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En Occident, l’homme descend du sage

Posté par othoharmonie le 1 octobre 2014

 

Non, l’Orient n’a pas le monopole de la sagesse !

La sagesse n’est pas une affaire occidentale. On le répète un peu partout. Pour trouver cette denrée rare, une seule direction : l’Orient. Chez les Occidentaux, circulez, il n’y a rien à voir. Tout au plus quelques vestiges plus ou moins décomposés, dans les poubelles de l’histoire. Rien d’autre.

  images (5)Voilà ce que je souhaite contester. Car c’est devenu faux, si jamais ce fut vrai un jour. Reste à dire pourquoi. Un coup d’œil sur l’économie mondiale suffit pour savoir que l’industrie, les techniques et les machines, désormais, habitent en Orient. Pas un ordinateur, pas une tablette, pas un téléviseur ou un baladeur qui ne vienne de Chine, du Japon ou de Corée du Sud. L’Asie est technologique, financière et conquérante. Ironie de la mondialisation et ruse de l’histoire globale : les ingénieurs sont passés à l’Est. On pourrait alors imaginer que la sagesse « revient » à l’Occident, comme un retour et comme une responsabilité. Industriellement déclinant, l’Occident serait en passe de devenir le musée des anciennes formes de sagesses orientales. Le Tibet une fois entièrement bétonné, couvert de tôle ondulée et de drugstores chinois, l’esprit du Toit du monde se réfugierait sur les rives de la Dordogne ou dans les vallées de Californie.  

On en finira donc avec ce vieux cliché : l’Occi­dent fabrique des machines, l’Orient des sages. Cet­te fable a même été répandue par des auteurs illustres. Ainsi, à la fin du xixe siècle, l’Indien Vivekananda, le disciple de Ramakrishna, disait carrément : « Lorsque l’Oriental veut s’instruire de la construction des machines, il vient s’asseoir au pied de l’Occidental et apprendre de lui. Lorsque l’Occident veut s’instruire de l’esprit de Dieu, de l’âme, de la signification et du mystère de l’univers, il doit pour apprendre aller s’asseoir au pied de l’Orient. » 

C’était une commode division du « métier de vivre » : aux uns la mécanique, aux autres la spiritualité. La contrée des ingénieurs s’opposait au pays des gourous. Le foyer mythique de la sagesse contrastait avec la patrie, non moins mythique, de la science, de la technique et de la raison. Il est temps de quitter ces images simplistes et déformantes, ces clivages East and West qui ont traversé – du siècle des Lumières à celui des Beatles – nos récits et nos pensées.  

Arrêtons donc de croire qu’il existe, côté occidental, la domination et, côté oriental, le renoncement. Il n’y a pas sur un versant le projet de soumettre la matière et le monde, et sur l’autre le recueillement dans la présence ou la vacuité. Tous ces vieux matchs Occident-Orient paraissent obsolètes, qui faisaient entrer en compétition matière contre esprit, monde présent contre outre-monde, relatif contre absolu, raison contre intuition. On rangeait l’Occident du côté des choses, de l’objectivité et de l’incroyance. Et l’Orient du côté de l’Absolu, des sagesses et des saluts. Encore une fois, c’est terminé. Il n’est pas sûr que la réalité ait jamais été ainsi, mais il est certain que ce n’est vraiment plus le cas.  

On se souvient de plus en plus qu’il y eut des sagesses d’Occident. En 1959, le philosophe anglais Bertrand Russell fut l’un des premiers à consacrer un ouvrage aux penseurs de l’Antiquité grecque sous le titre « Wisdom of the West » (« Sagesse d’Occident »). Il ne considérait pas leurs œuvres comme des vestiges archéologiques. Reste à comprendre, même de manière provisoire, quelle pourrait être la spécificité occidentale dans la sagesse. Aurait-elle un avenir, si oui de quel type ? Questions difficiles à résoudre. Rien n’interdit d’essayer. A mes seuls risques et périls, cela va sans dire.  

L’occident, un artéfact ? 

Demander si l’Occident a encore un rôle à jouer dans le domaine des sagesses, quelque chose à dire et à faire qui soit sien, suppose un préalable : admettre que l’Occident existe. Aujour­d’hui, on répète volontiers, chez les gens qui ont de l’instruction, que c’est une notion illusoire et même dangereuse, un artéfact culturel, un objet idéologique et politiquement néfaste – un mirage à écarter.  

Une brève mise au point n’est donc pas inutile. Il existe une pluralité d’acceptions du terme « Occident ». On peut donner à ce mot un sens géographique (là où le soleil se couche, et de manière délimitée : l’Europe de l’Ouest), un sens religieux (au Moyen Age : la chrétienté), un sens politique (pendant la guerre froide : le camp capitaliste), un sens économique et culturel (l’Europe, les Etats-Unis) ou encore un sens social et anthropologique : aujourd’hui « l’occidentalisation » couvre la planète des mêmes outils techniques, des mêmes laboratoires de recherche, des mêmes modes de vie.  

On doit évidemment être vigilant envers les usages suspects d’une prétendue identité occidentale. L’idée d’une « défense de l’Occident » a fait les beaux jours des extrêmes droites et devint une bannière des fascismes. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour nier toute réalité et toute consistance à l’héritage culturel et historique de la pensée dite occidentale. Au cœur de cet héritage, il y a des singularités, des éléments spécifiques. Certains constituent les lignes de force d’une sagesse possible. Essayons de les rassembler. 

Mort et transfiguration des sages grecs 

images (6)Les écoles de l’Antiquité grecque et romaine ne cherchaient pas la vérité pour elle-même. Ces écoles de sagesse élaboraient, autant que des savoirs et des sciences, des disciplines de vie visant à l’amélioration de soi. Il ne s’agissait pas d’activités distinctes – ici la connaissance théorique, là la transformation de soi –, mais d’une seule et même démarche. Sophos, en grec ancien, signifie tout autant « savant » que « sage ». La sophia est un savoir-sagesse. Ces deux faces que nous opposons sont, pour un Grec de l’Antiquité, rigoureusement indissociables. Le royau­me des sages ne fait qu’un avec l’empire des savants. Toute connaissance vraie transforme celui qui la détient. Et même la connaissance proprement mathématique implique une transformation morale. Car il n’existe pas, dans pareille perspective, de science sans conscience : il n’y a qu’une seule et unique « sapience ».  

Toute l’Antiquité occidentale – Athènes, Rome, Alexandrie… – est habitée de cette conviction, sept ou huit siècles durant. Epicuriens, stoïciens, cyniques, sceptiques, ne cessent de la répéter, de génération en génération. La figure du sage est centrale, la sagesse constitue l’idéal à atteindre, le modèle de la vie humaine dans sa perfection réalisée. Somme toute, la seule vie humaine pleine, conforme aux potentialités de l’humain, est celle du sage.

La figure du sage s’est effacée derrière celle du saint, à mesure que l’Occident se christianisait. A un idéal purement humain s’est substituée la soumission sacrificielle à la volonté divine. Même si le saint peut avoir bien des traits communs avec le sage, et même des comportements identiques, il s’inscrit dans une perspective radicalement différente.  

La figure du sage, en Occident, a été également concurrencée, au point d’être presque effacée, par l’idéal moderne du philosophe pur théoricien, artisan du concept, nullement soucieux de la transformation de soi-même. En se détachant de toute perspective pratique, la philosophie a été livrée à l’abstraction sans fin.  

Le frère jumeau du philosophe pur théoricien sera le scientifique, dernière figure de la rupture avec le sage. L’homme de science décrit le monde tel qu’il est, indépendamment de nous et de toute considération morale. La connaissance qu’il détient n’est pas censée le transformer, quand bien même elle peut changer la face du monde. On voit donc naître, depuis le personnage de Faust jusqu’aux romans fantastiques contemporains, une silhouette inimaginable dans l’Antiquité, celle du savant fou.  

La figure du sage grec, recouverte ou mise à l’écart par les figures du saint, du philosophe pur théoricien et de l’homme de science, n’a malgré tout jamais vraiment disparu. On la voit ressurgir sous diverses formes à la Renaissance, à l’âge classique, au siècle des Lumières, plus tard encore, travaillant du dedans l’histoire européenne. Elle affleure plus visiblement chez certains philosophes, tels que Montaigne, Spinoza, Schopenhauer, Nietzsche ou Wittgenstein.  

S’il est possible aujourd’hui d’envisager son retour, sous une forme évidemment transformée, c’est dans le contexte d’un Occident où le christianisme décline et où la sainteté ne parle plus, où la philosophie purement théorique vacille, où l’objectivité scientifique se fissure. Reste donc à esquisser, toujours à titre expérimental et provisoire, les premiers traits d’un sage occidental du XXIe siècle – encore virtuel, évidemment. Quatre traits, pour l’instant. 

Un sage qui argumente et convainc 

Sa première particularité est de tenir des discours argumentés. En Occident, la rationalité est émancipatrice parce qu’elle est parlante. Changer l’existence, orienter autrement le cours du désir, modifier les valeurs ou le rapport à soi-même nécessitent d’expliquer, parler, démontrer, convaincre. Pas seulement de méditer ou de donner l’exemple.  

Le sage, ici, sera donc d’abord celui qui utilise méthodiquement sa raison. Il n’en tirera pas seulement des propositions vraies, des résultats mathé­matico-scientifiques, mais aussi des moyens de dissiper les illusions, faux-semblants, faux objectifs, mirages de toutes sortes. Et de défaire ainsi les angoisses où nous nous débattons à cause de ces fantasmagories, sans motif  réel. 

Cette tradition de la démonstration dissipatrice et apaisante est ancienne. Ainsi, l’objectif d’Epicure est de « calmer la tempête de l’âme » par la philosophie qui nous débarrasse de la crainte illusoire des dieux, de l’inquiétude factice de la mort. Et ces raisonnements sont inséparables d’une parole ordonnée, logiquement élaborée.

Là encore, le vocabulaire compte : logos, en grec, comme chacun sait, désigne à la fois la raison et la parole. Le « sage-savant » est celui qui vit selon cette « parole-raison ». Nous avons donc affaire à une idée double. D’une part, seule la pensée logique et rationnelle peut véritablement conduire à la sagesse ; d’autre part, la connaissance vraie est nécessairement parlée, articulée, exposée. 

C’est là un écart incontestable avec l’intuition silencieuse des éveils d’Orient, qui sont presque toujours au-delà ou en-deçà du proférable, liés à l’extinction de la parole. En Inde, le Bouddha ou Shankara – sans parler de Nagarjuna – ont aussi un usage constant et méthodique de la logique. Mais elle n’est ni première ni dernière et toujours subordonnée à un silence, antérieur ou postérieur, originel ou final.  

Au contraire, la primauté de la raison parlante, sa domination et son règne semblent caractériser l’Occident comme sagesse et comme science. Dans son histoire, d’Aristote à Freud, on trouverait bien peu d’acheminement vers la sagesse sans une pratique de l’analyse rationnelle. Inversement, aucun grand système rationnel occidental n’est exposé sans une certaine ombre de sagesse qui lui colle à la peau, si l’on peut dire. Il reste toutefois à la faire passer dans la totalité de nos gestes quotidiens. Ce qui implique un entraînement. 

Un sage qui s’entraîne tous les jours 

Deuxième trait majeur de la sagesse en Occident : l’existence d’exercices spécifiques pour faire entrer les paroles vraies dans les faits – patiemment, par la répétition et l’entraînement. Les énoncés de la sagesse rationnelle constituent comme des patrons, au sens de la couture – des plans, des modèles, sur lesquels l’existence est à façonner. Aperçues par la raison, les vérités sont encore à faire advenir, petit à petit, dans les rouages du quotidien. 

La réussite de cette transformation n’est ni immédiate ni simple. Ni même assurée. L’exercice est lent. La résistance des matériaux appartient inévitablement au parcours. Le philosophe français contemporain Pierre Hadot (1922-2010) – qui fut professeur au Collège de France et influença notamment Michel Foucault – a mis en lumière le rôle central de ce qu’il a nommé « exercice spirituel ». C’était sa manière de traduire l’aïskèsis des Grecs – laquelle n’est pas ce que nous appelons aujourd’hui « l’ascèse », faite le plus souvent de renoncement et de mortification, mais simplement l’entraînement, le training. De même que sportifs ou musiciens doivent faire entrer dans les muscles et les tendons les gestes qui conviennent, le sage doit faire passer les énoncés-clés dans la réalité quotidienne – physique, psychologique, sociale.  

Par exemple, chaque soir, le stoïcien se demande si, dans la journée, il s’est comporté conformément aux principes qui sont les siens. Ne s’est-il pas laissé aller à la colère, au mépris des autres, à l’emportement inutile ? Ou bien il tente d’adopter « le point de vue d’en haut », de contempler la vie comme du sommet de la montagne voisine, pour prendre conscience de la relativité des événements, de la petitesse de nos existences, du caractère minuscule et risible, par rapport à l’immensité du tout, de ce qui nous trouble et nous agite.  

Ces exercices et quelques autres – comme celui de l’ancrage dans l’instant présent – sont de véritables leviers de la transformation. Ils balisent et guident le cheminement vers un état plus sage, ou entretiennent ce qui est déjà acquis. A la sagesse soudaine, foudroyante, s’opposent ces édifices construits bout par bout, à la longue. Au lieu du satori subit, le fitness de sapience jour après jour. 

Il existe évidemment des exercices spirituels ou des équivalents dans d’autres traditions. Toutefois, le caractère méthodique, répétitif, quasiment sportif de l’entraînement à la sagesse ­cou­plé à la rationalité ne semble pas avoir d’équi­valent strict dans d’autres aires culturelles. Ailleurs, on trouve de multiples pratiques corporelles qui font presque défaut à la tradition occidentale. L’exercice spirituel à l’occidentale est à comprendre comme une manière d’inscrire, à force de répétition et d’entraînement, une vérité logique dans la chair, dans les attitudes du corps, dans l’affectivité.  

Mais il n’est jamais certain que cela marche. Il se pourrait que la sagesse se révèle une tâche impossible, un vain rêve. Commencer à être sage, serait-ce reconnaître qu’on ne peut pas l’être ? Voilà une démarche paradoxale : la destruction du rêve devient positive, la déception se fait allègre. Là encore, une histoire ancienne se réactive. Les stoïciens disaient déjà, tout en poursuivant leur quête de sagesse, qu’il se pourrait qu’aucun homme ne soit jamais vraiment devenu sage Cette forme de corrosion critique, l’Occident la connaît et la pratique mieux que personne. 

Un sage critique et corrosif 

Critique, négative, éventuellement destructrice, telle est encore la sagesse occidentale. Les autres sagesses – le bouddhisme constituant une exception relative – sont toutes centrées sur un cœur de doctrine. En Occident dominent des aspects corrosifs, insoumis, subversifs. Voyez Diogène de Sinope crachant au visage des riches, Erasme célébrant la folie ou Schopenhauer conchiant les professeurs de philosophie : les sages occidentaux sont souvent plus irrespectueux que sereins, plus iconoclastes que pacifiés.  

Dogmes, conventions, préjugés, croyances, rien ne se trouve à l’abri : la raison parlante peut, tout le temps, tout remettre en cause. Sans oublier, évidemment, de mettre à l’épreuve la raison elle-même. Etrillée, critiquée elle aussi, sans complaisance ni faux respect. L’outil ne saurait se soustraire à l’examen : il serait curieux qu’il fût inoxydable, alors qu’il oxyde tout.  

A la pointe ultime du geste de sagesse occidental, on trouvera donc une possibilité permanente d’attaque de toutes les valeurs et institutions, de tous les savoirs et acquis. Il faut souligner cette manière très étrange de ne jamais être arrivé, installé, de toujours s’efforcer de défaire ce qu’on a édifié, en le corrodant du dedans. Il n’est aucune norme, aucune méthode, aucun régime politique qui n’ait été soumis à cette forme singulière de corrosion, d’oxydation de la critique rationnelle. En Occident, pas d’anti-oxydant ! 

Le risque, évidemment, étant de tout détruire, de ne rien laisser debout. Entre l’espace libéré des erreurs anciennes et le champ de ruines des vérités défaites, il arrive qu’il ne soit pas simple de faire passer une distinction claire et nette. Autrement dit, cette sagesse décapante est toujours susceptible de se retrouver du côté du néant, de la négation pure, de la destruction nihiliste.  

En fait, c’est un beau risque. Car il faut s’exposer à l’errance, à la désolation et à la mort pour se donner les moyens de faire éclater tous les carcans, de briser toutes les clôtures, d’extirper tous les enracinements. Si on veut se libérer de tout ce qui asservit l’existence, en Occident, il convient effectivement de risquer le néant. C’est un risque, encore une fois, mais qu’il faut allègrement porter, endurer, assumer, sans en faire toute une histoire, toute une tragédie habitée de pathos et d’angoisse.  

S’il existe quelque chose comme une sagesse occidentale, elle ne peut être close sur un dogme, une doctrine, une seule vérité. Elle se confond plutôt avec l’ouverture à des aventures indéfiniment nouvelles. Elle est toujours sur le point de s’annuler, de s’autodétruire – c’est ce qui la fait perdurer. Un certain négatif assure sa longévité. 

Un sage politique 

images (7)Dernier point : si l’homme occidental, demain, descend du sage, ce sera par le biais du politique. Le temps des ascètes solitaires n’est plus. Il n’y a d’avenir pour la figure du sage que réinscrite dans l’histoire, confrontée aux défis actuels, mêlée aux luttes pour un monde moins inhumain. Ce ne sont pas le retrait, la fuite hors du présent, l’indifférence à l’histoire, qui peuvent lui permettre d’avoir un avenir. C’est tout l’inverse.  

Ici, il reste beaucoup à inventer. Le point de départ est sans doute une curieuse boucle Orient-Occident. Car l’hybridation du sage et du politique, on ne l’a pas assez remarqué, est pour une part un effet de l’occidentalisation du monde. Gandhi en fut un des pionniers, mais pas en résistant d’entrée de jeu à l’Empire britannique – en découvrant au contraire les textes fondateurs de la sagesse indienne à Londres, en traduction anglaise. Il aura fallu cette boucle pour que démocratie à l’européenne et sagesse à l’indienne s’engagent dans une étrange et nouvelle confluence. 

Le quatorzième dalaï-lama aura prolongé cette voie en renonçant au pouvoir temporel absolu dont il était investi par tradition, en abandonnant son droit féodal sur les terres et les gens, en instaurant la démocratie, en luttant pour l’indépendance du peuple tibétain. D’autres leaders modernes ont, eux aussi, esquissé cette voie – Martin Luther King, Nelson Mandela, Aung San Suu Kyi. On pourrait les considérer comme des hybrides : ce sont des figures spirituelles engagées dans des luttes politiques, ce sont aussi bien des militants politiques dont la stature déborde de leurs actions militantes. Il y a des chances que cette lignée d’hybrides ne soit pas stérile. Mais nul ne sait encore de quelle manière. J’ai la faiblesse de croire qu’elle réserve encore à la vieille Europe quelques surprises. 

En résumé, il se pourrait bien que la figure du sage, en Occident, soit à la fois derrière nous et devant nous. Estompée depuis les Grecs par les dominations du christianisme, de la philosophie abstraite et des scientifiques, elle a des chances de renaître à mesure que ces dominations déclinent. Alors se développerait une forme de sagesse rationnelle, soutenue par un entraînement constant, à la fois critique et corrosive, mais aussi politique et solidaire. Et la sagesse, peut-être, redeviendrait une affaire occidentale. Hypothèse, cela va sans dire.  

par Roger-Pol Droit

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A la recherche du Soi

Posté par othoharmonie le 27 février 2014

 

Hommage à Arnaud DESJARDINS

AVT_Arnaud-Desjardins_1954Arnaud Desjardins nous parle du cheminement spirituel et de la relation au maître (le gourou)…

Le mot chemin, ou le mot voie, a été depuis toujours utilisé pour désigner la transformation possible à l’homme, transformation qui débouche sur ce que l’on a appelé éveil ou libération. Le Bouddha a même employé les mots véhicule et bateau, disant que lorsqu’on a utilisé un bateau pour passer sur l’autre rive, on n’a plus qu’à le laisser et à continuer sans lui. Il est parfaitement légitime de s’appuyer sur cette comparaison et de faire des rapprochements entre la sadhana et le voyage ou la navigation (c’est-à-dire le déplacement d’un lieu à un autre).

Quand on voyage, il est nécessaire de faire souvent le point en se demandant : « Où est-ce que je me trouve ? À quel degré de longitude, de latitude ? Quelle direction dois-je prendre ? Quelle distance ai-je franchie depuis mon point de départ ? Quelle distance me reste-t-il à franchir ? » Sur le chemin, il faut faire souvent le point, reprendre toutes les questions fondamentales, même celles qu’on croit résolues, et dix ans après, se reposer les questions qu’on se posait : « Qu’est-ce que je veux ? Sur quel chemin suis-je engagé ? Qu’est-ce que je fais ? Qu’est-ce qui m’est demandé ? Pourquoi ? » Reprendre souvent les grandes notions fondamentales de la voie qu’on comprend de mieux en mieux, d’année en année, et leur donner un sens nouveau. Il ne faut pas penser qu’une fois pour toutes on a compris ce qu’était le mot méditation, ou n’importe quelle autre donnée concernant le chemin. Il s’agit d’une entreprise réellement nouvelle par rapport à tout ce que le courant d’existence nous a enseigné, une entreprise toujours nouvelle.

Dans l’existence, très vite, tout se répète. Celui qui a mangé d’un certain plat peut se dire : « Ce sera toujours la même chose toute ma vie, chaque fois que je remangerai de ce plat. » Si un homme a eu une fois des relations sexuelles avec une femme, il y a de fortes chances pour que ces relations sexuelles se répètent toujours identiques à elles-mêmes, sauf si cet homme et cette femme évoluent et se transforment, auquel cas leur sexualité se transformera aussi. Mais les expériences de la vie, très vite, deviennent répétition ; on ne vit plus rien de réellement nouveau. Au contraire, sur le chemin – si l’on y progresse vraiment – tout est tout le temps nouveau.

Par rapport à la voie, la vie consiste à rester sur place, comme quelqu’un qui vivrait toujours au même endroit et qui n’aurait d’autre horizon, pendant toute son existence, que les maisons de son village. La voie, au contraire, c’est le voyage. Je quitte mon village, je quitte les paysages auxquels je suis habitué, et chaque jour, à chaque kilomètre, je découvre de nouvelles montagnes, de nouvelles végétations. Après les plaines les montagnes, après les montagnes les plaines ; après les forêts les déserts, après les déserts les oasis, et de nouvelles forêts. Un des critères de l’engagement sur le chemin, c’est cette impression de renouvellement, de nouveauté. La vie, au lieu d’être fastidieusement pareille à elle-même, commence à apporter du nouveau tous les jours. Ce que j’appelle aujourd’hui méditation sera tout autre dans un an, et encore tout autre dans cinq ans. Si ma méditation se répète d’année en année toujours pareille, cela signifie que je ne suis pas sur le chemin, que je ne progresse pas. Tous les éléments de ce chemin évoluent.

Je peux même dire que le chemin, c’est la transformation du sens que nous donnons à un certain nombre de mots. Le mot « je », le mot « amour », le mot « liberté », sont de ceux dont le sens se transformera le plus au cours des années. Vous devez être parfaitement disponibles et souples, ne pas vous crisper involontairement sur le sens d’un mot, ne pas figer le sens d’un mot que vous avez utilisé d’une certaine façon, à un certain moment, et en rester là.
Il y a plus grave. Il existe un certain nombre de termes que nous avons connus avant même de nous engager sur un chemin réel. Qui n’a pas entendu prononcer les mots « libération », « éveil », « sagesse », « méditation », et ne s’en est pas fait mécaniquement une certaine idée (on devrait même dire qu’une certaine idée s’est faite en lui). Et puis, on arrive avec cette idée, avec ce sens qu’on donne au mot, sans songer à le mettre en question ; on fait comme si l’on savait de quoi il s’agit : « Je reconnais bien de quoi l’on parle » – alors que je ne reconnais rien du tout et que je ne sais pas de quoi l’on parle.

A la recherche du Soi dans SAGESSE 220px-2012-10-19_16-18-19-musee-beaux-arts-belfortUn des mots les plus critiques pour les Européens est le mot hindou gourou, qui est devenu tellement à la mode. Il vous faudra peut-être des années pour comprendre vraiment ce qu’est un gourou et il m’a fallu personnellement des années pour entrevoir peu à peu le sens véritable de ce mot. Ce n’est pas quand vous avez vu dans un livre sur l’hindouisme que le mot gourou peut s’interpréter étymologiquement comme « la lumière qui dissipe les ténèbres », que vous avez compris ce qu’est un gourou. Le mot « maître » en français, que nous employons pour un académicien ou un avocat, ne nous éclaire pas beaucoup plus. On dit bien de quelqu’un qu’ « il a trouvé son maître », quand il a trouvé celui devant qui il s’incline, à qui il va enfin se décider à obéir, alors que jusqu’à présent il n’en avait toujours fait qu’à sa tête. « Ni Dieu ni Maître. » « Maître » prend dans cette expression un sens autoritaire, comme le maître par rapport à l’esclave.

Nous pouvons penser aussi au maître d’école, avec tous les souvenirs conscients, semi-conscients ou inconscients qui se rattachent à cette notion. Rien de cela ne correspond vraiment à celle de gourou. Le fait est que dans tous les enseignements traditionnels, il y a des maîtres, que cette notion de maître est essentielle et qu’il est difficile pour l’Européen de se rendre compte à quel point elle est importante. Une grande partie du chemin consiste à chercher son maître et à le trouver. Certains ont mis des années, Tibétains, soufis, hindous, à aller de monastère en monastère, de confrérie en confrérie, pour trouver leur maître. Les hommes ont rarement idée qu’il est nécessaire de trouver un maître et se mettent rarement à sa recherche. Plus rares encore sont ceux qui trouvent leur maître (ce qui est autre chose que de rencontrer un certain nombre de sages).

Je sais maintenant par expérience, puisque je n’ai pas vécu et grandi en Orient et que je suis un pur Occidental, que cette notion de maître, de gourou, est celle sur laquelle on se trompe le plus au départ. On se trompe, parce qu’on croit assez vite qu’on sait de quoi il s’agit, alors qu’on ne le sait absolument pas. Quel genre de relation va s’établir avec un maître ? Quelle différence y a-t-il entre cette relation et toutes les autres relations que nous avons connues jusque-là ? La relation du disciple au gourou est une relation unique, incomparable. La première erreur consiste à penser qu’on peut pressentir dès le début quelle va être cette relation, la deviner ou la connaître, en référence à d’autres expériences qui n’ont réellement rien à voir avec elle. C’est un sujet immense, où l’on est à peu près certain de parler à des sourds, tellement ce dont il est question est incommensurable avec l’expérience courante. Si l’on vous dit : « la sagesse transcendante », « les états supra-conscients », vous vous rendez compte de quelque chose dont vous n’avez pas idée ; mais si l’on vous parle d’un gourou et qu’on traduit gourou par maître, vous pensez tout de suite que vous pouvez avoir une idée de quoi il s’agit, et c’est tout à fait faux.

Combien de personnes en France utilisent le mot « maître » ou « gourou » (« mon maître », « mon gourou »), alors qu’elles n’ont absolument pas établi avec cette personne la véritable relation de disciple à maître ? Celle-ci est très précise, ancienne, traditionnelle ; elle ne dépend de la fantaisie, de l’arbitraire ou de l’invention de personne, elle est tout à fait particulière. Ce mot gourou ou ce mot maître est employé à tort et à travers aujourd’hui. « Mon maître », « mon gourou » : aucun maître, aucun gourou le plus souvent ; simplement un moine, un swâmi, qu’on a pu rencontrer, admirer, et qui nous a donné sa bénédiction ou quelques instructions collectives. Voilà une première vérité à dire.

La seconde vérité, qui doit être dite et redite, c’est que si le maître est libre, libre de son inconscient, de ses peurs, de ses désirs, de son mental, le candidat-disciple, lui, ne l’est pas ; et ce n’est pas parce qu’il va se trouver en face d’un homme libre que, magiquement, il va se trouver libre lui-même. Il est inévitable, et il ne peut pas en être autrement, que le candidat-disciple approche le maître à travers sa non-liberté, à travers ses émotions réprimées, son inconscient, ses peurs, ses aspirations, ses illusions, tous les mensonges de son mental. On peut donc poser comme loi que, pendant des années, le candidat-disciple ne voit pas le maître tel qu’il est. Il ne voit que son maître, le maître conçu par son mental. Tous les phénomènes de transfert et de projection, étudiés et décrits en psychologie dans la relation patient-thérapeute, commencent aussi par jouer en face du gourou, pour le candidat-disciple.

Le maître a des possibilités supérieures à celles du thérapeute, dues à une transformation radicalement plus profonde de lui-même que celle produite chez le thérapeute par l’analyse didactique. Il y a certainement une immense différence entre un thérapeute et un gourou, mais il n’y a pas, le plus souvent, au départ du chemin, une immense différence entre un candidat-disciple et un homme ou une femme qui s’adresse à un thérapeute. Pendant longtemps, le candidat-disciple voit le gourou à travers son inconscient, son mental et ses projections. Pendant longtemps aussi, il se laisse impressionner par l’apparence extérieure du gourou, par des détails nombreux qui n’ont qu’une importance tout à fait secondaire, au lieu de saisir l’essence du gourou, c’est-à-dire sa fonction de guide et d’éveilleur. Il y a toute une « surface » par laquelle les différents gourous sont tous différents : il n’y a pas deux gourous qui soient pareils extérieurement. La liberté intérieure des gourous est la même, leur essence, leur vision sont les mêmes, puisqu’ils ont une vision objective, impersonnelle, et qu’ils sont morts à eux-mêmes ; mais l’apparence entre un pir soufi afghan, un maître tibétain, un gourou de naissance brahmane, est tout à fait différente.

Ce texte est extrait du livre d’Arnaud Desjardins :
A LA RECHERCHE DU SOI Adhyatma yoga - La Table Ronde (pour acheter ce livre)

Les quatre tomes de la série « À la Recherche du Soi » (À la Recherche du Soi, le Vedanta et l’inconscient, Au-delà du moi et « Tu es cela ») ont été publiés entre 1975 et 1980 et ils ont réédités. 
Notez que ces textes n’ont pas été écrits mais parlés : Arnaud Desjardins s’adressait alors directement à des auditoires restreints.

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Rencontre du troisième type

Posté par othoharmonie le 17 novembre 2012

 

Extrait du livre : LA GRANDE REVELATION – L’arrêt du moteur de souffrance planétaire

L’inséparable cordon maternel : CHAPITRE 3 – TRANSMISSION MATERNELLE PIEUSE ET COPIEUSE – avec l’aimable autorisation de JG.VESONE http://www.la-grande-revelation.com/

Rencontre du troisième type dans Expériences barreseparation8

Rencontre du troisième type 

Au fil des années qui ont suivi j’ai eu des occasions bien surprenantes de rencontrer maman à nouveau post mortem et de comprendre aussi encore mieux qui j’étais. Ma maman n’avait aucune confiance dans la médecine officielle qu’elle jugeait barbare, mais elle avait par contre une très grande admiration pour tout ce qui était médecine parallèle et en particulier ce qu’on appelait autrefois les guérisseurs. C’est donc probablement guidé par elle que dans les années 90 j’ai visité le salon du GNOMA, le Groupement National de l’Organisation des Médecines Alternatives. Il se tenait dans les salons de l’hôtel Hilton-Tour Eiffel. C’était un rassemblement important de tout ce qui se faisait de mieux au niveau des médecines douces. Durant la visite des stands je fus captivé par une praticienne qui utilisait une antenne de détection des champs électromagnétiques du corps. Elle établissait ainsi un diagnostic sur l’état de santé.

Ma femme et moi l’avons attentivement observée. Nous nous sommes ensuite entretenus longuement avec celle qui est devenue par la suite notre amie Janette. Elle nous a permis de comprendre sa technique et nous y a même formés. Ma recherche sur mon fonctionnement personnel en a été grandement stimulée avec un effet d’ouverture et d’allègement au niveau des somatisations accumulées dans mes corps dits subtils. J’ai grâce à ces soins développé des capacités accrues pour la médiumnité. Par contre ce que j’ai vu beaucoup trop tard c’est que la très dévouée Janette représentait idéalement pour mon inconscient cette très ancienne ‘‘ nounou enchantée ‘‘ qui n’avait fait que passer telle une comète au début de ma vie et qui avait été mon tout premier amour de bébé. C’est avec Janette devenue magnétiseur-nounou que j’ai opéré par un processus bien connu de transfert une réparation sur le traumatisme de cette rupture affective au sortir de mon incubateur.

Une fois découverte cette stratégie nous a demandé de prendre une distance de sécurité devenue indispensable car il n’est pas possible de réinstaller réellement le passé dans le présent. Cette période coïncidait avec mes études sur le psychisme et j’ai pris cette expérience comme des travaux pratiques. C’est dans ce cadre là que j’ai choisi un exercice formel appelé « isolement bénéfique ». Il dure une semaine complète. Le sujet est coupé de toute relation dans une maison à la campagne. Il est sans activité et sans aucun moyen de communication. La vie devient alors très simple et demande un minimum d’énergie. Dans ces conditions le sujet se retrouve avec lui-même et peut à loisir orienter son exploration intérieure au plus profond de sa problématique personnelle. C’est un moment intense qui amène à un état d’illumination. Je bénéficiais d’une piscine en eau chaude dans laquelle une bonne partie des mémoires somatisées remonte. C’est là que j’ai eu une expérience merveilleuse concernant ma relation avec maman. Alors que j’étais en éveil à toutes mes sensations, intuitions et ressentis, j’ai eu spontanément la vision que ma mère m’attendait non loin de là, dans le champ voisin à quelques centaines de mètres de la maison où j’étais reclus. Me voilà donc courant au dehors et appelant ma maman comme si j’avais cinq ans. Je criais son nom tout en allant à sa rencontre.

Mon cerveau se demandait ce qui était en train de se jouer là. Quelle ne fut pas ma surprise de sentir que maman prenait ma main droite. Nous sommes partis aussitôt en courant sur le chemin, au milieu des blés, la main dans la main. Lorsque subitement j’ai senti qu’elle se détachait et partait. Je continuais à courir et à l’appeler quand, à un détour du chemin, je vois un paysan à vélo avec une fourche.

cropcircle- dans ExpériencesJe dépasse le paysan surpris de me voir crier tout seul et quelques dizaines de mètres après, je ressens ma mère me toucher à nouveau la main. Comme elle n’était pas dans ma dimension, la présence du paysan lui avait fait peur. Je reprends donc le parcours vers la maison maman. Je sens qu’elle veut visiter le pavillon où je loge. Elle m’entraîne curieusement vers la cuisine, lieu où je n’allais quasiment pas, sauf pour prendre mes plateaux-repas. Une force m’a fait stopper devant le grand frigo que j’ai ouvert. Maman n’avait jamais pu avoir de réfrigérateur, elle n’avait connu que des glacières avec des morceaux de glace. Elle voulait examiner cet appareil et que je lui montre comment il fonctionnait. Ce que je fis de mon mieux. Je ne vous cache pas que j’étais très surpris parce que cela voulait dire que ce contact, plus qu’imaginaire ou intuitif, était bien réel. Donc ayant réalisé qu’elle était tout heureuse de voir le frigidaire fonctionner, je voulais quitter la cuisine lorsqu’elle me ramène vivement vers un gros matou qui vient du sellier. Maman adorait les chats et elle voulait que je le caresse pour elle. Ce que je fis de mon mieux aussi. Le chat me regardait fixement le dos rond et le poil hérissé, comme sur la défensive face à une présence invisible. Là aussi j’ai été très étonné par son comportement étrange.

Alors qu’il était 13h et que mon repas était arrivé, j’installais ma mère dans l’un des fauteuils en rotin du salon où j’avais l’habitude de séjourner. J’avais maintenant bien rodé à notre mode de communication télépathique et nous avons alors plaisanté sur la situation bien particulière où nous étions tous les deux. Je lui ai proposée par exemple de partager mon repas et j’ai senti qu’elle riait beaucoup. J’ai ensuite entrepris plus sérieusement une longue série de questions-réponses avec maman où nous avons pu faire enfin la paix. J’ai pu lui expliquer les raisons objectives de mes recherches théologiques sur les textes anciens concernant toutes les religions. Son absence totale de contestation et même comme une sorte de satisfaction m’indiquèrent qu’elle avait complètement changé d’opinion. Cerise sur le gâteau elle me confirma que c’était pour mon bien qu’elle avait téléguidé, elle-même, ma rencontre avec Jeannette, la guérisseuse. Elle pensait indispensable que je résorbe les tensions de mon traumatisme postnatal avant de me lancer dans un travail énergétique important. Selon elle le blindage protecteur du pansement appliqué était un objet de souffrance et de déséquilibre comme le sont toutes les prothèses que les accidents de la vie nous imposent.

Pour finir cet entretien hors norme ma mère est ressortie en douceur de ma sphère de vie. Elle n’était plus la femme souffrante que j’avais connue. Elle était devenue merveilleuse et me prodiguait un amour aussi merveilleux. Elle n’était pas venue les mains vides et ce n’est qu’à la fin de cette semaine là que je l’ai à nouveau rencontrée. Le coach qui me suivait dans ce cycle de sept jours était venu me faire une séance de rebirthing assorti d’une technique qu’on appelle le drap humide. Voilà en bref le principe de cet exercice. Pour simuler les conditions de naissance, le sujet est mis en léger état d’hypnose par hyperventilation. Il est ensuite emmailloté dans un drap tiède et serré. Le praticien, pesant de tout son corps avec ses genoux sur la poitrine du sujet, simule la pression matricielle. J’ai aussitôt manifesté une pulsion puissante de dégagement.

Ne pouvant absolument pas m’extraire du drap, je suis parti dans un véritable voyage astral, sortant par le haut de mon corps et me trouvant flottant et allongé dans une barque initiatique que je savais être égyptienne. Dans un tunnel obscur mais aussi dans une douceur réconfortante je sentais la barque se balancer au rythme des pas d’une escorte composée de deux rangées de six porteurs munis de flambeaux. Ils portaient les uniformes des prêtres égyptiens. J’avançais dans une marche lente, progressive, chantant moi-même gravement avec ma gorge une psalmodie rythmée, sorte de mantras. Je sors du tunnel lentement pour apparaître soudain dans une lumière solaire aveuglante. Regardant au-delà de la barque et des deux rangées de porteurs qui me déposaient, je réalise qu’une foule immense assiste à mon arrivée. Au premier rang ma mère fait faire silence à la foule et proclame solennellement à voix haute : « voici mon fils ressuscité « . L’émotion de cette dernière expérience reste gravée en moi d’une façon qui semble ineffaçable. Ma mère avait conduit pour moi ce processus de résurrection et m’avait à nouveau enfanté. Je vous ai exposé ici toute une série d’évènements qui montrent combien la relation maternelle est fondamentale dans la maturité d’un être même si en apparence les relations semblent catastrophiques.

 

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