elle l’aperçut sur le haut du rocher d’Uzel qui la guettait comme un hibou guette une souris. Il était là, les bras croisés, qui la regardait venir d’un air joyeux.

Il ne se doutait guère du sort qui l’attendait.

La Vierge descendit le coteau jusqu’au bord de la rivière, détacha elle-même le bateau amarré au rivage, et le dirigea vers l’autre rive sans le secours de personne.

Le diable, émerveillé de son adresse, ne la quittait pas des yeux.

Elle sortit du bateau et gravit le rocher d’Uzel. Un voile cachait son visage.

Arrivée presqu’au sommet, elle releva ce voile et étendit la main vers le démon.

En reconnaissant la mère du Christ, Satan jeta un cri de désespoir, de terreur et de rage. Pour fuir, il se transforma en serpent et voulut se sauver dans les broussailles. Peine inutile, la Vierge, plus prompte que lui, de son pied lui écrasa la tête.

Elle revint ensuite à la chapelle informer Jeanne, restée en prières, qu’elle pouvait retourner près des siens pour les rassurer et les consoler en leur apprenant qu’ils étaient débarrassés de leur ennemi.

À partir de ce jour, la vie de cette pieuse famille s’écoula à bénir leur bienfaitrice, et à distribuer en aumônes le trésor du diable.

Jusqu’au jour où le chemin de fer est venu faire abattre le rocher d’Uzel, la cime élancée de ce roc représentait une Vierge. Les vieilles gens du pays vous l’affirmeront, et, si vous leur montrez l’image de la Vierge, un serpent sous les pieds, tous vous diront : « C’est Notre-Dame du Mont-Serrat écrasant le Sarrasin. »

Adolphe ORAIN

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