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DES CRITERES DE SAGESSE QUI NE TROMPENT PAS

Posté par othoharmonie le 6 février 2015

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Comparaison n’est pas raison. Le sage ne compare pas son image à celle d’un autre pour en déduire une hiérarchie. Il n’est jaloux de personne. S’il contemple l’image d’un autre, c’est pour des raisons utilitaires constructives. 

Il faut des garde-fous, des protections, des tampons. Une image de soi solide ne peut changer que lentement. Faites attention à cela quand vous dites quelque chose à quelqu’un : il est normal qu’il évolue lentement, votre remarque ne peut pas porter immédiatement ses fruits. (Les maîtres peuvent comprendre tout de suite en quoi leur image va changer, puis intègrent ce changement sur une période assez courte.) 

Celui qui est libre est celui qui a les moyens de décider/sculpter lui-même son image de soi. Il a besoin des autres pour le faire, du monde entier, mais il reste seul décideur. 

Le sage tend à avoir une image de soi appropriée aux circonstances. Il s’adapte. Mais il a aussi une image de soi unique, synthèse abstraite de toutes les images de soi, qui le définit en tout temps, à tout endroit et face à toute autre personne. Cette sur-image prime sur toutes les images de circonstance. Elle n’est sensée être teintée d’aucune idéologie, d’aucun drapeau, d’aucune appartenance. 

Le sage est prêt à redéfinir son image de soi. Quelle que soit l’image de soi que l’on ait, donc les choses que l’on fait dans la vie, il peut toujours arriver un moment où cela devient inadéquat. Ou bien cela a toujours été inadéquat, et on s’en rend compte. Prenons par exemple le cas de quelqu’un qui a pris sous son aile une personne faible et fragile. Après quelques temps, peut-être grâce à la protection reçue, cette personne a acquit de la force et du savoir. Il n’est donc plus nécessaire de la protéger. Au contraire, il vaut maintenant mieux l’encourager à aller de l’avant. Il faut donc cesser d’être un protecteur et devenir un support. Tout le monde n’est pas capable de faire cela. Beaucoup de protecteurs immatures, quand l’oisillon menace de grandir, vont le casser psychologiquement ou compromettre ses chances de succès. Pour qu’il reste un oisillon, pour que le protecteur garde son statut de protecteur. Une personne aimante acceptera au contraire la modification de statut et la favorisera. Il peut sembler naturel de faire cela, en pratique c’est souvent très dur, associé à une souffrance. Car cesser d’avoir une image de soi de protecteur, c’est tuer ce qu’on est, c’est renoncer à le faire vivre. Le sage accepte ce sacrifice, par amour. Et puis aussi il sait que souvent il renaîtra, différent, sans doute meilleur encore. Par exemple avec une image de soi d’encourageur, de promoteur, de supporter… Il y a un très grand nombre de cas où l’on peut ou doit accepter de mourir et de renaître. On peut être un bandit qui se croyait Robin des Bois, comprendre qu’on a causé beaucoup de malheurs et désirer renaître honnête travailleur… La Passion du Christ est un symbole de ce processus de mort et de Résurrection. Dans la philosophie Alchimiste, héritée de la Chine Antique, le processus est décrit très en profondeur. Les longues phases traversées par la personne en mutation sont minutieusement décrites, de façon symbolique. Parfois ce processus peut prendre des années. 

L’ami du sage est celui qui le critique. 

kabir-soufisme-543poLe sage sait que rien n’est intrinsèquement impur et que tout peut être nécessaire à toutes choses. Il amène donc toutes choses à lui, mais travaille longuement à en tisser des ensembles cohérents, efficaces, utiles. Une des phases les plus importantes est le choix judicieux de la quantité de chaque chose : la pondération. Un sage est une grande bibliothèque parsemée de machines qui ronronnent doucement. L’efficacité de cet ensemble dans le vie pratique est sensée être extraordinaire. Le sage est capable de faire des choses. 

Il n’y a plus de problèmes dès l’instant où les images ont été énoncées, qu’elles ont été officialisées et perçues par tous. Prenons par exemple une personne qui a un handicap et qui parle difficilement. Ou une personne surdouée qui s’exprime dans des termes que personne ne comprend. Tous deux ont un problème de communication. Tous deux vont énerver leurs interlocuteurs, peut-être les fâcher. Si on explique à ces interlocuteurs la raison du problème, si on leur dit ce que ces deux personnes sont, alors ils ne s’énerveront plus. Ils prendront le temps d’écouter la personne handicapée et diront au surdoué de se calmer un peu. On pense parfois qu’il ne faut pas dire qu’une personne est handicapée, parce que c’est humiliant. Ou qu’il ne faut pas dire qu’une personne est surdouée, parce qu’elle sera rejetée ou vénérée ce qui revient au même. C’est idiot. Bien sûr ces problèmes existent, mais uniquement avec les personnes qui ont des problèmes d’éducation. De toute façon, tout le monde finira bien par se rendre compte que le handicapé est handicapé et le surdoué est surdoué. Mais si cela n’a pas été dit, énoncé, il subsistera toujours un problème, un inconfort. Que l’on soit handicapé ou surdoué n’est pas la question. Ce qui compte, c’est d’être un personne et avoir l’affection des autres personnes parmi les autres personnes. Le vrai privilège est là. Cela implique d’être reconnu pour ce que l’on est et de recevoir ce dont on a besoin. Alors on est ni mieux ni moins bien qu’un autre. On est. On fait ce qu’on a à faire. 

On agit suivant l’image qu’on est. Améliorer et connaître cette image est donc primordial. Mais trop de personnes restent prisonnières de cette image. Elles sont comme piégées à l’intérieur. Elles vivent cette image mais elles ne la voient pas. Elles souffrent si quelqu’un critique une partie de cette image, comme une personne dont on a heurté une partie du corps. Le sage, lui, est capable de contempler son image de soi. Il peut devenir comme une personne externe, qui regarde calmement cette image, qui en voit les parties et les liens. Il peut donc gérer cette image avec beaucoup plus d’intelligence. Il souffre aussi beaucoup moins quand cette image est attaquée. Par exemple, le sage est capable de plaisanter sur ce qu’il est, il est capable d’en rire. On se moque parfois d’un nouveau venu. C’est souvent uniquement pour voir si c’est un sage ou non. Si c’est un sage, il surenchérira sur la plaisanterie, il en rira plus fort encore. Si ce n’est pas un sage, il sera vexé et blessé. 

Que ce soient deux individus ou deux ethnies, chacun a son image de soi et des choses. Cela pose des problèmes quand ces deux individus ou ces deux ethnies sont obligés de vivre sur le même territoire. Comment concilier les actes et les ambitions de chacun dès lors que chacun pense les choses suivant des images différentes ? Il y a en gros trois gradations dans la confrontation. Au stade le plus bas il y a la guerre. On ne supporte pas le point de vue de l’autre. Alors on le force à partir ou on le détruit. On peut aussi le réduire en esclavage ce qui est une façon plus productive de le détruire. Au deuxième stade il y a les marchandages. On essaye de négocier, de s’arranger, de partager les ressources de façon plus ou moins équilibrée. Chacun présente ses arguments et dit ses priorités. On essaye de trouver le terrain d’entente le moins mauvais possible. C’est le travail des commerçants, des diplomates et des parlementaires. Pour que ce deuxième stade soit possible, il faut un pays avec un bon enseignement, où l’on apprend à parler et à calculer. Au troisième stade chacun essaye de comprendre et surtout de ressentir quelles sont les rêves et les émotions de l’autre. Chacun essaye de satisfaire au mieux les besoins et les espoirs de l’autre. Ce troisième stade demande un niveau culturel et spirituel très élevé. 

On est parfois étonné de voir un sage imposer quelque chose de très dur à une personne et cette personne l’accepter. Alors que venant d’autrui elle ne l’aurait pas accepté. Une première raison est bien sûr que l’on peut supposer que le sage sait ce qu’il fait. Soit il est juste de faire ce qu’il fait, soit il y a un bénéfice à en escompter plus tard. Il y a une autre raison à laquelle on pense moins : le sage sait et ressent ce qu’il inflige à la personne. Il sait quelle sera la douleur de la personne ou ses angoisses. La personne le sait et c’est pour cette raison qu’elle l’accepte. Le sage a en lui l’image de ce que la personne ressent. Autrui n’aurait pas eu cette image et aurait imposé ses décisions sans tenir compte de ce que ressent le personne. 

Les personnes pour lesquelles nous avons le plus de dépendance affective sont celles qui nous comprennent, qui ont en elles une image de nous-mêmes. Par exemple des parents peuvent avoir passé des années à s’occuper d’un enfant. Si à l’adolescence ils cessent de comprendre leur enfant, celui-ci considérera ses parents comme inintéressants voir comme des ennemis, des personnes à éviter. Par contre il suivra sans hésiter une personne qui ne lui donne rien mais qui le comprend. Le Dalaï Lama est très aimé des tibétains alors qu’il ne leur donne rien. Parce qu’ils savent qu’il les comprend, qu’il pense à eux et qu’il se tient au courant de ce qui leur arrive. Un poète qui révèle des choses que les gens sentent en eux, sera vénéré comme aucun chef d’état ne pourrait l’être. Un chef d’armées qui sait parler à ses hommes et réveiller en eux la pulsion du guerrier, pourra être aimé peut-être autant qu’un poète. 

Ce qui est inconnu attire. Cela recèle des choses que nous pourrions ajouter à notre image de nous-mêmes. Cette attirance peut autant se manifester par de la fascination et une envie irrépressible que par de la peur et de la répugnance. L’inconnu engendre des sentiments extrêmes. Le sage n’a pas ces sentiments extrêmes. Il a visité l’inconnu, en personne ou par une poésie créée par un autre sage. Pour lui ce n’est plus l’inconnu. Il comprend et ressent cet inconnu, il est capable de dialoguer avec lui et de le vivre. Un sport national dans beaucoup de milieux consiste à essayer de se faire passer pour un sage. On dit de l’inconnu : « Oui oui je connais  ! ». On croit savoir ce qu’est l’inconnu. A cause de cela on engendre le mal. On prend des décisions pour des choses que l’on ne connaît pas. 

Le sage est prêt à la mort de toute chose. Il l’accepte. Cela lui permet de vivre, de faire vivre et de laisser vivre. Si on n’accepte pas la mort possible des choses, on passe son temps à trembler, on commet des lâchetés. Si un époux n’accepte pas la mort possible de son couple, c’est à dire la possibilité du divorce, la vie de ce couple sera un enfer. Il y aura des tensions, des doutes, des menaces… Il n’y aura pas de vraie vie de couple, le couple n’est pas vivant. Si la possibilité du divorce est acceptée cela veut dire que l’on reconnaît l’autre comme un individu à part entière, qui pourrait vivre seul. Alors on peut vraiment s’intéresser à lui, on peut réellement l’aimer, lui donner ce dont il a besoin, vivre une vraie vie de couple. On est libre de ses idées et on offre cette liberté à l’autre. Si un parent n’accepte pas la mort possible de son enfant il va enfermer cet enfant. Cela causera de graves problèmes à l’enfant, qui peuvent le mener à la maladie ou au suicide. Si le parent accepte la mort possible de l’enfant, l’enfant pourra vivre. Le sage ne souhaite pas la mort. Il fera tout pour éviter les morts que l’on ne désire pas. Mais il les accepte. Il ne laissera pas un enfant faire des choses trop dangereuses mais il respectera le besoin d’exploration de l’enfant. Accepter la mort possible d’une chose et apprendre à aimer cette chose sont des démarches liées. On apprend à la connaître pour l’aider à vivre. Si elle meurt, on gardera des souvenirs. Ainsi elle ne disparaît pas vraiment de notre image de nous-mêmes, elle reste vivante en nous. On dit que les femmes recherchent des hommes qui n’ont plus peur de la mort. Ce sont des hommes qui n’ont pas peur de vivre, qui ne pleurnichent pas pour des bêtises. Devenir une personne qui craint moins la mort n’est pas simple. Il y a des pièges. Certains en meurent. Une femme peut être attirée par un rêveur ou par un drogué. Ils donnent l’impression de ne pas avoir peur de la mort alors qu’au fond d’eux-mêmes ils sont terrifiés. 

Le sage est entraîné au mordant. « Entraîne au mordant » est un terme qu’utilisent les éleveurs de chiens. Ils expliquent qu’il faut apprendre à un chien à mordre. Quand le chien est petit il faut jouer avec lui avec des objets qu’il peut mordre. Par exemple une vieille serviette ou un anneau en plastique. Le chien mord dans l’objet d’un côté et vous tirez de l’autre côté. Vous jouez ainsi avec le chien à vous battre pour tirer l’objet. Plus tard il faut apprendre au chien à attaquer, à se servir de sa gueule pour tenir un ennemi en respect. On peut avoir l’impression que les éleveurs fabriquent ainsi des chiens monstrueux, prêts à attaquer le premier enfant qui passe. C’est tout le contraire. Ces chiens entraînés sont extrêmement fiables. Un enfant est bien plus en sécurité à côté d’un tel chien que si le chien n’était pas là. Un chien est génétiquement programmé pour protéger les personnes autour de lui, en particulier les enfants. Mordre un enfant n’aurait pas plus de sens pour lui que pour un garde du corps sortir son arme et abattre son client. Par contre il s’imagine bien donner sa vie pour sauver celle de son client. Ces chiens entraînés sont bien dans leur peau parce qu’ils ont une image précise en tête de leur gueule et de leurs dents. Ils savent que leur gueule est dangereuse et ils savent l’utiliser avec mesure. Les chiens dangereux, ce sont ceux qui n’ont pas d’image de leur gueule, qui n’ont pas appris à l’utiliser. Ces chiens-là se sentent en danger, ils ne comprennent pas ce qui se passe autour d’eux. Ils se sentent menacés et paniquent pour un rien. S’ils mordent, ce sera de toutes leurs forces. Attention : certains chiens, tout comme certains humains, ont des problèmes nerveux d’ordre médical. Dans ces quelques rares cas, apprendre le mordant peut empirer la situation. Mais ce sont des exceptions. 
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Un sage a en général un point de vue assez équilibré sur les choses. Il comprend les rouages du monde et les contemple de façon placide. Les autres personnes par contre voient le sage souvent de façons extrémistes. Certains adorent le sage, parce qu’ils savent que lui seul les comprend. D’autres au contraire sont effrayés par le fait que le sage les comprends et le détestent. 

Il est parfois étonnant de voir la facilité avec laquelle un sage obtient des choses d’autrui. Il ne manipule pas, ne menace pas ni n’essaye de corrompre… pourtant il obtient tout ce dont il a besoin et avec le sourire. Une raison importante à cela est que le sage demande en général des choses raisonnables et qui sont bonnes pour tout le monde. Mais il faut chercher plus loin. Quand le sage s’adresse à une personne, il a en lui un sourire pour cette personne. Il connaît, au moins un peu, l’image de soi de son interlocuteur. Même inconsciemment, la personne sent que le sage la comprend et la respecte

SOURCE http://www.4p8.com/eric.brasseur/

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Besoin d’être en relation étroite avec les Autres

Posté par othoharmonie le 18 novembre 2014

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La condition sine qua non de l’altruisme est d’avoir fait son introspection et d’être en paix avec soi-même. C’est en parvenant à une bonne connaissance de notre monde intérieur et au contrôle d e notre esprit que nous parviendrons à offrir à notre entourage un amour sans fille, sain et généreux. Pour aider et aimer nos proches, commençons par nous aider et nous aimer nous-mêmes.

Le XIVè Dalaï-Lama va plus loin encore dans cette idée ; la paix intérieure est la condition de l’altruisme mais aussi de la paix universelle. Si chaque individu sur terre prenait le temps de faire cette introspection, de se libérer de ses poisons émotionnels par le lâche-prise et de contrôler son esprit, les conflits n’auraient plus lieu d’être.

L’égoïste dans ses rapports à autrui, ramène tout à lui et ne considère que ses propres intérêts. Contrairement aux apparences, il ne s’aime pas assez pour offrir un amour désintéressé aux autres, il attend toujours quelque chose en retour. Il lui est nécessaire de recevoir des marques d’affection qui le valorisent car il se sent jugé, parfois même en compétition et ne peut vivre qu’à travers le regard des autres. L’égoïste cherche donc à renforcer son ego à travers les autres, mais il n’y parvient pas parce que sa démarche est faussée.

Au contraire, l’altruiste communique son amour en toute indépendance et en toute liberté. Il n’attend rien des autres, il offre son aide et son amour généreusement ; l’altruiste ne cherche donc rien, mais trouve et reçoit beaucoup d’amour en retour de son don de soi.

La croissance d’un homme ne se limite pas à sa croissance physique mais à sa capacité à s’aimer (intérieur) et à aller vers les autres (extérieur). La croissance de l’homme est indépendante de la sa taille, elle est de nature spirituelle. L’homme ne devint un sage que lorsqu’il a atteint la connaissance de soi et l’altruisme.

Les créations terrestres, la nature humaine y compris, ne changent pas. Il est vain de vouloir changer l’autre surtout si lui-même ne le souhaite pas. Vous pouvez accompagner et soutenir un changement s’il est désiré, dans le cas contraire vous vous devez d’accepter l’autre tel qu’il est ; C’est la condition première de l’altruisme, de l’amour vrai et du respect de la liberté individuelle.

Si vous aimez « véritablement » la personne que vous avez choisie pour partager votre vie, c’est que vous l’acceptez telle qu’elle est, vous n’avez aucunement besoin que cette personne change. Réciproquement, si cette personne éprouve pour vous un amour « véritable », elle vous accepte entièrement tel que vous êtes et ne cherchera pas à vous changer.

Au contraire, si l’amour éprouvé se fonde sur des suppositions, sur une image que vous vous faites de votre conjoint, sur ce que voudriez qu’il soit, c’est que cet amour n’est pas « véritable » et vous ressentirez tôt ou tard – au fur et à mesure que le feu de la passion s’éteindra – le désir de changer cette personne à cette image. En outre, vous lui en voudrez de ne pas correspondre naturellement à cette image, vous serez déçu et cet amour sera entaché de souffrance. L’altruisme ne souffre pas de compromis.

Chaque individu est un être unique, une personnalité qui se doit d’être respectée. En essayant de changer l’autre vous niez dans le même temps son identité et son intégrité. « Il faut de tout pour faire un monde », dit le vieil adage … respectons cette diversité.

Celui qui a avancé sur le chemin de la connaissance de soi et qui a atteint l’éveil de la sagesse, s’aime profondément et éprouve à l’égard des autres un amour véritable. Il ne contredit jamais la nature ; ni la nature humaine (accepter l’autre tel qu’il est), ni la nature au sens large du terme (ensemble des êtres et des choses qui constituent l’univers).

Un proverbe Malgache dit ceci : « La terre est une mère qui ne meurt jamais« …

Ce proverbe exprime de façon poétique le respect que chacun se doit d’exprimer envers la Nature. Notre planète nous nourrit chaque jour, nous sommes tous les enfants de la Terre. L’altruisme c’est le respect de l’Autre, l’amour désintéressé envers son prochain et, par voie de conséquence, c’est aussi le respect de la planète qui nourrit chaque homme. En respectant la nature, nous respecterons de fait les individus qui nous entourent.

Krishnamurti va plus loin : si notre harmonie avec la nature est perturbée, si nous ne respectons plus l’environnement, nous perdons de fait l’harmonie avec les êtres humains qui nous entourent, tout altruisme est nié.

Ces deux proverbes africains expriment de façon imagée et poétique notre vieux dicton : « L’union fait la force » :

« Un seul brin de paille ne balaie pas la cour » Proverbe wobe de Cote d’Ivoire

« Un grain de sable ne construit pas une maison » Proverbe africain.

L’altruisme, c’est aimer l’autre sans rien attendre en retour, c’est accepter l’autre tel qu’il est, c’est respecter la Nature, l’environnement la diversité… et c’est aussi s’unir avec tous les individus de la Terre. Nous serons toujours plus forts dans l’union et dans l’harmonie que dans l’indifférence et la discorde.

 

Publié dans Méditation, UNE TERRE D'ALLIANCE | Pas de Commentaires »

Comprendre que la colère est l’expression de la souffrance

Posté par othoharmonie le 27 septembre 2014

Comprendre que la colère est l’expression de la souffrance la rend non pas plus recevable, mais plus «humaine»

Au même titre que la peur, la tristesse et la joie, la colère est une émotion de base. Chacun a maille à partir avec elle dans sa vie, souvent ou peu. Ce n’est cependant pas une émotion qui a la cote. En effet, si la tristesse est une émotion acceptée par tous, la colère ne l’est pas. Elle fait l’objet d’une réprobation à peu près générale, vu qu’on l’associe à des comportements très souvent blessants à l’égard d’autrui. Et pourtant, il est normal de l’éprouver. Elle fait partie de la palette des émotions, y images (7)compris de celles des personnes équilibrées.

Un chemin…

Sa nature et son fonctionnement dans notre vie, la place qu’elle prend ont cependant avantage à être compris. Et il est important que son mode d’expression soit adéquat, c’est-à-dire non violent. En ce sens, elle peut devenir un chemin de progression. Un chemin, oui. Que faire d’autre d’ailleurs, si l’on est colérique ? Et que faire quand on est confronté à la colère d’une personne proche ? La langue a des expressions parlantes pour décrire la colère. Lorsque la colère monte, on dit que la personne «bouillonne», qu’elle est «prête à exploser», qu’elle est «rouge de colère» ! Explosion, donc. Le plus souvent. Explosion difficile à endiguer. Difficile à vivre des deux côtés. 

Menacée

La personne colérique est d’abord quelqu’un qui se ressent comme vitalement menacée et injustement traitée. Elle attaque !? Il serait plus adéquat de dire : «Elle se défend». Dans son vécu, son vis-à-vis ne la respecte pas, ou essaye de l’annexer, de l’envahir, de le dévaloriser. Son territoire est mis en péril. Et son territoire, c’est là où intérieurement, elle se sent en sécurité.  Quelquefois, il arrive que ce soit très peu de chose qui mette une personne en colère. Mais ce peu est vécu comme un séisme qui bouleverse des bases. 

Parents colériques

C’est éventuellement le cas lorsqu’il y a présence d’un parent colérique. L’enfant, et plus tard l’adulte, peut réagir par le biais de ce type d’émotion comme étant la réponse aux situations difficiles. Lorsqu’un bébé ou un enfant est continuellement confronté à un père ou une mère colérique, il a «appris» cette émotion au quotidien. 

Compassion envers les colériques…

Carolle et Serge Vidal-Graf, dans leur remarquable petit ouvrage «La colère, cette émotion mal-aimée» [Editions Jouvence], attirent l’attention du lecteur sur la souffrance des colériques. Ceux-ci expriment leur souffrance par la colère, comme d’autres l’expriment par la plainte. Comprendre que la colère est l’expression de la souffrance la rend non pas plus recevable, mais plus «humaine». Car la compassion peut avoir lieu lorsque l’on se rend compte que le colérique ne choisit pas d’être en colère. Il est agi par une souffrance. Or, nous souffrons tous. Et nous souffrons avec nos composantes et notre histoire. On ne souffre pas de façon idéale. On souffre comme on peut. Pas comme on veut. 

Se protéger

Mais se protéger est légitime. Se protéger des paroles blessantes, haineuses, humiliantes, qui peuvent être criées durant une colère. Paroles auxquelles il est nécessaire de ne pas répondre. Sinon, une escalade de violence verbale des plus dommageables peut avoir lieu. En colère, on ne peut tout simplement pas  couter, possédée par une énergie puissante qui ne laisse pas place à autrui. Cela n’empêche que les colériques souffrent, et beaucoup. Ils souffrent parce qu’ils se sentent injustement traités, d’où leur colère. Mais ils souffrent aussi de s’être mis en colère, ce qui donne lieu à une intense sensation de honte. 

Honte et occultation

Qui a connu la honte sait combien elle est cuisante, voire insupportable, car elle touche au sentiment de sa propre dignité. La ressentir, «La repérer», dites-vous, «mais elle est tellement envahissante qu’elle est immédiatement repérable !». Détrompez-vous. La colère n’atteint pas tout de suite le pic du non-retour.

Elle ne projette pas directement la personne dans les cris, les paroles blessantes, voire la violence physique. 

Dans le corps…

La colère s’annonce. Elle monte graduellement. Elle est présente dans le corps tout d’abord. Le corps se prépare au combat avec l’adversaire : l’attaque est la seule réponse que l’organisme a trouvé face à ce qui est ressenti comme une menace. Il envoie des doses massives d’adrénaline qui donne l’énergie nécessaire pour une action forte et rapide. Les pupilles se dilatent pour mieux voir. Les muscles c’est avoir honte de   qui l’on est. Tellement qu’il arrive que le colérique nie les paroles blessantes qu’il a pu prononcer. Il ne s’en souvient tout simplement plus. L’occultation a lieu car la souffrance de la honte est trop forte. Celle-ci s’accompagne, en outre, d’un sentiment de culpabilité par rapport aux mots injurieux ou aux actes violents commis envers autrui. 

Autrui que l’on aime. C’est ça, la bonne nouvelle, que les Vidal-Graf mettent en évidence.

La colère et l’amour ne s’excluent pas. La colère, même récurrente, ne met pas fin à l’amour, pourvu qu’elle ne soit pas niée. 

La repérer…

L’essentiel pour vivre la colère sans en être totalement possédé est de la rendre consciente. Il s’agit d’abord de la repérer et de la nommer. Dès que le corps se met à envoyer l’un de ses messages, il est nécessaire d’en tenir immédiatement compte et d’exprimer la cause de ce début d’irritation à autrui. Car si la cause de cette irritation n’est pas exprimée dès son apparition, elle peut dégénérer. 

Degrés et modes de la colère

La colère n’a pas un visage définitif dès le départ. Elle se décline sous divers modes et elle a différentes intensités. Il est profitable de les identifier. Et de les identifier précisément, c’est-à-dire avec les mots les plus appropriés possibles. Car une contrariété n’est pas de l’hostilité. On peut acter une différence entre contrariété, frustration, amertume, aigreur, énervement, irritation, exaspération, aversion, hostilité, haine, rage, fureur et enfin rancune lorsqu’elle s’installe pour un long temps. Repérer les signes avant-coureurs de la colère, c’est ne pas attendre que le «vase déborde ». Ne pas attendre qu’il y ait accumulation.

«C’est la goutte qui a fait déborder le vase.» Eh bien non, il est préférable de ne pas attendre jusque-là. Dès que le vase commence à se remplir, il y a danger potentiel … 

Des termes précis et concrets

On peut donc, après avoir repéré les premiers signes d’irritation, s’exprimer. Exprimer la cause de la colère, ce qui l’a fait naître, et cela en termes précis et concrets, en décrivant la situation. Et en n’en sortant pas. Pas de «toujours », de «jamais», de «personne», de «tout le monde», et de «chaque fois que…» ! Pas de généralisation. On reste dans l’expression de la cause. 

S’exprimer en «je»

Encore faut-il que l’expression soit adéquate. Ici, on ne peut que souligner le bien-fondé de l’expression en «je», comme le met en valeur la Communication Non Violente. Plutôt que de dire «tu as tort, tu m’as traité[e] comme une quantité négligeable, c’est dégoutant, tu es nul[le] !» Mieux vaut dire : «Je ne me suis pas sentie respecté[e], j’ai eu la sensation d’être traité[e] comme une quantité négligeable lorsque tu ne m’as pas offert un verre de vin, alors que tu en offrais un à chaque convive…». Bref, le plus adéquat est de prendre en charge la colère comme étant sa responsabilité. La colère est ainsi exprimée sans injure blessante à l’égard d’autrui. Ceci dit, il ne s’agit pas d’adopter un ton de voix lénifiant. Quand on est en colère, le surplus d’énergie doit sortir. Les propos sont généralement exprimés vigoureusement, avec un ton de voix élevé. 

Se retirer

Parfois, la colère monte rapidement. Dans ce cas, la fuite peut être salutaire. Le colérique, s’il sent que son émotion va devenir violente, peut se retirer. Si possible, en exprimant cette nécessité : «Je pars me promener car ma colère monte.» Ceci pour revenir plus tard et exprimer ce qui l’a mis en colère, sans se trouver submergé par elle. Le retrait temporaire, tant du colérique que de celui qui reçoit la colère, est parfois la solution la plus sage. 

Que faire avec l’absence ?

Malheureusement, il n’est pas toujours possible de s’exprimer. Supposons que le destinataire destinataire de la colère soit absent, décédé ou qu’une rencontre ne soit pas souhaitée par lui, ou impossible… On peut alors avoir recours à l’écrit en écrivant une «lettre de colère» où la cause de la colère et les griefs sont clairement exprimés. Franz Kafka y a eu recours lorsqu’il a écrit sa fameuse «lettre au père». Cette lettre exemplaire comporte plus d’une trentaine de pages. Elle est émouvante, lucide, extrêmement sincère et détaillée. Franz Kafka avait demandé que toute son oeuvre écrite fut brûlé après sa mort. Il n’en fut pas ainsi, son œuvre fut publiée et la lettre aussi. 

Au feu et à l’eau…

Cette lettre connut un destin exceptionnel et qui sait si le témoignage qu’elle offre ne réconforta pas plus d’une personne aux prises avec un père brutal… ? Ceci dit, nous ne sommes pas tous des «Kafka ». La lettre de colère, une fois écrite… il y a une de bonnes raisons de la jeter au feu, de la voir se consumer, ou de la laisser aller au fil de l’eau… car la détruire, c’est aussi laisser aller symboliquement la colère qu’elle contient… Et si l’écriture n’est pas aisée pour certains, il est toujours possible de l’exprimer et de la travailler dans un espace thérapeutique. 

De l’utilité de la colère…

Si la colère existe, c’est qu’elle a une utilité. C’est un signal d’alarme strident qui nous signale que «la limite est dépassée» ou va l’être. Lorsqu’on est en colère, c’est qu’on se sent injustement traité, c’est que l’on estime ses droits bafoués. On est utilisé, on est abusé, on est envahi, on n’est pas respecté. «Stop», dit la colère. «Stop, je refuse cela». Pour cela, elle doit être écoutée et prise en compte. En son absence, certaines personnes risquent de s’enfoncer dans la passivité ou l’impuissance à mettre fermement leurs limites. La refouler ne fait qu’en accroître la force inconsciente. Il s’agit aussi de ne pas la subir et la faire subir sauvagement car elle s’avère, dans ce cas, destructrice. On est sur le fil du rasoir. Avec le temps, se modifie-t-elle ? De colérique, devient-on non colérique ? C’est rare, semble-t-il. Mais on peut modifier son rapport avec elle et l’exprimer de façon non violente et sauvage. 

Ne pas la nourrir…

Pour Deepak Chopra, et pour le Dalaï Lama, l’accepter est une étape. L’autre étape est de ne pas la nourrir, de ne pas en faire un automatisme. «Notre mental se développe à partir de nos habitudes et plus nous utilisons les centres qui émettent reproches, colère, intolérance et violence, plus leur croissance est favorisée» explique Chopra. Alors, que faire ? 

Un processus…

Pour Chopra, il faut construire de façon continue d’autres conditionnements où l’amour est prépondérant. Il s’agit d’«alimenter la moindre raison d’avoir des pensées d’amour». Cette transformation intérieure est à replacer dans un processus, bien évidemment. On ne peut en faire un précepte unique et irréaliste car l’amour ne se force pas ! Il est vrai qu’on peut au moins en avoir l’intention. Bref, ce changement de conditionnement est très lent. Il demande pratiquement toute une vie.

Cette démarche va de pair avec le fait «d’adoucir  son coeur et de soigner tendrement ses blessures ».

Traiter sa colère avec tendresse

téléchargement (10)Thich Nhat Hanh, moine bouddhiste, explique que la colère a droit à être traitée «avec le plus grand respect et la plus grande tendresse ». C’est ce dont Olivia, belle jeune femme de 40 ans, humoristique, intelligente et sensible, engagée dans un processus assidu de méditation bouddhiste, témoigne :

«Je ne savais pas ce que c’était que la colère. Car elle avait été fortement contenue, cachée, occultée. Il y a peu, sans savoir vraiment à quoi j’avais affaire, j’ai commencé à ressentir la colère, à la vivre. Ce fut d’abord très inconfortable, elle se retourna contre moi par divers symptômes. Ensuite comprenant de quoi il s’agissait, pouvant la nommer, j’ai tenté de l’accueillir, d’en prendre soin, de respirer, de marcher avec elle. Un peu comme une maman prend soin de son bébé qui pleure… Cela a permis de l’apaiser, d’en voir les causes.» 

Olivia explique qu’elle fit ensuite l’expérience d’en parler en «je» à la personne concernée et qu’elle ressentit l’énergie circuler en elle. L’énergie de la colère ne fut pas détruite mais transformée dans ce cas. On ne peut espérer mieux : développer son attention et sa présence à ce qui survient pour que le rapport

en soit allégé. Mais encore une fois, la règle unique ou l’idéal sont illusoires. A chacun de se frayer un chemin en tenant compte de sa propre réalité, avec la colère, cette émotion significative. 

Livres à lire : La colère, cette émotion mal-aimée, Carolle et Serge Vidal-Graf, Editions Jouvence – Cessez d’être gentil, soyez vrai, Thomas d’Ansembourg, éd. de L’Homme.

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Une transformation individuelle peut modifier la société

Posté par othoharmonie le 30 août 2014

 

figure1Dans « Not by genes alone » (non traduit, University Of Chicago Press, 2006), le biologiste Peter J. Richerson et l’anthropologue Robert Boyd ont montré que l’évolution des cultures est beaucoup plus rapide que celle de nos gènes. Cette évolution favorise l’établissement d’institutions sociales qui définissent et veillent au respect de normes de comportements, afin d’assurer l’harmonie de la vie communautaire. Bien que porteurs des mêmes gènes que les hommes de l’antiquité nous sommes différents. C’est un processus darwinien, mais en version accélérée : en cinquante ans, un groupe fondé sur l’altruisme et la solidarité peut présenter des avantages décisifs sur un groupe fondé sur la compétition et l’égoïsme. Prenez l’avenir de notre environnement, qui intéressait fort peu de gens il y a trente ans et dont nul ne conteste l’importance aujourd’hui : une enquête a montré que 20 % des gens s’en fichent, 20 % sont prêts à faire des sacrifices quoiqu’il arrive et les 60 % restants sont disposés à faire des efforts pourvu que les autres en fassent autant. D’où l’importance des minorités actives qui transforment les idées et des figures exemplaires, comme Martin Luther King, Gandhi, Mandela ou le Dalaï-lama.

À la fameuse « banalité du mal », conceptualisée par Hannah Arendt, vous opposeriez une « banalité du bien » ?

La majorité des humains se comporte effectivement de façon altruiste la plupart du temps, souvent sans qu’on le réalise, et les gens abominables sont, fort heureusement, relativement rares. Certes, on peut se déshumaniser et dévaluer l’autre en étouffant en soi toute forme d’empathie. Au cours de massacre de masse, on désindividualise l’autre, on le compare avec mépris à un animal ou on le diabolise. De même, nous traitons chaque année des milliards d’animaux comme des choses, des produits de consommation et des machines à saucisses, alors que l’on sait pertinemment que les animaux ressentent la douleur, la souffrance et ont des émotions très semblables aux nôtres, ce qui est tout à fait logique du point de vue de l’évolution.

Les chercheurs travaillant sur l’altruisme convergent vers une sorte de « science de l’amour ». À quelle définition de l’amour parviennent-ils ?

Barbara Fredrickson, qui a fondé la psychologie positive avec Martin Seligman, dit que les émotions positives, telles que le contentement, la gratitude, l’émerveillement, l’enthousiasme, l’inspiration et l’amour ne procèdent pas simplement d’une absence d’émotions négatives : l’amour est bien plus qu’une absence de haine. L’amour n’est pas non plus réductible au coup de foudre romantique. L’amour exige que l’on passe à un stade plus constructif. C’est un exercice permanent au fil de la journée, une répétition constante d’une « résonance positive » avec l’autre, une l’attention portée aux autres, un renouvellement incessant du désir de comprendre leurs besoins réels et de les aider à les satisfaire. 
J’ai cependant préféré utiliser le mot altruisme au mot amour, malgré son aspect un peu désincarné, parce qu’il permet plus facilement d’appréhender les deux niveaux où tout se joue : l’affectif et le cognitif. Aimer l’autre, ce n’est pas seulement ressentir de l’affection pour lui, c’est chercher à comprendre les causes de sa souffrance pour pouvoir y remédier. Car l’autre, quel qu’il soit, a quelque chose d’essentiel en commun avec moi : il souhaite être heureux. Et s’il souffre, il faut chercher à saisir pourquoi, avec la conviction que chacun a le potentiel nécessaire pour s’en libérer. Le Bouddha a montré que la principale cause de la souffrance est l’ignorance de la vraie nature du réel, notamment de l’interdépendance de tous les êtres. Penser qu’un être est fondamentalement mauvais ou haïssable, c’est opérer une projection, une distorsion de la réalité. Éprouver de la compassion pour les êtres qui sont plongés dans l’ignorance et désirer remédier à cette cause fondamentale est un processus cognitif.

Le bouddhisme a-t-il finalement servi à découvrir les mécanismes d’une « écologie de l’esprit » pouvant servir aussi aux non-bouddhistes, en particulier aux pédagogues ?

Socrate était grec, Lao Tseu chinois, Jésus juif, le Bouddha indien… cela n’empêche pas leurs messages d’intéresser tous les humains et tous les pédagogues. Le bouddhisme met l’accent sur les causes cachées de la souffrance. Nous désirons le bonheur, mais nous courrons sans cesse vers le malheur en toute inconscience. Trouver l’explication de ce mystère n’intéresse-t-il pas tout le monde ?

La méditation est très en vogue, mais elle n’est pas toujours centrée sur l’altruisme. On parle plus volontiers de « pleine conscience. »

Mon grand ami le Dr Jon Kabat-Zinn, fondateur de la méthode de « réduction du stress par la pleine conscience » (MBSR) et plusieurs autres pratiquants de la « pleine conscience » estiment que si vous méditez correctement, l’altruisme et la bienveillance vous viendront tout naturellement. Je veux bien le croire, mais pourquoi attendre que l’altruisme se manifeste comme un effet secondaire de la pleine conscience ? Je préfère penser comme le fait maintenant John Teasdale, l’un autre fondateur des « thérapies cognitives fondées sur la pleine conscience » (MBCT), qu’il vaut mieux inclure l’entraînement à l’amour altruiste dès le début de l’apprentissage de la méditation. La pratique de l’amour altruiste et de la compassion requiert de toute façon la pleine conscience, mais ils donnent à cette dernière une dimension encore plus vaste et positive.

Face à l’individualisme égotique, l’altruisme propose-t-il une vision crédible pour le XXI° siècle ?

C’est la vision la plus pragmatique que je puisse imaginer : pratiquer et enseigner une technique qui nous permet de nous débarrasser de cet égocentrisme effréné qui caractérise trop souvent le monde contemporain, avec toute la confusion que cela provoque. Dans Plaidoyer pour l’altruisme, je cite nombre d’expériences en cours, en particulier d’écoles où l’altruisme est enseigné aux enfants dès la maternelle avec des résultats remarquables. L’éminent psychologue Paul Ekman imagine même des « gymnases de la compassion » ! Il ne s’agit pas de nier l’importance de toutes les autres formes d’action, sociales et politiques, mais sans une motivation altruisme je ne vois pas comment nous pourrions résoudre les défis auxquels nous sommes confrontés. Il faut donc oser l’altruisme. Oser dire que l’altruisme véritable existe, qu’il peut être cultivé par chacun de nous, et que l’évolution des cultures peut favoriser son expansion. Oser, de même, l’enseigner dans les écoles comme un outil précieux permettant aux enfants de réaliser leur potentiel naturel de bienveillance et de coopération. Oser affirmer que l’économie ne peut se contenter de la voix de la raison et du strict intérêt personnel, mais qu’elle doit aussi écouter et faire entendre celle de la sollicitude. Oser prendre sérieusement en compte le sort des générations futures, et modifier la façon dont nous exploitons aujourd’hui la planète qui sera la leur demain. Oser, enfin, proclamer que l’altruisme n’est pas un luxe, mais une nécessité.

Extrait de l’entretien de Matthieu RICARD  

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Pourquoi le bouddhisme nous attire

Posté par othoharmonie le 18 avril 2014

 

Sans Dieu ni dogme, il séduit de plus en plus de Français. Ils le considèrent comme une philosophie et le trouvent mieux adapté à la vie moderne, explique le philosophe Frédéric Lenoir, auteur du Bouddhisme en France.

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Frédéric Lenoir

Philosophe de formation, il est docteur en sociologie et chercheur en sciences des religions. Il a dirigé, avec Y. Masquelier et M. Meslin, L’Encyclopédie des religions (Bayard éditions). Il a également publié plusieurs ouvrages sur le bouddhisme.

Le bouddhisme et les Français

En Occident, la France est le pays où le bouddhisme a pris l’essor le plus spectaculaire. Pourtant, si le nombre de ses sympathisants ne cesse de croître, ses pratiquants se limitent à quelques milliers. Un des nombreux paradoxes que tente d’expliquer Frédéric Lenoir dans son livre, Le Bouddhisme en France (Fayard). Son enquête – sans doute la plus fouillée menée auprès de tous ceux que touche le bouddhisme – a nécessité sept ans de travail. Au cœur de sa réflexion : les individus. D’où viennent-ils ? Pourquoi le sourire du Bouddha les a-t-il séduits ? Quels bénéfices tirent-ils de leur pratique ? Le bouddhisme peut rénover en profondeur nos systèmes de croyances, explique l’auteur.

Psychologies : Peut-on mesurer l’ampleur prise par le bouddhisme en France, ainsi que le nombre réel de pratiquants et sympathisants ?

Frédéric Lenoir : Si l’on excepte les deux à trois cent mille réfugiés du Sud-Est asiatique, c’est très difficile. La première chose à faire est d’établir diverses catégories de personnes plus ou moins impliquées dans le bouddhisme. J’ai donc été amené à distinguer sept grandes familles de bouddhistes français par ordre d’implication croissante. Les  » sympathisants  » représentent, d’après le sondage le plus récent, environ cinq millions de personnes. Ce sont, pour la plupart, des gens qui s’intéressent au bouddhisme, se sentent en affinité avec le dalaï-lama ou tel aspect des enseignements du Bouddha, mais ne sont pas impliqués dans une pratique.

Ensuite, ce que j’appelle les  » proches  » représentent entre cent et cent cinquante mille personnes à travers trois groupes très divers : les chrétiens qui pratiquent la méditation zen dans un contexte explicitement chrétien ; les bricoleurs spirituels qui ont appris à méditer, mais qui font leur propre religion en kit sans se sentir engagés dans le bouddhisme ; des intellectuels, le plus souvent agnostiques, qui se sentent très proches de la philosophie bouddhiste. Enfin, il y a la catégorie des gens les plus impliqués et qui fréquentent les centres de méditation, que j’appelle les  » pratiquants « . On peut les classer en trois catégories : les distants, les fidèles et les assidus. Ils représentent au total entre dix et quinze mille personnes en France, ce qui est finalement très peu.


Vu le petit nombre de pratiquants réels, ne peut-on parler d’une aura plus que d’une implantation du bouddhisme ? Pourquoi jouit-il d’une si bonne image en France ?

Il y a effectivement une distorsion spectaculaire entre sa notoriété et le nombre d’individus qu’il touche en profondeur. Cet écart tient beaucoup à la médiatisation survenue en France depuis 1993. Les médias se sont emparés du bouddhisme, qui progressait discrètement dans l’Hexagone depuis une trentaine d’années, le présentant comme une sorte de sympathique alternative au catholicisme intolérant du pape et à l’intégrisme religieux qui inquiète. Cela dit, les raisons de l’intérêt croissant des Français pour le message du Bouddha n’est pas sans fondement. Il apparaît ainsi à beaucoup, à l’inverse du catholicisme, comme parfaitement compatible avec le monde moderne.

En quoi le bouddhisme, pourtant plus ancien que le catholicisme, est-il si moderne ?

Cette image de modernité tient à plusieurs facteurs. Tout d’abord le caractère non dogmatique des enseignements du Bouddha, lequel affirmait que chacun de ses disciples ne doit suivre ses préceptes qu’après les avoir lui-même éprouvés. L’expérience individuelle est donc au cœur du bouddhisme. A l’inverse, le catholicisme apparaît comme un discours dogmatique sur ce qu’il faut croire et ne pas croire, faire et ne pas faire.

D’autre part, la philosophie et les techniques du bouddhisme élaborées au cours des siècles, notamment dans la tradition tibétaine, intéressent des scientifiques qui travaillent sur l’esprit humain ou des psychologues qui travaillent sur les émotions. Le bouddhisme constitue une véritable science du sujet qui n’existe pas en Occident. Les Occidentaux ont privilégié l’action sur le monde et la connaissance des phénomènes extérieurs, tandis que les sages bouddhistes ont appris à observer, dans une démarche quasi scientifique, l’esprit, la psychologie, le corps humain. En ce domaine, ils ont beaucoup à nous apprendre.

L’image personnelle du dalaï-lama explique-t-elle aussi l’intérêt pour le bouddhisme ?

Bien évidemment. Depuis qu’il a reçu le prix Nobel de la paix en 1989, le chef exilé des Tibétains a acquis une formidable notoriété en Occident, qui tient sans doute avant tout à son statut de représentant d’un peuple pacifique victime d’un terrible génocide, mais aussi à son charisme personnel et à son discours particulièrement ouvert et tolérant qui en fait une sorte d’ » antipape « . Bien qu’il ne soit que le représentant du bouddhisme tibétain, il est devenu, dans l’esprit des Occidentaux, le porte-parole de l’ensemble du monde bouddhiste, pourtant d’une extrême diversité.


Pour quelles raisons vient-on au bouddhisme ? Pour quels bénéfices y reste-t-on ?

J’ai posé la question à plus de neuf cents pratiquants du bouddhisme zen et tibétain dans un questionnaire. Les résultats font apparaître six facteurs d’attraction : les valeurs – compassion, liberté, respect de la vie, non-violence, tolérance – arrivent en tête (28 %). Viennent ensuite les bénéfices de la pratique (20 %) – travail sur le corps et les émotions, aide psychologique, sérénité. Les réponses ayant trait à la rationalité et au pragmatisme – religion sans Dieu ni dogme, place centrale de l’expérience, appui sur la raison – suivent de près (18 %). La philosophie et la doctrine – impermanence, karma (loi universelle de causalité selon laquelle chaque acte produit un effet.

Appliquée au plan de la destinée individuelle, elle stipule que certains événements de la vie présente sont des effets d’actes commis dans des vies antérieures), réincarnation, interdépendance, etc. – arrivent en quatrième position (14 %), avant le caractère traditionnel et ancien du bouddhisme, qui rassure et séduit par la présence de maîtres spirituels expérimentés (13 %). Enfin, le côté exotique et esthétique du bouddhisme ne recueille que 5 %. En ce qui concerne les bénéfices de la pratique, les pratiquants soulignent tous qu’ils ont le sentiment de progresser humainement et spirituellement grâce à des techniques psychocorporelles. Des mots comme sérénité, paix intérieure, unité reviennent le plus souvent.

Quelles ont été les évolutions marquantes du bouddhisme en France ? Quelles formes peut-il prendre à l’avenir ?

Le bouddhisme a des adeptes en France depuis la fin du siècle dernier. Alexandra David-Neel en est un bon exemple. Depuis les années 70 toutefois, on a assisté à un phénomène nouveau : celui de l’implantation de nombreux centres de méditation sur le sol français – plus de deux cents. Mais au fond, le nombre de personnes engagées dans une pratique est encore très restreint.

Pour l’avenir, il y a deux scénarios possibles : soit le flot des sympathisants va fortement grossir celui des pratiquants, faisant du bouddhisme la plus grande religion de l’Occident avec le christianisme ; soit le nombre des sympathisants ne va pas se convertir dans la catégorie des pratiquants, laquelle continuera de progresser de manière très lente. Je penche plutôt pour cette seconde hypothèse. Même en Orient, très peu pratiquent la méditation, et la voie bouddhique a toujours été réservée à une élite. Prise à la lettre, elle est très rigoureuse et exigeante. La plupart des Français touchés par le bouddhisme sont finalement peu impliqués ; ils sont surtout touchés par certains aspects simples et universels du message du bouddhisme, comme le karma et la transmigration (loi selon laquelle le karma d’un individu continue d’agir après sa mort et crée les conditions d’une renaissance. le processus ne s’arrête que lorsque le karma est épuisé. L’individu atteint alors le nirvana et cesse de renaître), non d’ailleurs sans de nombreux malentendus.

Vous dites dans votre livre que la diffusion du bouddhisme en France est un excellent laboratoire des métamorphoses de la religion dans la modernité. Pourquoi ?

Disons, pour aller très vite, que l’on peut observer deux grands mouvements à l’œuvre dans la modernité religieuse : un courant de décomposition, lié à l’individualisation et à la mondialisation, se traduisant par une « subjectivisation » et un bricolage des croyances et des pratiques qui minent la cohérence et l’autorité des grandes religions. Le deuxième mouvement, bien plus restreint, concerne des individus qui tentent de réagir contre cette individualisation en agrégeant leur parcours spirituel solitaire à une lignée croyante, à une tradition ancienne. Or le bouddhisme active ces deux mouvements : par sa souplesse, sa fluidité et son caractère non dogmatique, il se prête merveilleusement bien au bricolage et à la religion en kit. En même temps, il offre des gages d’ »authenticité » et d’ancienneté, ainsi que des maîtres spirituels expérimentés, qui rassurent un certain nombre d’individus peu tentés par une quête spirituelle solitaire.


Quelle est cette “pédagogie bouddhiste” dont vous parlez ?

Tandis que la plupart des dogmes chrétiens, comme l’Incarnation ou La Trinité, sont présentés comme des mystères qui échappent à l’entendement, la plupart des croyances bouddhistes sont présentées comme des solutions logiques. Par exemple face à la question du mal, le christianisme invoque le mythe du péché originel, tandis que le bouddhisme parle de la loi de causalité du karma, ce qui apparaît plus crédible et rationnel aux Occidentaux. D’autre part, les bouddhistes incarnent tout précepte dans une pratique corporelle. Ainsi, lorsqu’il est demandé à un adepte de pardonner à quelqu’un, son maître spirituel lui apprendra des techniques psychocorporelles qui l’aideront à gérer l’émotion négative et à la transformer positivement. C’est pourquoi on peut dire que la méditation bouddhiste est une véritable alchimie des émotions… assurément l’une des plus grandes lacunes de la civilisation occidentale, qui tend à nier le corps et les émotions.

Profil : les praticants français

L’enquête menée par Frédéric Lenoir auprès d’un millier de pratiquants français du bouddhisme zen et tibétain –les deux traditions présentes dans l’Hexagone–, permet de se faire une idée précise de leur profil.

Le bouddhisme zen attire surtout des hommes (60 %) – beaucoup y sont venus par les arts martiaux –, tandis que les femmes sont majoritaires dans le bouddhisme tibétain (60 %). Les adeptes de cette tradition étant plus nombreux, on obtient pour l’ensemble une dominante féminine.

Ce sont en majorité des citadins de 35 à 50 ans, cadres supérieurs, professions libérales, enseignants et, de manière générale, professions intellectuelles ou médico-sociales. Le niveau d’études est très élevé : 39 % des sondés ont un bac + 4 et 64 % un niveau bac + 2 et plus. Leur sensibilité politique se divise en trois grands blocs : 32 % sont écologistes, 24 % à gauche et 26 % affirment ne se sentir proches d’aucune famille politique.

La méditation est au cœur de leur pratique. Celle-ci peut avoir lieu de manière collective dans un centre tibétain ou un dojo zen, ou bien seul chez soi. La méditation assise silencieuse, qui apporte le calme mental en se concentrant sur sa respiration et en observant ses pensées avec détachement, est celle que préfèrent les Français.

Pièges à éviter

Idéaliser sans discernement cette nouvelle sagesse. Opposant le bouddhisme à la religion de leur enfance, de nombreux disciples occidentaux abandonnent tout esprit critique sous prétexte qu’ils ont affaire à des lamas tibétains ou à des maîtres zen. De nombreux scandales ont ainsi éclaté, autour notamment de questions d’argent, de sexualité et d’abus de pouvoir, qui révèlent tout autant une profonde immaturité de ces disciples que des pratiques assez douteuses de certains « maîtres » renommés.

Se forger un bouddhisme ajusté aux besoins de son ego. Ce deuxième piège est davantage lié à la manière dont les Occidentaux « consomment » la spiritualité, ce que le lama tibétain Chogyam Trungpa appelait le « matérialisme spiritue « . Au lieu de suivre la voie exigeante proposée par le Bouddha et d’abandonner ses dernières illusions, le nouvel adepte ne fera que renforcer les penchants narcissiques de sa personnalité. On rencontre cela chez certains adeptes du bouddhisme tibétain qui collectionnent les « grandes initiations » auprès des plus « grands maîtres », se donnant ainsi le sentiment illusoire d’atteindre un « haut degré d’élévation spirituelle », sans que cela ne s’incarne réellement dans leur vie quotidienne.

téléchargement (1)Se concentrer uniquement sur sa progression spirituelle personnelle, à travers la pratique de la méditation, en se détournant de plus en plus d’une véritable ouverture à autrui, faisant ainsi fi du message d’amour et de compassion qui donne un sens ultime aux enseignements du bouddhisme du Grand Véhicule (Bouddhisme qui s’est développé dans le nord de l’Asie à partir de l’ère chrétienne).

TEXTE de Frédéric Lenoir  Juillet 2009

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Nelson Mandela est mort, Paix ait son âme

Posté par othoharmonie le 6 décembre 2013

 

L’Afrique du Sud et le monde entier ont commencé vendredi à rendre hommage à Nelson Mandela, héros de la lutte contre l’apartheid et premier président noir de l’Afrique du Sud démocratique, mort la veille au soir à l’âge de 95 ans.

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« Notre bien-aimé Nelson Mandela, le président fondateur de notre nation démocratique, nous a quittés. Il est décédé en paix entouré de sa famille aux environs de 20H50 (…) Notre nation a perdu son plus grand fils », a déclaré le président Zuma lors d’une intervention en direct à la télévision peu après 21H30 GMT jeudi.

La date des funérailles n’a pas été annoncée, mais le corps de Nelson Mandela a été transféré dans un hôpital militaire de Prétoria, selon la radio publique sud-africaine SABC.

Dès l’annonce du décès de celui que le monde entier vénérait comme une incarnation de la réconciliation raciale, des centaines de personnes de toutes origines ont commencé à se rassembler près de la maison de Mandela, à Johannesburg.

L’ambiance n’était pas au recueillement mais à la célébration, avec des chants anti-apartheid ou à la gloire de Madiba (son nom de clan), repris en choeur par la foule qui agitait des drapeaux et scandait parfois « Viva Mandela » ou « Longue vie à Mandela ».

  • Mandela en chansons

« Je savais que ce jour devait arriver, mais je peux dire que notre bien-aimé Mandela a mené le bon combat, maintenant il est temps de reposer en paix », a déclaré Ashleigh Williams, une voisine venue dès l’annonce du décès à la télévision.

« Au cours de 24 années (depuis sa libération, ndlr) Madiba nous a appris comment vivre ensemble et croire en nous-mêmes et en chacun », a déclaré dans la soirée un autre héros de la lutte anti-apartheid, l’archevêque anglican Desmond Tutu, considéré à 82 ans comme la conscience morale de son pays.

« Suggérer que l’Afrique du Sud pourrait partir en flammes (après le décès de Mandela) -comme certains l’on prédit- revient à discréditer les Sud-Africains et l’héritage de Madiba », a-t-il ajouté.

« Il était une inspiration pour le monde entier », a réagi Frederik De Klerk, le dernier président blanc sud-africain, qui avait fait sortir Mandela de prison avant de négocier la transition démocratique et de partager en 1993 le Nobel de la Paix avec lui.

Toute la nuit, des hommages unanimes ont afflué de quasiment toutes les capitales du monde. Aux Etats-Unis, le président Barack Obama, lui aussi premier président noir de son pays, a ordonné de mettre les drapeaux américains en berne jusqu’à lundi soir.

Pour le chef de l’Etat français François Hollande, qui a également ordonné de mettre les drapeaux français en berne, Nelson Mandela a été « l?incarnation de la Nation sud-africaine, le ciment de son unité et la fierté de toute l?Afrique ». Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a salué en lui « une source d’inspiration » pour le monde entier.

Le Dalaï Lama, autre prix Nobel de la Paix, a dit de son côté avoir perdu un « ami cher ».

Le monde du sport, auquel Mandela était attaché, n’est pas en reste: « Grâce à son extraordinaire vision, il a réussi à faire de la Coupe du monde 1995 un instrument pour favoriser l’émergence d’une nation, juste un an après les premières et historiques élections démocratiques en Afrique du Sud », a rappelé le président de la Fédération sud-africain de rugby Oregan Hoskins, ajoutant: « Son nom prendra place parmi les plus grands libérateurs et humanistes aussi longtemps que vivra l’humanité ».

Au Brésil, qui accueille vendredi le tirage au sort de la prochaine Coupe du monde de football, l’émotion était immense également: « Il était mon héros, mon ami, mon compagnon dans la lutte en faveur de la cause du peuple et pour la paix dans le monde », a écrit sur son compte Twitter Pelé, la légende du football brésilien.

Nelson Mandela, qui avait fêté ses 95 ans le 18 juillet, avait été hospitalisé quatre fois depuis décembre 2012, à chaque fois pour des récidives d’infections pulmonaires.

Ces problèmes récurrents étaient probablement liés aux séquelles d’une tuberculose contractée pendant son séjour sur l’île-prison de Robben Island, au large du Cap, où il a passé dix-huit de ses vingt-sept années de détention dans les geôles du régime raciste de l’apartheid.

Absent de la scène politique depuis plusieurs années déjà, « Madiba » faisait l’objet d’un véritable culte qui dépassait largement les frontières de son pays.

Il restera dans l’histoire pour avoir négocié pied à pied avec le gouvernement de l’apartheid une transition pacifique vers une démocratie multiraciale. Et pour avoir épargné à son peuple une guerre civile raciale qui, au début des années 1990, paraissait difficilement évitable.

Sous les couleurs du Congrès national africain (ANC), Mandela a été le premier président de consensus de la nouvelle « nation arc-en-ciel », de 1994 à 1999.

Un rôle notamment magnifié dans le film « Invictus » de Clint Eastwood, où on le voit conquérir le coeur des Blancs en venant soutenir l’équipe nationale de rugby lors de la Coupe du monde de 1995, remportée par l’Afrique du Sud.

« Je ne doute pas un seul instant que lorsque j’entrerai dans l’éternité, j’aurai le sourire aux lèvres », avait-il dit à l’époque, heureux de voir son pays grandir en paix après des décennies de ségrégation raciale.

Né le 18 juillet 1918 dans le petit village de Mvezo, dans le Transkei (sud-est) au sein du clan royal des Thembus, de l’ethnie xhosa, le jeune garçon avait rapidement déménagé dans le village voisin de Qunu, où il a passé, dira-t-il, ses « années les plus heureuses » –une enfance libre à la campagne peut-être idéalisée–, avant de recevoir une bonne éducation.

C’est à Qunu qu’il voulait être inhumé.

Si son institutrice l’a nommé Nelson, son père l’avait appelé Rolihlahla (« celui par qui les problèmes arrivent », en xhosa).

Après avoir fondé la Ligue de la jeunesse de l’ANC (Congrès national africain), il prend rapidement les rênes du parti, jugé trop mou face à un régime qui a institutionnalisé l’apartheid en 1948.

Après l’interdiction de l’ANC en 1960, Nelson Mandela passe dans la clandestinité. C’est lui qui préside à la fondation d’une branche armée de son parti et il restera longtemps catalogué comme terroriste en Occident.

Arrêté de nouveau en 1962, il est condamné à la prison à perpétuité deux ans plus tard.

Invisible en public depuis 2010, il était devenu une sorte de héros mythique, intouchable, invoqué tant par le pouvoir que par l’opposition dans son pays, et une icône à travers le monde.

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LA CHARTE DE LA COMPASSION

Posté par othoharmonie le 13 octobre 2013

LA CHARTE DE LA COMPASSION dans APPRENDS-MOI images-10

Le précepte de compassion, qui est au cœur de toutes les traditions religieuses, spirituelles et éthiques, nous invite à toujours traiter autrui de la manière dont nous aimerions être traités nous-mêmes. La compassion nous incite à nous engager sans relâche à soulager les souffrances de tous les êtres et à apprendre à ne pas nous considérer nous-mêmes comme le centre du monde, mais à être capable de placer autrui à cette place centrale. Elle nous enseigne à reconnaître le caractère sacré de chaque être humain, et à traiter chacune et chacun, sans aucune exception, avec un respect inconditionnel et dans un esprit de justice et d’équité.

Cela implique aussi de s’abstenir d’infliger de la souffrance à autrui, en tout temps et en toutes circonstances, que ce soit dans la sphère publique ou privée. Agir de manière violente, que ce soit par malveillance, chauvinisme, colère ou égoïsme; exploiter qui que ce soit ou le priver de ses droits fondamentaux; inciter à la haine et dénigrer autrui – même nos ennemis – sont autant de négations de notre condition humaine commune à toutes et à tous. Nous reconnaissons que nous n’avons pas toujours été capables de vivre avec compassion, et que d’aucuns ont même infligé bien des souffrances au nom de la religion.

LA CHARTE DE LA COMPASSION

Rencontre avec KAREN ARMSTRONG du magazine Sacrée planète

Le précepte de compassion, qui est au cœur de toutes les traditions religieuses, spirituelles et éthiques, nous invite à toujours traiter autrui de la manière dont nous aimerions être traités nous-mêmes. La compassion nous incite à nous engager sans relâche à soulager les souffrances de tous les êtres et à apprendre à ne pas nous considérer nous-mêmes comme le centre du monde, mais à être capable de placer autrui à cette place centrale. Elle nous enseigne à reconnaître le caractère sacré de chaque être humain, et à traiter chacune et chacun, sans aucune exception, avec un respect inconditionnel et dans un esprit de justice et d’équité.

Cela implique aussi de s’abstenir d’infliger de la souffrance à autrui, en tout temps et en toutes circonstances, que ce soit dans la sphère publique ou privée. Agir de manière violente, que ce soit par malveillance, chauvinisme, colère ou égoïsme; exploiter qui que ce soit ou le priver de ses droits fondamentaux; inciter à la haine et dénigrer autrui – même nos ennemis – sont autant de négations de notre condition humaine commune à toutes et à tous. Nous reconnaissons que nous n’avons pas toujours été capables de vivre avec compassion, et que d’aucuns ont même infligé bien des souffrances au nom de la religion.

Pour cela, nous invitons solennellement tout le genre humain ~ à placer la compassion au cœur de toute éthique et de toute religion ~ à adhérer au principe ancestral selon lequel toute interprétation des Ecritures qui suscite violence, haine ou mépris, est illégitime ~ à s’assurer que la jeunesse soit informée de manière respectueuse et authentique sur les autres traditions, religions et cultures ~ à encourager une approche positive de la diversité des cultures et des religions ~ à se doter d’une compréhension empathique des souffrances de tous les êtres humains, même de ceux considérés comme ennemis.

Nous devons de toute urgence agir pour que la compassion devienne une force dynamique et lumineuse qui puisse nous guider dans ce monde de plus en plus polarisé. Enracinée dans la ferme détermination à transcender l’égoïsme, la compassion peut faire tomber les barrières politiques, idéologiques, dogmatiques et religieuses. Née de la réalisation de notre profonde interdépendance, la compassion est essentielle aux rapports entre humains et pour une humanité accomplie. Elle est la voie vers l’illumination et elle s’avère indispensable à la création d’une économie plus juste et d’une communauté globale harmonieuse et pacifique.

La charte a été traduite en 30 langues. Elle est téléchargeable sur http://charterforcompassion.org/the-charter/

Dans son intervention devant les Français en avril dernier, Karen Armstrong s’est attachée à susciter une mobilisation active de notre éthique compassionnelle, dans les actes de notre quotidien, convaincue que « nous pouvons changer le monde». Chaque jour, demandez-vous simplement comment vous pouvez changer la vie de quelqu’un seulement par des paroles gentilles…/…

« Regardez votre univers à vous, votre environnement, que pourriez-vous faire pour élargir la compassion dans le monde au travers de votre profession, au niveau de l’éducation, ou encore dans les médias ? et soyez très vigilant sur la façon dont vous vous exprimez avec les autres. Nous vivons une époque de l’information avec un sentiment d’omniscience. Nous savons tout sur tout le monde en cliquant sur une souris.

Même la façon dont nous parlons les uns des autres est « omnisciente », car nous avons tendance à vouloir résumer le mystère singulier de chaque être humain dans une phrase “ il est ceci ou cela”… Chaque fois qu’on s’apprête à parler de la sorte, posons-nous la question sur ce que nous savons réellement de cette personne, quelle sont ses souffrances, les douleurs qu’elle a dû endurer étant enfant ?

Chacun d’entre nous est un mystère extraordinaire. Ce que les Indous font quand ils saluent quelqu’un en joignant leurs mains est une façon d’honorer la divinité présente en chacun d’entre nous. Ne pas juger autrui est une règle d’or et se souvenir à quel point nous savons peu de choses sur les autres est une occasion de ne pas passer à côté de notre propre richesse.

Dieu, omniscient et omniprésent, ne peut pas être confiné, réduit à une seule forme de croyance, de doctrine. Nous avons besoin des autres pour devenir humain. Aller à leur rencontre va nous humaniser et parfois, nous ferons des erreurs. Nous avons un proverbe en Angleterre qui dit : «He who never made mistakes never made anything», c’est-à-dire «celui qui n’a jamais fait aucune erreur n’a jamais rien fait».

Alors, oui, il faut accepter de prendre des risques et de paraître stupide ou ridicule parfois. Saisissons nous de l’humour pour rire de nous-mêmes, de nos petites mesquineries. Qui sait ce qui pourrait se passer tandis que nous nous efforçons, jour après jour, de devenir meilleur ?»

Agir efficacement, DANS LA VIE DE tous les jours ? Le Dalaï Lama, un exemple de compassion.

On ne peut pas se permettre d’attendre d’être des humains accomplis et magnifiques pour commencer à aider les autres, parce que nous nous construisons, en tant qu’être humain en interaction !

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Plan de paix

Posté par othoharmonie le 20 juillet 2010

 Plan de paix 00020437 Plan de paix en cinq points pour le Tibet 00020437  

Le monde évolue vers une interdépendance toujours plus grande ; par conséquent, nous ne pourrons obtenir une paix durable, tant au plan national, que régional ou global, que si nous pensons en termes d’intérêts très larges plutôt qu’en termes de besoins égoïstes. 

Aujourd’hui, il est crucial que tous ensemble, les forts et les faibles, nous apportions notre contribution personnelle. Je m’adresse à vous ici à la fois en tant que chef du peuple tibétain et que simple moine bouddhiste acquis aux principes d’une religion fondée sur l’amour et la compassion. 

Mais avant tout, je suis ici en tant qu’être humain, un être humain qui doit partager cette planète avec vous et tous les autres de nos frères et sœurs.

 Au fur et à mesure que le monde se fait plus petit, nous avons un besoin toujours plus grand les uns des autres. Ceci est vrai dans le monde entier, y compris dans le continent d’où je viens. 

Aujourd’hui en Asie, tout comme ailleurs, les tensions sont fortes. Des conflits ouverts ont éclaté au Moyen Orient, en Asie du Sud-Est et dans mon propre pays, le Tibet. Pour une large part, ces problèmes sont les symptômes des tensions sous-jacentes qui divisent les grandes puissances de cette partie du monde. Pour apporter des solutions aux conflits régionaux, il faut adopter une approche tenant compte des intérêts de tous les pays et de tous les peuples concernés, grands et petits. 

Des solutions d’ensemble doivent être formulées, qui prendront en compte les aspirations des gens les plus directement concernés ; des mesures ponctuelles ou de simples expédients ne feraient que créer de nouveaux problèmes. Le peuple tibétain désire ardemment contribuer à la paix dans la région et dans le monde et je crois qu’il se trouve dans une position exceptionnelle lui permettant d’atteindre cet objectif. Par tradition, les Tibétains sont un peuple non-violent et aimant la paix. 

Depuis l’introduction du bouddhisme au Tibet il y a plus de mille ans, ils pratiquent la non-violence vis à vis de toute forme de vie. Dans notre pays, cet état d’esprit a également trouvé s’appliquer dans le domaine des relations internationales. 

La position hautement stratégique qu’occupe le Tibet au cœur de l’Asie – il sépare les grandes puissances, Inde, Chine et URSS – lui a conféré tout au long de l’histoire un rôle essentiel dans la préservation de la paix et de la stabilité. Ceci est précisément la raison pour laquelle par le passé les empires d’Asie se sont donnés tant de mal pour empêcher les uns et les autres de s’installer au Tibet. 

L’importance du Tibet comme Etat-tampon indépendant était cruciale pour la stabilité de cette partie du monde. 

Lorsque la République populaire de Chine, nouvellement constituée, envahit le Tibet en 1949/50, cela créa une nouvelle source de conflit. 

Ce point apparut comme évident quand, à la suite du soulèvement national des Tibétains contre les Chinois et de ma fuite en Inde en 1959, les tensions entre la Chine et l’Inde s’aggravèrent jusqu’à déboucher sur une guerre frontalière en 1962. 

Aujourd’hui, des troupes importantes sont à nouveau massées des deux côtés de la frontière himalayenne et la tension est à nouveau dangereusement forte. La vraie question, bien sûr, n’est pas la ligne de démarcation de la frontière indo-tibétaine, mais l’occupation illégale du Tibet par la Chine, qui lui a donnée un accès direct au sous-continent indien. 

Les autorités chinoises ont tenté de brouiller les cartes en prétendant que le Tibet a toujours fait partie de la Chine. Ceci est faux. Le Tibet était un état complètement indépendant lorsque l’Armée de Libération populaire l’envahit en 1949/50. 

Depuis l’unification du Tibet par les empereurs tibétains il y a plus de mille ans, notre pays a réussi à préserver son indépendance jusqu’au milieu de ce siècle. 

Parfois, le Tibet étendait son influence sur les pays et les peuples avoisinants ; d’autres fois, le Tibet tombait lui-même sous le joug de souverains étrangers puissants, les Khans de Mongolie, les Gurkhas du Népal, les empereurs manchous ou les Anglais d’Inde. 

Il n’est bien sûr pas rare que des états soient soumis à une influence ou à des interventions étrangères. Bien que l’exemple le plus évident de ceci soit sans doute les relations établies avec des pays dits satellites, la plupart des grandes puissances exercent leur influence sur des pays alliés ou voisins moins puissants qu’elles. 

Comme l’ont démontré des travaux de recherches des plus fiables dans le domaine du droit international, dans le cas du Tibet, l’assujettissement occasionnel du pays à l’influence étrangère n’a jamais entraîné une perte de son indépendance. 

De plus, il ne fait aucun doute que lorsque les armées communistes de Pékin pénétrèrent au Tibet, ce dernier était à tous points de vue un état indépendant. L’agression chinoise, condamnée pratiquement par toutes les nations du monde libre, a constitué une violation flagrante du droit international. 

Alors que se poursuit l’occupation militaire du Tibet par la Chine, le monde doit garder présente à l’esprit que, bien que les Tibétains aient perdu leur liberté, du point de vue du droit international, le Tibet reste aujourd’hui un état indépendant soumis à une occupation illégale. 

Je n’ai aucunement l’intention d’entamer ici une discussion politico-légale concernant le statut du Tibet. 

Je désire seulement insister sur le fait évident et incontesté que nous, Tibétains, sommes un peuple distinct possédant notre propre culture, langue, religion et histoire. 

Libéré de l’occupation chinoise, le Tibet continuerait à remplir aujourd’hui son rôle naturel d’Etat-tampon, préservant et favorisant la paix en Asie. 

Mon désir le plus cher, à moi ainsi qu’au peuple tibétain, est de rendre au Tibet ce rôle précieux, en transformant à nouveau le pays tout entier, c’est-à-dire l’ensemble des trois provinces d’U-Tsang, du Kham et de l’Amdo, en une zone où régneraient stabilité, paix et harmonie. 

Dans la meilleure des traditions bouddhistes, le Tibet offrirait ses services et son hospitalité à tous ceux qui œuvrent pour la cause de la paix dans le monde, pour le bien-être de l’humanité et pour la protection de l’environnement naturel qui est notre bien commun. 

En dépit de l’holocauste dont a souffert notre peuple durant les décennies passées sous l’occupation, je me suis toujours employé à trouver une solution par des discussions directes et sincères avec les Chinois. 

En 1982, à la suite du changement de direction à la tête du parti en Chine et de l’établissement de contacts directs avec le gouvernement de Pékin, j’ai envoyé mes représentants à Pékin pour engager un dialogue ouvert à propos de l’avenir de mon pays et de mon peuple. 

Nous avons ouvert le dialogue dans un esprit sincère et positif, avec la volonté de prendre en compte les besoins légitimes de la République populaire de Chine. 

J’ai espéré que cette attitude serait réciproque et qu’il était possible d’aboutir à une solution qui satisferait et préserverait les aspirations et les intérêts des deux partis. 

Malheureusement, la Chine ne cesse de répondre à nos efforts de manière défensive, comme si notre inventaire des difficultés bien réelles rencontrées par le Tibet n’était rien d’autre qu’une critique pure et simple. 

Encore plus navrant a été le fait que le gouvernement chinois a laissé échapper l’occasion d’un vrai échange en détournant le dialogue. 

Au lieu d’aborder les vraies questions concernant les six millions de Tibétains, la Chine a tenté de réduire le problème du Tibet à une discussion à propos de mon statut personnel. 

C’est dans ce contexte et en réponse au soutien et aux encouragements extraordinaires que j’ai de vous et d’autres personnes rencontrées pendant ce voyage que je souhaite aujourd’hui mettre au clair les principaux aspects de la question et proposer, dans un esprit d’ouverture et de conciliation, de faire un premier pas vers une solution à long terme. 

J’espère que ceci pourra contribuer à un avenir fait d’amitié et de coopération avec tous nos voisins, y compris avec le peuple chinois. 

  

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Ce plan de paix contient cinq éléments fondamentaux : 

1.                Transformation de l’ensemble du Tibet en une zone de paix

  

2.                Abandon par la Chine de sa politique de transfert de population qui met en danger l’existence des Tibétains en tant que peuple

3.                 Respect des droits fondamentaux et des libertés démocratiques du peuple tibétain

4.      Restauration et protection de l’environnement naturel du Tibet, ainsi que cessation par la Chine de sa politique d’utilisation du Tibet dans la production d’armes nucléaires et pour y ensevelir des déchets nucléaires

5.                Engagement de négociations sérieuses à propos du statut futur du Tibet et des relations entre les peuples tibétain et chinois. 

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Permettez-moi à présent de développer ces cinq éléments 

1.       Transformation de l’ensemble du Tibet en une zone de paix 

Je propose que le Tibet tout entier, y compris les provinces orientales du Kham et de 1′Amdo, devienne une zone d’Ahimsa, vocabulaire hindi utilisé pour désigner un état de paix et de non-violence. 

L’établissement d’une telle zone de paix correspondrait bien au rôle historiquement joué par le Tibet, celui d’une nation bouddhiste pacifique et neutre et d’un Etat-tampon séparant les grandes puissances du continent. Cela correspondrait également à la proposition du Népal de se proclamer zone de paix et au soutien déclaré de la Chine pour une telle proposition. 

La zone de paix proposée par le Népal prendrait une influence beaucoup plus grande si elle devait inclure le Tibet ainsi que d’autres régions environnantes. 

La création dune zone de paix au Tibet nécessiterait le retrait des troupes et des installations militaires chinoises, ce qui permettrait du même coup à l’Inde de retirer ses troupes et ses installations militaires des régions himalayennes situées en bordure du Tibet. 

Ceci serait effectué dans le cadre d’un accord international qui tiendrait compte des besoins légitimes de la Chine en matière de sécurité et contribuerait à développer la confiance entre les peuples, tibétain, indien, chinois et autres, installés dans la région. 

Un tel projet est de l’intérêt de tous, en particulier de la Chine et de l’Inde, car il permettrait d’assurer une plus grande sécurité, tout en réduisant le poids économique que représente la nécessite de maintenir des troupes le long de la frontière himalayenne, objet de contestation. 

Historiquement, les relations sino-indiennes n’ont jamais été tendues. Les tensions entre les deux puissances commencèrent seulement à partir du moment où les armées chinoises pénétrèrent au Tibet, créant pour la première fois une frontière commune entre les deux pays ; ceci eut pour résultat d’amener la guerre de 1962. 

Depuis lors, de nombreux incidents potentiellement dangereux n’ont cessé de se produire. Le rétablissement de bonnes relations entre les deux pays les plus peuplés au monde serait grandement facilité s’ils étaient séparés, comme ils l’ont toujours été au cours de l’histoire, par une région vaste et amicale qui jouerait le rôle de tampon. 

Pour que s’améliorent les relations entre Tibétains et Chinois, la première des conditions est la création d’un sentiment de confiance après l’holocauste des dernières décennies, au cours duquel plus d’un million de Tibétains, soit un sixième de la population, ont perdu la vie et un nombre au moins égal a été placé en détention dans des prisons en raison de leurs croyances religieuses et leur amour de la liberté, seul un retrait des troupes chinoises pourrait enclencher un authentique processus de réconciliation. 

Les importantes forces d’occupation présentes au Tibet rappellent quotidiennement aux Tibétains l’oppression et la souffrance dont ils sont tous les victimes. Un retrait des troupes serait le signe essentiel indiquant que désormais des relations positives avec les Chinois peuvent se développer, basées sur l’amitié et la confiance. 

2.       Abandon par la Chine de sa politique de transfert de population qui met en danger l’existence des Tibétains en tant que peuple 

Les transferts de population chinoise au Tibet, que le gouvernement de Pékin continue d’effectuer dans le but d’imposer une « solution définitive » au problème tibétain en réduisant la population tibétaine à une minorité insignifiante, privée de ses droits civiques, doivent cesser. 

Le transfert massif de civils chinois au Tibet en contravention de la quatrième Convention de Genève de 1949 menace l’existence même des Tibétains en tant que peuple distinct. 

Dans les régions orientales de notre pays, les Chinois dépassent à présent très largement les Tibétains par le nombre. Par exemple, dans la province d’ Amdo où je suis né, on compte d’après les statistiques chinoises 25 millions de Chinois pour seulement 750 000 Tibétains. Même dans la soi-disant Région autonome du Tibet, c’est-à-dire au Tibet central et occidental, les sources gouvernementales chinoises confirment que les Chinois sont à présent plus nombreux que les Tibétains. 

La politique chinoise de transfert de population n’est pas nouvelle. Elle a déjà été systématiquement appliquée dans d’autres régions. Au début de ce siècle, les Manchou formaient une race distincte, avec une culture et des traditions propres. 

Aujourd’hui, il ne reste plus que 2 ou 3 millions de Manchou en Manchourie, contre 75 millions de Chinois qui sont venus s’y installer. 

Au Turkestan oriental, rebaptisé Sinkiang par les Chinois, la population chinoise est passée de 200 000 en 1949 à 7 millions, soit plus de la moitié d’une population totale de 13 millions. A la suite de la colonisation chinoise de la Mongolie intérieure, on dénombre 8,5 millions de Chinois dans cette région pour 2,5 millions de Mongols. 

Aujourd’hui, sur l’ensemble du territoire tibétain, 7,5 millions de colons chinois ont déjà été expédiés, dépassant une population tibétaine de 6 millions. Au Tibet central et occidental, désigné à présent sous l’appellation « Région autonome du Tibet » par les Chinois, les sources chinoises reconnaissent que les 1,9 millions de Tibétains constituent à présent une minorité au sein de la population. 

De plus, ces chiffres ne tiennent pas compte de l’occupation militaire estimée entre 300 000 et 500 000, dont 250 000 dans la soi-disant Région autonome du Tibet. 

Pour que les Tibétains puissent survivre en tant que peuple, il est impératif que cessent les transferts de population et que les colons chinois rentrent en Chine. 

Autrement, les Tibétains ne seront bientôt plus qu’une attraction pour touristes et la relique témoignant d’un noble passé. 

3.       Respect des droits fondamentaux et des libertés démocratiques du peuple tibétain 

Les droits fondamentaux et les libertés démocratiques doivent être respectés au Tibet. 

Le peuple tibétain doit à nouveau être libre de se développer culturellement, intellectuellement, économiquement et spirituellement et de jouir des libertés démocratiques fondamentales. 

Les violations des droits de 1′homme au Tibet sont parmi les cas les plus graves au monde. La discrimination y est pratiquée sous la forme d’une politique d’apartheid, que les Chinois appellent « ségrégation et assimilation ». 

Les Tibétains sont, au mieux, des citoyens de seconde classe dans leur propre pays. Privés de tous leurs droits et libertés démocratiques fondamentaux, ils sont placés sous une administration coloniale au sein de laquelle le pouvoir réel est exercé par les leaders chinois du parti communiste et par l’armée. 

Bien que le gouvernement chinois permette aux Tibétains de reconstruire certains monastères bouddhistes et d’y pratiquer leur culte, il interdit encore une étude et un enseignement formels de la religion. Seul un petit nombre d’individus agréés par le parti communiste a le droit d’aller vivre dans les monastères. 

Alors que les Tibétains en exil exercent pleinement leurs droits démocratiques grâce à une constitution promulguée par moi-même en 1963, des milliers de leurs compatriotes souffrent dans des prisons et des camps de travail au Tibet en raison de leurs convictions politiques et religieuses

4.       Restauration et protection de l’environnement naturel du Tibet, ainsi que cessation par la Chine de sa politique d’utilisation du Tibet dans la production d’armes nucléaires et pour y ensevelir des déchets nucléaires 

Des efforts sérieux doivent être entrepris afin de restaurer l’environnement naturel au Tibet. 

Le Tibet ne doit pas être utilisé pour fabriquer des armes nucléaires, ni pour y ensevelir des déchets nucléaires. 

Les Tibétains ont un grand respect pour toute forme de vie. Ce sentiment profondément ancré en eux est renforcé par leur foi bouddhiste, qui interdit de faire du mal à toute créature, humaine ou animale. 

Avant l’invasion chinoise, le Tibet était un sanctuaire sauvage intact dans un environnement naturel unique. 

Tristement, au cours des récentes décennies, la vie animale et les forêts du Tibet ont été presque entièrement détruites par les Chinois. 

Les effets sur le fragile environnement tibétain ont été dévastateurs. Le peu qui reste doit être protégé et des efforts doivent être faits pour ramener un équilibre au sein de cet environnement. 

La Chine exploite le Tibet dans sa production d’armes nucléaires et a peut-être commencé à enfouir ses déchets nucléaires dans le sous-sol tibétain. 

Elle a non seulement l’intention d’amener ses propres déchets nucléaires au Tibet, mais également ceux d’autres pays qui ont déjà convenu de payer Pékin afin qu’elle les débarrasse de leurs matières toxiques. 

Les dangers que ceci présente sont évidents. Non seulement la population actuelle, mais aussi les générations à venir, sont menacées par le peu de cas que la Chine fait de cet environnement unique et fragile du Tibet

5.       Engagement de négociations sérieuses à propos du statut futur du Tibet et des relations entre les peuples tibétain et chinois 

Des négociations sérieuses concernant le statut futur du Tibet et les relations entre les deux peuples, chinois et tibétain, devraient être entamées. 

Nous souhaitons aborder ce sujet dans une attitude raisonnable et réaliste, dans un esprit de franchise et de conciliation et dans la perspective d’aboutir à une solution qui dans le long terme satisfera les intérêts de tous, Tibétains, Chinois, ainsi que tous les autres peuples concernés. 

Les Tibétains et les Chinois constituent deux peuples distincts, chacun ayant son pays, son histoire, sa culture, sa langue et son mode de vie. 

Les différences entre peuples doivent être reconnues et respectées. Elles ne doivent pas cependant représenter des obstacles à une coopération véritable lorsque cette dernière est de l’intérêt des deux peuples. 

Je crois sincèrement que si les parties concernées pouvaient se rencontrer et discuter de leur avenir avec une ouverture d’esprit et le désir sincère d’aboutir à une solution satisfaisante et équitable, on pourrait réaliser une avancée considérable. 

Nous devons tous nous employer à exercer notre sens de la raison et notre sagesse et nous rencontrer dans un esprit d’ouverture et de compréhension

  

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Permettez-moi de terminer sur une note personnelle

Je souhaite vous remercier pour l’intérêt et le soutien que vous et tant de vos collègues et concitoyens ont exprimés pour les souffrances endurées par les peuples opprimés partout dans le monde. 

Le fait que vous ayez publiquement témoigné de votre sympathie à notre égard, nous Tibétains, a déjà eu un effet positif sur la vie de notre peuple au Tibet. 

Je vous demande de continuer à nous soutenir durant cette période critique de l’histoire de notre pays.

Allocution de Sa Sainteté le Dalaï Lama,
Washington, septembre 1987

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